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Repères - Le tueur de minuit

26 juillet 2012 | Claude Lévesque | États-Unis
En 1963, Lee Harvey Oswald avait commandé et reçu par la poste le fusil à lunette avec lequel il a assassiné le président Kennedy à Dallas. Il a fallu attendre cinq ans avant qu’on interdise ce mode de livraison pour ce type de marchandise.

James Holmes, le psychopathe qui a déchargé ses armes sur une foule de cinéphiles à Aurora, au Colorado, dans la nuit de jeudi à vendredi, a acheté d’importantes quantités de munitions sur Internet. Il s’est aussi procuré en ligne diverses fournitures de type paramilitaire offertes par des fournisseurs spécialisés.


Le fait que ce dernier drame s’est produit en pleine campagne électorale contribuera-t-il à remettre le débat sur le contrôle des armes à feu à l’ordre du jour politique ? Rien n’est moins sûr. Le seul politicien de premier plan qui a osé en parler, c’est Michael Bloomberg, le maire multimilliardaire de New York, une métropole nettement plus « libérale » (au sens américain du terme) que le reste du pays, c’est-à-dire moins hostile à des interventions de l’État quand le bon sens l’exige.


Les autres élus, y compris MM. Obama et Romney, évitent le sujet comme la peste, craignant de tomber dans le collimateur - excusez le jeu de mots - de la NRA (National Rifle Association), le puissant lobby des armes à feu.


Les sondages réalisés au cours des derniers mois indiquent que 55 % des Américains ne souhaitent aucun resserrement des règlements sur les armes à feu, contre 45 % qui en souhaitent.


La tuerie de Tucson, en janvier 2011, n’a rien changé aux opinions de nos voisins du Sud à ce chapitre, pas plus que celles de Columbine (1999), de Virginia Tech (2007) et de Fort Hood (2009).


La proportion des partisans et des adversaires d’un plus grand contrôle des armes à feu s’est inversée en quinze ans. Cette évolution s’explique en grande partie par les campagnes persuasives menées par la NRA.


Après JFK, d’autres héros américains sont tombés sous les balles d’assassins, dont Robert Kennedy et Martin Luther King. Un certain nombre de lois ont été adoptées, surtout pendant les deux décennies qui ont suivi ces drames, puis en 1994 pendant le premier mandat de Bill Clinton. Cette année-là, plusieurs élus démocrates ont ensuite été défaits aux élections de mi-mandat en raison de leur appui au contrôle des armes. Les politiciens savent que c’est à leurs risques et périls qu’ils abordent le sujet.


On retrouve environ 270 millions d’armes à feu entre les mains de particuliers aux États-Unis, ce qui constitue probablement un record.


Les adversaires du contrôle des fusils prétendent que, plus il y aura d’honnêtes citoyens qui en possèdent, moins les méchants auront la tâche facile. C’est évidemment oublier que, dans une salle obscure, le week-end dernier, la présence de justiciers autoproclamés aurait tout simplement augmenté le nombre des victimes innocentes. Qu’à cela ne tienne : les ventes d’armes à feu ont connu au Colorado une augmentation spectaculaire depuis vendredi !

 
 
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