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    Les pro-armes en photos - Dans le bull’s eye de la culture américaine des armes à feu

    6 novembre 2012 |Émilie Folie-Boivin | États-Unis
    Le photographe Ben Philippi explique qu’avec ce projet il souhaitait comprendre la popularité des armes à feu aux États-Unis, qu’il associe à la puissance du militaire.
    Photo: Ben Philippi Le photographe Ben Philippi explique qu’avec ce projet il souhaitait comprendre la popularité des armes à feu aux États-Unis, qu’il associe à la puissance du militaire.
    Dans un pays de contraste où la population peut se balader avec un AK-47 dans la valise de sa berline et se ramasser en prison après s’être fait pincer à fumer de la marijuana, le photographe montréalais Ben Philippi tire le portrait d’Américains avec leurs armes à feu pour God, Guns Guts, un livre à l’honneur de la culture américaine pour le Beretta et autres Glock.

    « Aimeriez-vous être pris en photo avec votre arme à feu ? » proposait l’annonce que le photographe et cinéaste Ben Philippi a postée sur Craig’s List, en 2008. Seul préalable ? Posséder une arme légale. Pendant quatre ans, cet originaire de la Montérégie a sillonné les tréfonds du pays de l’Oncle Sam pour rencontrer ces aficionados d’armes à feu, qui passent leurs temps libres à collectionner les pistolets comme d’autres se pâment pour les automobiles ou la monnaie de l’après-guerre. Dans son livre autopublié God, Guns Guts, Ben Philippi tire un profil déstabilisant de la relation qu’entretiennent les Américains pour ces puissants calibres.


    Le photographe se défend bien d’y dresser un portrait fidèle de l’ensemble des pro-armes à feu ; si ses sujets, tous des propriétaires d’armes enregistrées, sont mis en scène dans leur élément naturel - à cheval dans le désert, leur bureau, devant leur maison - plusieurs ont voulu se déguiser. Se retrouvent entre les portraits de filles en microbikini aux couleurs du Stars and Stripes et des gars qui jouent les mafiosi quelques portraits plus documentaires, comme ces enfants testant des pistolets mitrailleurs au Miramar Airshow, ou cette famille white-trash du Mississippi vivant entassée dans un autobus, avec des armes valant 2500 $.


    Rencontré à l’Euro Deli, où une célèbre citation du Parrain « Leave the gun, take the cannoli » est collée près de la caisse, Ben Philippi explique qu’avec ce projet il souhaitait comprendre la popularité des armes à feu aux États-Unis, qu’il associe à la puissance du militaire. Au final, le fusil symbolise « l’idée d’être capable de se défendre et de maintenir quelque chose de bon dans l’humanité », dit-il, à quelques jours de l’élection présidentielle américaine, en ajoutant que la codification au second amendement à la Constitution a été influencée par la crainte que le gouvernement ne désarme le peuple et impose ses règles par la force. « Et même s’ils se détestent mutuellement, les pro-armes à feu et le mouvement Occupy ont en commun que tous deux détestent être manipulés par les grandes compagnies et le gouvernement. Ils veulent un système plus sain ».

     

    Protection


    Quelques citations de ses sujets semées dans God, Guns Guts montrent que, pour ceux qui habitent dans les zones les plus reculées des États-Unis, s’armer permet de se protéger en l’absence de la police, surtout lorsque chaque seconde compte. Mais le profil des pro-armes à feu est très vaste. « Certains propriétaires d’armes à feu aiment la chasse, tirent dans les clubs pour le plaisir, d’autres craignent l’effondrement de l’économie ou encore un désastre naturel, et s’approvisionnent en riz, en eau potable et en fusils », reconnaît le photographe, qui désire mettre en avant autant des victimes directes et collatérales des fusils que des collectionneurs pour le prochain volet de son projet.


    Son projet de livre ne laisse pas indifférent, d’autant que le point de mire choisi a quelque chose de dérangeant. Élevé à la campagne, s’amusant avec ses frères à plomber des conserves avec une carabine à air comprimé, Ben Philippi s’y en attendait. « Puisque je ne critiquais pas les armes à feu, je n’ai pas pu avoir de subventions du Conseil des arts du Québec et du Canada », dit-il en expliquant que les librairies, frileuses de donner une vitrine à une culture si stigmatisée, refusent d’afficher le livre, ce qui limite la distribution de God, Guns Guts à la vente sur le site Web godgunsgutsbook.com.


    « Les gens connaissent mal les fusils. Mais dire spontanément que les armes à feu sont mauvaises relève de l’ignorance, car manipulées avec soin et respect, elles sont sans danger. Je les vois un peu comme l’extension de la nature humaine. Nous pouvons tuer, et nous pouvons être tués. Ça fait partie de nous. Nous devons accepter le fait que nous avons le potentiel d’envoyer un homme sur la Lune autant que de laisser un enfant mourir de faim. C’est ce qui nous rend uniques. En acceptant cela, nous commençons à comprendre qui nous sommes vraiment. »

    Le photographe Ben Philippi explique qu’avec ce projet il souhaitait comprendre la popularité des armes à feu aux États-Unis, qu’il associe à la puissance du militaire. Cette famille white-trash du Mississippi vit entassée dans un autobus, avec des armes à feu valant 2500 $.












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