Immigration illégale: Machete attise le débat
Julie Dufort - Candidate à la maîtrise en science politique et chercheuse à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM
8 septembre 2010
États-Unis
Photo : Agence France-Presse John Moore
Un Mexicain qui travaille dans l’illégalité dans les fermes américaines affûte sa machette.
Hollywood vient de «déclarer la guerre» à l'Arizona et sa récente loi controversée sur l'immigration (SB1070), qui permet aux policiers d'interpeller les étrangers soupçonnés d'être des immigrés clandestins. En effet, la récente sortie de Machete, un film produit par Robert Rodriguez (le même qui nous avait donné le sanguinolent Grindhouse en 2007 aux côtés de Quentin Tarantino), provoque plusieurs Américains, qui craignent la montée des tensions politiques et sociales sur la question de l'immigration non documentée.
D'autres, plus modérés, applaudissent quant à eux l'audace de Rodriguez de satiriser au grand écran le mouvement nativiste. Un film qui fait jaser, donc, mais qui rappelle surtout que le président Barack Obama n'a pas encore tenu sa promesse d'une grande réforme sur l'épineuse question de l'immigration.
Un superhéros qui dérange
En résumé, Machete (Deny Trejo) est un renégat mexicain qui décide de refaire sa vie en travaillant illégalement aux États-Unis. Il est rapidement mêlé à un vaste complot entre politiciens corrompus (Robert De Niro et Jeff Fahey), trafiquants de drogue (Steven Seagal) et patrouilles civiles frontalières (Don Johnson) qui souhaitent faire adopter des politiques d'immigration strictes, dont la construction de hautes barrières électrifiées à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
Même si Rodriguez avait imaginé ce superhéros mexicain dans les années 1990, il avoue que la sortie du film ne pouvait mieux tomber. Il ira même jusqu'à modifier à la dernière minute la bande-annonce de Machete pour qu'elle colle à l'actualité des politiques d'immigration. Dans celle-ci, on peut voir le personnage principal affirmer qu'il a des comptes à rendre à l'Arizona, et ce, la journée même du Cinco de Mayo, une fête nationale au Mexique.
Un message risqué?
Pour certains Américains, dont l'ancien président-fondateur de l'Immigration Reform Caucus (Tom Tancredo), les membres du comité d'action politique ALIPAC (Americans for Legal Immigration Political Action Committee) et des journalistes de Fox News, le message véhiculé par Machete est risqué. Ils considèrent que le film est choquant, raciste et qu'il incite à la violence, mais critiquent aussi le fait que les Mexicains non documentés y soient dépeints comme des héros, alors que les Américains sont, quant à eux, décrits comme des ignorants et des êtres assoiffés d'argent et de pouvoir.
Par ailleurs, les porte-étendard du mouvement nativiste aux États-Unis affirment que Machete alimente la propagande de la reconquête des États-Unis par les Mexicains. En effet, il existe bel et bien un groupe de personnes qui croient dur comme fer que les immigrants mexicains s'affairent à reconquérir le sud-ouest des États-Unis perdu lors de la guerre américano-mexicaine en 1848. Pour les nativistes, les Mexicains sont de plus en plus présents (lire envahissants) démographiquement, socialement et culturellement et pourraient à terme se réapproprier le territoire américain. Dans le film Machete, un immigrant affirme à ce titre que les siens n'ont «jamais traversé la frontière» et que c'est plutôt la «frontière qui a traversé» les Mexicains.
Une attaque satirique audacieuse
Au-delà de cette critique, il n'en reste pas moins que Machete entache l'image du mouvement nativiste grâce à la moquerie. Ainsi, ce film est plus qu'un simple objet de divertissement puisqu'il s'appuie sur la satire pour inciter les Américains à rejeter les politiques d'immigration conservatrices. Rodriguez ne cache d'ailleurs pas son envie de ridiculiser les politiciens aux propos xénophobes. Un de ses personnages est un sénateur (joué par Robert De Niro) qui place l'immigration au coeur de son programme électoral et qui tente de se faire réélire grâce à une publicité télévisée dans laquelle il compare grossièrement les immigrants non documentés à des «coquerelles» et à des «parasites».
De plus, Rodriguez pousse à l'extrême la caricature des patrouilles civiles frontalières (souvent appelées les «Minutemen») lorsqu'un membre de cette organisation tue volontairement une femme enceinte tentant de traverser la frontière. Cette scène d'une grande violence représente une critique à l'égard des Américains qui s'insurgent contre le phénomène des «bébés d'ancrage» (anchor babies), un terme désignant les enfants d'immigrants non documentés nés en territoire américain et qui, selon le 14e amendement de la Constitution, obtiennent la citoyenneté automatiquement.
Avec ses dimensions satiriques, Machete encourage donc la critique et le dialogue sur l'immigration aux États-Unis. Il s'inscrit à ce titre dans ce que plusieurs appellent l'âge d'or de la satire politique américaine, c'est-à-dire la forte popularité de produits de la culture populaire qui, comme les dessins animés tels South Park et les Simpson, ou encore des émissions de télévision comme The Daily Show With Jon Stewart et le Colbert Report, s'appuient sur l'humour pour nourrir l'intérêt des Américains à l'égard de la politique.
Vers une nouvelle réforme?
Chose certaine, les superhéros à la Batman et maintenant Machete ont des pouvoirs surhumains qui leur permettent de régler des problèmes complexes avec une rapidité irréaliste. L'enjeu de l'immigration non documentée ne pouvant se régler en quelques coups de machette, l'objectif de Rodriguez est davantage de conscientiser les Américains sur l'importance de relancer au plus vite les travaux entourant la réforme de l'immigration. Car si l'inaction du Congrès et du président Obama se poursuit, certains pourraient prendre le débat en main, à leur manière, un peu comme c'est le cas en Arizona et au grand écran pour Machete!
***
Julie Dufort - Candidate à la maîtrise en science politique et chercheuse à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM
D'autres, plus modérés, applaudissent quant à eux l'audace de Rodriguez de satiriser au grand écran le mouvement nativiste. Un film qui fait jaser, donc, mais qui rappelle surtout que le président Barack Obama n'a pas encore tenu sa promesse d'une grande réforme sur l'épineuse question de l'immigration.
Un superhéros qui dérange
En résumé, Machete (Deny Trejo) est un renégat mexicain qui décide de refaire sa vie en travaillant illégalement aux États-Unis. Il est rapidement mêlé à un vaste complot entre politiciens corrompus (Robert De Niro et Jeff Fahey), trafiquants de drogue (Steven Seagal) et patrouilles civiles frontalières (Don Johnson) qui souhaitent faire adopter des politiques d'immigration strictes, dont la construction de hautes barrières électrifiées à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
Même si Rodriguez avait imaginé ce superhéros mexicain dans les années 1990, il avoue que la sortie du film ne pouvait mieux tomber. Il ira même jusqu'à modifier à la dernière minute la bande-annonce de Machete pour qu'elle colle à l'actualité des politiques d'immigration. Dans celle-ci, on peut voir le personnage principal affirmer qu'il a des comptes à rendre à l'Arizona, et ce, la journée même du Cinco de Mayo, une fête nationale au Mexique.
Un message risqué?
Pour certains Américains, dont l'ancien président-fondateur de l'Immigration Reform Caucus (Tom Tancredo), les membres du comité d'action politique ALIPAC (Americans for Legal Immigration Political Action Committee) et des journalistes de Fox News, le message véhiculé par Machete est risqué. Ils considèrent que le film est choquant, raciste et qu'il incite à la violence, mais critiquent aussi le fait que les Mexicains non documentés y soient dépeints comme des héros, alors que les Américains sont, quant à eux, décrits comme des ignorants et des êtres assoiffés d'argent et de pouvoir.
Par ailleurs, les porte-étendard du mouvement nativiste aux États-Unis affirment que Machete alimente la propagande de la reconquête des États-Unis par les Mexicains. En effet, il existe bel et bien un groupe de personnes qui croient dur comme fer que les immigrants mexicains s'affairent à reconquérir le sud-ouest des États-Unis perdu lors de la guerre américano-mexicaine en 1848. Pour les nativistes, les Mexicains sont de plus en plus présents (lire envahissants) démographiquement, socialement et culturellement et pourraient à terme se réapproprier le territoire américain. Dans le film Machete, un immigrant affirme à ce titre que les siens n'ont «jamais traversé la frontière» et que c'est plutôt la «frontière qui a traversé» les Mexicains.
Une attaque satirique audacieuse
Au-delà de cette critique, il n'en reste pas moins que Machete entache l'image du mouvement nativiste grâce à la moquerie. Ainsi, ce film est plus qu'un simple objet de divertissement puisqu'il s'appuie sur la satire pour inciter les Américains à rejeter les politiques d'immigration conservatrices. Rodriguez ne cache d'ailleurs pas son envie de ridiculiser les politiciens aux propos xénophobes. Un de ses personnages est un sénateur (joué par Robert De Niro) qui place l'immigration au coeur de son programme électoral et qui tente de se faire réélire grâce à une publicité télévisée dans laquelle il compare grossièrement les immigrants non documentés à des «coquerelles» et à des «parasites».
De plus, Rodriguez pousse à l'extrême la caricature des patrouilles civiles frontalières (souvent appelées les «Minutemen») lorsqu'un membre de cette organisation tue volontairement une femme enceinte tentant de traverser la frontière. Cette scène d'une grande violence représente une critique à l'égard des Américains qui s'insurgent contre le phénomène des «bébés d'ancrage» (anchor babies), un terme désignant les enfants d'immigrants non documentés nés en territoire américain et qui, selon le 14e amendement de la Constitution, obtiennent la citoyenneté automatiquement.
Avec ses dimensions satiriques, Machete encourage donc la critique et le dialogue sur l'immigration aux États-Unis. Il s'inscrit à ce titre dans ce que plusieurs appellent l'âge d'or de la satire politique américaine, c'est-à-dire la forte popularité de produits de la culture populaire qui, comme les dessins animés tels South Park et les Simpson, ou encore des émissions de télévision comme The Daily Show With Jon Stewart et le Colbert Report, s'appuient sur l'humour pour nourrir l'intérêt des Américains à l'égard de la politique.
Vers une nouvelle réforme?
Chose certaine, les superhéros à la Batman et maintenant Machete ont des pouvoirs surhumains qui leur permettent de régler des problèmes complexes avec une rapidité irréaliste. L'enjeu de l'immigration non documentée ne pouvant se régler en quelques coups de machette, l'objectif de Rodriguez est davantage de conscientiser les Américains sur l'importance de relancer au plus vite les travaux entourant la réforme de l'immigration. Car si l'inaction du Congrès et du président Obama se poursuit, certains pourraient prendre le débat en main, à leur manière, un peu comme c'est le cas en Arizona et au grand écran pour Machete!
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Julie Dufort - Candidate à la maîtrise en science politique et chercheuse à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM
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