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    Coup d'envoi de l'année électorale aux États-Unis - Première étape: l'Iowa

    31 décembre 2011 |Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et coprésident de l'Observatoire sur les États-Unis de l'Université du Québec à Montréal et Élisabeth Vallet, professeure associée au Département de géographie de l'UQAM et auteure de l'ouvrage Les élections présidentielles américaines (Septentrion), à paraître en janvier | États-Unis
    Le vote qui se déroulera mardi dans l’Iowa est un symbole que les médias et les façonneurs d’image magnifient.<br />
    Photo: Agence Reuters Le vote qui se déroulera mardi dans l’Iowa est un symbole que les médias et les façonneurs d’image magnifient.
    Le 3 janvier 2012, comme chaque année bissextile depuis 1976, l'Iowa ouvrira l'année électorale sous les feux de la rampe. C'est à ce petit État du Midwest que revient la tâche d'adouber, sur la route vers la Maison-Blanche, les candidats à l'investiture de l'un et l'autre des partis.

    Les caucus de l'Iowa jouent en effet un rôle-clé depuis que le Parti démocrate et le Parti républicain ont choisi tous deux d'en faire le coup d'envoi du cycle électoral présidentiel, et surtout depuis que Jimmy Carter, méconnu du grand public, y a tout misé en espérant percer le sérail des politiciens établis... avec succès — le fameux «Jimmy qui?» étant devenu président.

    Le processus employé — les caucus — y est pratiqué depuis 1840, parfois contesté, mais il donne à cet État de trois millions d'habitants une aura inégalée, parfois déconnectée de la réalité. Car le vote qui se déroulera le 3 janvier est un symbole, que les médias et les façonneurs d'image magnifient et dans lequel s'abîmeront près de la moitié des candidats.

    Un scrutin symbolique

    Tant les républicains que les démocrates y tiendront des caucus. Les premiers parce qu'ils doivent commencer à départager lequel, de Mitt Romney, de Ron Paul, de Newt Gingrich ou de Rick Perry (pour ne citer que ceux qui caracolent en tête des sondages), pourra mener le «Grand Old Party» à la Maison-Blanche. Les seconds parce qu'ils veulent profiter de l'attention médiatique dont bénéficie l'Iowa pour manifester leur soutien à Barack Obama (faute de concurrents démocrates dans cet État) et commencer à marquer des points en vue de la campagne générale de l'automne.

    Pour autant, seulement 16 % de l'électorat de cet État s'est prononcé en 2008, ce qui ne représente qu'une infime fraction des trois millions d'habitants et qui ne donnera que 28 des 2286 délégués de la convention républicaine qui se tiendra à Tampa en Floride cet été pour élire le candidat à la présidence.

    Le 3 janvier, seuls les électeurs dûment enregistrés comme «républicains», âgés de 17 ans et demi ou plus, pourront se prononcer dans leur caucus de circonscription de vote. Réunis dans un sous-sol d'église, une école, une salle communautaire, un restaurant, voire chez des particuliers, ils ouvriront la séance en votant, à bulletin secret, pour l'un ou l'autre des candidats de leur parti. Mais les 28 délégués qui seront nommés pour se rendre effectivement à la convention nationale du parti ne le seront véritablement qu'entre le 29 avril et le 16 juin prochain.

    En effet, la votation qui se déroule dans trois jours et dont les résultats seront diffusés le 4 est directement liée à la présence des médias: depuis le phénomène Carter, l'Iowa a compris qu'il pouvait influencer l'investiture, tandis que les retombées financières étaient mirifiques (multipliées par dix depuis 1976): dès lors, les caucus tiennent un scrutin strictement symbolique mais hautement médiatisé qui ne liera pas les délégués qui seront désignés dans un deuxième temps.

    Un tremplin ou un abîme?


    Depuis 1976, date à laquelle l'Iowa est vraiment devenu pour les deux partis la première étape du cycle électoral présidentiel, la règle (statistique) veut qu'il faille gagner l'Iowa ou le New Hampshire (qui se déroulera le 10 janvier) pour remporter l'investiture de son parti.

    Cette première étape est importante (il suffit de penser à Jimmy Carter en 1976 ou à Mike Huckabee en 2008): ainsi, l'équipe d'Hillary Clinton en 2008 avait commis un grand nombre d'erreurs (comme ne pas tenir compte du processus d'allocation des délégués de la Californie ou considérer Edwards comme son principal, voire unique, concurrent), dont la plus grande aura sans doute été de négliger l'Iowa: l'arrivée en tête du scrutin de l'Iowa de Barack Obama, alors qu'Hillary Clinton finissait troisième derrière John Edwards, a complètement — et irrémédiablement — redistribué les cartes.

    Pourtant, cette étape n'est pas toujours décisive: Bill Clinton, qui avait négligé les deux, a pu en 1992 remonter la pente et emporter l'investiture de son parti — d'où sa réputation de «comeback kid».

    L'Iowa peut être autant un tremplin qu'un trou noir dans lequel s'évanouiront les candidats qui ne sont pas parvenus à y faire leur marque. Le départ du chef de campagne local de Michele Bachman vers l'équipe de Ron Paul paraît ainsi enterrer les aspirations de l'égérie du Tea Party. Le porte-à-porte de Rick Santorum et les investissements massifs de Rick Perry n'auront pas suffi à les amener dans le peloton de tête: à l'inverse, Ron Paul et Mitt Romney ont des réseaux établis de longue date, et c'est probablement la combinaison de ce travail de terrain et d'investissements publicitaires (appuyés en cela par leurs super PAC) qui fera la différence.

    Un indicateur non négligeable

    L'Iowa est en réalité un indicateur, qui doit être compris comme le premier pilier d'un ensemble de quatre scrutins qui font de janvier le mois déterminant du cycle de primaires républicaines. À ce titre, tandis que Paul et Romney se disputent le petit État du Midwest, Romney paraît très en avance au New Hampshire.

    Si ces deux États ne désignent pas le même candidat, il appartiendra alors à la Caroline du Sud (le 21 janvier) et à la Floride (le 31 janvier) d'indiquer la tendance. En effet, statistiquement, lorsque les deux premiers scrutins (appelés First in Nation) ne parviennent pas à s'accorder, c'est traditionnellement la Caroline du Sud qui donne le ton. Or, en Caroline, à l'heure actuelle (mais 20 jours sont une éternité en politique), Newt Gingrich surfe aisément devant les autres candidats.

    On se tournera alors vers la Floride (le 31 janvier), État clé de la campagne générale, État dissident (car ne respectant guère les règles définies par les partis nationaux), profondément affecté par le chômage et les saisies de maison (pratiquement le plus haut taux au pays) et l'anxiété économique.

    Ces quatre États précurseurs ne peuvent pas être plus distincts les uns des autres. Pour autant, l'Iowa représente assez bien les préoccupations contemporaines des Américains, et c'est sans doute la raison pour laquelle, malgré tout, il bénéficie aussi de l'attention médiatique.

    Souvent dépeint comme majoritairement blanc, rural et religieux, l'Iowa est en effet plus proche de la réalité américaine. Certes, le taux de chômage y est plus de deux points inférieur à la moyenne nationale, mais la population hispanique est en hausse (et représente désormais 16 % de la population), l'agriculture moins pesante (moins du tiers des habitants sont agriculteurs et les manufactures constituent un tissu économique important pour l'État), et des 60 % d'habitants qui se disaient born again et fondamentalistes chrétiens en 2008, il n'en reste plus que 38 % aujourd'hui.

    Ainsi, si l'économie demeure un souci pour les Iowais, l'immigration est devenue un enjeu crucial dans cet État, au même titre que dans le reste du pays: les débats qui s'y déroulent ont donc une résonance nationale — les 7,6 millions de spectateurs d'ABC, une première cette année — lors du débat du 10 décembre.

    Il revient donc à l'Iowa de «détecter» un candidat présidentiable, consensuel: 35 % des républicains disent qu'ils voteront pour le candidat qui a le plus de chances de gagner l'élection générale, même s'ils sont en désaccord avec lui.

    Alors que, peut-être de manière contre-intuitive, près de la moitié des républicains se perçoivent comme modérés et que l'électorat américain compte de plus en plus d'indépendants, la volatilité de l'électorat de l'Iowa (très hésitant depuis plusieurs mois) reflète une tendance nationale: il rend compte tant des fractures profondes du Parti républicain que des préoccupations des Américains, inégalement affectés par la crise économique mais très anxieux lorsqu'ils regardent l'avenir.

    ***

    Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et coprésident de l'Observatoire sur les États-Unis de l'Université du Québec à Montréal et Élisabeth Vallet, professeure associée au Département de géographie de l'UQAM et auteure de l'ouvrage Les élections présidentielles américaines (Septentrion), à paraître en janvier












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