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Le Grand Débarquement

François Brousseau   20 avril 2009  États-Unis
En quelques semaines de pouvoir, Barack Obama a peut-être fait davantage pour abattre le mur d'incompréhension, d'hostilité ou d'indifférence qui s'est érigé au fil des décennies entre les États-Unis et leurs voisins latinos que les cinq ou dix présidents qui l'ont précédé.

Pendant l'extraordinaire semaine qui vient de s'écouler, les digues de la guerre froide ont sérieusement commencé à craquer, 20 ans après la chute du Mur de Berlin, et 47 après l'embargo total décrété contre Cuba par John F. Kennedy.

Ipso facto, l'ensemble des rapports de Washington avec ce qu'on appelait «l'arrière-cour» s'en trouve affecté. Lors de son voyage à Mexico, puis à Port of Spain pour un «Sommet des Amériques» enfin sorti de l'insignifiance, Obama a effectué son Grand Débarquement d'Amérique latine... avec pour armes principales : le sourire et la main tendue.

Cela avait commencé, lundi, par l'annonce de l'autorisation sans restrictions des voyages à Cuba pour les Cubano-Américains. S'y ajoutait une levée — encore que très partielle — de l'embargo en vigueur, en ce qui concerne les investissements américains... dans les télécommunications cubaines.

Le choix par Washington de ce secteur — comme «test» d'une libéralisation à la fois commerciale et humanitaire — n'est pas innocent. Les Cubains souffrent cruellement d'un manque de communications libres et modernes, d'abord entre eux, mais aussi entre membres de cette familia cubana qui chevauche le détroit de Floride. Il sera intéressant d'observer si La Havane autorisera de tels investissements... que les «durs» du régime pourraient aisément voir comme un cheval de Troie impérialiste.

**

Jeudi, le président s'est rendu au Mexique, où il a repris l'analyse — pleine d'humilité et de réalisme — esquissée en mars par la secrétaire d'État Hillary Clinton, sur le trafic de drogue et d'armes à la frontière: à savoir que NON, l'origine du problème ne se trouve pas uniquement dans les champs de coca du Pérou et de la Bolivie, ou parmi les chefs de cartels mexicains. Et que OUI, elle se trouve également parmi les consommateurs de New York et de San Francisco, et parmi les vendeurs d'armes du Texas et de l'Arizona.

Donc «oui, le problème se trouve aussi chez nous»... et ce problème appelle une solution concertée. Attitude nouvelle, voire révolutionnaire de la part d'officiels américains, qui consiste (1) à cesser de dicter aux autres ce qui est bien ou mal et ce qu'ils devraient faire, et (2) à laisser échapper, en présence d'étrangers et dans des situations diplomatiques officielles, quelques éléments d'une véritable autocritique de la politique étrangère américaine, présente ou passée.

**

Le lendemain, vendredi, Barack Obama se rendait à Trinité-et-Tobago, où il a instantanément constaté l'effet de sa nouvelle approche : coqueluche du Sommet des Amériques, il sourit à Hugo Chavez, lui serre la main et se laisse photographier. Et les autres leaders d'applaudir, étranglant un sanglot devant l'Histoire en marche... Chavez qui, la veille à Caracas, avait reçu un Raul Castro jouant, lui aussi, l'ouverture : «Nous sommes prêts à discuter de tout, tout, tout, les prisonniers politiques, la liberté de presse, etc.»

La banquise tropicale craque... et on se trouve peut-être sur ce seuil à partir duquel « le style » et «l'atmosphère»... deviennent soudain «la substance». Mais de la parole aux actes, il y a encore une distance.

Hier à Port of Spain, on n'a pas obtenu d'unanimité — habituelle dans ce genre d'occasion — sur une déclaration finale du Sommet. Les États-Unis ne voulaient pas inscrire immédiatement la levée de l'embargo honni, d'où le refus de signer de Chavez et de son petit groupe radical (cinq pays sur 34). Ça ne fait rien, tout le monde avait quand même le sourire...

Pour Obama, «le peuple cubain n'est pas libre [...] et Cuba a les moyens de prouver qu'il est déterminé à imposer de véritables changements». Pour son porte-parole, «les poignées de mains, les sourires sont importants, mais pas suffisants. Les actions parlent plus que les paroles».

On pourrait toujours renvoyer la remarque à M. Obama, en soutenant qu'il n'est qu'un habile charmeur tacticien. Mais non, non: il y a plus que ça. Entre les États-Unis et leurs voisins du Sud, ça sent le virage historique.

****

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

francobrousso@hotmail.com






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 20 avril 2009 06h37
    L'Histoire poursuit sa marche
    Une «EXTRAORDINAIRE SEMAINE»

    Comme Monsieur Brousseau dit:

    «Pendant l'extraordinaire semaine qui vient de s'écouler, les digues de la guerre froide ont sérieusement commencé à craquer, 20 ans après la chute du Mur de Berlin, et 47 après l'embargo...»

    Quelles merveilleuses armes: «le sourire et la main tendue»!
    Ça fait du bien.
    Ça rapproche les coeurs.

    De plus cette nouvelle attitude, à la fois essentielle et exigée de la part des pays libérés du joug US, est revigorante comme l'air frais des montagnes.
    Cesser de dicter et avouer ses torts. Il était grand temps!

    Ce n'est pas uniquement Obama qui a souri à Chávez, c'est aussi le gros verrat qui est allé vers lui, qui lui a dit à au moins deux reprises «I want to be your friend».
    Il faut cesser de dire que c'est Obama qui fait des pas vers l'autre.

    La bête noire de Washington (lorsqu'on parle de Chávez, il faut toujours dire dans l'article qu'il est «la bête noire de Washington»! Sans cette mention, la rédaction refuse sans doute l'article. Tous les articles le mentionnent. Lisez tout ce qui sort de AFP au sujet de Chávez et vous verrez, on vous le note toujours pour être bien sûr que vous n'oubliez pas que Chávez est un gros verrat de méchant... et ça marche! Dans la tête de 75% des gens, Chávez est un gros verrat à éliminer au plus sacrant, il est une bête noire!), la bête noire noire a fait de grand pas, il lui a tendu la main, il lui a donné un livre pour le rendre moins ignorant et il l'a dédicacé: «à Obama affectueusement».
    Le livre raconte l'histoire de l'exploitation de l'Amérique latine: «Las venas abiertas de América Latina» de Eduardo Galeano.

    Lire les commentaires sur ce livre:
    http://www.radio-canada.ca/radio/bibliotheque/deta

    http://livre.fnac.com/a1269798/Eduardo-Galeano-Les

    Chávez ne joue pas plus et pas mieux l'ouverture que Obama peut la jouer.
    Chávez ne joue pas, Chávez n'a jamais joué. On dit qu'il joue, mais trouvez-moi une seule circonstance où Chávez aurait menti, et aurait eu un discours hypocrite.
    La mauvaise image de Chávez vient exactement du fait qu'il n'est pas hypocrite et qu'il dit tout haut tout ce qu'il pense, et ce, directement sans aucune rectitude politique et sans gants blancs. Chávez ne joue pas.
    Pour nous c'est bien difficile à comprendre, nous avons toujours connu des politiciens qui jouaient (sauf peut-être Lévesque).

    Non, Chávez ne joue pas l'ouverture. Chávez a toujours été ouvert, mais il a toujours exigé le respect de son pays et dénoncé l'ingérence (maintes fois prouvée) de Washington en Amérique latine et en particulier au Venezuela.
    Chávez respecte ceux qui ont du respect.

    Obama a séduit. Maintenant il doit agir. L'Amérique latine l'exige.
    Le respect des pays latino-américains, Cuba inclus, doit se voir. Les paroles ne suffisent pas.
    Mais, bien évidemment, l'empire US ne vire pas sur un dix sous. Obama, bien qu'il soit The President, n'est pas seul à décider. Va-t-on le laisser lever le blocus?
    Il y a loin de la parole aux actes.

    Aussi de parler de ce «petit» groupe de "radicaux" (on nous façonne des groupes) en parlant des pays de l'ALBA, c'est minimiser la solidarité de tous les pays d'Amérique latine (sauf la Colombie et le Pérou). Il est totalement faut de dire que seulement Chávez et son petit groupe n'a pas signé la déclaration finale de Trinidad.
    C'est de la pure désinformation.

    Il y a eu un seul signataire à cette déclaration, soit, Trinidad et Tobago, le pays hôte du sommet.

    «Amériques: un seul signataire de la déclaration finale, et pas de photo de groupe »
    http://matin.branchez-vous.com/Monde/090419/M04197

    Amériques: un seul signataire de la déclaration finale, et pas de photo de groupe
    ASSOCIATED PRESS
    à 16h05 HAE, le 19 avril 2009

    http://www.lexpress.to/pc/172953830/

    Il est évident que Chávez, Morales, Ortega et Correa ne signeraient pas.
    Mais aussi jamais Cristina Fernandez n'aurait signé sans un accord sur la levée de l'embargo, ni même Lula, ni Tabaré Vasquez, ni Fernando Lugo, ni Zelaya et bien d'autres. La solidarité latino-américaine existe et est forte.

    On se plait à nous maquiller la réalité et à façonner des groupes de radicaux et de modérés. Ce qui est totalement faux. Chacun a son style, chacun a sa manière d'agir, mais tous ont une solidarité qui outrepasse ces différences. Pour la question de Cuba, il n'y a pas de radicaux et de modérés, tous exigent la levée, unanimement (même la Colombie, le Mexique et le Pérou).

    Il est évident que Obama impulse un vent de changement dans l'attitude de l'empire. On le constate depuis les premières minutes de sa prise de pouvoir.
    Il y a une sorte de virage historique.
    La bonne volonté d'Obama associé à la détermination et l'affranchissement des pays latinos américains donnent l'impression d'un virage historique prochain.
    Il ne faut pas perdre de vue que l'empire ne change pas de cap facilement.
    Cependant, le monde devient pluripolaire et l'empire devra s'adapter. Sinon l'empire sera de plus en plus isolé.
    Ce n'est plus Cuba qui est isolé, ce sont les États-Unis.

    Pour bien comprendre le sommet, bien comprendre l'Amérique latine et mieux connaître la bête noire, il faut absolument voir et entendre Chávez lors de sa première intervention en réunion plénière.

    C'EST UN MUST.
    Quinze minutes. Même sans comprendre l'espagnol, il faut au moins voir Chávez. Sa gestuelle est éloquente. Son horrible faciès de rougeaud mal dégrossi transmet la franchise et le discours direct, sans aucune hypocrisie.

    Des discours politiques sans hypocrisie, ici, nous n'avons jamais connu ça. Ceux et celles qui n'ont pas cette hypocrisie ne se font pas élire. Ici, dans nos pays "démocratiques", étrangement, on préfère les mensonges de Bush, de Harper, de Charest, de Ignatief plutôt que la franchise des Chávez, Fernandez, Morales.

    IL FAUT VOIR CHÁVEZ.

    Pour tous ceux qui veulent SÉRIEUSEMENT connaître un peu mieux cette bête noire et l'Amérique latine, IL FAUT VOIR cette intervention.

    Cette intervention jamais nos télés et nos médias nous la montreront. Il faut passer par les sites latinos américains (on parle de censure en Chine...!).

    Quinze minutes qui résument TOTALEMENT tout le sommet. De son Histoire, du début à sa fin.

    Personne de nos vaillants journalistes ne va parler de cette intervention. Si jamais ils en parlent, ils ressortiront hors contexte quelques mots du gros verrat pour nous le faire haïr encore plus. Voilà pourquoi VOUS DEVEZ L'ÉCOUTER dans son intégralité.

    http://www.radiomundial.com.ve/yvke/noticia.php?23

    Visionnez : « Chávez en su primera intervención en la plenaria »

    Je vous en traduis quelques extraits: (passage à 5 minutes 20 secondes du début)

    « Je crois que le président [Obama] est un produit du changement qui s'opère dans toute l'Amérique. Je crois que l'Amérique du Nord se "Sud-américanise" !
    Il y a des changements véritables : Un Noir, président des États-Unis (Chávez sourit)!
    Il faudrait remercier Evo Morales un président "indien" et Lula un président syndicaliste ou Cristina une présidente "perronista".
    Ce changement donne l'espoir d'avoir enfin des États-Unis "beaucoup meilleurs" (mucho mejor) et frère avec nous tous, EN PAIX (Chávez appuie son mot "EN PAZ") et avec beaucoup de respect envers nous tous. »

    À 10 minutes du début:
    « Nous ne sommes pas une cour arrière, nous ne sommes pas une colonie, nous sommes des peuples libres... ça me fait bien plaisir de saluer le président Obama: «I want to be your friend» Venezuela veut être ami des États-Unis. (applaudissements). Nous sommes les amis de tous ici. Tous sont amis, tous sont frères. »

    À 11 minutes 20 secondes du début:
    « Je vais proposer une espièglerie, une facétie, le prochain sommet des Amériques pourquoi ne le faisons-nous pas à La Havane? (applaudissements) »

    Il faut voir aussi Cristina Fernandez. Quel discours! Quelle femme! Quelle présidente!

    Et Evo Morales. L'indien chiqueur de coca!
    Il faut les voir et les écouter. Bizarrement lorsqu'on les écoute bien, on s'aperçoit que contrairement à ce que nous rapportent nos braves médias qui manipulent notre vision du monde, ces gens ne disent pas des niaiseries.
    Il faut prendre le temps de les voir et de les entendre, parce qu'ici, jamais on ne vous rapportera fidèlement leur propos et surtout leur sincérité et leur franchise.

    http://www.radiomundial.com.ve/yvke/noticia.php?23

    Ce fut un excellent sommet.
    Une réussite sur le plan humain.
    De voir des "adversaires" se serrant la main, doit être considérée comme une victoire.

    Par contre, un échec sur le plan de la déclaration finale décidée d'avance et "indiscutable".
    Une déclaration insignifiante, comme à peu près toutes les déclarations finales le sont.
    Quelques mots pour charmer le bon peuple, comme la musique finale jouée par le gros orchestre de ces films US qui finissent toujours bien et où le bon, habillement salit et dépeigné, a réussi à vaincre. Il brandit son poing en l'air, le bon peuple a la larme à l'oeil et retourne s'endormir pendant que le monde continue ses injustices "incontournables" (sic).

    Malgré cette ridicule déclaration, il faut demeurer optimiste et penser que cette Histoire aura des suites.
    C'est donc une Histoire est à suivre...


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    lundi 20 avril 2009 10h45
    Désinformation
    M. Brousseau écrit: «Les États-Unis ne voulaient pas inscrire immédiatement la levée de l'embargo honni, d'où le refus de signer de Chavez et de son petit groupe radical (cinq pays sur 34).» Bel exemple de désinformation et de journalisme biaisé. À peu près tous les leaders des Amériques sont d'accord pour que Cuba soit membre de l'OEA et ce sont les USA qui s'y opposent... Le «petit groupe» de Chavez fait partie de la grande majorité des états américains! Il est regrettable qu'un journal comme Le Devoir soit si laxiste sur la qualité de l'information et ne cherche pas à informer ses lecteurs d'une façon neutre et impartiale.

    Nous avons le droit de savoir qui sont ces Chavez, Correo, Morales et autres qui sont élus légitimement par leurs populations respectives. Nous n'avons pas besoin de la propagande américaine et soyez sûrs que nous pouvons faire la part des choses. Une chance que nous pouvons lire les réactions de vos lecteurs car le texte de M. Charbonneau remet un peu d'équilibre et d'objectivité dans cette nouvelle.

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 20 avril 2009 11h01
    Obama ne décide rien
    Chavez, lui, est aux commandes et sait bien que cette "ouverture" se prépare depuis longtemps dans le but d'une éventuelle Union Américaine dont le centre sera à Washington.

    Chavez a bien fait de mettre l'accent sur l'indépendance et le respect des pays d'Amérique du Sud.

    Merci M. Charbonneau.

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