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Réformer les États-Unis

François Brousseau   14 septembre 2009  États-Unis
Avec son plan timide et combien prudent de réforme de l'assurance maladie, Barack Obama, bien malgré lui, a déclenché l'hallali dans une extrême droite américaine minoritaire, mais déchaînée et influente.

Tout l'été, lors de forums publics, une certaine base populaire, se réclamant des principes fondateurs des États-Unis, a répété sur tous les tons que «la médecine socialisée ne passera pas», pendant que les compagnies d'assurance privées y allaient d'une campagne télévisée martelant le même message.

Point d'orgue de cette campagne de démolition en règle: l'exclamation «Vous mentez!» lancée par le représentant de Caroline du Sud Joe Wilson, mercredi soir lors de l'allocution du président vouée à la défense de son plan de réforme de l'assurance maladie...

Joe Wilson incarne une mouvance blanche sudiste qui nie à Barack Obama jusqu'à sa légitimité comme président. Un courant qui n'a jamais accepté que les États-Unis aient à leur tête un noir, et qui le vit comme un cauchemar. C'est d'ailleurs de la même Caroline du Sud — haut lieu de la guerre de Sécession — que sont venues ces derniers mois plusieurs attaques similaires, dont celle d'un militant républicain en vue, Ron DePass. En juin dernier, il avait osé un rapprochement «humoristique» entre la première dame, Michelle Obama, et un gorille échappé du zoo de Columbia.

***

Les allusions raciales, l'aliénation d'un sud blanc face à un nord cosmopolite, affleurent assez souvent dans le débat, et ne sont pas qu'un accompagnement fortuit de cette mobilisation réactionnaire... Elles font partie intégrante de ce mouvement, qui vise non seulement à tuer dans l'oeuf toute réforme de la santé, mais à bloquer le virage à gauche — réel ou supposé — incarné par Barack Obama, et à refuser en bloc une certaine modernité.

Lors de la manifestation de samedi à Washington, on a pu lire une fois de plus les slogans les plus étonnants de cette fraction politique («Stoppez le communisme»; «Le Big Government, c'est le fascisme»; «Nous sommes ici pour sauver l'Amérique»). On aurait tort de minimiser l'importance de ce mouvement, sous le prétexte que, dans son expression littérale et radicale, elle ne représente qu'une petite minorité de la population américaine.

C'est vrai, mais d'une part ce mouvement a des côtés authentiquement populaires. Et puis l'habileté de ses organisateurs a été non seulement de canaliser les impulsions extrêmes d'un petit nombre, mais d'aller chercher le cercle beaucoup plus large de ceux qui, aux États-Unis, ont une aversion diffuse envers toute intervention gouvernementale. Qui, influencés par les vociférations répercutées sur Fox News et CNN, se demandent sérieusement si Obama est, oui ou non, «un dangereux socialiste». Qui, plus généralement, en ont marre des politiciens. Ou encore, qui craignent de voir leurs intérêts personnels menacés par une réforme vue comme hasardeuse.

C'est pourquoi, malgré l'existence — dans les rares sondages qui posent les questions de fond — d'une étonnante majorité silencieuse en faveur des principes de la réforme (universalité, participation limitée de l'État fédéral), dans les faits, cette majorité ne devient pas politique. Au Congrès, les républicains font bloc malgré leur absence de leader et de programme positif... contrairement aux démocrates, dont la frange conservatrice ne veut pas appuyer l'idée d'une participation — même minime — de l'État à un éventuel régime d'assurance maladie universel.

***

Dans ce contexte, l'objectif de Barack Obama dans son discours de mercredi — émouvant et profond, mais aux effets politiques limités — était non seulement de sauver ce qui peut l'être de sa réforme, mais plus largement de reprendre l'initiative politique, abandonnée à l'opposition durant tout l'été.

À force de ménager ses adversaires, de souligner leur légitimité et leur droit à s'exprimer, à force de laisser le Congrès s'occuper (dans la pagaille) de tous les détails, à force de répéter qu'il était prêt à transiger sur le principe d'un service public d'assurance maladie, le président a mécontenté sa base de gauche, démobilisé le centre et galvanisé la droite.

Le grand débat sur la réforme de la santé aux États-Unis, c'est beaucoup plus qu'une discussion sur un projet de loi, fût-il important. C'est un test capital sur la capacité de ce pays, au XXIe siècle, de surmonter son conservatisme foncier, de se moderniser et de se rapprocher du reste du monde occidental.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

***

francobrousso@hotmail.com






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