États-Unis - Statu quo sur les taux jusqu'à la fin de 2014
La Réserve fédérale fait preuve d'une inhabituelle transparence
Ben Bernanke
À défaut de pouvoir faire plus pour stimuler la difficile reprise aux États-Unis, la Réserve fédérale américaine (Fed) a remis à dans deux ans le début probable du relèvement de ses taux d'intérêt et s'ouvre sur ses perspectives économiques plus qu'elle ne l'a jamais fait.
Comme prévu, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a maintenu hier son taux directeur où il se trouve depuis plus de trois ans, c'est-à-dire à son plancher historique situé dans le mince espace compris entre 0 % et 0,25 %. Mais au lieu de dire, comme il le fait depuis cet été, que le contexte semble justifier qu'il maintienne son principal outil d'intervention à un niveau «extrêmement bas [...] au moins jusqu'au milieu de 2013», il a prévenu qu'en fait, le début de cette hausse ne viendra probablement pas avant «la fin 2014».
Cette façon de s'engager à l'avance à ne pas relever les taux d'intérêt a été expérimentée la première fois par la Banque du Canada durant la crise. Elle est vue comme un moyen pour une banque centrale d'encourager les ménages et les entreprises à emprunter et investir dans l'économie lorsqu'elle n'a plus le loisir de baisser les taux d'intérêt. Elle s'avère particulièrement utile pour la Fed qui a, par ailleurs, déjà lancé deux importants programmes d'injection de liquidités qui lui ont valu de nombreuses critiques, notamment de la droite américaine.
Changement historique
L'institution, présidée par Ben Bernanke, a décidé hier d'aller encore plus loin dans cette voie de la transparence. Elle a dévoilé, pour la première fois, les prévisions personnelles de chacun des 17 participants aux réunions du FOMC quant à la trajectoire que suivront les taux d'intérêt dans les prochaines années. On a ainsi appris que trois d'entre eux prévoyaient encore que la Fed sera forcée de procéder à une première hausse de son taux directeur dès cette année, alors que trois autres l'attendent en 2013, cinq en 2014, quatre en 2015 et deux pas avant 2016. On sait également que seulement deux voient ce taux au-dessus de 1 % à l'horizon 2013, et que onze pensent qu'il sera encore à 1 % ou moins en 2014, mais que cinq s'attendent à ce qu'il atteigne ou dépasse 2 %. À terme, tous voudraient voir revenir le taux directeur entre 4 % et 4,5 %.
La Fed en a profité aussi pour chiffrer son double mandat de stabilité des prix et de plein emploi. Jusque-là non officielle, sa cible d'inflation à moyen terme a ainsi été explicitement établie à 2 % par année, comme celles de la Banque du Canada ou de la Banque centrale européenne. La banque centrale américaine s'est dite incapable de se donner une telle cible explicite en matière d'emplois à cause des nombreux facteurs hors de son contrôle. Elle a néanmoins expliqué que le contexte économique actuel l'amenait à croire que le taux de chômage d'équilibre à long terme est entre 5,2 % et 6 % aux États-Unis.
Ce grand déballage public est une rupture complète d'avec l'époque où Alan Greenspan dirigeait la Fed et que l'on pensait que son efficacité tenait, entre autres, à sa capacité de garder les marchés sur le qui-vive avec un discours obscur et des décisions-surprises. Il marque une victoire d'une nouvelle génération de banquiers centraux, comme Ben Bernanke, qui estiment au contraire que leur rôle n'est pas de surprendre les marchés, mais d'essayer de donner un peu de stabilité et de prévisibilité à une économie qui en manque cruellement.
Un seul des dix membres votant du FOMC s'est dissocié de la décision d'hier. Le président de la Fed de Richmond, Jeffrey Lacker, aurait préféré que l'on ne dise rien sur l'étendue de la période durant laquelle lui et ses collègues pensent garder leur taux directeur «extrêmement bas».
Impact limité
Bien que largement attendue, la décision de la Fed a semblé produire l'effet recherché sur les marchés hier. Déjà très bas, les différents taux d'intérêt aux États-Unis ont encore un peu reculé. La Bourse de Toronto (+1,16 %) et le dollar canadien (+0,63 ¢US) de leur côté ont pris de la vigueur après cette nouvelle confirmation que la Banque du Canada commencera à relever ses taux bien avant son homologue américaine.
Plusieurs analystes ont toutefois souligné que le principal problème de l'économie américaine n'était pas un manque de liquidités, bien au contraire. Si les ménages consomment moins, ont-ils dit, c'est parce qu'ils s'estiment encore trop endettés, et si les entreprises restent assises sur des montagnes de capitaux, c'est qu'elles ont peur de ce que leur réserve l'avenir.
Ben Bernanke a lui-même minimisé l'impact que pouvaient avoir les dernières annonces de son institution sur l'économie américaine. «Je ne surestimerais pas la capacité de la Fed de modifier profondément les attentes des marchés par ces seules déclarations», a-t-il déclaré hier, cité par le New York Times.
Témoin de la morosité de l'économie américaine et de la crise de la dette européenne, la Réserve fédérale en a profité hier pour abaisser un peu ses prévisions de croissance aux États-Unis, qui sont désormais de 2,2 % à 2,7 % pour cette année et de 2,8 % à 3,2 % en 2013. Cela reste cependant au-dessus de ce à quoi s'attendent la plupart des analystes ainsi que le Fonds monétaire international, qui a prédit mardi 1,8 % cette année et 2,2 % l'an prochain.
Le portrait n'est guère plus reluisant en matière d'emploi. D'environ 8,6 % à la fin de l'année, le taux de chômage, selon la Fed, devrait rester encore entre 8,2 % et 8,5 % cette année, et entre 7,4 % et 8,1 % l'an prochain.
Comme prévu, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a maintenu hier son taux directeur où il se trouve depuis plus de trois ans, c'est-à-dire à son plancher historique situé dans le mince espace compris entre 0 % et 0,25 %. Mais au lieu de dire, comme il le fait depuis cet été, que le contexte semble justifier qu'il maintienne son principal outil d'intervention à un niveau «extrêmement bas [...] au moins jusqu'au milieu de 2013», il a prévenu qu'en fait, le début de cette hausse ne viendra probablement pas avant «la fin 2014».
Cette façon de s'engager à l'avance à ne pas relever les taux d'intérêt a été expérimentée la première fois par la Banque du Canada durant la crise. Elle est vue comme un moyen pour une banque centrale d'encourager les ménages et les entreprises à emprunter et investir dans l'économie lorsqu'elle n'a plus le loisir de baisser les taux d'intérêt. Elle s'avère particulièrement utile pour la Fed qui a, par ailleurs, déjà lancé deux importants programmes d'injection de liquidités qui lui ont valu de nombreuses critiques, notamment de la droite américaine.
Changement historique
L'institution, présidée par Ben Bernanke, a décidé hier d'aller encore plus loin dans cette voie de la transparence. Elle a dévoilé, pour la première fois, les prévisions personnelles de chacun des 17 participants aux réunions du FOMC quant à la trajectoire que suivront les taux d'intérêt dans les prochaines années. On a ainsi appris que trois d'entre eux prévoyaient encore que la Fed sera forcée de procéder à une première hausse de son taux directeur dès cette année, alors que trois autres l'attendent en 2013, cinq en 2014, quatre en 2015 et deux pas avant 2016. On sait également que seulement deux voient ce taux au-dessus de 1 % à l'horizon 2013, et que onze pensent qu'il sera encore à 1 % ou moins en 2014, mais que cinq s'attendent à ce qu'il atteigne ou dépasse 2 %. À terme, tous voudraient voir revenir le taux directeur entre 4 % et 4,5 %.
La Fed en a profité aussi pour chiffrer son double mandat de stabilité des prix et de plein emploi. Jusque-là non officielle, sa cible d'inflation à moyen terme a ainsi été explicitement établie à 2 % par année, comme celles de la Banque du Canada ou de la Banque centrale européenne. La banque centrale américaine s'est dite incapable de se donner une telle cible explicite en matière d'emplois à cause des nombreux facteurs hors de son contrôle. Elle a néanmoins expliqué que le contexte économique actuel l'amenait à croire que le taux de chômage d'équilibre à long terme est entre 5,2 % et 6 % aux États-Unis.
Ce grand déballage public est une rupture complète d'avec l'époque où Alan Greenspan dirigeait la Fed et que l'on pensait que son efficacité tenait, entre autres, à sa capacité de garder les marchés sur le qui-vive avec un discours obscur et des décisions-surprises. Il marque une victoire d'une nouvelle génération de banquiers centraux, comme Ben Bernanke, qui estiment au contraire que leur rôle n'est pas de surprendre les marchés, mais d'essayer de donner un peu de stabilité et de prévisibilité à une économie qui en manque cruellement.
Un seul des dix membres votant du FOMC s'est dissocié de la décision d'hier. Le président de la Fed de Richmond, Jeffrey Lacker, aurait préféré que l'on ne dise rien sur l'étendue de la période durant laquelle lui et ses collègues pensent garder leur taux directeur «extrêmement bas».
Impact limité
Bien que largement attendue, la décision de la Fed a semblé produire l'effet recherché sur les marchés hier. Déjà très bas, les différents taux d'intérêt aux États-Unis ont encore un peu reculé. La Bourse de Toronto (+1,16 %) et le dollar canadien (+0,63 ¢US) de leur côté ont pris de la vigueur après cette nouvelle confirmation que la Banque du Canada commencera à relever ses taux bien avant son homologue américaine.
Plusieurs analystes ont toutefois souligné que le principal problème de l'économie américaine n'était pas un manque de liquidités, bien au contraire. Si les ménages consomment moins, ont-ils dit, c'est parce qu'ils s'estiment encore trop endettés, et si les entreprises restent assises sur des montagnes de capitaux, c'est qu'elles ont peur de ce que leur réserve l'avenir.
Ben Bernanke a lui-même minimisé l'impact que pouvaient avoir les dernières annonces de son institution sur l'économie américaine. «Je ne surestimerais pas la capacité de la Fed de modifier profondément les attentes des marchés par ces seules déclarations», a-t-il déclaré hier, cité par le New York Times.
Témoin de la morosité de l'économie américaine et de la crise de la dette européenne, la Réserve fédérale en a profité hier pour abaisser un peu ses prévisions de croissance aux États-Unis, qui sont désormais de 2,2 % à 2,7 % pour cette année et de 2,8 % à 3,2 % en 2013. Cela reste cependant au-dessus de ce à quoi s'attendent la plupart des analystes ainsi que le Fonds monétaire international, qui a prédit mardi 1,8 % cette année et 2,2 % l'an prochain.
Le portrait n'est guère plus reluisant en matière d'emploi. D'environ 8,6 % à la fin de l'année, le taux de chômage, selon la Fed, devrait rester encore entre 8,2 % et 8,5 % cette année, et entre 7,4 % et 8,1 % l'an prochain.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

