Fusillade meurtrière au Colorado
La première de Batman tourne au drame dans un cinéma d’Aurora après l’irruption d’un tireur ayant tué au moins 12 personnes
Le principal suspect, un citoyen américain de 24 ans du nom de James Holmes, a été interpellé sans résistance par les policiers peu après l’attaque, près de sa voiture garée à l’arrière du cinéma. En plus d’une arme laissée sur les lieux de la tuerie, trois autres, dont un fusil d’assaut, ont été retrouvées dans son véhicule.
Les spectateurs étaient nombreux pour la séance de minuit de The Dark Knight Rises au cinéma Century 16 d’Aurora, où l’attaque a semé la panique entre 20 et 30 minutes après le début du film. Entièrement vêtu de noir, portant un masque à gaz, un casque, un gilet pare-balles, un protège-cou, un masque et des gants, James Holmes a d’abord lancé une bombe lacrymogène avant d’ouvrir le feu au moment même où se jouait une scène de fusillade, ajoutant à la confusion.
Quand la fumée a commencé à se répandre dans la salle, certains spectateurs ont cru à une mise en scène organisée dans le cadre de la première du film. « On a juste continué à regarder le film pendant un moment », a indiqué un témoin. Puis, réalisant que quelqu’un tirait réellement dans la salle, « tout le monde a commencé à paniquer ». Le tireur n’arrêtait de tirer que pour recharger ses armes, a expliqué Jennifer Seeger, qui se trouvait à environ 1,50 m du tueur.
Environ 25 policiers sont arrivés sur les lieux dans les minutes qui ont suivi les premiers appels au secours, pour être près de 200 sur place au coeur des opérations, indiqué le chef de la police d’Aurora, Dan Oates. « Nous pensons [que le suspect] a agi seul », a-t-il ajouté, promettant une enquête minutieuse sur la tuerie, l’une des pires de l’histoire récente des États-Unis.
À quelques kilomètres du cinéma, des agents du FBI et des artificiers ont inspecté l’appartement du suspect, qui s’est avéré piégé par des matières explosives et inflammables. Les autorités ont évacué cinq bâtiments du secteur en attendant de pouvoir neutraliser les lieux, une opération qui pourrait prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours, car le matériel est « très sophistiqué », a précisé Dan Oates.
Originaire de Californie, candidat au doctorat en neurosciences à l’Université du Colorado, James Holmes était sur le point d’abandonner ses études, a précisé un porte-parole de l’établissement. Il n’était jusqu’alors pas connu des services de police, hormis pour un excès de vitesse en octobre dernier.
Cette nouvelle tuerie a rappelé aux habitants du Colorado celle, tristement célèbre, du 20 avril 1999 à l’école secondaire Columbine, une ville située à 30 kilomètres d’Aurora. Cette tuerie avait d’ailleurs inspiré le documentaire critique Bowling for Columbine au controversé réalisateur Michael Moore, qui y a examiné les multiples raisons au nombre toujours augmentant de fusillades aux États-Unis.
Des motivations floues
Les motivations du tueur restent encore inconnues, mais cela pourrait être un désir de passer à la postérité, a avancé Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs de masse, sur les ondes de RDI hier après-midi. « C’est quelqu’un de solitaire, de reclus, d’introverti ; d’ailleurs, ses voisins ont dit que lorsqu’ils lui disaient bonjour, il ne répondait jamais », a-t-il statué. Ces tueurs solitaires, souvent en situation d’échec professionnel et sentimental, commettent à son avis des « suicides extravertis, car ils veulent laisser une empreinte et une marque dans l’histoire - d’où la sélection de lieux où il y a beaucoup de monde, où ils savent que le retentissement médiatique va être planétaire ».
Si les médias refusaient de publier l’identité des tueurs de même que leurs blogues et testaments numériques - comme cela s’est vu avec le manifeste d’Andres Breivik après sa tuerie en Norvège l’an dernier -, « on pourrait dans une certaine mesure enrayer ce type de phénomène », croit le spécialiste.
Obama suspend sa tournée
En déplacement en Floride dans le cadre de la campagne présidentielle, le président Barack Obama s’est déclaré « choqué et attristé » par « l’atroce et tragique » fusillade d’Aurora et a décidé d’interrompre son voyage pour regagner la Maison-Blanche, appelant au recueillement. « Comme nous le faisons lorsque nous traversons des moments sombres, nous devons nous unir comme une famille américaine », a-t-il déclaré. Le président a aussi donné l’ordre de mettre les drapeaux américains en berne sur tous les édifices publics, missions diplomatiques et bases militaires jusqu’au 25 juillet au soir, en hommage aux victimes de la fusillade.
Le candidat Mitt Romney, qui se trouvait au New Hampshire, a lui aussi interrompu sa campagne. « Aujourd’hui, je ne suis pas un candidat, mais un père et un grand-père, un mari et un Américain », a-t-il déclaré.
À New York, la police a annoncé qu’elle renforcerait les mesures de sécurité dans les cinémas diffusant le film « par précaution contre d’éventuels imitateurs », une mesure imitée par quelques cinémas au Canada - bien que certains d’entre eux estiment que cette tuerie est un « incident isolé ». Quant à l’avant-première de The Dark Knight Rises à Paris, qui devait se tenir en présence des vedettes du film, elle a été annulée.
Avec l’Associated Press et l’Agence France-Presse
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Un destin tragique
Une jeune Américaine qui avait évité in extremis de se retrouver au cœur d’une fusillade au Centre Eaton de Toronto le mois dernier figure parmi les victimes de la tuerie survenue hier au Colorado, a affirmé son copain. Le jeune homme, joint à son domicile de Markham, en Ontario, a raconté avoir parlé pour la dernière fois à sa copine, Jessica Ghawi, 24 ans, tout juste avant qu’elle entre dans la salle, jeudi soir. « Elle m’a souhaité de passer une bonne nuit. Elle savait qu’il était tard ici, a mentionné Jay Meloff. C’est le dernier échange que nous avons eu. » Les autorités du Colorado n’ont toujours pas dévoilé le nom des victimes, mais la famille de Jessica Ghawi a confirmé à un média local qu’elle avait été mortellement blessée dans la tragédie. Jay Meloff a indiqué qu’il se trouvait avec sa petite amie au Centre Eaton à Toronto le 2 juin peu de temps avant qu’un homme armé ouvre le feu, tuant deux hommes et blessant plusieurs passants.
La Presse canadienne








