Convention démocrate - Obama opte pour la franchise
«Le chemin que je vous offre est peut-être plus dur, mais il mène à un monde meilleur»
« Je ne prétendrai pas que le chemin que je vous offre est rapide ou facile. Je ne l’ai jamais fait, a-t-il déclaré. Vous ne m’avez pas élu pour vous dire ce que vous voulez entendre. Vous m’avez élu pour vous dire la vérité. Et la vérité est qu’il nous faudra plus que quelques années pour relever les défis qui ont pris de l’ampleur au cours des dernières décennies. Cela nécessitera un effort commun, une responsabilité commune, et le genre d’expérimentation audacieuse et tenace à laquelle Franklin Roosevelt [un démocrate] a eu recours pendant la seule pire crise [économique] que celle-ci. »
« Mais sache ceci, Amérique : nos problèmes peuvent être résolus, a-t-il poursuivi. Nos défis peuvent être relevés. Le chemin que je vous offre est peut-être plus dur, mais il mène à un monde meilleur. Et je vous demande de choisir cet avenir. »
Contrairement à son discours d’investiture à Denver en 2008, Obama pouvait difficilement se laisser aller à l’idéalisme jeudi soir. Après près de quatre années passées à la Maison-Blanche, le président traîne avec lui un bilan économique peu reluisant sur le plan strict des chiffres. Le taux de chômage de 8,3 % - aucun président n’a été réélu avec un taux excédant 7,3 % - et la dette de 16 000 milliards sont en effet son talon d’Achille dans une campagne axée surtout sur l’économie.
Selon un sondage Gallup effectué avant les deux conventions, 60 % des Américains jugent négativement Obama dans les dossiers économiques, lui préférant Mitt Romney.
Son adversaire et d’autres républicains ont d’ailleurs fait leur chou gras de cet écart entre les grands espoirs soulevés par Obama en 2008 et l’état actuel de l’économie américaine.
Le président devait donc répondre au principal argument utilisé contre lui par les républicains : « Êtes-vous dans une meilleure situation qu’il y a quatre ans ? »
Des objectifs précis
Mais tout en défendant son bilan, Obama a surtout mis l’accent sur les années à venir en proposant notamment une série de mesures et d’objectifs précis visant à relancer l’économie - une différence notoire avec son discours de 2008, qui était resté dans les généralités.
Le président a ainsi annoncé son intention de créer un million de nouveaux emplois dans le secteur manufacturier et de doubler les exportations d’ici la fin de 2014.
Dans le secteur de l’énergie, Obama a annoncé vouloir réduire de moitié les importations de pétrole d’ici 2020 et soutenir la création de 600 000 emplois dans le secteur du gaz naturel avant la fin de la décennie.
Quant à l’enjeu crucial du déficit, il a promis de le réduire de 4000 milliards au cours de la même période.
Dans une élection dont la clé réside surtout dans la mobilisation des bases électorales pour chacun des partis, Obama a tenu à marquer une différence claire avec son rival Mitt Romney et les républicains. « Pour chaque enjeu, le choix auquel vous faites face ne sera pas seulement entre deux candidats ou deux partis, devait-il dire. Ce sera un choix entre deux chemins différents pour l’Amérique. Un choix entre deux visions de l’avenir fondamentalement différentes. » Il s’est toutefois gardé d’attaquer son adversaire de façon frontale, ne le nommant par son nom qu’une seule fois.
À l’instar de Bill Clinton, qui était monté sur scène mercredi soir, le président a ainsi mis de l’avant la tradition collectiviste des démocrates en l’opposant à l’approche individualiste des républicains. Lors de la convention républicaine, qui a eu lieu la semaine dernière à Tampa, en Floride, le sénateur Rand Paul avait soulevé la foule en déclarant que « l’individu est plus fort que la collectivité ».
Obama a toutefois tenu à rassurer les électeurs centristes soucieux de restreindre l’intervention de l’État dans l’économie en affirmant que «ceux parmi nous qui portent l’héritage [de Roosevelt] doivent se rappeler que ce ne sont pas tous les problèmes qui peuvent être réglés avec un autre programme gouvernemental ou un diktat de Washington. »
Selon Guillaume Lavoie, membre de la Chaire Raoul-Dandurand joint à Charlotte par Le Devoir, « les observateurs et les médias ne manqueront pas de comparer ce discours avec celui de Denver en 2008. Et ce n’est pas facile de rivaliser avec ce qu’il a fait en 2008. » Voilà pourquoi, poursuit-il, Obama a pris un ton présidentiel pour expliquer qu’il n’y a pas de solutions magiques ou simples aux problèmes du chômage et de l’économie.
Biden défend les décisions d’Obama
Le vice-président, Joe Biden, est quant à lui venu une heure plus tôt dorer l’image du président, notamment en rappelant la tâche titanesque à laquelle celui-ci faisait face lors de sont arrivée à la Maison-Blanche. « Il y a quatre ans, les revenus de la classe moyenne étaient déjà en déclin. Puis, le plancher s’est effondré. La crise financière a frappé. Dès que le président Obama s’est assis derrière son pupitre dans le bureau ovale, il savait qu’il devait ramener la confiance non seulement de la nation, mais du monde entier. […] Jour après jour, nuit après nuit, je me suis assis à côté de lui, alors qu’il prenait une décision courageuse après l’autre pour mettre un frein au déclin et le renverser. […] Et grâce aux décisions qu’il a prises et à la force que le peuple américain a démontrée chaque jour, l’Amérique remonte la pente ! Après la pire perte d’emplois depuis la Grande Dépression, nous avons créé 4,5 millions d’emplois dans le secteur privé dans les 29 derniers mois. »
Tout comme le président, le vice-président a défendu le plan de sauvetage de l’industrie automobile, qu’il a présenté comme un choix crucial et indispensable pour l’économie américaine. Il a également vanté les talents de commandant en chef d’Obama en rappelant l’épisode de l’assassinat d’Oussama ben Laden.
Maintenant que les deux conventions sont terminées, les deux camps surveilleront de près les chiffres mensuels sur le chômage qui seront dévoilés vendredi matin, ainsi que le rebond que créeront les deux événements dans les intentions de vote. La semaine prochaine, la question sera en effet laquelle des deux conventions aura fait le plus croître les intentions de vote des candidats. Dans une campagne jusqu’ici très serrée et très stable dans les sondages, les conventions comptent parmi les rares moments forts pouvant changer la donne.








