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La v.-p. démocrate égratigne Obama sur la marée noire

Claude Lévesque   3 juin 2010  États-Unis
Donna Brazile porte plusieurs chapeaux: militante des droits civiques, universitaire, commentatrice à la télévision américaine et vice-présidente du Comité national du Parti démocrate. Cette Louisianaise d'origine s'est fait remarquer par son franc-parler lors du discours qu'elle a prononcé hier au congrès de la Fédération canadienne des sciences humaines, qui se déroule à l'Université Concordia.

La vice-présidente du Parti démocrate, Donna Brazile, parle avec passion de la politique américaine et du rôle qu'y jouent les femmes — sa spécialité, mais c'est avec un surplus d'émotion que cette native de la Louisiane a évoqué hier la catastrophe écologique qui s'abat sur ses côtes et ses bayous bien-aimés.

C'est la seule fois, dans son intervention d'un peu plus d'une heure hier à l'Université Concordia, qu'elle a sérieusement égratigné le président Obama. «Nous n'avons eu droit à aucune déclaration publique de la part du gouvernement pendant les premiers jours. Ce silence assourdissant nous a froissés», a déploré Donna Brazile.

«C'est notre littoral du golfe, c'est notre source d'eau et de fruits de mer, c'est notre gagne-pain, c'est ce que nous sommes. C'était si émotif et spirituel que vous vouliez dire à quelqu'un: "Ce sont ces marais qui nous relient à la planète". C'est dans mon sang et dans mes veines et pourtant, il y avait une telle indifférence...» a poursuivi cette «enfant du golfe», née à la Nouvelle-Orléans en 1959.

Selon Mme Brazile, le président s'est trop fié à la pétrolière BP dans un premier temps. «Il accomplit un meilleur travail depuis dix jours, non seulement parce qu'il est frustré, mais aussi parce qu'il a craint que [cette catastrophe] ne sonne la fin du golfe du Mexique tel que nous le connaissons», a-t-elle reconnu, n'en exigeant pas moins que son gouvernement teste la qualité de l'eau et de l'air «afin que cela ne nous tue pas».

Mme Brazile, qui prenait la parole au congrès annuel de la Fédération canadienne des sciences humaines, a conquis un auditoire nombreux avec son énergie, son franc-parler et son humour décapant. Militante des droits civiques et admiratrice de Martin Luther King, cette Afro-Américaine a participé à plusieurs campagnes présidentielles depuis 1976, dirigeant même celle d'Al Gore en 2000.

Leadership au féminin

Le thème de son discours n'était pas la crise environnementale en Louisiane, comme on s'en doute, mais plutôt les femmes et le leadership à l'ère d'Obama. Une «ère nouvelle» qu'elle a d'emblée décrite comme suit: «L'ère Obama, c'est quand les femmes exerceront pleinement le leadership, quand nous continuerons notre long parcours vers l'égalité pour tous, quand enfin nous trouverons l'équité sur le marché du travail et quand la porte des opportunités pour les femmes sera enfin grande ouverte.»

Comme d'autres, Donna Brazile qualifie d'historique la campagne électorale de 2008. Elle s'était alors abstenue de déclarer une préférence pour Barack Obama ou pour Hillary Clinton. Hier, certains de ses propos trahissaient un faible pour cette dernière.

«Hillary Clinton est venue tout près de gagner les primaires et de devenir la première femme présidente des États-Unis. Elle a été la plus efficace dans les débats, car elle a compris les doléances du public américain», a-t-elle affirmé, ajoutant: «Le président Obama l'a emporté en grande partie parce qu'il a bâti une coalition plus large chez les jeunes et au sein des minorités raciales et ethniques.»

«Ce serait un peu court de dire que la victoire d'Obama ne représente pas également une victoire pour les femmes, a-t-elle nuancé. Ce qui est bon pour les minorités ethniques et raciales devrait aussi être bon pour les femmes, et vice-versa.»

Donna Brazile sait gré à Barack Obama d'en avoir nommé plusieurs à de tels postes, dont Mme Clinton (Département d'État) évidemment, Janet Napolitano (Sécurité intérieure) et Kathleen Sibelius (Santé). En revanche, la vice-présidente du Parti démocrate déplore que les femmes américaines ne gagnent toujours que 78 % du revenu des hommes.
 
 
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