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États-Unis - La Caroline du Sud séduite par le «charisme de pitbull» de Gingrich

La Floride devient l'épicentre de la primaire

Libération   23 janvier 2012  États-Unis
Newt Gingrich a fait une remontée très spectaculaire pour terminer avec plus de 40 % des voix. <br />
Photo : Agence France-Presse T .J. Kirkpatrick
Newt Gingrich a fait une remontée très spectaculaire pour terminer avec plus de 40 % des voix.
«Notre rêve, c'est que Gingrich se retrouve en débat face à Obama. Gingrich trancherait Obama comme un saucisson! Il le réduirait en miettes!» Dans les rangs des très nombreux électeurs de Caroline du Sud qui se disaient encore indécis juste avant la primaire de samedi, beaucoup formulaient ce rêve, et ont donc voté en conséquence. Parmi les quatre candidats républicains restant en lice pour défier Obama en novembre, ils ont choisi le plus agressif, celui au «charisme d'un pitbull», comme l'a bien résumé le Washington Post. Donné perdant quelques jours encore avant le scrutin, Newt Gingrich a fait une remontée très spectaculaire pour terminer avec plus de 40 % des voix. Il écrase Mitt Romney, jusqu'alors favori de la course, qui recueille moins de 28 % des voix, devant Rick Santorum (17 %) et Ron Paul (13 %).

Les électeurs républicains et autres — en Caroline du Sud, la primaire est ouverte à tous ceux qui souhaitent y participer — qui ont voté samedi sont «en colère», avancent les analystes américains pour expliquer ce résultat pour le moins décapant: l'élection de Barack Obama en 2008 les a mis en rage, comme on a déjà pu le voir avec le mouvement des Tea Parties et le raz-de-marée républicain aux élections de 2010, la crise entretient leur fureur et ils sont pour cela tentés par un candidat vraiment «méchant» comme Newt Gingrich. «Gingrich sert de porte-voix à la colère en Caroline du Sud, explique Gina Smith, journaliste politique à The State, le grand quotidien régional. «Les électeurs sont furieux contre le gouvernement fédéral, furieux contre Obama, furieux du taux de chômage et furieux de l'état de l'économie. Quand ils entendent Newt Gingrich hurler contre tout cela, avec tellement de passion et de vigueur, ils se reconnaissent en lui.» À un partisan qui l'invitait la semaine dernière à «faire saigner le nez d'Obama», il a répondu, du tac au tac: «Je ne veux pas lui faire saigner le nez. Je veux le mettre K.O.»

Sous-entendus

Quand Mitt Romney s'époumone contre le «socialisme de style européen» de Barack Obama, Newt Gingrich fait beaucoup plus fort encore, le consacrant «président des food-stamps», en référence aux bons d'aide alimentaire distribués aux plus pauvres. L'attaque a un petit sous-entendu raciste, suggérant qu'Obama paie les Noirs à ne rien faire. Gingrich est le seul à oser jouer cette carte, de manière allusive, la seule aujourd'hui permise aux États-Unis. Dans le Sud en particulier, comme en Caroline, ce n'est pas pour déplaire à une partie de l'électorat qui n'a toujours pas digéré l'élection du «premier président noir».

En tout cas, le triomphe de Gingrich en Caroline du Sud rebat les cartes de cette course républicaine: Mitt Romney, le mormon et modéré du Massachusetts, qui semblait voler vers une désignation rapide après ses victoires dans l'Iowa et le New Hampshire, a finalement perdu le premier de ces États la semaine dernière après un recomptage des voix qui donne maintenant Rick Santorum gagnant. Au niveau national, Romney reste le favori des républicains: il a le soutien de l'establishment du parti et une réserve de près de 15 millions de dollars (11,6 millions d'euros) pour poursuivre sa campagne (contre 350 000 dollars à ce jour pour Gingrich), selon les décomptes du Center for Responsive Politics. Mais sa victoire en Floride, un État à l'électorat plus «modéré» qui sera le prochain à voter, le 31 janvier, n'est plus acquise d'avance.

Moïse

L'équipe Romney se veut confiante de pouvoir rapidement rappeler aux électeurs que Newt Gingrich incarne tout ce qu'ils détestent, particulièrement en ce moment: un intrigant qui a fait l'essentiel de sa carrière à Washington, au Congrès puis comme lobbyiste. En décembre, quand Gingrich avait pris une première fois la pole position dans les sondages, il avait suffi de lancer

qu'il avait touché 1,6 million de dollars de Freddie Mac, l'une des agences publiques accusées d'avoir nourri la crise des subprimes, pour qu'il s'écroule de vingt points en trois semaines. Ces derniers jours, Mitt Romney ou ses lieutenants ont donc recommencé à déballer les turpitudes de Gingrich: ses mariages et tromperies en série, l'amende de 300 000 dollars infligée par la Chambre des représentants en 1997 pour violation des «règles d'éthique», son caractère «incontrôlable» ou son ego sans limites qui l'amène à se comparer à Ronald Reagan, Margaret Thatcher, Charles de Gaulle ou... Moïse.

Mais Romney a également ses faiblesses, rappelées par la Caroline du Sud: lors des débats télévisés rythmant ces primaires (il y en a déjà eu 17 et deux autres sont prévus cette semaine), il est beaucoup moins pugnace que Gingrich. Romney s'est laissé facilement déstabiliser par ses rivaux qui lui demandaient de publier ses déclarations d'impôts. Il a finalement annoncé hier qu'il les rendrait publiques cette semaine. Sa fortune est estimée à 250 millions de dollars, et il semble avoir quelques difficultés à l'assumer. Ce week-end encore, des journalistes l'ont surpris à la buanderie de son hôtel en Caroline du Sud, en train d'insérer des pièces de 25 cents dans une machine pour faire lui-même sa lessive. S'il veut vraiment gagner cette course à la Maison Blanche, Romney devra sans doute cesser de jouer les gentils, déléguer le soin de son linge et savonner plutôt Gingrich.
 
 
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  • François Dugal - Abonné
    23 janvier 2012 08 h 00
    Enrichissons notre vocabulaire
    Morale:
    du latin moralitas; façon, caractère, comportement approprié.
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  • M. Miclot - Inscrit
    23 janvier 2012 08 h 10
    La Caroline du sud?
    Leur fierté , c,est d'être le terreau du KKK. L'état le plus rétrograde de la côte est.
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  • Gravelon - Inscrit
    23 janvier 2012 10 h 52
    limites de la démocratie
    La démocratie est le moindre mal disait Churchil, certes, ce qui devrait refroidir nos illusions. Croire que la démocratie à l'occidentale suit une courbe linéaire continuelle vers le progrès est une illusion. On le voit, gouverner par le plus bas dénominateur commun veut dire aussi être à la merci de nos tendances les plus regtrogrades. Voilà des gens qui croient dans le créationnisme qui pouraient prendre le pouvoir d'un empire.
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  • Jean de Cuir - Abonné
    24 janvier 2012 13 h 09
    Oh! sweet Caroline!
    Ils dirent à l'empereur: vous êtes idiot. Il répond, soutenez-moi, je suis fait pour vous !
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