États-Unis--Mexique - Vous avez dit changement?
En 2006, le gouvernement Bush a fait adopter le Secure Fence Act, un projet de construction d'une barrière de 1130 km le long de la frontière américano-mexicaine, vue par Washington comme une triple guerre menée contre l'immigration non documentée, le crime organisé transnational et le terrorisme.
Composée d'une suite de murs physiques et virtuels, cette barrière est loin de couvrir la totalité des 3169 kilomètres de la frontière commune. Pour autant, et même si la signature du Secure Fence Act marque une étape importante dans sa construction, l'histoire du mur évolue depuis le début du XXe siècle vers une zone-frontière de plus en plus contrôlée et militarisée.
De la clôture au mur
À l'origine, la barrière servait à démarquer le territoire et à canaliser les migrants vers les postes-frontières. En 1937, le gouvernement fédéral américain avait d'ailleurs amorcé la construction de clôtures dans plusieurs villes, comme Nogales, San Ysidro et El Paso, tandis que, dans les zones rurales, les barrières ont été érigées par les propriétaires de ranch. Même si ces courtes barrières étaient relativement inefficaces pour contrer le passage de migrants ou freiner la contrebande, elles sont rapidement devenues un symbole visible du climat d'insécurité à la frontière.
Au milieu des années 1970, la pression migratoire croissante poussa le Congrès à financer la construction de nouvelles barrières de plus de 3,5 mètres de hauteur et surmontées de barbelés. La presse fustigea alors le «rideau tortilla» (Tortilla Curtain) et poussa le gouvernement à réduire l'ampleur du projet.
Ce n'est qu'à la fin des années 1980 que le contrôle frontalier s'accentue une fois de plus, avec la construction de pans de mur faits de tôles de métal récupérées dans les pistes d'atterrissage utilisées pour la guerre du Golfe.
Prise par le gouvernement Clinton, cette décision incarne le paradoxe même des murs de l'après-guerre froide, puisqu'elle survient au moment même des négociations menées en vue d'une entente historique, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ainsi, entre libéralisation et fortification, la frontière mexicano-américaine incarne la dualité de la mondialisation.
La tentation du mur
Les événements du 11 septembre 2001 ont contribué à raviver le débat sur la sécurisation des frontières américaines. Peu avant les attentats, le président George W. Bush envisageait une plus grande ouverture des flux migratoires en provenance du Mexique. Cette vision était celle d'un président conscient de l'importance économique des échanges avec son voisin du sud et sensible au poids politique croissant de la communauté hispanique.
Mais, le 12 septembre 2001, ce discours d'ouverture devint soudainement obsolète. La présidence de Bush fut le théâtre des plus grands affrontements politiques des vingt dernières années sur les politiques d'immigration et de sécurisation des frontières. Ce débat a abouti sur un compromis politique avec l'adoption du Secure Fence Act.
L'urgence d'agir était légitimée notamment par le fait que, en une décennie seulement, le nombre d'immigrants clandestins est passé de cinq à douze millions. Dès lors, les événements du 11-septembre ont suscité un mouvement centripète liant la migration internationale, le terrorisme et la sécurité frontalière, et le Congrès a augmenté de 145 % le budget consacré à la sécurité frontalière.
Obama au pied du mur
Avec l'arrivée de Barack Obama, les astres ont semblé alignés pour un renouveau du débat sur les frontières et la fin du mur. Durant sa course à la présidence, Obama s'était rendu à Berlin pour y prononcer un discours sur l'importance de la coopération entre les États-Unis et l'Europe, déclarant clairement que le plus grand des dangers serait de permettre à de nouveaux murs de diviser.
Pour autant, le nouveau président en exercice s'est abstenu de tout commentaire officiel, depuis son arrivée au pouvoir, au sujet du mur entre le Mexique et les États-Unis. Il n'existe aucun signe de ralentissement du chantier de construction, dont 80 % est achevé. Il faut dire que la position du président Obama pourrait être inconfortable dans la mesure où, en tant que sénateur, il a voté en faveur de la construction du mur entamée par la présidence de Bush.
Selon un rapport paru en septembre 2009, au cours des quinze dernières années, plus de 5000 Mexicains sont morts «accidentellement» en tentant de contourner le mur et de traverser la frontière.
La crise économique, avec son lot de croyances populaires selon lesquelles les clandestins profitent des services publics et prennent les emplois des Américains, continue à alimenter les chantres du mur — et le chantier de construction dans lequel plus de deux milliards de dollars ont été investis à ce jour...
*****
Julie Dufort est coordonnatrice et chercheuse à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques; elle est également candidate à la maîtrise en science politique à l'UQAM.
Composée d'une suite de murs physiques et virtuels, cette barrière est loin de couvrir la totalité des 3169 kilomètres de la frontière commune. Pour autant, et même si la signature du Secure Fence Act marque une étape importante dans sa construction, l'histoire du mur évolue depuis le début du XXe siècle vers une zone-frontière de plus en plus contrôlée et militarisée.
De la clôture au mur
À l'origine, la barrière servait à démarquer le territoire et à canaliser les migrants vers les postes-frontières. En 1937, le gouvernement fédéral américain avait d'ailleurs amorcé la construction de clôtures dans plusieurs villes, comme Nogales, San Ysidro et El Paso, tandis que, dans les zones rurales, les barrières ont été érigées par les propriétaires de ranch. Même si ces courtes barrières étaient relativement inefficaces pour contrer le passage de migrants ou freiner la contrebande, elles sont rapidement devenues un symbole visible du climat d'insécurité à la frontière.
Au milieu des années 1970, la pression migratoire croissante poussa le Congrès à financer la construction de nouvelles barrières de plus de 3,5 mètres de hauteur et surmontées de barbelés. La presse fustigea alors le «rideau tortilla» (Tortilla Curtain) et poussa le gouvernement à réduire l'ampleur du projet.
Ce n'est qu'à la fin des années 1980 que le contrôle frontalier s'accentue une fois de plus, avec la construction de pans de mur faits de tôles de métal récupérées dans les pistes d'atterrissage utilisées pour la guerre du Golfe.
Prise par le gouvernement Clinton, cette décision incarne le paradoxe même des murs de l'après-guerre froide, puisqu'elle survient au moment même des négociations menées en vue d'une entente historique, l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ainsi, entre libéralisation et fortification, la frontière mexicano-américaine incarne la dualité de la mondialisation.
La tentation du mur
Les événements du 11 septembre 2001 ont contribué à raviver le débat sur la sécurisation des frontières américaines. Peu avant les attentats, le président George W. Bush envisageait une plus grande ouverture des flux migratoires en provenance du Mexique. Cette vision était celle d'un président conscient de l'importance économique des échanges avec son voisin du sud et sensible au poids politique croissant de la communauté hispanique.
Mais, le 12 septembre 2001, ce discours d'ouverture devint soudainement obsolète. La présidence de Bush fut le théâtre des plus grands affrontements politiques des vingt dernières années sur les politiques d'immigration et de sécurisation des frontières. Ce débat a abouti sur un compromis politique avec l'adoption du Secure Fence Act.
L'urgence d'agir était légitimée notamment par le fait que, en une décennie seulement, le nombre d'immigrants clandestins est passé de cinq à douze millions. Dès lors, les événements du 11-septembre ont suscité un mouvement centripète liant la migration internationale, le terrorisme et la sécurité frontalière, et le Congrès a augmenté de 145 % le budget consacré à la sécurité frontalière.
Obama au pied du mur
Avec l'arrivée de Barack Obama, les astres ont semblé alignés pour un renouveau du débat sur les frontières et la fin du mur. Durant sa course à la présidence, Obama s'était rendu à Berlin pour y prononcer un discours sur l'importance de la coopération entre les États-Unis et l'Europe, déclarant clairement que le plus grand des dangers serait de permettre à de nouveaux murs de diviser.
Pour autant, le nouveau président en exercice s'est abstenu de tout commentaire officiel, depuis son arrivée au pouvoir, au sujet du mur entre le Mexique et les États-Unis. Il n'existe aucun signe de ralentissement du chantier de construction, dont 80 % est achevé. Il faut dire que la position du président Obama pourrait être inconfortable dans la mesure où, en tant que sénateur, il a voté en faveur de la construction du mur entamée par la présidence de Bush.
Selon un rapport paru en septembre 2009, au cours des quinze dernières années, plus de 5000 Mexicains sont morts «accidentellement» en tentant de contourner le mur et de traverser la frontière.
La crise économique, avec son lot de croyances populaires selon lesquelles les clandestins profitent des services publics et prennent les emplois des Américains, continue à alimenter les chantres du mur — et le chantier de construction dans lequel plus de deux milliards de dollars ont été investis à ce jour...
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Julie Dufort est coordonnatrice et chercheuse à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques; elle est également candidate à la maîtrise en science politique à l'UQAM.
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