Le Nobel à Obama - La surprise
La surprise a été aussi totale que mondiale. Président en exercice des États-Unis depuis neuf mois seulement, Barack Obama s'est vu décerner le prix Nobel de la paix. Parmi les mots employés par le comité pour justifier ce choix inattendu, on a retenu celui-ci: encouragement. À quoi? À poursuivre ce qu'il a amorcé. Déclinons.
Jusqu'à présent, le chef de l'exécutif américain s'est distingué, en matière de relations internationales, par les efforts déployés pour rompre avec l'unilatéralisme de Bush, avec la diplomatie de la canonnière. On l'a peut-être oublié, mais le dédain que Bush a manifesté avec constance pour la conception multipolaire du monde s'était traduit dans les faits par une décision lourde de conséquences. Laquelle? Le retrait unilatéral, décidé lors de son premier mandat, du traité qui balise les arsenaux nucléaires des États-Unis et de la Russie.
On évoque ce fait parce que sa nature nucléaire a justement été brandie de manière appuyée par ceux qui ont choisi Obama. Il ne leur a pas échappé qu'à la faveur du discours que ce dernier a prononcé à Prague et qu'il a consacré à l'arme fatale, Moscou et Washington ont entamé des discussions ayant pour objet une réduction marquée du nombre de bombes et de missiles intercontinentaux. Un accord devrait d'ailleurs être annoncé début décembre.
L'autre geste fait par Obama et qui mérite trois coups de chapeau: l'enterrement du bouclier antimissile que Bush avait envisagé d'installer dans l'arrière-cour de la Russie. De ce côté-ci de l'Atlantique, à des milliers de kilomètres de Berlin ou de Budapest, on a peut-être de la difficulté à mesurer combien l'abandon d'une mesure teintée d'agressivité a apaisé une majorité d'Européens, sans oublier les liens avec les Russes.
Ensuite? Les exposés qu'il a déclinés au Caire, à Accra et lors de l'assemblée des Nations unies tout récemment avaient un dénominateur commun qui tranche passablement avec la posture adoptée par Bush. Après l'avoir dit, il a confirmé que la souveraineté des États doit être la clé de voûte des relations entre les peuples. Dans la foulée, un dialogue, timide pour l'instant il est vrai, s'est installé entre Washington et la Syrie, le Soudan, la Birmanie.
On fera l'impasse sur d'autres faits pour mieux retenir la comparaison faite par Thorbjorn Jagland, président du Nobel de la paix, entre le récipiendaire de cette année et celui de 1971, soit Willy Brandt, alors chancelier de l'Allemagne. Jagland a rappelé que lorsque Brandt a composé son premier texte sur l'Ostpolitik, ou sur le rapprochement nécessaire et inévitable entre l'Ouest et l'Union soviétique, le mur de Berlin n'est pas tombé le surlendemain. S'il fut décidé d'accorder la palme du pacifisme à Brandt, c'était pour l'encourager à poursuivre sur cette voie, mais aussi pour encourager un sursaut de la société civile de l'époque. On connaît la suite.
Cela étant, ce Nobel pourrait être un cadeau empoisonné. Aux États-Unis, les néo-conservateurs et certaines figures de proue du Parti républicain ont vociféré que ce prix était la preuve de la naïveté, de la crédulité, voire de la faiblesse d'Obama pour ce qui a trait à la politique étrangère. D'autres craignent que l'autorité morale inhérente à cette récompense interdise à Obama tout recours à la realpolitik. Chose certaine, d'ici deux à trois semaines, le président devrait dévoiler sa nouvelle stratégie en Afghanistan. Il aura alors l'occasion de confirmer son refus des bricolages qui, depuis les années 1990, impriment une influence mortifère sur le monde. Sinon, il désavouera ceux qui l'ont élu champion de la paix.
Jusqu'à présent, le chef de l'exécutif américain s'est distingué, en matière de relations internationales, par les efforts déployés pour rompre avec l'unilatéralisme de Bush, avec la diplomatie de la canonnière. On l'a peut-être oublié, mais le dédain que Bush a manifesté avec constance pour la conception multipolaire du monde s'était traduit dans les faits par une décision lourde de conséquences. Laquelle? Le retrait unilatéral, décidé lors de son premier mandat, du traité qui balise les arsenaux nucléaires des États-Unis et de la Russie.
On évoque ce fait parce que sa nature nucléaire a justement été brandie de manière appuyée par ceux qui ont choisi Obama. Il ne leur a pas échappé qu'à la faveur du discours que ce dernier a prononcé à Prague et qu'il a consacré à l'arme fatale, Moscou et Washington ont entamé des discussions ayant pour objet une réduction marquée du nombre de bombes et de missiles intercontinentaux. Un accord devrait d'ailleurs être annoncé début décembre.
L'autre geste fait par Obama et qui mérite trois coups de chapeau: l'enterrement du bouclier antimissile que Bush avait envisagé d'installer dans l'arrière-cour de la Russie. De ce côté-ci de l'Atlantique, à des milliers de kilomètres de Berlin ou de Budapest, on a peut-être de la difficulté à mesurer combien l'abandon d'une mesure teintée d'agressivité a apaisé une majorité d'Européens, sans oublier les liens avec les Russes.
Ensuite? Les exposés qu'il a déclinés au Caire, à Accra et lors de l'assemblée des Nations unies tout récemment avaient un dénominateur commun qui tranche passablement avec la posture adoptée par Bush. Après l'avoir dit, il a confirmé que la souveraineté des États doit être la clé de voûte des relations entre les peuples. Dans la foulée, un dialogue, timide pour l'instant il est vrai, s'est installé entre Washington et la Syrie, le Soudan, la Birmanie.
On fera l'impasse sur d'autres faits pour mieux retenir la comparaison faite par Thorbjorn Jagland, président du Nobel de la paix, entre le récipiendaire de cette année et celui de 1971, soit Willy Brandt, alors chancelier de l'Allemagne. Jagland a rappelé que lorsque Brandt a composé son premier texte sur l'Ostpolitik, ou sur le rapprochement nécessaire et inévitable entre l'Ouest et l'Union soviétique, le mur de Berlin n'est pas tombé le surlendemain. S'il fut décidé d'accorder la palme du pacifisme à Brandt, c'était pour l'encourager à poursuivre sur cette voie, mais aussi pour encourager un sursaut de la société civile de l'époque. On connaît la suite.
Cela étant, ce Nobel pourrait être un cadeau empoisonné. Aux États-Unis, les néo-conservateurs et certaines figures de proue du Parti républicain ont vociféré que ce prix était la preuve de la naïveté, de la crédulité, voire de la faiblesse d'Obama pour ce qui a trait à la politique étrangère. D'autres craignent que l'autorité morale inhérente à cette récompense interdise à Obama tout recours à la realpolitik. Chose certaine, d'ici deux à trois semaines, le président devrait dévoiler sa nouvelle stratégie en Afghanistan. Il aura alors l'occasion de confirmer son refus des bricolages qui, depuis les années 1990, impriment une influence mortifère sur le monde. Sinon, il désavouera ceux qui l'ont élu champion de la paix.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

