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    États-Unis - Les défis d’un second mandat

    10 novembre 2012 | Claude Lévesque | États-Unis
    Barack Obama le soir de sa victoire
    Photo : Agence France-Presse (photo) Jewel Samad Barack Obama le soir de sa victoire
    De nombreux défis attendent Barack Obama à l’aube de son second mandat. On peut présumer que le président et les élus républicains réussiront d’ici le jour de l’An à combler ou à contourner le « précipice fiscal » qui bée à leurs pieds. Mais, quelles que soient les solutions retenues, elles ne feront disparaître ni les faiblesses structurelles de l’économie, ni l’immigration clandestine, ni les colères d’une nature meurtrie, ni les bouleversements qui ont cours à l’étranger.

    Les présidents américains éprouvent souvent des difficultés durant leur second mandat. Même s’il n’est pas hanté par les scandales comme l’ont été Richard Nixon et Bill Clinton, Barack Obama sera confronté à un Congrès qui ne lui est pas acquis, du moins pendant les deux prochaines années.


    « La présidence est très importante mais, strictement parlant, la branche exécutive ne constitue qu’un tiers du gouvernement fédéral aux États-Unis. Barack Obama pourrait faire certaines choses unilatéralement, par voie de décrets ou de proclamations exécutives, mais ce genre d’unilatéralisme semble lui déplaire », observe Graham Dodds, professeur de science politique à l’Université Concordia.


    Politique étrangère


    La politique étrangère n’intéresse peut-être pas beaucoup les Américains mais, comme tous ses prédécesseurs, Barack Obama lui consacrera une bonne partie de son temps puisqu’il doit maintenant penser à sa place dans les livres d’histoire et qu’il n’aura plus à affronter l’électorat. En vertu de la Constitution, la diplomatie et la sécurité nationale constituent jusqu’à un certain point une chasse gardée du président, l’aval du Congrès n’étant pas exigé pour chacun de ses gestes en cette matière.


    On imagine que Barack Obama s’attaquera en priorité aux dossiers délicats mais pressants de la Syrie et de l’Iran, bien que les défis ne se limitent pas à ces deux pays. Bien entendu, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord s’imposent dans la foulée du printemps arabe. « Le président pourrait amener les États-Unis à accepter les Frères musulmans en Égypte et à travailler avec eux. Ce serait positif », croit Larry Hufford, professeur de science politique à l’Université St. Mary’s à San Antonio, au Texas.


    Bill Clinton et George W. Bush avaient lancé des offensives ambitieuses pour régler une fois pour toutes le contentieux israélo-palestinien. Aujourd’hui, l’impasse est totale au Proche-Orient. Barack Obama n’aura probablement pas les mêmes prétentions que ses deux prédécesseurs. Ce serait déjà beaucoup s’il réussissait à convaincre les deux parties de retourner à la table de négociation.


    La réélection de Barack Obama signifie que les États-Unis n’approuveraient pas une frappe israélienne préventive contre les installations nucléaires iraniennes. Le président américain n’en a pas moins promis qu’il ferait tout pour empêcher la République islamique de se procurer l’arme atomique.


    Les États-Unis devront redéfinir leurs relations avec une Chine qui continue de s’affirmer. La surenchère électorale n’étant plus à l’ordre du jour, Barack Obama pourrait adopter un ton plus conciliant à l’égard de l’empire du Milieu. Il devra faire preuve de fermeté en ce qui concerne la valeur du yuan et le respect de la propriété intellectuelle, sans aller jusqu’à déclencher une guerre commerciale avec le géant asiatique.


    Immigration


    À l’issue des élections de mardi, les démocrates ont légèrement renforcé leur fragile majorité au Sénat, mais ils n’ont pas sérieusement entamé la majorité républicaine à la Chambre des représentants.


    « Les sénateurs républicains élus en 2008 s’opposent à presque toutes les propositions d’Obama. Cependant, ils affronteront l’électorat en 2014 et ils voudront peut-être, à ce moment-là, avoir autre chose que l’obstruction systématique à présenter comme bilan », prévoit le politologue Larry Hufford. Les Tea Partiers n’ont pas fait très bonne figure aux élections sénatoriales de cette semaine. Dans ces circonstances, les démocrates auront des chances d’aller chercher au Sénat la majorité qualifiée de 60 voix sur 100 nécessaire à l’adoption des projets de loi importants.


    C’est une autre histoire à la Chambre des représentants, où la plupart des représentants du Tea Party de la cuvée 2010 ont été réélus. Ils risquent d’y voir la preuve que les Américains approuvent leur obstruction systématique à toute proposition venant de la Maison-Blanche.


    La réforme de l’immigration, mentionnée comme priorité dans le discours de M. Obama mardi, « sera un enjeu. Barack Obama a reçu un fort appui de la part de la population hispanique. C’est un message qui dit que les Américains veulent que les choses bougent », note Frédérik Gagnon, directeur de l’Observatoire des États-Unis à l’Université du Québec à Montréal.


    Les républicains se sont opposés ces dernières années à toute tentative d’amnistier les immigrants illégaux ou de régulariser leur situation. Il pourrait être difficile de faire adopter une réforme de l’immigration à la Chambre si les bonzes du parti, qui sont conscients de l’importance du vote des Hispano-Américains, n’arrivent pas à faire entendre raison aux extrémistes.


    Énergie et environnement


    « Il devrait enfin y avoir un débat sérieux sur l’environnement et les changements climatiques, surtout après le passage de l’ouragan Sandy », croit Larry Hufford.


    Barack Obama a déjà promis de réduire de moitié les importations de pétrole. Les producteurs de charbon et de pétrole s’inquiètent néanmoins de sa réélection. Les premiers craignent que le gouvernement américain ne resserre les normes antipollution des centrales électriques au charbon, tandis que les seconds s’attendent à ce que les concessions dans les terres publiques ne soient accordées au compte-gouttes. Si les producteurs de gaz de schiste apprécient l’appui assez ferme du président, ils n’en craignent pas moins de perdre les généreuses subventions qu’ils reçoivent, tout comme les pétroliers.


    Les producteurs d’énergie solaire et éolienne, de leur côté, se sont réjouis de la réélection du président démocrate. Barack Obama avait prévu 90 milliards pour les énergies renouvelables dans son plan de relance économique de 787 milliards en 2009. Il éprouve toujours de la difficulté à vendre l’idée d’investir dans les filières éolienne et solaire, même si son pays voit l’innovation et les emplois dans ce secteur lui échapper au profit de concurrents européens. La faillite de la société Solyndra, bénéficiaire d’une garantie de prêt de 535 millions en 2001, n’a pas aidé.


    Économie


    Plusieurs économistes prédisent une reprise plus vigoureuse de l’économie américaine au cours des prochaines années. Si cette prévision se matérialise, les problèmes de chômage et de déficit budgétaire pourraient se résorber sans qu’il soit nécessaire de hausser les impôts ou de réduire les dépenses de façon draconienne. Il sera cependant difficile de créer des emplois bien rémunérés en nombre suffisant pour pouvoir rêver à un retour au « bon vieux temps », surtout si on n’investit pas davantage dans l’éducation.


    Le Parti républicain ne cesse de répéter qu’il est absolument hors de question de hausser l’impôt des riches, comme le souhaite le président. Le compromis pourrait être le suivant : les millionnaires et les milliardaires continueront de bénéficier d’un taux d’imposition très bas, mais devront renoncer à certaines échappatoires.

     
     
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