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    Campagne républicaine - Le choix de Paul Ryan comme colistier de Romney a-t-il été une erreur de parcours?

    29 septembre 2012 |Sarah Veilleux-Poulin - Candidate à la maîtrise en science politique et chercheuse en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM et Guy Lachapelle - Professeur de science politique à l’Université Concordia et membre de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM | États-Unis
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	Le choix de l’équipe Romney, qui s’est arrêté sur le représentant du Wisconsin, n’aura pas relancé une campagne républicaine morose.</div>
    Photo: Agence France-Presse (photo) Alex Wong
    Le choix de l’équipe Romney, qui s’est arrêté sur le représentant du Wisconsin, n’aura pas relancé une campagne républicaine morose.
    Le choix du colistier est un élément non négligeable qui peut parfois sceller l’issue d’une élection présidentielle, comme ce fut le cas notamment en 2008 lors du choix douteux de Sarah Palin pour compléter le ticket républicain. Du côté de Mitt Romney, et comme à pareille date tous les quatre ans, la sélection du potentiel vice-président comporte son lot de spéculations et de jeux de coulisses : plusieurs têtes d’affiche du Parti républicain ont été pressenties pour remplir cette tâche, notamment Chris Christie, gouverneur du New Jersey, ou Marco Rubio, jeune sénateur hispanique de la Floride.

    Mais le choix de l’équipe Romney s’est finalement arrêté sur Paul Ryan, représentant du Wisconsin et présentement président du comité de la Chambre sur le budget. Une décision certes réfléchie, mais qui n’aura pas relancé une campagne républicaine morose, où l’on accuse souvent Romney d’attaquer son adversaire sur la situation économique dans laquelle baignent les États-Unis sans expliquer de manière claire comment il compte lui-même y remédier.


    Les contrecoups du choix de Ryan


    Chef de file des conservateurs fiscaux, notamment grâce à son fameux budget de 2008 dans lequel il proposait une privatisation partielle du programme Medicare, Paul Ryan s’avère également un candidat de choix pour les éléments les plus conservateurs du Parti républicain, et ce, à cause de ses positions pro-vie tranchées.


    Cherchant à reconquérir son électorat plus traditionnel, le Parti républicain s’est tourné vers Ryan afin de courtiser les personnes de 65 ans et plus en leur promettant de verser des bons (vouchers) leur permettant de choisir le pourvoyeur de leurs services médicaux. De cette façon, le camp républicain tentait de contourner la loi sur la santé du gouvernement Obama, dont la constitutionnalité fut reconnue par la plus haute instance juridique du pays en juin dernier.


    Toutefois, ce que les observateurs appellent le « Ryancare » semble plutôt déplaire davantage aux personnes retraitées, qui estiment que leurs acquis pourraient nécessairement être bafoués : bien que 46 % des retraités aient une opinion favorable de Ryan à titre de politicien, seulement 36 % (dont des sympathisants du Tea Party) approuvent sa réforme de l’aide médicale. Et même si une grande partie de la population est favorable à une refonte majeure du programme Medicare (dont 65 % parmi les 30-44 ans et 37 % chez les 65 ans et plus), le plan de Paul Ryan n’est peut-être pas une solution optimale au goût de la population américaine.


    Sous un autre angle, la nomination de l’éventuel vice-président n’a pas réussi à attirer de manière convaincante les faveurs des électeurs indécis ou indépendants, ceux-là mêmes sur qui se joue le scrutin. Par exemple, près de 37 % des électeurs qui se disent indépendants ont affirmé avoir une opinion favorable du candidat lors de sa nomination, alors que 41 % ont répondu de manière négative ; 51 % des personnes sondées par Reuters au lendemain de l’annonce de la nomination de Paul Ryan affirmaient que sa présence sur le ticket présidentiel n’avait pas changé leur opinion envers les républicains, et ce, contrairement aux 26 % qui jugeaient l’annonce favorable et aux 21 % qui voyaient cela de manière défavorable.


    En comparaison, le choix de Ryan à titre de colistier a suscité moins de réactions positives qu’à l’annonce de celui de Sarah Palin en 2008 (46 %) et de celui de Dick Cheney en 2000 (55 %). Toutefois, ces résultats mitigés s’expliquent en partie par la faible notoriété de Paul Ryan auprès de l’électorat américain : 80 % des citoyens sondés soutenaient à ce moment ne pas connaître l’homme et encore moins son bilan comme politicien. Le Parti républicain a tenté de remédier à cette lacune lors de la convention du mois dernier, mais encore aujourd’hui les effets tant escomptés se font attendre.


    Ryan, Tea Party et discours de la droite


    Le Tea Party, cette mouvance ultraconservatrice ayant émergé au cours des élections de mi-mandat de 2010, s’est montré plus que satisfait de la nomination de Ryan, qu’il considère comme « l’un des siens », défendant ses intérêts au sein de l’establishment du Capitole. Toutefois, le choix de Ryan en est davantage un de stratégie pour Romney. Considéré par plusieurs comme un électron libre qui semble changer de positions au gré de son auditoire - on pense à l’adoption de la réforme de la santé au Massachusetts ou à ses positions sur le contrôle des armes à feu et l’avortement -, Romney a dû radicaliser ses vues au cours des primaires afin de courtiser un électorat favorisant largement les Rick Santorum, Michelle Bachmann ou Newt Gingrich.


    Le choix de Ryan s’exerce donc dans ce désir de continuité, en mesure désormais de parer aux lacunes de Romney au chapitre du conservatisme social, lui qui n’a pas eu l’heur de persuader les sympathisants du Tea Party de la légitimité de sa nomination lors des primaires républicaines. Toutefois, cette stratégie ne pourra pas convaincre les éléments moins conservateurs de l’électorat américain, et même républicain, que la radicalisation des positions du ticket Romney-Ryan sur les enjeux sociaux ne touche pas.


    Les vidéos de Romney


    Bien que le choix d’un colistier puisse, à l’occasion, faire pencher la balance électorale, Romney semble avoir quelques difficultés à exploiter le maigre écart entre lui et son rival démocrate. Plus récemment, la vidéo d’une allocution de Romney devant de très riches donateurs a refait surface ; il y dénonce les « 47 % qui votent pour Obama et qui dépendent du gouvernement ». En ajoutant qu’il « ne travaillera pas pour ces gens-là, qui ne paient pas d’impôt », Romney a su se mettre à dos une grande partie de l’électorat sensible, notamment les étudiants - largement tributaires de la victoire d’Obama en 2008 -, les vétérans et les personnes les plus vulnérables de la société (19 %), en majorité bénéficiaires du programme Medicaid. Toutefois, les chiffres démontrent que 28,3 % des 47 % d’Américains qui ne paient pas d’impôt sur le revenu sont des travailleurs qui ont un emploi ou qui paient de l’impôt à la source. Le même taux que dans tous les autres pays industrialisés.


    Bombardé de toutes parts, certaines critiques fusant même du clan républicain, Romney persiste et signe en affirmant qu’il ne faisait que répéter ce qu’une majorité d’idéologues républicains pensent, ajoutant qu’il aurait toutefois dû le dire de manière plus « élégante ».


    Cette vidéo controversée, dont la diffusion viendrait du petit-fils de Jimmy Carter, n’est qu’un des exemples des difficultés du candidat républicain à montrer sa sensibilité pour les intérêts d’une population qu’il est censé représenter. Un avantage de taille pour le président sortant, alors que les sondages montrent qu’il est en avance dans trois États-clés, à savoir le Wisconsin, le Colorado et la Virginie.


    De plus, la réaction du candidat républicain lors de l’assaut contre l’ambassade américaine en Libye, où il a accusé le président Obama, prudent, d’encourager les « terroristes », a aussi contribué à ses déboires des dernières semaines : 37 % de la population a dit avoir plus confiance en Obama, alors que 29 % ont dit la même chose à la suite de la réponse de Romney.

     

    Biden contre Ryan


    La nomination du potentiel candidat à la vice-présidence peut parfois servir de tremplin pour un candidat malheureux dont la campagne fait du surplace : pensons notamment à l’enthousiasme et à l’intrigue suscités par la sélection de Sarah Palin pour compléter le ticket républicain en 2008, qui se sont finalement dégonflés au gré des propos douteux de la gouverneure durant la campagne.


    Toutefois, du côté démocrate, Joe Biden semble avoir une longueur d’avance lorsque vient le temps de s’attirer la sympathie des gens : bien que 40 % des gens considèrent que le mot qui le résume le mieux est « idiot » (comparativement à 43 % qui optent pour « bon »), Biden semble davantage en mesure de représenter l’homme normal, près du peuple, avec une image de charme qui produit ses effets lors des rencontres de casse-croûte avec les électeurs.


    En dépit de sa propension à faire des gaffes (notamment lorsqu’il a dit en Virginie, État anciennement esclavagiste, que les politiques fiscales républicaines équivalaient à « remettre les chaînes aux pieds des gens »), sa solide expérience à titre de président du comité du Sénat sur les relations étrangères, combinée à sa facilité d’interaction spontanée avec les électeurs, fait de lui un élément important du gouvernement Obama qui ne semble pas avoir d’égal du côté républicain.


    Le deuxième mandat du président Obama n’est toutefois pas assuré, étant donné que le choix d’un colistier ne peut être tributaire à lui seul des réussites et échecs d’un candidat à la présidence. Malgré un regain de popularité au lendemain de la convention démocrate, attribuable en bonne partie aux discours de Bill Clinton et de la première dame Michelle Obama, les yeux restent tournés vers les chiffres sur l’emploi et sur une éventuelle reprise économique.


    L’histoire nous a appris que l’issue des élections présidentielles américaines peut se jouer à tout moment et que, même si Romney demeure « his own worst enemy » [son pire ennemi], ce sera ultimement l’économie et la santé qui demeureront les éléments centraux de la campagne.













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