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Discours sur l'état de l'Union - Mitt le gaffeur

Serge Truffaut   26 janvier 2012  États-Unis
Quelle mouche a piqué Mitt Romney et son contingent de conseillers? Celle de la crédulité, de la gaffe, voire de la bêtise? Parce que... indiquer le matin du jour qui se conclut par le discours sur l'état de l'Union décliné par son principal adversaire que l'on a payé 15 % d'impôts sur des revenus qui se conjuguent avec les millions, revenait à offrir des tonnes de cartouches, gratuitement c'est à noter, à l'adversaire en question.

On imagine aisément que dans la matinée de mardi, les éclats de rire ont dû résonner dans tous les coins et recoins de la Maison-Blanche lorsque du président au petit personnel, tout un chacun a appris que Romney avait engrangé des revenus totalisant 45 millions en deux ans grâce à un déboursé minimum d'impôts couplé aux rendements de comptes ouverts en Suisse, aux îles Caïmans et aux Bermudes. La nouvelle a d'autant plus fait désordre qu'elle a mis en relief comme jamais, depuis l'amorce des primaires du Parti républicain, que Romney a ajouté cette masse de millions en tirant profit de son passé, pas si lointain, de patron de Bain Capital, un fonds spéculatif qui a dépecé, entre autres choses, des entreprises américaines. Un fonds qui a favorisé la délocalisation d'emplois.

Il n'en fallait évidemment pas moins pour qu'Obama et son équipe s'emparent de cette occasion en or 24 carats en visant Romney, à travers l'exposé sur l'état de la nation, sans jamais le nommer. Toujours est-il que le chef de l'exécutif veut une réforme de la fiscalité logeant à l'enseigne de la règle édictée par le milliardaire Warren Buffett: le taux d'imposition minimum doit être de 30 % à partir d'un revenu totalisant 1 million. «Il est normal que le patron paye plus d'impôt que sa secrétaire.» Alors que ce n'est pas du tout le cas actuellement. Quant aux déductions fiscales, Obama a proposé d'en réduire le nombre afin de mettre un terme aux conséquences tétanisantes qu'elles ont sur l'impôt sur le revenu.

Romney avait avancé qu'il aurait mieux valu qu'on laisse GM et Chrysler faire faillite? Obama s'est félicité que les prêts accordés par l'État ont permis la renaissance de l'industrie automobile. Romney veut encore et toujours libéraliser davantage Wall Street? Obama veut tout le contraire pour la bonne et simple raison que le laisser-aller échevelé de son prédécesseur, Bush fils évidemment, a mis l'économie du pays sur le carreau. Romney a présidé à la délocalisation d'un certain nombre d'emplois? Obama entend mettre un terme aux déductions fiscales des entreprises qui délocalisent pour mieux accorder des crédits à celles qui rapatrient les emplois en question.

On fait l'impasse sur le reste pour mieux s'attarder à la gaffe stratégique de Romney. Il est écrit dans le ciel que lorsque Newt Gingrich a exigé la publication de la feuille d'impôts de Romney, il y a de cela trois semaines, ce dernier était condamné à le faire. Plutôt que de crever l'abcès immédiatement, il a tardé, il a chipoté. Ce faisant, il a ouvert la porte à la rumeur, il a instillé le doute. Pire, il n'a rien trouvé de mieux que rendre ces documents publics le matin, et non le lendemain ou le surlendemain, du discours d'Obama.

En agissant de la sorte, Romney a permis au président d'effectuer une mise en relief claire et nette des tares qui perforent la santé économique des États-Unis. Pour s'en convaincre, il suffit de voir et revoir les mines basses des républicains écoutant Obama. Quoi d'autre? Contrairement à l'an dernier, les interruptions de ces derniers furent très timides. Point.
 
 
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  • Bernard Gadoua - Inscrit
    26 janvier 2012 04 h 15
    La déréglementation c'était Démocrate!
    C'est un peu tourner les coins ronds que d'attribuer à Bush fils le laisser-faire échevelé de Wall Street. Ce que Bush a fait, c'est réduire les impôts des plus riches, ce qui a gonflé les sommes dévolues à la spéculation dans l'économie américaine et qui a conduit aux dégâts que l'on connaît. C'est au démocrate Clinton en 1992 qu'on doit la déréglementation qui a permis la création de tous ces produits toxiques en abolissant les frontières entre banques d'épargnes et banques d'investissements. Cette déréglementation produit à tous les cinq ou sept ans des «bulles spéculatives» de grande ampleur — technologique, immobilière, etc.
    Évidemment, ce n'est pas dans un discours partisan qu'on trouvera trace de ces vérités historiques, surtout lorsque le clan à l'origine du mal en mène encore très large à Washington avec toute la droite du Parti Démocrate qui a tout fait, alors qu'ils étaient majoritaires dans les deux Chambres durant les deux premières années du mandat de Obama, pour qu'aucune mesure significative ne soit prise contre les banquiers, et leurs commandos d'élites, les agences de notation.

    @BGadoua
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  • Michel Pasquier - Abonné
    26 janvier 2012 08 h 04
    Beau discours !
    Beau discours, en effet-un autre-
    Beaucoup de voeux pieux.
    Pourquoi ce dernier discours serait-il plus suivi d'effets que les précédents?
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  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    26 janvier 2012 09 h 59
    Obama va peut-être l'emporter. Après tout. il et le meilleur défenseur du capitalisme de compassion.
    Obama prend ses distances de la Haute Finance Républicaine, mais la Haute Finance Démocrate finance sa campagne à coup de millions. Warren Buffett est l'homme le plus riche du monde (ou le deuxième plus riche ?). Même s'il paie 30% d'impôt, il est encore le plus riche du monde. Cependant, lui et Bill Gates, et quelques autres pratiquent ce «capitalisme de compassion» dont on parle à Davos en ce moment, c'est-à-dire un capitaiisme qui est prêt à redonner à l'État une petite partie de ses énormes revenus de la spéculation, alors que le problème fondamental qui provoque ces crises c'est cette spéculation même.
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  • Robert Aird - Abonné
    26 janvier 2012 12 h 10
    Sauver le capitalisme
    Ce n'est pas compliqué, Obama est le plus habile à sauver le capitalisme parce qu'il veut le réformer ou cherche à le réguler comme F.D. Roosevelt dans les années 30, alors que ses adversaires de droite contribuent à sa chute en s'obstinant à défendre le laisser-faire. Et ça, Bill Gates, Buffett et cie l'ont très bien compris.
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  • Luc Fortin - Abonné
    26 janvier 2012 13 h 07
    Et avant Clinton?
    @ Bernard Gadoua,

    L'un des pilliers de la "Reaganomics" n'était-t-il pas la déréglementation?

    http://en.wikipedia.org/wiki/Reaganomics

    Parfois il s'agit d'ouvrir une brèche et on sait fort bien ce qui arrivera par la suite...
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  • armand guindon - Inscrit
    26 janvier 2012 13 h 16
    Mitt le gaffeur
    Peut-être gaffeur,mais nous au Québec bénéficions des retombées economiques
    que la société qu'il à diriger à un certain moment "Bain Capital" soit majoritairement actionnaire de "Bombardier Recreational Products".
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  • Cover3 - Inscrit
    26 janvier 2012 13 h 53
    Buffett
    @Robert Aird
    @Gilbert Talbot

    Buffett a peut-être l'air bien philantropique de nature avec son taux de taxe a 30%, mais l'autre partie de l'histoire est beaucoup plus importantes, n'oublions pas qu'une multitude de ses compagnies subalternes ont été renfloués par les coffres de l'état(dette transférée au cahier de note public), tout ca a été fait apres que messieur Buffett ait investi dans certaines des compagnies sauvées par le FED. J'aimerais bcp payer 30% de taxes au gouvernement si ce dernier assurait de couvrir mes pertes au casino moi aussi...

    En bref, arrêtons donc de brailler et blamer des directions geographiques pour les problemes dont les DEUX cotés sont aussi responsables..
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  • Bonhomme7heures - Inscrit
    26 janvier 2012 18 h 38
    "La déréglementation c'était Démocrate?" - Pas vraiment
    Bertrand Gadoua affirme que "La déréglementation c'était Démocrate!" En fait, la culture de déréglementation a été initiée par le Républicain Ronald Reagan. Il a non-seulement institué une déréglementation dans plusieurs secteurs, il a aussi aboli un nombre important d'inspecteurs et de fonctionnaires qui s'assurent que la réglementation existante est suivie. Il a, surtout, institué une culture anti-gouvernement, plutôt que de rendre le gouvernement efficace. C'est sous Reagan que les déficits sont devenus hors contrôle (revenus diminués et dépenses augmentées), alors que Clinton a re-créé les budgets équilibrés. Bush fils est retourné aux excès de Reagan.
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  • Luc Fortin - Abonné
    27 janvier 2012 09 h 33
    Malheureusement elle a perdu son combat
    Une personne (nommée par Clinton) avait prédit les conséquences d'une telle déréglementation.

    Allez lire sur ce qu'a fait Brooksley E. Born. Si elle avait eu autant d'alliés qu'elle montrait du courage nous aurions peut-être évité le pire...

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Brooksley_E._Born
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  • Luc Fortin - Abonné
    27 janvier 2012 13 h 51
    Les principaux acteurs dans la saga de la déréglementation?
    Pour mieux comprendre la saga de la déréglementation il faut connaître quelques acteurs importants:

    -Alan Greenspan (le 11 août 1987, il est nommé 13e président du conseil de la Réserve fédérale des États-Unis par Ronald Reaagan et sévira jusqu'au 1er février 2006)

    -Robert Rubin (un ancien de Goldman Sachs et Citigroup)
    Citigroup lui a versé 126 million en argent et actions pour son excellent travail de novembre 2007 à janvier 2009!

    Un intéressant documentaire ( "The Warning" ) a été fait sur cette saga.
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