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    Révélations de WikiLeaks - Beaucoup d'artifices, peu de conséquences

    2 décembre 2010 |Karine Prémont - Professeure de science politique au collège André-Grasset et chercheuse associée à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM | États-Unis
    Tous les textes sur WikiLeaks

    Les documents distribués par WikiLeaks à cinq grands journaux occidentaux et diffusés sur Internet depuis le début de la semaine semblent ébranler la diplomatie internationale. En effet, les anecdotes discourtoises à l'égard de plusieurs dirigeants abondent et font les manchettes.

    Les représentants du gouvernement américain tentent de convaincre la population de la gravité des conséquences qui émaneront de la diffusion de ces documents, notamment en affirmant qu'ils constituent des attaques à la sécurité nationale des pays visés, mais aussi de l'ordre international lui-même.

    Il n'est évidemment pas surprenant que l'administration de Barack Obama exagère l'importance de ces fuites: d'une part, elle veut empêcher d'autres fuites de ce genre et, d'autre part, montrer à ses alliés qu'elle n'en est pas responsable. Par contre, il est hautement exagéré de dire que ces fuites changeront la politique étrangère des États-Unis, en particulier en ce qui concerne l'Iran, comme le laissent entendre plusieurs analystes.

    Notons dans un premier temps que les fuites de WikiLeaks auront sans conteste certains effets immédiats sur les relations diplomatiques entre les États-Unis et leurs alliés, qui se refroidiront un peu. Il est également possible que la sécurité des sources des diplomates soit compromise par les différentes révélations diffusées par WikiLeaks, Le Monde, Der Spiegel, The Guardian, El País et le New York Times. Il faudra sans doute un certain temps aux différentes ambassades pour reconstruire leurs réseaux de contacts et tisser de nouveaux liens de confiance.

    Une fois cela établi, il faut comprendre pourquoi les fuites divulguées par WikiLeaks n'auront pas une influence significative sur la politique américaine. Tout d'abord, il faut se rappeler que la formulation de la politique étrangère est un processus lent, complexe, peu sensible aux influences extérieures — on n'a qu'à penser à la guerre du Vietnam sous Lyndon Johnson ou à la guerre en Irak sous George W. Bush.

    Même si les discussions au sujet de la politique étrangère gagneraient quelques fois à être faites publiquement, il est normal qu'elles ne le soient pas: la conduite de la politique étrangère, de quelque pays que ce soit, nécessite un minimum de secret pour réussir. Ainsi, la politique américaine au sujet de l'Iran a été élaborée il y a longtemps et il serait tout à fait étonnant — et incongru — que des fuites permettent d'en modifier la nature.

    Leadership présidentiel

    Ensuite, c'est souvent le leadership présidentiel qui détermine l'impact qu'aura une fuite: plus le leadership du président est ferme, moins les éléments extérieurs pourront influer sa position et donc, la prise de décision. Dans le cas de Barack Obama, il semble qu'il exerce un leadership assez assuré sur son équipe décisionnelle, d'autant plus que sa position quant à l'Iran n'a pas changé fondamentalement depuis la campagne électorale de 2008: il faut négocier avec l'Iran, utiliser tous les moyens diplomatiques possibles, plutôt que d'envisager la force. Bien que seul le temps puisse nous indiquer si le leadership du président américain est effectivement adéquat, peu d'indices nous permettent aujourd'hui de penser qu'Obama penche du côté d'une offensive militaire en Iran. Les fuites ne constitueront donc pas un prétexte pour changer de stratégie et livrer une guerre à l'Iran, comme le soutiennent aujourd'hui quelques observateurs.

    Effet paradoxal


    En fait, ces fuites — comme la majorité d'entre elles — auront fort probablement l'effet contraire de celui recherché par Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui affirme travailler au nom de la transparence et de la responsabilité des gouvernements du monde entier. Habituellement, les fuites ont plutôt pour conséquence de renforcer le secret entourant les discussions de l'équipe décisionnelle et, par le fait même, la prise de décision en politique étrangère.

    Tel fut le cas de l'affaire Iran-Contra sous Reagan: pour éviter que ne soit révélée la poursuite du financement des militants Contra malgré les interdictions du Congrès, l'équipe décisionnelle a été réduite de manière substantielle et les décisions ont été prises par un groupe très restreint. La même chose a pu être observée durant la présidence Nixon: les fuites sur les bombardements secrets au Cambodge ont mené le président et son principal conseiller, Henry Kissinger, à prendre seuls les décisions de politique étrangère.

    Le renforcement du secret entourant le processus décisionnel est généralement la conséquence la plus importante — et souvent la seule — des fuites liées à la politique étrangère des États-Unis. Les récentes fuites diffusées par WikiLeaks ne devraient pas faire exception.


     
     
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