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Un politicien comme les autres?

Barack Obama se lance tôt en campagne pour retrouver ses appuis perdus

Les attentes étaient grandes à l’endroit de Barack Obama lors de son élection.<br />
Photo : Agence France-Presse Jewel Samad Les attentes étaient grandes à l’endroit de Barack Obama lors de son élection.
Plus d'un an et demi avant le scrutin, Barack Obama a lancé cette semaine sa campagne en vue de la présidentielle de novembre 2012. Il part avec l'énorme avantage d'être le président sortant, mais il devra remobiliser les électeurs qu'il a déçus.

Washington — L'avantage du président sortant est considérable aux États-Unis. La concurrence restreinte garantie par le bipartisme en vigueur dans le pays, la déférence des Américains et de leurs médias envers la fonction présidentielle ainsi que les moyens offerts par la Maison-Blanche en matière de transport, d'accès à la presse et de projection sur la scène mondiale font en effet en sorte que Barack Obama a plus de 80 % de chances d'être réélu. Comme ses prédécesseurs, il jouit de l'aura d'homme d'État sans égal que fournit l'occupation de la plus haute fonction de la plus grande puissance du monde.

Le président sortant ne veut cependant rien laisser au hasard puisqu'il compte amasser pas moins d'un milliard de dollars. Il s'agirait d'un nouveau record dans le financement des présidentielles américaines pour celui qui a établi le record précédent en collectant 750 millions de dollars en fonds privés en 2008.

Cet objectif de financement est l'une des raisons pour lesquelles Barack Obama lance sa campagne si tôt. L'autre raison est qu'il va devoir remobiliser les électeurs qu'il a déçus. Ces derniers se situent surtout sur l'aile gauche du Parti démocrate et parmi les électeurs indépendants. Ils avaient cru les promesses de changement du candidat Obama, mais ils considèrent aujourd'hui que le changement n'est pas aussi fondamental qu'ils l'espéraient.

Les électeurs déçus d'Obama sont suffisamment nombreux pour maintenir sa cote de popularité en dessous de 50 % depuis un an. Arrivé à la Maison-Blanche dans une euphorie reflétée par une popularité de 70 %, Barack Obama est crédité aujourd'hui d'un taux de satisfaction aussi bas que 42 %.

Dans un courriel adressé à 14 000 partisans de sa première campagne présidentielle, Barack Obama livre son plaidoyer auprès des déçus. «Le changement durable ne s'obtient ni rapidement ni facilement», écrit-il.

Déception


Janette Sherman, militante du parti du chef de la Maison-Blanche, fait partie des électeurs désenchantés. «Obama n'a pas été à la hauteur pour la réforme de la santé, il ne s'est pas battu pour l'instauration d'un système universel et public», explique cette femme médecin au Devoir.

«Obama écoute trop l'industrie nucléaire, et son soutien à la reprise de la construction de centrales est irresponsable», estime la démocrate, avant d'ajouter: «Nous n'avions vraiment pas besoin d'une troisième zone de guerre, cette fois en Libye, et Obama, comme les autres, ne parle jamais de réduire le budget militaire.»

Pour Don Louie, un indépendant qui a lui aussi voté pour le Parti démocrate en 2008, la présidence Obama prend l'allure d'une «occasion manquée». «Tellement de gens ont voté pour lui qu'au début, il avait les mains libres pour faire tout ce qu'il voulait, mais ça ne s'est pas passé comme ça», confie-t-il.

Cet ingénieur en informatique est arrivé à la conclusion que Barack Obama est «un politicien comme les autres, redevable envers les intérêts catégoriels, les intérêts des grandes entreprises», qui ne s'attaque pas aux vrais problèmes.

«Obama et les républicains se chamaillent autour de 40 milliards en réductions budgétaires, mais ces 40 milliards, ce n'est rien du tout comparativement aux quelque 14 000 milliards de dollars de notre endettement. Si on veut vraiment combattre le déficit, il faut faire quelque chose d'important, mettre fin à toutes les guerres, qui nous coûtent plus de 1000 milliards de dollars par an», observe-t-il.

À ce stade, 22 % seulement des Américains pensent que leur pays «va dans la bonne direction». La proportion la plus faible depuis l'arrivée de Barack Obama au pouvoir. L'insatisfaction s'exprime sur les fronts intérieur et extérieur. Selon plusieurs instituts de sondage, la plupart des Américains désapprouvent l'action de Barack Obama en politique étrangère, comme dans les domaines économique, budgétaire et social.

La manière

Mais au-delà du mécontentement au sujet de la réforme de la santé ou de l'escalade en Afghanistan, c'est sur la manière dont Barack Obama exerce la fonction présidentielle que la déception se focalise. En effet, 17 % seulement des Américains voient en Barack Obama «un leader solide et décisif», d'après Ipsos.

«Obama ne m'a pas convaincu qu'il est un vrai dirigeant, qu'il fait ce qui est le mieux pour la nation; il donne plutôt l'impression de suivre le mouvement, constate Don Louie. Il n'a pas pris beaucoup de décisions, puis, par son action et par l'image qu'il projette, il n'incarne pas quelqu'un qui décide avec force et qui mène le pays dans la bonne direction.»

Ruth Marcus, la chroniqueuse habituellement très pro-Obama du Washington Post, déplore que le président ait été «aux abonnés absents, hésitant ou tardif» dans «un nombre sidérant d'occasions et de dossiers».

Elle mentionne notamment la Libye, mais le groupe des députés noirs trouve que le silence de Barack Obama sur la pauvreté est assourdissant. Pour sa part, Bernie Sanders, le seul sénateur socialiste, déplore que Barack Obama «ne parle pas des disparités de revenus entre riches et pauvres qui, aux États-Unis, sont les plus importantes du monde développé».

De fait, Barack Obama, pourtant élevé au rang de grand communicateur pendant la campagne de 2008, utilise peu ce que Theodore Roosevelt appelait le «bully pulpit», cette «chaire merveilleuse» qui vient avec la présidence des États-Unis.

Ses prédécesseurs immédiats ont profité au maximum de la plateforme incomparable qu'offre la Maison-Blanche pour influencer, voire diriger le débat public et l'ordre du jour, tant national qu'international. Mais Barack Obama a relativement peu de contact avec les journalistes. Dans l'année et demie qui a suivi son entrée à la Maison-Blanche, période qui tend pourtant à fixer l'image du chef d'État, il n'a donné que 32 conférences de presse en solo ou avec un autre chef d'État ou de gouvernement, selon Martha Joynt Kumar, de la Towson State University. C'est seulement deux de plus que George W. Bush, pourtant peu connu pour ses talents d'orateur. C'est surtout 15 de moins que George Bush père et 25 de moins que Bill Clinton.

Des quatre derniers présidents américains, Barack Obama est celui qui fait le moins de points de presse, ces brèves séances de questions-réponses effectuées avant ou après un entretien avec un autre dirigeant, le plus souvent dans le bureau ovale: 56 points de presse dans les 18 premiers mois de sa présidence, contre 78 pour papa Bush, 186 pour Bush fils et 332 pour Bill Clinton.

Barack Obama n'aide pas sa cause non plus en recrutant Jay Carney comme porte-parole, qui, bien que moins arrogant que Robert Gibbs, ne peut faire une phrase sans chercher ses mots.

Par ailleurs, Barack Obama n'utilise pas certains des pouvoirs les plus importants de la présidence pour imposer le changement. Dans le dossier de la réforme de la santé, il n'a ainsi jamais menacé d'opposer son veto à ce qui finalement est uneloi sans système d'assurance maladie universel et public, finalement entrée en vigueur. De même, il recourt peu au décret et aux autres formes de directive pour faire adopter réformes ou mesures bloquées par les républicains.

Résultat: l'impression désormais ancrée dans l'opinion américaine est celle d'un président mou et détaché.

Dans un sondage Gallup, Barack Obama perd ainsi 15 points depuis son entrée à la Maison-Blanche quand il est question de «comprendre les problèmes des gens». «Obama ne parle pas assez au pays, il n'établit pas de rapport avec les gens», estime l'électeur indépendant Don Louie. Dans une tribune pour le quotidien Politico, le sondeur et stratège démocrate Douglas Schoen juge Barack Obama «désengagé» et «en grande difficulté».

À un an et demi du scrutin présidentiel, 50 % des Américains pensent d'ailleurs que Barack Obama «ne mérite pas un second mandat», d'après l'Université de Quinnipiac. Dans ce même sondage, Barack Obama est même à égalité avec un rival républicain «générique», c'est-à-dire non identifié.

Un bipartisme rigide régnant aux États-Unis, les options des déçus d'Obama, sans être nombreuses, sont dangereuses pour le président sortant. Pour les électeurs de l'aile gauche du Parti démocrate, l'expression du mécontentement pourrait passer par l'abstention. «Je ne donnerai pas un centime à la campagne d'Obama cette fois-ci et il se peut que je ne m'embête pas non plus à aller voter», prévient la médecin Janette Sherman qui, jusqu'à présent, ne s'est jamais abstenue aux présidentielles.

Pour les indépendants, les options sont l'abstention ou un vote en faveur d'un républicain. «Je vais voir qui sera l'autre candidat et je choisirai celui qui me semble le meilleur; je n'ai jamais voté pour le Parti républicain pour la présidence, mais je vais l'envisager», avertit l'informaticien Don Louie.

Même si elle peut évoluer d'ici le scrutin, cette situation, enregistrée en dépit de l'énorme avantage traditionnel procuré par la fonction présidentielle, est particulièrement troublante. Non seulement pour les chances de réélection de M. Obama, mais aussi pour ce qu'elle dévoile de l'ampleur de la déception qu'il suscite.

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Les attentes étaient grandes à l’endroit de Barack Obama lors de son élection.<br />
Barack Obama utilise peu certains outils que donne la présidence.<br />
 
 
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