États-Unis - Vers un Super Tuesday peu décisif
Mitt Romney et ses rivaux pour l'investiture du Parti républicain vont s'affronter lors du «Super Tuesday», un mardi qualifié de «super» parce qu'il offre 10 primaires d'un coup. Mais ce rendez-vous électoral, souvent décisif par le passé, pourrait ne pas l'être cette année.
Washington — Mitt Romney aborde le Super Tuesday en chef de file des candidats à l'investiture républicaine. L'ancien gouverneur du Massachusetts a repris cette première place en remportant les primaires qui se déroulaient mardi en Arizona et au Michigan.
Jusqu'à présent, l'homme qui était considéré par l'appareil du Parti républicain et les commentateurs politiques américains comme l'adversaire «inévitable» du président sortant a connu une campagne en dents de scie.
Plusieurs fois, il s'est vu ravir la première place. Par le chef d'entreprise Herman Cain, par l'ancien président de la Chambre Newt Gingrich, plus récemment par l'ancien sénateur de la Pennsylvanie Rick Santorum. Plusieurs fois, il a commis des gaffes importantes, surtout en pleine crise économique et sociale. En se disant «pas inquiet pour les pauvres» ou en confiant que sa femme a «deux ou trois Cadillac», par exemple.
«Malgré toutes ses difficultés en tant que candidat, Mitt Romney ne manque pas de résilience; or ce trait de caractère est essentiel chez un président», assure un éditorial du Wall Street Journal, quotidien de tendance républicaine. Mais Mitt Romney n'est encore que candidat à l'investiture et ses difficultés ne sont pas finies.
Le Super Tuesday est le grand rendez-vous de la campagne pour l'investiture. C'est le jour où sont en jeu le plus d'États et le plus de délégués au congrès du parti.
En général, le moment est décisif. Il scelle le statut du chef de file qui, aidé en cela par l'abandon subséquent d'un ou de plusieurs rivaux, caracole ensuite vers l'investiture. Ce fut le cas pour Walter Mondale en 1984, pour Bill Clinton en 1992, pour Bob Dole en 1996, pour Al Gore et George W. Bush en 2000, pour John Kerry en 2004.
Le Super Tuesday fut aussi décisif en 2008 pour John McCain dans le camp républicain. Mais pas pour Barack Obama. Dans le camp démocrate, ce «super mardi» ne permit pas à Hillary Clinton, chef de file présumée alors, d'écraser le jeune sénateur, mais ne permit pas non plus au locataire actuel de la Maison-Blanche de s'imposer. Du coup, il fallut attendre le mois de juin pour que madame Clinton abandonne.
La campagne en cours pour l'investiture républicaine pourrait ressembler à la campagne pour l'investiture démocrate de 2008. Les dirigeants du Parti républicain récolteraient ici ce qu'ils ont semé. Ils se sont en effet inspirés du processus des primaires démocrates de 2008. Devant le suspense du duel Obama-Clinton qui avait subjugué les médias et attiré de nouveaux électeurs aux primaires démocrates, ils ont introduit plus de proportionnelles dans l'attribution des délégués des États au congrès.
L'enjeu
Il faut 1144 délégués à Mitt Romney, Rick Santorum, Newt Gingrich ou Ron Paul pour obtenir l'investiture. Or, deux mois après le début des primaires, aucun d'eux n'a plus de 200 délégués.
Le Super Tuesday mettra en jeu 10 États: l'Alaska, la Géorgie, l'Idaho, le Massachusetts, le Dakota du Nord, l'Ohio, l'Oklahoma, le Tennessee, le Vermont et la Virginie. Pour un total de 419 délégués. Or, même si un candidat les remportait tous, il ne raflerait pas les 419 délégués, car plusieurs États attribueront leurs délégués à la proportionnelle. Ainsi de la Géorgie, le plus gros lot du Super Tuesday avec 76 délégués.
Par ailleurs, et même si les abandons ne sont jamais à exclure, on voit mal l'un des candidats encore en lice jeter l'éponge au vu des résultats du Super Tuesday.
Un abandon est hors de question pour Mitt Romney, chef de file, même si c'est cahin-caha, depuis le démarrage de la campagne présidentielle et vainqueur de 6 primaires sur les 11 qui ont eu lieu jusqu'à présent.
De son côté, Rick Santorum est le candidat qui, après Mitt Romney, a gagné le plus de primaires et qui est le mieux financé. Soutenu par une large part des évangéliques et du Tea Party, trouvant un écho auprès de la classe ouvrière dans des États industriels tels que le Michigan mardi dernier et, peut-être, l'Ohio, où les sondages le montrent nettement en tête, M. Santorum se veut «la solution de remplacement» à M. Romney.
Ron Paul, bien que toujours sans victoire, n'a rien à perdre et tout à gagner en restant dans la course. À 76 ans, le député texan n'a jamais réussi à autant braquer les projecteurs sur ses principes libertariens que durant cette campagne présidentielle, la troisième de sa carrière. Il est adulé par ses sympathisants et compte accumuler assez de délégués jusqu'au congrès pour influencer le programme du parti.
Des quatre hommes, c'est Newt Gingrich qui est le plus fragilisé. A priori, il n'a rien à perdre non plus et tout à gagner aussi en restant en lice. Les hauts et les (très) bas de son parcours politique sont derrière lui. S'étant aliéné la direction de son parti à la fin des années 1990 et s'étant engagé dans une vendetta personnelle vis-à-vis de Mitt Romney après une campagne acrimonieuse pour la primaire de la Floride, il ne peut, sans perdre la face, cesser de narguer «l'establishment» dont il fut membre, mais dont la critique est désormais intrinsèque à son message. Mais moins bien financé que ses rivaux, il mise essentiellement sur son État, la Géorgie, pour accumuler des délégués mardi.
Le Super Tuesday pourrait donc s'avérer moins décisif que par le passé et n'être qu'une étape vers un long printemps électoral pour les républicains.
***
Collaboration spéciale
Washington — Mitt Romney aborde le Super Tuesday en chef de file des candidats à l'investiture républicaine. L'ancien gouverneur du Massachusetts a repris cette première place en remportant les primaires qui se déroulaient mardi en Arizona et au Michigan.
Jusqu'à présent, l'homme qui était considéré par l'appareil du Parti républicain et les commentateurs politiques américains comme l'adversaire «inévitable» du président sortant a connu une campagne en dents de scie.
Plusieurs fois, il s'est vu ravir la première place. Par le chef d'entreprise Herman Cain, par l'ancien président de la Chambre Newt Gingrich, plus récemment par l'ancien sénateur de la Pennsylvanie Rick Santorum. Plusieurs fois, il a commis des gaffes importantes, surtout en pleine crise économique et sociale. En se disant «pas inquiet pour les pauvres» ou en confiant que sa femme a «deux ou trois Cadillac», par exemple.
«Malgré toutes ses difficultés en tant que candidat, Mitt Romney ne manque pas de résilience; or ce trait de caractère est essentiel chez un président», assure un éditorial du Wall Street Journal, quotidien de tendance républicaine. Mais Mitt Romney n'est encore que candidat à l'investiture et ses difficultés ne sont pas finies.
Le Super Tuesday est le grand rendez-vous de la campagne pour l'investiture. C'est le jour où sont en jeu le plus d'États et le plus de délégués au congrès du parti.
En général, le moment est décisif. Il scelle le statut du chef de file qui, aidé en cela par l'abandon subséquent d'un ou de plusieurs rivaux, caracole ensuite vers l'investiture. Ce fut le cas pour Walter Mondale en 1984, pour Bill Clinton en 1992, pour Bob Dole en 1996, pour Al Gore et George W. Bush en 2000, pour John Kerry en 2004.
Le Super Tuesday fut aussi décisif en 2008 pour John McCain dans le camp républicain. Mais pas pour Barack Obama. Dans le camp démocrate, ce «super mardi» ne permit pas à Hillary Clinton, chef de file présumée alors, d'écraser le jeune sénateur, mais ne permit pas non plus au locataire actuel de la Maison-Blanche de s'imposer. Du coup, il fallut attendre le mois de juin pour que madame Clinton abandonne.
La campagne en cours pour l'investiture républicaine pourrait ressembler à la campagne pour l'investiture démocrate de 2008. Les dirigeants du Parti républicain récolteraient ici ce qu'ils ont semé. Ils se sont en effet inspirés du processus des primaires démocrates de 2008. Devant le suspense du duel Obama-Clinton qui avait subjugué les médias et attiré de nouveaux électeurs aux primaires démocrates, ils ont introduit plus de proportionnelles dans l'attribution des délégués des États au congrès.
L'enjeu
Il faut 1144 délégués à Mitt Romney, Rick Santorum, Newt Gingrich ou Ron Paul pour obtenir l'investiture. Or, deux mois après le début des primaires, aucun d'eux n'a plus de 200 délégués.
Le Super Tuesday mettra en jeu 10 États: l'Alaska, la Géorgie, l'Idaho, le Massachusetts, le Dakota du Nord, l'Ohio, l'Oklahoma, le Tennessee, le Vermont et la Virginie. Pour un total de 419 délégués. Or, même si un candidat les remportait tous, il ne raflerait pas les 419 délégués, car plusieurs États attribueront leurs délégués à la proportionnelle. Ainsi de la Géorgie, le plus gros lot du Super Tuesday avec 76 délégués.
Par ailleurs, et même si les abandons ne sont jamais à exclure, on voit mal l'un des candidats encore en lice jeter l'éponge au vu des résultats du Super Tuesday.
Un abandon est hors de question pour Mitt Romney, chef de file, même si c'est cahin-caha, depuis le démarrage de la campagne présidentielle et vainqueur de 6 primaires sur les 11 qui ont eu lieu jusqu'à présent.
De son côté, Rick Santorum est le candidat qui, après Mitt Romney, a gagné le plus de primaires et qui est le mieux financé. Soutenu par une large part des évangéliques et du Tea Party, trouvant un écho auprès de la classe ouvrière dans des États industriels tels que le Michigan mardi dernier et, peut-être, l'Ohio, où les sondages le montrent nettement en tête, M. Santorum se veut «la solution de remplacement» à M. Romney.
Ron Paul, bien que toujours sans victoire, n'a rien à perdre et tout à gagner en restant dans la course. À 76 ans, le député texan n'a jamais réussi à autant braquer les projecteurs sur ses principes libertariens que durant cette campagne présidentielle, la troisième de sa carrière. Il est adulé par ses sympathisants et compte accumuler assez de délégués jusqu'au congrès pour influencer le programme du parti.
Des quatre hommes, c'est Newt Gingrich qui est le plus fragilisé. A priori, il n'a rien à perdre non plus et tout à gagner aussi en restant en lice. Les hauts et les (très) bas de son parcours politique sont derrière lui. S'étant aliéné la direction de son parti à la fin des années 1990 et s'étant engagé dans une vendetta personnelle vis-à-vis de Mitt Romney après une campagne acrimonieuse pour la primaire de la Floride, il ne peut, sans perdre la face, cesser de narguer «l'establishment» dont il fut membre, mais dont la critique est désormais intrinsèque à son message. Mais moins bien financé que ses rivaux, il mise essentiellement sur son État, la Géorgie, pour accumuler des délégués mardi.
Le Super Tuesday pourrait donc s'avérer moins décisif que par le passé et n'être qu'une étape vers un long printemps électoral pour les républicains.
***
Collaboration spéciale








