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    «L'impérialisme» en échec

    19 décembre 2011 |François Brousseau | États-Unis
    Quand le gouvernement de George Bush a décidé, à l'automne 2002 — dans un moment historique d'enivrement patriotique et d'auto-aveuglement stratégique — d'envahir l'Irak en inventant, avec son allié britannique, la fable des armes de destruction massive de Saddam Hussein, les critiques habituels de la gauche se sont ramenés.

    Voilà, disaient-ils, à nouveau l'impérialisme qui veut mettre la main sur le pétrole du Moyen-Orient. Avec le vice-président Dick Cheney et ses potes de la société Halliburton, on allait voir ce qu'on allait voir: le visage hideux du néocolonialisme mettant dans sa poche les profits de l'or noir en envahissant et en pillant tout sur son passage, avec un taux de réussite et de rendement de 150 %.

    Huit ans et neuf mois, 3000 milliards de dollars (catastrophe pour les finances américaines) et 125 000 morts plus tard (dont 4500 «envahisseurs»), les troupes des États-Unis quittent l'Irak.

    Elles le font, selon Barack Obama, «la tête haute» et laissent derrière elles «un pays indépendant, stable, autosuffisant». C'est ainsi, en tout cas, que le voyait, la semaine dernière, M. Obama, qui s'exprimait devant 3000 anciens combattants d'Irak, sur un mode patriotique et lénifiant.

    La réalité est tout autre. Non seulement l'Irak d'aujourd'hui demeure une terre d'insécurité et de tensions intercommunautaires (près de 3000 morts violentes en 2011, dix fois moins qu'en 2006, mais un chiffre toujours énorme). Non seulement son avenir politique reste-t-il incertain, entre Kurdes et Arabes, entre sunnites et chiites, entre champs de pétrole mal partagés, au sud et au nord. Non seulement l'intervention «impérialiste» a-t-elle en réalité — par un effet pervers «parfait» — ouvert un boulevard à l'influence de l'Iran en Irak, là où cette influence était naguère nulle.

    Mais, en plus de tout ça... le «butin» matériel n'est même pas au rendez-vous!

    ***

    Car, en fait de contrats pétroliers, les sociétés américaines ont la portion congrue dans l'Irak de 2011.

    Non seulement le gouvernement de Nouri al-Maliki se montre-t-il plus coriace, moins servile et plus nationaliste que prévu lorsqu'il fait appel aux investissements étrangers, faisant notamment traîner les négociations en longueur. Mais ces étrangers, lorsqu'ils arrivent finalement sur les champs de pétrole... eh bien, en général, ce ne sont pas des Américains!

    À Rumaïlah (frontière koweïtienne), les Chinois sont là. Dans le champ voisin de Zubaïr, les Italiens. À Kurna, ce sont les Russes. Et à Kaïarah (au nord, entre Kirkouk et Mossoul), les Angolais!

    Il n'y a pas que le pétrole. Même si la reconstruction de l'Irak marque le pas — Bagdad n'a toujours que quelques heures d'électricité par jour — certains s'y essaient tout de même. Pour l'installation de centrales électriques modernes, bienvenue aux Français (Alstom) et aux Sud-Coréens (STX). Pour la cimenterie, c'est Lafarge (grande société française) qui s'impose. Les Turcs (Kazova, Kocolu Tarma) viennent d'obtenir pour 12 milliards de dollars de contrats de construction à Sadr City (banlieue de Bagdad), le légendaire bastion du leader chiite Moktada al-Sadr.

    Dans cette liste de pays qui ramassent la mise en Irak, il est frappant de constater que la plupart (France, Turquie, Chine, Russie) faisaient résolument partie du camp «antiguerre» en 2003. Et vlan pour la théorie de la conspiration impérialiste... et de ses déterminants économiques!

    ***

    Une des leçons de la catastrophique intervention américaine en Irak — facteur capital de l'affaiblissement stratégique des États-Unis au XXIe siècle — c'est qu'il faut réviser nos cadres d'analyse. Et notamment cette thèse automatique, intellectuellement paresseuse, du «pétrole», de l'«impérialisme», du «contrôle des ressources par l'Empire»... pour expliquer les interventions des Occidentaux.

    Que ce soit hier en Irak, cette année en Libye, demain peut-être en Syrie, les déterminants de l'action — ou de l'inaction — sont plus complexes que ça.

    Il faut remettre en cause les supposées «loyautés automatiques» qui découleraient des interventions militaires, prévoir que de supposées «marionnettes» peuvent se rebiffer le lendemain matin. Admettre qu'il y a parfois, à l'origine d'une intervention, de véritables impulsions humanitaires — même maladroites et contestables, comme en Libye.

    Et, surtout, comprendre qu'au coeur des centres de pouvoir supposés omniscients et omnipuissants... l'amateurisme et l'improvisation sont bien plus présents qu'on ne le pense.

    Les États-Unis d'Amérique? Peut-être, en définitive, le grand cocu de cette folle équipée irakienne.

    ***

    Cette chronique fait relâche pour les Fêtes et reviendra le 9 janvier 2012.

    François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l'adresse http://blogues.radio-canada.ca/correspondants.
     
     
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