L'école de Barack Obama
La semaine dernière, ma fille est entrée en première année de lycée. À ces occasions, les parents ont toujours un petit pincement au coeur. La première journée, le directeur a réuni les étudiants qui arrivaient du secondaire pour leur adresser quelques mots. Son message était en gros le suivant. On ne rigole pas au lycée. Ceux qui y accèdent devront travailler fort. Mais ils auront l'aide dévouée de professeurs compétents et soucieux que tous réussissent. Dans son message, le directeur a mis l'accent sur le haut niveau de culture auquel accéderont les élèves et sur le travail important qu'ils devront nécessairement accomplir. Ceux-ci sont repartis avec le sentiment que rien ne leur sera donné sans efforts, mais que ce travail leur permettra d'accéder à un savoir qui changera à jamais leur vie.
Ne trouvez-vous pas que l'on entend rarement ce genre de discours au Québec? Pendant la semaine de la rentrée scolaire, j'ai entendu parler du décrochage, des nouvelles technologies de l'éducation, d'activités parascolaires, d'intégration des immigrants, des quartiers défavorisés, d'alimentation, du dépistage des cas problèmes, du rôle des parents, mais jamais de l'effort intellectuel important que nos écoliers doivent nécessairement accomplir pour accéder à la connaissance. Il faut dire que ce vocabulaire n'est pas vraiment celui du Renouveau pédagogique. Jamais je n'ai entendu vanter la densité des programmes et leurs exigences élevées. Au contraire, tout le discours scolaire d'aujourd'hui semble destiné à ne pas trop inquiéter les élèves et les parents, à arrondir les angles, à montrer que ce n'est pas si difficile et qu'on va même s'amuser à l'école.
J'entends d'ici ceux qui accuseront l'école française d'élitisme. Quand ils ne la traiteront pas de réactionnaire parce qu'elle met l'accent sur l'effort et ne communie pas vraiment aux nouvelles modes pédagogiques. Ceux-là auraient dû écouter le discours qu'a prononcé Barack Obama mardi devant les écoliers de l'école secondaire Wakefield, à Arlington. À quelques intonations près, on pouvait y décoder exactement le même message.
De quoi a parlé Barack Obama? Essentiellement de l'importance de «travailler avec acharnement». Il s'est adressé directement aux élèves. «Nous avons besoin que chacun de vous développe ses talents, ses compétences, son intelligence», a-t-il déclaré. Effort, travail et persévérance, tels étaient les mots qui revenaient sans cesse. Il n'a d'ailleurs pas craint d'en appeler au patriotisme des plus jeunes en affirmant sur un ton rappelant John Kennedy que «quand vous abandonnez l'école, vous n'abandonnez pas que vous-même, vous abandonnez aussi votre pays». Le président a insisté pour que les élèves consacrent chaque jour du temps à la lecture. Il a souligné que l'effort était nécessaire même si les apprentissages pouvaient ne pas toujours avoir un rapport direct avec la vie immédiate des élèves. Le message d'Obama, qui prenait appui sur sa propre expérience, c'était au fond qu'il n'y a pas d'excuse pour ne pas étudier, ni la pauvreté, ni les difficultés personnelles, ni les drames de la vie quotidienne. «L'histoire de l'Amérique n'a pas été faite par des gens qui abandonnent à la première difficulté», a-t-il conclu.
Il y avait aussi dans ce discours un côté solennel qui tranchait avec la familiarité que l'on cultive généralement chez nous. Une solennité qui semblait dire aux jeunes Américains qu'ils auraient bientôt l'immense privilège d'accéder au savoir accumulé de l'humanité et que cela devait évidemment se mériter. Le président n'a d'ailleurs pas craint de faire appel aux grands idéaux de l'Amérique.
J'ai rarement entendu ce genre de discours au Québec, où il n'y en a souvent que pour ce qui est immédiatement «signifiant», comme on dit dans le nouveau jargon pédagogique. L'engouement actuel pour les activités parascolaires me semble participer de cette mode. Le mot «parascolaire» désigne pourtant ce qui est hors de l'école, parce justement que ce n'est pas de l'école. On peut évidemment penser qu'à force de remplacer l'école par ce qui n'en est pas, on finira par la faire aimer. À l'exemple de cette bibliothèque de Vancouver qui se vantait cet été d'attirer les jeunes en leur offrant... des jeux sur ordinateur! Comme s'il suffisait de commencer le repas par le dessert pour faire aimer le plat principal. Au lieu d'expliquer le plaisir extrême que peut procurer le savoir, cette insistance sur les activités parascolaires est une arme à deux tranchants. Car elle laisse au fond entendre que le contenu actuel de l'école ne serait qu'un mauvais ragoût dont il faudrait camoufler le goût avec un peu de sauce piquante. On notera que le discours d'Obama était à mille lieues de ces recettes simplistes. Il invitait au contraire les jeunes à l'effort sans tenter de les appâter avec des friandises.
La valorisation de l'école, de l'éducation et de la culture est une lutte de longue haleine qui ne connaît pas de recettes magiques. À plus forte raison dans une société où certains s'amusent à nommer des analphabètes au sénat. Et cela, sans le moindre état d'âme.
***
crioux@ledevoir.com
Ne trouvez-vous pas que l'on entend rarement ce genre de discours au Québec? Pendant la semaine de la rentrée scolaire, j'ai entendu parler du décrochage, des nouvelles technologies de l'éducation, d'activités parascolaires, d'intégration des immigrants, des quartiers défavorisés, d'alimentation, du dépistage des cas problèmes, du rôle des parents, mais jamais de l'effort intellectuel important que nos écoliers doivent nécessairement accomplir pour accéder à la connaissance. Il faut dire que ce vocabulaire n'est pas vraiment celui du Renouveau pédagogique. Jamais je n'ai entendu vanter la densité des programmes et leurs exigences élevées. Au contraire, tout le discours scolaire d'aujourd'hui semble destiné à ne pas trop inquiéter les élèves et les parents, à arrondir les angles, à montrer que ce n'est pas si difficile et qu'on va même s'amuser à l'école.
J'entends d'ici ceux qui accuseront l'école française d'élitisme. Quand ils ne la traiteront pas de réactionnaire parce qu'elle met l'accent sur l'effort et ne communie pas vraiment aux nouvelles modes pédagogiques. Ceux-là auraient dû écouter le discours qu'a prononcé Barack Obama mardi devant les écoliers de l'école secondaire Wakefield, à Arlington. À quelques intonations près, on pouvait y décoder exactement le même message.
De quoi a parlé Barack Obama? Essentiellement de l'importance de «travailler avec acharnement». Il s'est adressé directement aux élèves. «Nous avons besoin que chacun de vous développe ses talents, ses compétences, son intelligence», a-t-il déclaré. Effort, travail et persévérance, tels étaient les mots qui revenaient sans cesse. Il n'a d'ailleurs pas craint d'en appeler au patriotisme des plus jeunes en affirmant sur un ton rappelant John Kennedy que «quand vous abandonnez l'école, vous n'abandonnez pas que vous-même, vous abandonnez aussi votre pays». Le président a insisté pour que les élèves consacrent chaque jour du temps à la lecture. Il a souligné que l'effort était nécessaire même si les apprentissages pouvaient ne pas toujours avoir un rapport direct avec la vie immédiate des élèves. Le message d'Obama, qui prenait appui sur sa propre expérience, c'était au fond qu'il n'y a pas d'excuse pour ne pas étudier, ni la pauvreté, ni les difficultés personnelles, ni les drames de la vie quotidienne. «L'histoire de l'Amérique n'a pas été faite par des gens qui abandonnent à la première difficulté», a-t-il conclu.
Il y avait aussi dans ce discours un côté solennel qui tranchait avec la familiarité que l'on cultive généralement chez nous. Une solennité qui semblait dire aux jeunes Américains qu'ils auraient bientôt l'immense privilège d'accéder au savoir accumulé de l'humanité et que cela devait évidemment se mériter. Le président n'a d'ailleurs pas craint de faire appel aux grands idéaux de l'Amérique.
J'ai rarement entendu ce genre de discours au Québec, où il n'y en a souvent que pour ce qui est immédiatement «signifiant», comme on dit dans le nouveau jargon pédagogique. L'engouement actuel pour les activités parascolaires me semble participer de cette mode. Le mot «parascolaire» désigne pourtant ce qui est hors de l'école, parce justement que ce n'est pas de l'école. On peut évidemment penser qu'à force de remplacer l'école par ce qui n'en est pas, on finira par la faire aimer. À l'exemple de cette bibliothèque de Vancouver qui se vantait cet été d'attirer les jeunes en leur offrant... des jeux sur ordinateur! Comme s'il suffisait de commencer le repas par le dessert pour faire aimer le plat principal. Au lieu d'expliquer le plaisir extrême que peut procurer le savoir, cette insistance sur les activités parascolaires est une arme à deux tranchants. Car elle laisse au fond entendre que le contenu actuel de l'école ne serait qu'un mauvais ragoût dont il faudrait camoufler le goût avec un peu de sauce piquante. On notera que le discours d'Obama était à mille lieues de ces recettes simplistes. Il invitait au contraire les jeunes à l'effort sans tenter de les appâter avec des friandises.
La valorisation de l'école, de l'éducation et de la culture est une lutte de longue haleine qui ne connaît pas de recettes magiques. À plus forte raison dans une société où certains s'amusent à nommer des analphabètes au sénat. Et cela, sans le moindre état d'âme.
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