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    Primaires américaines - Un duel sans merci sous le soleil de Floride

    24 janvier 2012 |Élisabeth Vallet, Professeure associée au département de géographie et directrice de recherche à la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, elle est l'auteure (avec Karine Prémont) de Petit guide des élections présidentielles américaines, qui paraît aujourd'hui chez Septentrion et Charles-Philippe David, Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et président de l'Observatoire sur les États-Unis de l'UQAM | États-Unis
    Après la Caroline du Sud, c’est en Floride, le 31 janvier, que Rick Santorum, Newt Gingrich et Mitt Romney s’affronteront. Ron Paul, lui, a décidé de renoncer à l’État floridien pour se concentrer sur le Nevada, prochaine étape des primaires américaines. <br />
    Photo: Agence Reuters Jason Reed Après la Caroline du Sud, c’est en Floride, le 31 janvier, que Rick Santorum, Newt Gingrich et Mitt Romney s’affronteront. Ron Paul, lui, a décidé de renoncer à l’État floridien pour se concentrer sur le Nevada, prochaine étape des primaires américaines.
    Dix jours. C'est la première fois depuis le début de l'année électorale que les candidats du Parti républicain ont autant de temps pour se repositionner et fourbir leurs armes. Direction la Floride. En effet, le rideau vient à peine de tomber sur la Caroline du Sud que tous les efforts de campagne sont déjà à l'œuvre dans l'État de l'orange, tout au moins pour Gingrich et Romney. Santorum, moins bien placé dans les sondages, mettra peut-être moins d'énergie dans une primaire qui lui offre, compte tenu du mode de scrutin, peu de chances d'emporter des délégués, tandis que Paul a, quant à lui, annoncé qu'il renonçait à mener une bataille de grande envergure pour se concentrer sur la prochaine étape: les caucus du Nevada. En effet, à moins d'un nouveau revirement, le suspense pourrait bien durer jusqu'au Super Tuesday, le 6 mars prochain: en fait de blitz électoral, ce sera un marathon.

    Par sa diversité démographique, son étendue, son poids dans l'élection générale, la Floride se distingue des trois États précédents à avoir tenu des primaires. Par contre, elle rendra sans doute mieux compte de l'atmosphère de l'élection générale de novembre. Les hispaniques représentent 22,5 % de la population, et en font le 3e État hispanophone aux États-Unis. Plus du quart des Floridiens parlent une langue autre que l'anglais à la maison. Ce n'est donc pas tout à fait un hasard si Mitt Romney, avec son histoire personnelle mexicaine, part avec un peu d'avance chez les hispanophones et a lancé une campagne téléphonique de grande ampleur auprès d'eux; tandis que, dans le même temps, Gingrich a embauché d'anciens conseillers du très couru sénateur Marco Rubio.

    En outre, en Floride, les retraités représentent 17,3 % de la population. On y trouve également 25 % d'évangéliques, 15 % de protestants traditionnels, 26 % de catholiques, 16 % de non-croyants et très peu de mormons. La population y a augmenté de 17,6 % en 10 ans, pour atteindre 18,8 millions d'habitants. Le taux de chômage est supérieur de plus d'un point à la moyenne nationale (9,9 %). Quinze pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, ce qui est proche des chiffres nationaux. Par contre, le revenu familial moyen est inférieur de 5000 $ à la moyenne nationale. [...]

    La Floride est donc un État difficile à saisir en une phrase, un slogan ou une publicité. Au nord-ouest (le fameux panhandle) où se concentrent les conservateurs sociaux, ou autour de Miami, terre d'émigration, le portrait est radicalement différent, sans parler de l'afflux des retraités pour beaucoup venant du nord-est, plus modérés. Ajoutons à cela qu'il en coûte deux millions par semaine pour couvrir les dix gros marchés médiatiques de la Floride et arroser la totalité de l'État. Ce que Romney fait depuis plusieurs semaines tout en menant une campagne téléphonique active auprès de ceux qui votent par anticipation (200 000 ont déjà voté). Il reste donc à Gingrich, en rebondissant sur l'engouement généré par son succès en Caroline du Sud, à «créer la nouvelle» pour être présent dans les médias. [...]

    En outre, les primaires de Floride sont fermées: seuls les 4 millions d'électeurs enregistrés comme républicains pourront se prononcer. Ce qui exclut 11 millions d'électeurs enregistrés auprès d'un tiers parti ou comme indépendants, qui auraient pu voter dans le cadre d'une primaire ouverte et, ce faisant, assurer le primat de la base — plus conservatrice. Enfin, le mode de scrutin est un winner-take-all, où tous les 50 délégués vont à celui des candidats qui emporte la majorité des voix: le vote de mardi prochain est donc, sur le plan arithmétique, déterminant

    L'entrée d'Obama dans la campagne électorale

    Ce soir, devant un congrès divisé et sur fond d'année électorale, Barack Obama entrera pleinement dans l'année électorale. Il prononcera son discours sur l'état de l'Union. La reprise est lente, le chômage flirte avec les 8,5 %, tandis que la crise européenne menace l'équilibre économique mondial. Les efforts de la présidence pour obtenir un accord bipartisan afin de réduire le déficit budgétaire se sont soldés par un échec. Et sur le plan de la politique étrangère, les mutations politiques profondes au Proche-Orient et en Corée du Nord, la résurrection de la Russie comme acteur mondial, les gesticulations iraniennes requièrent un leadership accru des États-Unis, le tout en période de restriction budgétaire — y compris pour la Défense. C'est donc un exercice délicat d'équilibriste qu'opérera Barack Obama: il s'agira pour lui de blâmer le Congrès pour son immobilisme et son obstructionnisme, alors même qu'il parle devant les Congressmen dont il peut encore espérer une certaine collaboration d'ici novembre.

    Profitant de cette tribune exclusive pour lancer sa campagne électorale, Obama invoque déjà le credo de la justice sociale, justice économique, justice fiscale, face à la croissance des inégalités de revenus. Pour accentuer la résonance de son entrée en campagne, il a prévu une tournée de trois jours dans cinq États pivots, quatre remportés par lui en 2008 (Iowa, Nevada, Colorado, Michigan) et un qu'il compte gagner en tablant sur l'augmentation de la population hispanique (l'Arizona). Cette tournée est d'autant plus importante que quatre des prochaines primaires républicaines s'y déroulent. C'est pour lui le moment de commencer à compter des points.

    Ainsi, la succession de rebondissement a eu pour effet de révéler plus encore les profondes divisions du parti républicain. Gingrich pourtant l'homme de Washington, de l'époque Clinton, de Freddie Mac est parvenu à incarner la colère de la base et le mouvement anti-Obama, mais ne convainc pas encore tout à fait. Toutefois, Gingrich a emporté en Caroline du Sud une petite majorité de l'électorat qui mettait en tête de ses critères de choix «l'éligibilité du candidat»: deux fois enterré, il est ressuscité et devenu présidentiable. Au point que de nouveaux sondages le placent en tête du scrutin de Floride, devant un Romney déclassé en quelques jours de plus de dix points tandis que sa campagne de financement prend un envol. C'est sans doute cette volatilité de l'électorat qui va expliquer l'évolution de la campagne en Floride et la radicalisation des slogans, la multiplication des inflexions populistes et des allusions racistes. Le «Dirty South» de Lee Atwater a de beaux jours devant lui. Pendant ce temps, Barack Obama se frotte les mains.

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    Élisabeth Vallet, Professeure associée au département de géographie et directrice de recherche à la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, elle est l'auteure (avec Karine Prémont) de Petit guide des élections présidentielles américaines, qui paraît aujourd'hui chez Septentrion et Charles-Philippe David, Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et président de l'Observatoire sur les États-Unis de l'UQAM












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