samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 13h48
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

États-Unis - Quand le président fait place au candidat

C'est un discours à la Nation à saveur électoraliste qu'a prononcé mardi Barack Obama

Marie-Christine Bonzom   28 janvier 2012  États-Unis
Le lendemain de son discours à la Nation, Barack Obama est parti en campagne dans cinq États.<br />
Photo : Agence Reuters Jason Reed
Le lendemain de son discours à la Nation, Barack Obama est parti en campagne dans cinq États.
Le président Barack Obama a fait place au candidat Obama cette semaine. Mardi, il a prononcé le dernier discours sur l'état de l'Union de son mandat avant la présidentielle de novembre. Il a enchaîné avec une tournée dans cinq États qui joueront un rôle-clé lors de l'élection. Face à une crise économique profonde qui a exacerbé les inégalités déjà criantes aux États-Unis et face aux républicains qui briguent l'investiture de leur parti pour prétendre à son poste, Barack Obama cadre le scrutin, non comme un référendum sur sa présidence, mais comme un choix de société. Mais il rencontre d'importantes difficultés.

Washington — Tandis que les quatre candidats républicains encore en lice se disputent vigoureusement l'investiture de leur parti, Barack Obama a prononcé mardi soir le traditionnel discours sur l'état de l'Union, moment solennel qu'il a saisi pour formuler auprès d'un très large public les raisons pour lesquelles les Américains doivent lui donner un second mandat en novembre.

Pour l'occasion, c'est autant le candidat Obama que le président Obama qui s'est exprimé. D'emblée, il a dressé un bilan positif de sa présidence.

«L'état de l'Union est plus solide aujourd'hui», a-t-il lancé. Parmi ses «réussites», il cite la fin de la guerre en Irak, l'assassinat d'Oussama ben Laden, l'amorce d'un retrait américain de l'Afghanistan et la création de plus de trois millions d'emplois au cours des deux dernières années.

Même si le scrutin de novembre sera inévitablement aussi un référendum sur son premier mandat, le chef de la Maison-Blanche le pose comme un «choix» de société. Face aux républicains, il veut reconstruire «une économie américaine qui soit faite pour durer, une économie fondée sur le secteur manufacturier américain, les sources américaines d'énergie, les travailleurs américains et un renouveau des valeurs américaines».

La justice sociale

Pour Barack Obama, les «valeurs américaines» ne sont pas celles du capitalisme échevelé et du chacun-pour-soi qui ont prévalu jusqu'à l'effondrement de 2007-2008, mais celles d'une Amérique «plus juste» devant les inégalités entre riches et pauvres qui sont aussi marquées qu'avant la Grande Dépression.

Lui qui est souvent accusé d'être un «socialiste» (peut-être la pire insulte dans la vie politique américaine) a mieux expliqué que jamais que réduire les inégalités, ce n'est pas attiser «la lutte des classes» ou la haine du succès, mais en appeler au «bon sens» et à la «responsabilité».

Sans mentionner expressément Mitt Romney, le milliardaire qui est le candidat républicain le mieux placé dans les sondages nationaux pour le battre en novembre et qui paie ses impôts à un taux inférieur à la plupart des Américains moyens, Barack Obama n'a pas manqué de prôner une réforme fiscale qui augmente le taux d'imposition des riches et qui contribue à diminuer le déficit budgétaire et la dette publique.

Parti en tournée dès mercredi matin pour décliner les thèmes de son discours, Barack Obama a sillonné jusqu'à vendredi soir cinq États qui sont indécis à l'approche de la présidentielle et qui pourraient jouer un rôle déterminant dans sa réélection ou sa défaite: l'Iowa, l'Arizona, le Nevada, le Colorado et le Michigan.

En campagne depuis le mois d'avril, Barack Obama brigue un second mandat avec trois avantages énormes. Il n'a pas de concurrent au sein du Parti démocrate et n'a donc pas à subir l'épreuve des primaires. Il a déjà collecté près de 90 millions de dollars pour financer sa campagne, soit près du triple de Mitt Romney. Troisième avantage, et pas le moindre dans le contexte des États-Unis étant donné la déférence que les Américains et leurs médias accordent à tout locataire de la Maison-Blanche: il est le président sortant.

Wally Herger, un député républicain de la Californie qui soutient Mitt Romney, indique du reste au Devoir que «Barack Obama est le favori de la présidentielle». «Il jouit encore de beaucoup de soutien dans l'opinion et il y a beaucoup de force dans le fait d'être le président sortant», explique Wally Herger.

Or, malgré ces atouts, Barack Obama se retrouverait à égalité avec Mitt Romney si le scrutin présidentiel avait lieu aujourd'hui.

À 46 % de moyenne en cette fin de janvier, la cote de popularité du chef de la Maison-Blanche a en effet baissé de 5 points en un an. Les sondages montrent que plus de la moitié des Américains pensent que Barack Obama «n'a pas fait grand-chose» depuis son arrivée au pouvoir et lui attribuent la responsabilité de ce bilan plutôt qu'au Congrès. Selon les études d'opinion, une majorité d'Américains estiment même que leur président ne mérite pas un second mandat.

Emblématique des difficultés du président sortant, Barack Obama ne commande plus l'attention de son peuple. Son troisième discours sur l'état de l'Union n'a été regardé que par 37,8 millions de téléspectateurs. C'est une audience comparable à celle du dernier discours sur l'état de l'Union de George Bush et la plus faible audience du président Obama pour cet événement annuel, beaucoup plus faible puisqu'en 2009 son premier discours de ce type avait rassemblé 52,4 millions de téléspectateurs.

Les difficultés de Barack Obama à dix mois du scrutin sont dues à plusieurs facteurs. Notamment, les deux tiers des Américains pensent que leur pays est «sur la mauvaise voie». En dépit d'une certaine reprise de l'économie, le taux de chômage est encore de 8,5 %, beaucoup plus si on compte les individus tellement découragés qu'ils ont cessé de chercher un emploi.

Par ailleurs, nombre d'électeurs qui avaient voté pour Barack Obama en 2008 sont déçus, essentiellement parce que le changement qu'il a apporté est perçu comme pas aussi fondamental que ce qui était souhaité (l'aile gauche du Parti démocrate, les jeunes, certains indépendants).

«Mesuré à l'aune de son bilan depuis trois ans et aux promesses qu'il avait faites pendant la campagne de 2008, son discours sur l'état de l'Union ne fait pas le poids», juge Ralph Nader, ancien candidat à la Maison-Blanche qui se situe à gauche du Parti démocrate et qui qualifie M. Obama de «poltron politique».

Ralph Nader appelle la gauche à faire pression sur M. Obama en lui présentant «une série d'exigences progressistes» et en lui signifiant qu'il existera «une solution de remplacement lors du scrutin de novembre: rester à la maison».

C'est l'option vers laquelle penche Janette, une militante de l'aile gauche du Parti démocrate qui a préféré garder l'anonymat auprès du Devoir. «Pour la première fois de ma vie, je pense m'abstenir de voter à la présidentielle», confie cette docteure qui avait voté pour Barack Obama en 2008.

Parmi les causes de son mécontentement envers le chef de la Maison-Blanche, elle mentionne l'escalade militaire en Afghanistan et au Pakistan ainsi que les failles de la réforme de la santé, laquelle n'inclut pas de programme public d'assurance maladie ni a fortiori de couverture médicale universelle.

Barack Obama est parfaitement conscient des difficultés auxquelles il fait face à ce stade de la campagne. «Je sais que le changement que vous vouliez n'est pas venu aussi vite qu'espéré», a-t-il ainsi déclaré devant la communauté noire de Harlem à New York au milieu du mois. Mais l'homme qui avait bâti toute sa campagne de 2008 sur l'espoir du changement invite les électeurs à ne pas désespérer. «Le vrai changement, le grand changement, plaide le président sortant, c'est difficile, ça prend du temps, ça prend plus qu'un seul mandat.»

***

Collaboration spéciale
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • MARCEL Ferland - Inscrit
    28 janvier 2012 08 h 13
    Quand le président fait place au candidat
    Article lucide qui met en exergue le fait qu'il y a une lueur d'espoir pour les américains en faisant entrevoir la possibilité qu'Obama ne soit pas réélu. Je crois qu'il est le plus faible président des Eétats-Unis des 50 dernières années. Il est par ailleurs le plus populiste et celui qui aura été le plus longtemps en campagne électorale. En fait, de mon point de vue, il l'aura été pendant trois ans de sa présidence. Que moins de gens écoutent ses discours est très compréhensible car plus tu l'entends moins tu as envie de l'écouter et plus tu te rends compte qu'il ne sait faire que celà, de longs discours partisants et remplis de promesses qu'il sait qu'il ne peut pas tenir. Vivement du changement pour que les États-Unis devienne le pays de l'innovation, du succès économique, du respect des gens qui travaillent fort pour leur mieux-être et non que l'on souhaite orienter vers la dépendance et la lutte des classes.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • oracle - Abonné
    28 janvier 2012 09 h 22
    Une analyste complètement dans ls patates !
    Je me demande bien à quelles sources s'alimente Mme Bronsom pour nous sortir tous ces contes dans les onze derniers paragraphes de son texte. Mon espace étant limité, je soulignerai simplement aux lecteurs du Devoir que :
    1/ Une étude NBC/Wall Street Journal publiée à la mi-semaine a relaté comme suit la perception de Mitt Romney, le potentiel candidat républicain de novembre prochain, chez les électeurs dits indépendants, ceux-là qui en bout de ligne déterminent le sort des prétendants aux postes électifs aux U.S.A. d'une élection à l'autre.
    En novembre Romney était perçu négativement par 22% des indépendants, en décembre par 29% et aux sondages de la mi-semaine par 42% de ces mêmes électeurs, soit une chute spectaculaire de 20 points en seulement deux mois.
    2/ Toujours en novembre Romney battait Obama par 47/34. Actuellement Obama bat Romney par44/36 chez les indépendants.
    3/ Un récent sondage Post/ABC-News laisse Romney avec une appréciation négative de 51% des indépendants.
    Si je disposais d'autant d'espace dans le Devoir que l'auteur de cet article, je me serais fait un vrai plaisir de partager avec les camarades lecteurs d'autres données actualisées qui tendent plutôt à démontrer que la cause républicaine est de plus en plus désespérée à l'approche de l'échéance de novembre prochain.

    Pierre-Michel Sajous
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    28 janvier 2012 10 h 42
    Obama a été décevant, mais quel autre choix a-t-on aux pays de l'Oncle Sam ?
    L'article le montre assez bien : Obama a été décevant: il n'a pas tenu ses promesses en santé, en environnement et il a été plus que faible face à l'oligarchie de la Haute Finance spéculative qui a provoqué la crise de 2008. Il promet aujourd'hui d'augmenter leur taux de taxation à 30%, en suivant la recommandation de l'homme le plus riche du monde : Warren Buffett. Oui, l'élection manifeste un choix de société pour les Américains. Plutôt que d'élire la droite et surtout l'extrême droite du Tea Party, il est certain qu'il est préférable d'élire Obama, mais cette contrepartie est faible, poltronne, comme le dit si bien Ralph Nader. L'alternative politique demanderait de former un troisième parti de gauche, mais Nader a déjà été dans ce sens et ça a fait élire le pire président américain de l'histoire : George W. Bush. C'est pourquoi cette fois-ci il recommande l'abstention, à l'image du mouvement Occupy Wall Street, qui s'est détourné de tous les partis pour s'appuyer uniquement sur le ras-le-bol de la société civile. Et ce ras-le-bol peut faire sauter la «Barack», si l'écart riches/pauvres s'agrandit encore, si la cupidité des banquiers de Wall Street s'enveniment, si les injustices minent toujours la crédibilité politique des élus, dans des dossier comme celui du pipeline, et surtout si la crise perdure et le taux de chômage augmente. Les USA sont assis sur une bombe qui peut exploser à tout moment.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    29 janvier 2012 22 h 25
    Excellent article, Mme Bonzom !
    Bravo !
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012