Repères - Les chiffres (et les mots) qu’on lance
Mitt Romney pense qu’il vit dans un pays dont 47 % des habitants se prennent pour des « victimes », ne paient pas d’impôt et réclament des soins médicaux, de la nourriture et des logements (« You name it ») comme si tout cela leur était dû.
Bref, tout près de la moitié de l’électorat américain est constitué d’assistés sociaux et de profiteurs qui voteront automatiquement pour Barack Obama, a déclaré le candidat républicain, qui ne savait évidemment pas qu’on le filmait.
M. Romney a ensuite confié à son auditoire de partisans et de collecteurs de fonds qu’il n’essaierait même pas de convaincre cette catégorie inintéressante de concitoyens et qu’il ferait porter tous ses efforts sur les « cinq ou dix % » d’individus situés au centre de l’échiquier politique, qui sont à ses yeux « indépendants » et « réfléchis ».
S’il est vrai qu’environ 47 % des Américains ne paient pas d’impôt (fédéral) sur le revenu, c’est parce qu’ils sont soit trop pauvres, soit âgés, ayant donc déjà payé leur part ; ce qui ne les empêche pas, dans la plupart des cas, d’acquitter des taxes (notamment fédérales) sur la masse salariale et sur les diverses contributions à l’échelle locale.
Ah oui, parmi ces 47 % d’Américains qui n’ont pas payé d’impôt sur le revenu, on compte aussi 4000 millionnaires qui ont de très bons comptables… Ceux-là n’exigent pas de coupons alimentaires du gouvernement fédéral et ne voteront pas tous pour Barack Obama !
Ce chiffre de 47 % hantera longtemps Mitt Romney, qui n’en est pas à sa première gaffe.
On célèbre ces jours-ci le premier anniversaire du mouvement Occupy Wall Street (OWS), qui a popularisé un autre chiffre, le 99 %. « We are the 99 % » : cette formule a frappé l’imaginaire et a acquis une certaine respectabilité après le mépris initial. Le slogan est habile, rassembleur et simple, peut-être un peu trop simple. Pourquoi en effet opposer les 1 % les plus riches aux 99 % qui restent quand ce dernier groupe compte, après tout, des gens qui gagnent plus d’un demi-million par année ? Pourquoi ne pas parler plutôt du 0,1 % et des 99,9 %, comme l’a déjà proposé l’économiste Paul Krugman ? Et que dire de ceux, parmi les 1 % du dessus, qui n’exploitent personne et qui deviennent riches parce que le public aime leurs chansons, leurs exploits sportifs ou leurs documentaires qui dénoncent… les inégalités ?
Le mouvement OWS s’est essoufflé, comme celui des « indignés » madrilènes qui l’avait inspiré. Le premier anniversaire de son apparition n’a été marqué que par de petits rassemblements, à New York et ailleurs.
La dénonciation du fossé qui se creuse entre les très riches et les autres se fait néanmoins de plus en plus fréquente depuis la crise financière de 2008 et les scandales mis au jour dans sa foulée. Elle a alimenté quelques discours lors de la récente convention démocrate. Le problème de la dette étudiante, qui constituait l’une des grandes préoccupations des occupants de Zuccotti Park l’automne dernier, a fait l’objet de quelques débats au Congrès. Certaines mesures ont été prises afin de s’y attaquer, bien timides quand on songe que cette dette dépasse les 1000 milliards.
On aurait peut-être tort de minimiser l’importance du mouvement né l’année dernière à New York simplement parce que sa manifestation principale n’a pas duré. Certains le comparent à d’autres grands mouvements qui ont façonné la société américaine à d’autres époques, comme le mouvement syndical ou celui des droits civiques, qui ont commencé par des manifestations isolées avant de prendre toute leur ampleur.








