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    Les «réussites» d'Obama

    7 novembre 2011 |John R. MacArthur | États-Unis
    «Les réussites outre-mer ne vont probablement pas aider Obama aux États-Unis.» Ce titre dans le New York Times du 22 octobre nous dit que quelque chose ne tourne pas rond dans l'engrenage de la machine électorale du président. Selon le journal, le retrait des troupes de l'Irak, censé être terminé à la fin de l'année, le renversement de Mouammar Kadhafi et les assassinats d'Oussama ben Laden et d'Anwar al-Awlaki sont une succession de victoires à l'étranger qui auraient pu donner un avantage à Obama dans sa campagne de réélection en «privant les républicains de la matraque souvent utilisée contre des présidents démocrates, décrits comme étant faibles sur le sujet de la sécurité nationale». Toutefois, le débat politique reste dominé par la crise économique et le chômage; les sondages «montrent aussi qu'Obama reçoit très peu de crédit pour ses succès».

    Statut spécial

    D'une part, cette juxtaposition — succès en politique étrangère, échec en politique intérieure — est la création artificielle d'une rédaction qui cherche très souvent à appuyer les constats et les ambitions de quiconque réside à la Maison-Blanche. Il y a longtemps que le Times entretient son statut spécial dans la hiérarchie médiatique en servant de messager au pouvoir, quel qu'il soit.

    D'autre part, l'affirmation du Times selon laquelle le dossier des affaires étrangères serait magnifique invite à la réflexion. Est-ce que la supposition des «réussites» citées par le correspondant Mark Landler est juste? Ou n'est-ce pas tout aussi vraisemblable que le président «reçoive très peu de crédit» parce que l'électorat est moins bête qu'on ne le pense et que ces prétendues réussites ne sont pas gobées toutes crues par des gens qui n'en peuvent plus de se voir proposer autant de mensonges?

    À propos de ces réussites supposées d'Obama, on peut d'abord se demander si ce «retrait» de l'Irak, trois ans après l'investiture du président «antiguerre», est vraiment un succès. En fait, on prévoit y laisser près de 6000 mercenaires armés sous contrat avec le département d'État, qui gardera son énorme ambassade à Bagdad. Outre ces soldats de fortune bien armés, on apprenait à la une du Times du 30 octobre que le Pentagone, craignant la guerre civile ainsi que l'influence de l'Iran à la suite du départ de l'armée américaine, propose d'augmenter ses forces de combat dans le voisinage immédiat du Koweit (où il y a déjà 23 000 soldats américains) et de faire circuler plus de navires de guerre dans le golfe Persique. Effectivement, a déclaré la secrétaire d'État, Hillary Clinton, «nous aurons une robuste et continuelle présence à travers la région... région pleine de promesse et qui devrait être libérée d'intrusion venant de l'extérieur afin de poursuivre le chemin vers la démocratie». Que Dieu nous garde qu'un pouvoir étranger puisse jamais se mêler de la politique intérieure de l'Irak!

    Quant à la Libye, Obama doit-il se féliciter de son «succès» avec ses alliés français en ayant désarçonné le tyran Kadhafi et facilité son meurtre? À mon avis, la guerre civile et l'intervention de l'OTAN sont loin d'être finies. En tout cas, il est bien trop tôt pour chanter les louanges d'une liberté à Tripoli. La semaine dernière, Le Canard enchaîné a posé des questions troublantes sur cette dernière «réussite»: «Quoi? Comment? Les nouveaux dirigeants de la Libye libérée du joug kadhafiste ne prônent pas la démocratie parlementaire? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de charia? Il suffit de regarder le front des gardes du corps [de Moustapha Abdeljalil]? bosselé par la prière — pour comprendre que le pays vient de passer au vert foncé.»

    Pas de soucis, Alain Juppé, homologue et âme soeur de Mme Clinton, constate que «la France veillera à faire respecter les valeurs de la démocratie».

    Sans procès judiciaire

    Pour le double assassinat des terroristes Ben Laden et Al-Awlaki, je laisse aux avocats des droits civils le soin d'examiner si les méthodes violentes employées pour faire respecter la justice américaine étaient justes. Personnellement, je trouve gênant qu'Al-Alawki, en tant que citoyen américain, ait été exécuté sans procès judiciaire, mais songeons plutôt à la mort de Ben Laden comme l'occasion pour Obama de prononcer un «mission accomplie» à la Bush, puisque l'invasion de l'Afghanistan en 2002 par son prédécesseur a été justifiée comme la poursuite et la punition d'al-Qaïda après le 11-Septembre.

    Eh bien, si la guerre contre Ben Laden et ses partisans est gagnée, pourquoi reste-t-il tellement de soldats américains dans les terres des tribus afghanes? La réponse est complexe; on pourrait prendre comme point de départ le nouveau film de Danfung Dennis, Hell and Back Again, qui décrit l'expérience d'une unité de marines dans la province de Helmand et la souffrance d'un sergent, Nathan Harris, lors de son retour aux États-Unis après avoir été gravement blessé.

    Aux lecteurs du Devoir de revendiquer la diffusion, au Québec, de ce documentaire accablant, mais, en attendant, je citerai une conversation entre des villageois afghans et un officier américain. L'officier, le crâne rasé et d'une grande politesse, leur explique: «Ceci sera un long processus dont le but sera un travail en commun afin d'assurer la sécurité et de prendre soin de vos villages.» Un porte-parole des villageois répond: «Nous sommes ici pour vous demander de quitter la région afin de nous permettre de ramener nos enfants.» L'officier répond: «Je ne comprends pas ce que vous demandez.» Cependant, il devrait parfaitement comprendre: lorsque les militaires américains arrivent, les talibans viennent les attaquer et tuer les Afghans perçus comme collaborateurs avec l'occupant.

    «Nous ne pouvons résister ni à vous ni aux talibans», se plaint un vieillard à la barbe blanche. «Donnez-nous une solution. Sinon, on quittera la région pour toujours.» L'officier insiste: «Je veux que vos familles puissent revenir... très vite; elles peuvent revenir, mais nous serons également ici.»

    Plus tôt dans le film, on entend Barack Obama à la télévision parlant d'un «partenariat» entre l'Amérique et l'Afghanistan. «Je veux que le peuple afghan comprenne: l'Amérique veut mettre fin à cette époque de guerre et de souffrance.» Ce à quoi le sergent Harris, marchant à peine, fait remarquer sèchement: «Le peuple afghan ne regarde pas la télévision.» Encore une réussite de sa politique étrangère?

    ***

    John R. MacArthur est éditeur de Harper's Magazine. Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.
     
     
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