Élections américaines - Romney au centre
Lorsque le sujet iranien, délicat entre tous parce que porteur de menaces nucléaires, a été abordé, on s’attendait à ce que Romney fasse écho à la proposition d’Elliot Abrams, son conseiller et ex-soutien néoconservateur fort en gueule de George Bush, soit faire voter par un Congrès dominé par les républicains le principe de la frappe préventive contre le royaume des ayatollahs. Et alors ? Cette idée, Romney l’a abandonnée au profit d’une autre qui s’avère la jumelle, à quelques distinguos près, de celle conceptualisée par l’actuel président : pas question d’avaliser le principe de la frappe militaire tant et aussi longtemps que les autres options n’auront pas été épuisées.
Sur la Syrie, ici et là, on pariait que Romney militerait pour la zone d’interdiction de vol demandée par bien des mandarins de sa formation. Là encore, il a collé, à quelques virgules près, à la politique d’un Obama ayant notamment insisté sur le fait que l’opposition frontale de la Chine et surtout de la Russie rendait les choses beaucoup, beaucoup plus complexes. Sur le retrait de l’Afghanistan en 2014 et sur le maintien de liens étroits, profonds, avec Israël, les vues de l’un se confondaient avec celles de l’autre.
Cela rappelé, Romney a marqué une différence, nous semble-t-il, très importante avec… Bush ! De quoi s’agit-il ? S’il devient président, il rayera d’un trait de plume la doctrine de politique étrangère présentée à l’époque par Condoleezza Rice et qui annonçait, notamment, la mise entre parenthèses de l’édification de nations ou « nation building ». « Nous devons faire davantage que courir après les dirigeants et tuer les méchants », a martelé Romney.
En formulant un propos contrastant avec le volontarisme d’une frange importante du Parti républicain, une frange qui cultive encore et toujours une inclination certaine pour l’impérialisme, Romney a tenu à séduire ces contingents d’indécis qui feront pencher la balance le 6 novembre prochain. En un mot, il a tenu à se recentrer, à réussir le test que la presse américaine a baptisé celui « du commandant en chef crédible ». Et le moins que l’on puisse dire est qu’à cet égard, il a réussi son pari. À preuve, même lorsqu’il a été question de la Russie, de ce pays aujourd’hui plus belliqueux qu’hier, Romney a été passablement plus « doux » qu’Obama, même si le sujet, vu son importance, a été escamoté. Il ne fut pas le seul.
En effet, au cours de ce débat long d’une heure et demie, l’Europe et l’Afrique ont été totalement ignorées. Qu’on y songe : le Vieux Continent est confronté à une crise économique et politique jamais vue depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à une crise qui peut avoir des répercussions autrement plus graves que celle découlant, par exemple, de la Libye, et que constate-t-on ? Les concurrents ont observé le silence radio.
En Asie, l’inflexion nationaliste et musclée de la Chine agace, pour rester modéré, tous ses voisins, dont le Japon, proche allié des États-Unis. Et sur quoi ont échangé Obama et Romney ? Sur le non-respect par la Chine des règles commerciales. En 2012, ils ont discuté de ce dont on discutait dans les années 90, soit la contrefaçon, le vol de brevet, etc. Pour dire les choses telles qu’elles sont, sur un dossier aussi important, l’un et l’autre ont fait le service minimum.
Cela étant, Romney a eu ceci de politiquement malin que, conscient qu’en politique étrangère le chef de l’exécutif bénéficie d’un gros avantage avant même que ne débute le débat, il a laissé les forceps au vestiaire. Il s’est bel et bien recentré.








