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Le boycottage

John R. MacArthur   1 février 2010  États-Unis
Comment freiner la chute de l'Amérique, ainsi que celle de Barack Obama et de sa présidence?
Les preuves de l'incapacité des États-Unis de se réformer s'accumulent. Embourbés dans deux guerres impossibles à gagner, les idéologues et tacticiens qui ont la main haute à la Maison-Blanche et au Congrès continuent à imposer la force militaire et violente sur des peuples tout à fait indifférents aux «valeurs américaines». Par ailleurs, en dépit de la crise économique, un genre de terrorisme financier s'étend sur le pays: les banquiers et courtiers se trouvent de nouveau enrichis, alors que le chômage augmente progressivement. Corrompus par l'argent de leurs campagnes électorales, les politiciens préfèrent ne pas déranger les Ben Laden qui ont créé des hypothèques pourries et des produits dérivés opaques.

Pire, la menace du terrorisme physique venu de l'islam radical n'est pas vraiment prise au sérieux. Les provocations autodestructrices que sont les interventions en Irak et en Afghanistan suscitent la rancune des radicaux et les aident à recruter de nouveaux militants. En même temps, nos réflexes «sécuritaires» destinés à défendre nos frontières, nos aéroports et nos avions virent à l'absurde.

Une amie m'a raconté que lors d'un vol Costa Rica-New York, après l'attentat terroriste de Noël, on lui a interdit de couvrir sa fille de trois ans endormie tout au long de la dernière heure du trajet; ainsi, chaque fois que l'hôtesse de l'air passait dans le couloir, elle enlevait le manteau de la petite, puis sa maman le lui remettait.

Quant à moi, j'ai failli annuler ma visite à Montréal (pour assister au centième anniversaire du Devoir) tellement je craignais les délais potentiels à Newark International: l'aéroport avait été fermé quelques jours auparavant pendant plusieurs heures lorsqu'un homme a franchi une zone de sécurité pour rejoindre sa copine, apparemment pour lui donner un bisou avant qu'elle n'embarque sur son vol.

Direction Montréal, j'ai été bien surpris par la facilité de mon voyage à bord d'Air Canada Jazz — je n'ai pas été fouillé, on m'a permis de porter mon bagage à main à bord de l'appareil et personne ne m'a empêché d'aller au petit coin quinze minutes avant l'atterrissage. Il semble que le Québec, au moins, ne se sent pas menacé par les Américains venant de New York.

Direction New York, c'était une tout autre histoire. À l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, mon sac à main m'a été enlevé — tout bagage étant interdit dans la cabine (dont les sacs en plastique contenant journaux et magazines) hormis les ordinateurs portables — et j'ai subi une fouille corporelle méticuleuse. À la porte d'embarquement, j'ai demandé à l'agente de bord comment il se faisait que d'autres passagers portaient des bagages à main autres que des ordinateurs. «Je ne connais pas les règles», m'a-t-elle répondu d'un ton exaspéré. Règles, sans doute, imposées par l'Amérique au Canada. Cela ne donne assurément pas envie de voyager au «land of the free and home of the brave».

Comment s'en sortir? Là, je fais appel à Tyler Brûlé, Canadien d'origine et chroniqueur au Financial Times. D'habitude, je ne fais grand cas des déclarations et recommandations de Fast Lane, sa chronique sur la consommation globale et la vie de jet set affaires. Mais j'avoue que Brûlé, homme de bon goût, fait souvent des observations intelligentes — et voilà que le mois dernier il a offert une stratégie simple et brillante pour combattre les dernières folies de l'Amérique: le boycottage.

Oui, un vrai boycottage économique issu de l'étranger, puisque aucune influence locale ne semble avoir d'effet sur le pouvoir à Washington ou dans les grandes sociétés. Brûlé a raison de dire «qu'il n'y a rien de tel qu'une occasion commerciale ratée pour changer les opinions aux États-Unis» et «qu'un secteur d'aviation civile paralysé serait une mauvaise nouvelle pour des industries comme Boeing et ses fournisseurs».

Bien entendu, Brûlé a des intérêts ciblés; il joue le rôle de porte-parole pour la classe assiégée de passagers classe affaires qui souffrent le plus du chaos aux aéroports. Non seulement il est critique, mais il a de bonnes idées pour améliorer la sécurité dans les aéroports. Il voudrait augmenter les salaires des agents qui passent au crible les passagers afin d'attirer «des âmes plus vives qui seraient désireuses de rendre service» plutôt que de prolonger des attentes déjà interminables. De là, on pourrait créer de vraies équipes bien formées en techniques policières et d'enquête. (J'imagine que Brûlé serait d'accord avec un lecteur du Financial Times qui dit que «la seule façon de passer au crible les passagers est à la porte d'embarquement», puisque les aéroports seront toujours remplis d'ouvriers mal rémunérés et qui changent tout le temps, donc qui sont difficiles à surveiller.)

Toutefois, l'idée géniale de Brûlé — celle «d'arrêter d'utiliser les lignes aériennes américaines et de bouder les États-Unis» et de «plutôt essayer le Canada» — est trop restreinte dans son ambition. Pourquoi se limiter au confort et à la sécurité des passagers huppés qui lisent le Financial Times?

Au-delà des crises économiques et guerrières, il y a chez nous une crise de l'éducation publique liée à la sécurité aérienne. Avant l'attentat raté de Noël à bord de l'avion à destination de Detroit, un employé du Département d'État a mal écrit dans son ordinateur le nom du terroriste présumé, Umar Farouk Abdulmutallab, ce qui a permis à celui-ci, en partie du moins, d'échapper à l'attention des autorités qui auraient pu saisir son visa. Entre temps à New York, la direction des transports publics a proposé d'éliminer, afin d'économiser, les cartes de métro et d'autobus gratuites pour les étudiants fréquantant l'école primaire et secondaire. Voilà la bêtise américaine dévoilée en grand: au moment où nous avons un évident besoin de perfectionner l'orthographe, la ville de New York décourage les enfants d'aller à l'école.

Or, lorsque je faisais la queue à l'aéroport Trudeau avant de rentrer à New York, j'ai bavardé avec un aimable couple de Québécois en route pour des vacances en Floride. Alors que l'on patientait, j'ai suggéré que peut-être on passerait plus rapidement à travers la frontière américaine si le Canada retirait ses soldats de l'Afghanistan. Réflexion faite, j'aurais dû leur suggérer de participer immédiatement au boycottage en rentrant chez eux — au moins jusqu'à ce que les écoliers de New York soient assurés de pouvoir prendre le métro gratuitement.

******

John R. MacArthur est éditeur de Harper's Magazine, publié à New York. Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.
 
 
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  • Viviane Blais
    Inscrite
    lundi 1 février 2010 09h27
    Boycotter les États-Unis? Plus facile à dire qu'à faire
    Non seulement il faudrait boycotter les États-Unis, mais toutes les destinations au sud de la frontière canadienne puisque la plupart des lignes aériennes qui offrent des vols vers le sud sont américaines. Que l'on veuille aller au Mexique, au Costa Rica ou en Argentine, à moins de "choisir" Air Canada, il faut s'arrêter obligatoirement dans une ville américaine et subir cette paranoïa sur le plan de la sécurité.

  • nonauracisme
    Inscrit
    lundi 1 février 2010 19h05
    Boycotter la france est mieux, les mesures de securite sont plus acceptable
    Je prefere etre en securite meme si ca prend plus longtemp. Avec sson debat sur l identite nationale et de racisme ouvert, boycotter la france serai mieux.

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 1 février 2010 19h50
    Tout mais pas vous
    J'aime beaucoup votre franc parler monsieur MacArthur. Sous votre plume, un chat s'appelle un chat, la chute de la présidence d'Obama ne porte pas le nom d'espoir (mais celle des États-Unis s'appelle la chute de l'Amérique). Vous en résumez la situation à grands traits volontaires et cinglants. C'est un style assuré qui dépayse agréablement et rassérène. Boycotter les USA, qu'elle bonne idée, et on ne gardera que vous.

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