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La campagne de Mitt Romney - Comédie d’erreurs

28 septembre 2012 | Serge Truffaut | États-Unis
S’il fallait qualifier avec précision et retenue la campagne menée par Mitt Romney au cours du dernier mois, la phrase suivante serait la plus appropriée qui soit : une comédie d’erreurs. Une comédie si imposante par le nombre d’épisodes qu’elle désespère au sein même du camp républicain.

Pas plus tard que jeudi matin, le mensuel Mother Jones a régalé encore une fois la galerie en communiquant une vidéo enregistrée en 1985 dans laquelle Mitt Romney venait de conduire Bain Capital sur les fonts baptismaux de l’activité financière. On voit, on entend surtout, le champion des républicains marteler que l’objectif de Bain est d’investir dans des entreprises pour mieux « les exploiter et en tirer un profit maximum » au cours d’une période ne devant pas excéder huit ans.


Pas plus tard (bis) que lundi dernier, près de 200 ouvriers d’une usine d’automobiles située dans l’Illinois manifestaient leur opposition comme leur colère, d’ailleurs justifiée, contre la délocalisation de l’usine en question quelque part en Chine. Qui a commandé ce geste ? Qui est derrière cette manoeuvre dictée par une inclination aussi absolue qu’avide pour le profit et le seul profit ? Bain Capital. Bingo !


La veille au soir, ça ne s’invente pas, ce Romney si lisse à l’écran confiait notamment au journaliste de 60 Minutes comment il allait s’y prendre pour créer des emplois. Il a entonné la rengaine de l’homme d’autant plus sensible au sort des chômeurs et d’autant plus en mesure de modifier leur destin sur ce flanc que son passé à Bain Capital lui a appris comment mettre entre parenthèses des situations adverses. Bla, bla, bla…


Comment se fait-il qu’à l’heure de Twitter, du tout Internet et de la quincaillerie informatique, l’entreprise qui a permis à Romney d’amasser une énorme fortune ait posé un geste qui contredit les propos d’un des siens ? Ses ennemis auraient conçu un coup fourré qu’ils ne se seraient pas pris autrement.


Chose certaine, les événements des derniers jours ont anesthésié tous les efforts déployés au cours de la dernière quinzaine avec l’espoir de gommer les effets désastreux conséquents à la précédente vidéo dévoilée par Mother Jones. On se souviendra que dans cette dernière, Romney, devant un parterre regroupant des « gros » contributeurs à sa campagne, affiche un certain mépris pour les 47 % d’Américains qu’il estime appartenir à la catégorie des « assistés ».


Pour le camp républicain, cette vidéo a eu ceci de déprimant et de rageant qu’elle a mis à nouveau en relief l’image d’un homme si riche qu’il est complètement détaché de la réalité quotidienne de la majorité de ses concitoyens. L’image d’un homme qui a déboursé moins de 15 % d’impôts des revenus annuels moyens avoisinant, et parfois dépassant, les 20 millions. Autrement dit, l’image d’un homme qui paye moins d’impôt que sa secrétaire. Ce n’est pas tout.


Avant cet épisode, le prétendant républicain avait commis une gaffe d’une grande ampleur. Une gaffe qui, elle, met en relief l’incompétence, pour reprendre le mot de Peggy Noonan, chroniqueuse au Wall Street Journal, mais surtout ancienne conseillère de Ronald Reagan, de Bush père et soutien de Bush fils. Toujours est-il que selon Noonan et autres républicains en vue, l’intervention de Romney après l’assaut donné à l’ambassade américaine en Libye avec la conclusion que l’on sait s’est avérée une erreur monumentale. Ici et là, chez les républicains, on se demande comment il se fait que l’équipe Romney au complet ait oublié que lorsque des intérêts américains à l’étranger sont attaqués, le pays tout entier se range derrière le président. Qui plus est, l’intervention en question ayant logé à l’enseigne de l’attaque tous azimuts contre Obama sans un minimum de sensibilité pour les membres des familles de l’ambassadeur et des trois employés, elle a été jugée comme étant très déplacée par les électeurs. Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder aux récents sondages qui donnent Obama gagnant dans les États clés de l’Ohio et de la Floride. Bref, c’est à se demander où ont été égarés les enseignements de Politique 101.

 
 
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