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    On prend les mêmes…

    12 novembre 2012 |François Brousseau | États-Unis
    « On prend les mêmes et on recommence » : tel est le résultat apparent de la réélection de Barack Obama, doublée de celle d’une Chambre des représentants qui lui reste résolument hostile. Une Chambre quasi identique à la précédente, avec une solide majorité républicaine d’une quarantaine de sièges. Malgré le fait - très peu mentionné - que les démocrates, en plus de conserver la majorité au Sénat, ont en réalité remporté le suffrage universel à la Chambre.

    En effet, dans les 435 élections locales au scrutin législatif, 54 millions de voix sont allées aux candidats démocrates, contre 53,4 millions aux candidats républicains. Non, nous ne sommes pas les seuls à connaître ici les distorsions du système majoritaire uninominal à un tour…


    Ajoutons-y (dans le cas américain) la pratique détestable - par des pouvoirs locaux à prédominance républicaine - du « gerrymandering » : le découpage partisan, grossièrement intéressé, des circonscriptions dans le but de minoriser l’adversaire. Cela donne parfois des formes insolites à la carte électorale : telle circonscription ressemble à une araignée ; telle autre à un crocodile…


    Beaucoup auront poussé un soupir de soulagement lorsque, peu après 23 h mardi soir, les télévisions ont annoncé la victoire du président sortant. En fait, même si la marge est assez mince - Obama a gagné le suffrage universel par 2,5 % sur Mitt Romney - sa victoire au Collège électoral était annoncée comme quasi certaine par les meilleurs augures (comme l’expert en sondages Nate Silver du New York Times). La marge en faveur de M. Obama restait modeste, mais extrêmement solide. Seuls des faiseurs de manchettes soucieux de maximiser leur audience auront maintenu jusqu’au bout la fiction d’une lutte « chaude et incertaine » entre les deux candidats.

     

    ***


    Mais cette réélection relativement facile de M. Obama n’en reconduit pas moins le même cul-de-sac constitutif de la politique américaine. Et si les deux prochaines années sont à l’image des deux dernières, alors ce sera une nouvelle preuve de la grande difficulté - voire de l’impossibilité - à faire marcher et à réformer une mécanique politique figée, héritée du XIXe siècle, qui reproduit structurellement l’impasse entre les différentes branches du pouvoir.


    Ce sera aussi une très mauvaise nouvelle pour l’économie américaine, au moment où se profile, début 2013, le spectre d’un « mur fiscal » de 700 milliards de dollars (en réductions de dépenses et en hausses d’impôts automatiques) si le président et les hordes républicaines au Congrès n’arrivent pas à s’entendre.


    Le système politique américain est archaïque et dépassé ; le jour viendra sans doute, à terme, où les Américains n’auront plus le choix qu’entre l’asphyxie institutionnelle et une réforme radicale. En attendant, la reconduction « telle quelle » de la situation d’avant-novembre 2012… n’est peut-être pas aussi totale qu’elle en a l’air. Les républicains, même s’ils ont recueilli plus de 48 % des suffrages des Américains, n’en ont pas moins perdu l’élection principale et ils ne voient pas forcément l’avenir en rose.


    Sur des sujets de société comme l’usage de la marijuana, les droits des femmes ou des homosexuels, ils ont perdu mardi dernier plusieurs référendums. Dans le sud du pays, ils ont vu la minorité latino mobiliser en masse et menacer des bastions jusqu’alors imprenables par les démocrates. L’électorat républicain est à forte prédominance blanche et masculine ; l’évolution démographique tend objectivement à mettre ce bloc en minorité. On peut donc imaginer que les appels à un changement de mentalité et d’idéologie se feront plus pressants dans leurs rangs.


    Il sera très intéressant, en particulier, de voir si le Tea Party - l’extrême droite républicaine, férocement anti-Obama, qui en a mené si large depuis quatre ans - se maintiendra, s’il imprégnera durablement le Parti républicain dans son ensemble… ou s’il retournera dans les limbes, comme d’autres mouvements semblables dans l’histoire de la droite américaine.


    Le président maintenu au pouvoir, sa réforme emblématique de l’assurance maladie désormais pérennisée, la droite battue - de justesse mais battue - aux urnes, il est maintenant possible d’imaginer qu’un certain nombre d’élus républicains vont changer d’attitude et cesser l’obstruction systématique. Le second mandat de Barack Obama pourrait alors voir se briser la discipline de parti - en réalité exceptionnelle dans la tradition américaine - qui avait animé les élus républicains depuis 2009.

     
     
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