Obama promet un dialogue sur l'énergie propre
La prise de contact entre Barack Obama et Stephen Harper s'est déroulée sans anicroche
20 février 2009
États-Unis
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Il est venu, on l'a vu, et il est reparti presque aussi vite avec sous le bras l'engagement d'amorcer un «dialogue» sur l'énergie propre avec Ottawa.
Pour le reste, la visite en sol canadien du président américain, Barack Obama, son premier voyage à l'étranger depuis son entrée en fonction, s'est déroulée sans anicroche, mais sans grande déclaration de politique non plus. Elle a davantage pris la forme d'un exercice d'apprivoisement entre les deux leaders, avec les déclarations d'amour d'usage à la clé.
Air Force One s'est posé à l'aéroport d'Ottawa comme prévu à 10h30 hier matin. Le président a été accueilli par la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, avec qui il a en commun d'avoir été le premier chef d'État noir de son pays. La chimie a eu l'air de fonctionner immédiatement, les deux souriant à belles dents. À son bureau, on confirme qu'à titre de commandant en chef des armées, Mme Jean a discuté de l'Afghanistan avec le président. Elle a dit espérer une meilleure cohésion au sein de l'OTAN afin que le fardeau militaire soit mieux réparti entre les pays participants.
Le sujet de l'Afghanistan a aussi été abordé au cours de la rencontre avec le premier ministre Stephen Harper, plus tard en fin de matinée. «Je n'ai certainement pas demandé au premier ministre que le Canada s'implique encore plus qu'il ne le fait déjà», a par la suite expliqué Barack Obama en conférence de presse. La question portait sur la décision du Canada de retirer ses troupes en 2011, et le président s'est contenté de rappeler qu'il avait demandé une révision complète de l'implication américaine en Afghanistan et que d'ici là il serait prématuré de conjecturer sur la durée de la mission.
Sécurité énergétique
Outre l'économie, au coeur des préoccupations actuelles, le sujet majeur de la discussion aura toutefois été celui de l'environnement et de la sécurité énergétique du continent nord-américain. La rencontre entre les deux hommes a débouché sur une déclaration conjointe par laquelle Ottawa et Washington s'engagent à entamer un «dialogue sur l'énergie propre». Ce qui découlera de ce dialogue n'est pas clair pour l'instant. Tout au plus parle-t-on ici d'élargir la recherche et le développement, d'élaborer et de déployer des technologies énergétiques propres et de mettre au point un système de distribution d'électricité propre et renouvelable Nord-Sud. (On pense surtout ici à l'hydroélectricité.) Des fonctionnaires des deux pays se rencontreront au cours des prochaines semaines pour amorcer ce grand «dialogue».
Virginité verte retrouvée
De toute évidence, le jeu du premier ministre Stephen Harper a consisté hier à minimiser les différences, pourtant gigantesques, entre l'approche canadienne dans la lutte contre les changements climatiques et celle que propose la nouvelle administration à Washington. M. Harper a perdu ses alliés américain et australien dans le clan des réfractaires et il a tenté hier de se coller au populaire Barack Obama.
«Nos approches ne sont pas très différentes, a lancé M. Harper en conférence de presse. Si j'examine la plateforme électorale du président Obama et la nôtre, la réalité c'est que les cibles sont plus ou moins les mêmes.» Effectivement, M. Obama s'engage à ramener les émissions des États-Unis à leur niveau de 1990 d'ici 2020, soit l'équivalent d'une réduction de 16,7 % par rapport à 2007. Le Canada, lui, s'engage à réduire de 20 % ses émissions d'ici 2020 par rapport à 2006. La différence est que le Canada a vu ses émissions augmenter de manière beaucoup plus marquée au début des années 2000 à cause de l'exploitation des sables bitumineux.
M. Harper est même allé jusqu'à affirmer que les cibles de réduction en intensité des gaz à effet de serre qu'il préconise étaient équivalentes aux réductions absolues que le protocole de Kyoto prévoit et que Barack Obama appuie. «C'est juste deux façons de mesurer la même chose, a soutenu le premier ministre. On peut convertir l'un à l'autre.»
Réduire l'intensité des gaz à effet de serre signifie rendre la production d'un bien donné moins polluante pour chaque unité produite. Si le nombre de biens produits augmente, la pollution totale peut augmenter. Les réductions absolues imposent une diminution de la pollution globale, quel que soit le nombre de biens fabriqués.
Le premier ministre a laissé entendre, comme cela est devenu le message depuis quelques semaines à Ottawa, que le Canada est retardé dans l'élaboration de son cadre réglementaire par la lenteur des États-Unis à adopter le leur.
Le président Obama, pour sa part, ne voit que du positif dans la lutte contre les changements climatiques. «D'un point de vue économique, il est logique de s'attaquer à ce problème dans la mesure où on peut rendre nos économies des deux côtés de la frontière plus efficaces sur le front énergétique. Cela fait économiser les consommateurs. Cela fait économiser les entreprises. Et cela a l'avantage de consolider notre sécurité énergétique.»
Le fossé qui sépare les deux dirigeants a percé le vernis lorsque M. Harper a reconnu qu'il était «trop tôt» pour parler d'harmonisation des plans de lutte contre les changements climatiques canadien et américain. Barack Obama a souligné pour sa part que chaque pays devra faire son «débat domestique» sur la question, mais il dit espérer «que nous soyons en mesure de faire preuve de leadership lorsque la conférence internationale de Copenhague aura lieu».
Bonne entente
Pour le reste, le président et le premier ministre se sont entendus pour travailler de concert dans le redressement de l'économie nord-américaine. Si on a bien discuté de la clause «Buy American» du plan de relance américain, là encore le premier ministre n'a pas voulu — du moins publiquement — exprimer son mécontentement.
«J'ai offert au premier ministre Harper l'assurance que je veux accroître le commerce entre nos deux pays, pas le réduire», a déclaré M. Obama. Stephen Harper a répliqué qu'il était satisfait des garanties verbales offertes, soulignant en outre que donner la préférence à des fournisseurs domestiques était parfois permis «dans certains cas et certainement pas sans limites».
Enfin, les deux hommes n'ont pas discuté du sort du Canadien Omar Khadr, enfermé depuis l'âge de 15 ans à la prison de Guantánamo. En conférence de presse, les journalistes n'ont pas non plus abordé le sujet, les médias canadiens n'ayant droit qu'à deux questions en tout.
Le premier ministre s'est dit honoré que le Canada ait été choisi comme première destination du président tandis que ce dernier a expliqué son choix par la volonté de «souligner nos liens étroits et l'importance de notre relation».
Au total, le président aura passé exactement 26 minutes en compagnie de la gouverneure générale, 33 minutes en tête-à-tête (sans aucun adjoint) avec Stephen Harper, 30 autres minutes pendant lesquelles leurs adjoints respectifs se sont joints à eux. Puis un lunch d'une heure et demie a été servi, auquel participaient aussi trois ministres canadiens et des fonctionnaires.
Le président a eu le temps de visiter la magnifique bibliothèque du parlement, a effectué une escapade au marché Byward pour y acheter des pâtisseries puis est retourné à l'aéroport pour discuter 34 minutes avec le chef libéral Michael Ignatieff avant de s'envoler vers le Sud.
Pour le reste, la visite en sol canadien du président américain, Barack Obama, son premier voyage à l'étranger depuis son entrée en fonction, s'est déroulée sans anicroche, mais sans grande déclaration de politique non plus. Elle a davantage pris la forme d'un exercice d'apprivoisement entre les deux leaders, avec les déclarations d'amour d'usage à la clé.
Air Force One s'est posé à l'aéroport d'Ottawa comme prévu à 10h30 hier matin. Le président a été accueilli par la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, avec qui il a en commun d'avoir été le premier chef d'État noir de son pays. La chimie a eu l'air de fonctionner immédiatement, les deux souriant à belles dents. À son bureau, on confirme qu'à titre de commandant en chef des armées, Mme Jean a discuté de l'Afghanistan avec le président. Elle a dit espérer une meilleure cohésion au sein de l'OTAN afin que le fardeau militaire soit mieux réparti entre les pays participants.
Le sujet de l'Afghanistan a aussi été abordé au cours de la rencontre avec le premier ministre Stephen Harper, plus tard en fin de matinée. «Je n'ai certainement pas demandé au premier ministre que le Canada s'implique encore plus qu'il ne le fait déjà», a par la suite expliqué Barack Obama en conférence de presse. La question portait sur la décision du Canada de retirer ses troupes en 2011, et le président s'est contenté de rappeler qu'il avait demandé une révision complète de l'implication américaine en Afghanistan et que d'ici là il serait prématuré de conjecturer sur la durée de la mission.
Sécurité énergétique
Outre l'économie, au coeur des préoccupations actuelles, le sujet majeur de la discussion aura toutefois été celui de l'environnement et de la sécurité énergétique du continent nord-américain. La rencontre entre les deux hommes a débouché sur une déclaration conjointe par laquelle Ottawa et Washington s'engagent à entamer un «dialogue sur l'énergie propre». Ce qui découlera de ce dialogue n'est pas clair pour l'instant. Tout au plus parle-t-on ici d'élargir la recherche et le développement, d'élaborer et de déployer des technologies énergétiques propres et de mettre au point un système de distribution d'électricité propre et renouvelable Nord-Sud. (On pense surtout ici à l'hydroélectricité.) Des fonctionnaires des deux pays se rencontreront au cours des prochaines semaines pour amorcer ce grand «dialogue».
Virginité verte retrouvée
De toute évidence, le jeu du premier ministre Stephen Harper a consisté hier à minimiser les différences, pourtant gigantesques, entre l'approche canadienne dans la lutte contre les changements climatiques et celle que propose la nouvelle administration à Washington. M. Harper a perdu ses alliés américain et australien dans le clan des réfractaires et il a tenté hier de se coller au populaire Barack Obama.
«Nos approches ne sont pas très différentes, a lancé M. Harper en conférence de presse. Si j'examine la plateforme électorale du président Obama et la nôtre, la réalité c'est que les cibles sont plus ou moins les mêmes.» Effectivement, M. Obama s'engage à ramener les émissions des États-Unis à leur niveau de 1990 d'ici 2020, soit l'équivalent d'une réduction de 16,7 % par rapport à 2007. Le Canada, lui, s'engage à réduire de 20 % ses émissions d'ici 2020 par rapport à 2006. La différence est que le Canada a vu ses émissions augmenter de manière beaucoup plus marquée au début des années 2000 à cause de l'exploitation des sables bitumineux.
M. Harper est même allé jusqu'à affirmer que les cibles de réduction en intensité des gaz à effet de serre qu'il préconise étaient équivalentes aux réductions absolues que le protocole de Kyoto prévoit et que Barack Obama appuie. «C'est juste deux façons de mesurer la même chose, a soutenu le premier ministre. On peut convertir l'un à l'autre.»
Réduire l'intensité des gaz à effet de serre signifie rendre la production d'un bien donné moins polluante pour chaque unité produite. Si le nombre de biens produits augmente, la pollution totale peut augmenter. Les réductions absolues imposent une diminution de la pollution globale, quel que soit le nombre de biens fabriqués.
Le premier ministre a laissé entendre, comme cela est devenu le message depuis quelques semaines à Ottawa, que le Canada est retardé dans l'élaboration de son cadre réglementaire par la lenteur des États-Unis à adopter le leur.
Le président Obama, pour sa part, ne voit que du positif dans la lutte contre les changements climatiques. «D'un point de vue économique, il est logique de s'attaquer à ce problème dans la mesure où on peut rendre nos économies des deux côtés de la frontière plus efficaces sur le front énergétique. Cela fait économiser les consommateurs. Cela fait économiser les entreprises. Et cela a l'avantage de consolider notre sécurité énergétique.»
Le fossé qui sépare les deux dirigeants a percé le vernis lorsque M. Harper a reconnu qu'il était «trop tôt» pour parler d'harmonisation des plans de lutte contre les changements climatiques canadien et américain. Barack Obama a souligné pour sa part que chaque pays devra faire son «débat domestique» sur la question, mais il dit espérer «que nous soyons en mesure de faire preuve de leadership lorsque la conférence internationale de Copenhague aura lieu».
Bonne entente
Pour le reste, le président et le premier ministre se sont entendus pour travailler de concert dans le redressement de l'économie nord-américaine. Si on a bien discuté de la clause «Buy American» du plan de relance américain, là encore le premier ministre n'a pas voulu — du moins publiquement — exprimer son mécontentement.
«J'ai offert au premier ministre Harper l'assurance que je veux accroître le commerce entre nos deux pays, pas le réduire», a déclaré M. Obama. Stephen Harper a répliqué qu'il était satisfait des garanties verbales offertes, soulignant en outre que donner la préférence à des fournisseurs domestiques était parfois permis «dans certains cas et certainement pas sans limites».
Enfin, les deux hommes n'ont pas discuté du sort du Canadien Omar Khadr, enfermé depuis l'âge de 15 ans à la prison de Guantánamo. En conférence de presse, les journalistes n'ont pas non plus abordé le sujet, les médias canadiens n'ayant droit qu'à deux questions en tout.
Le premier ministre s'est dit honoré que le Canada ait été choisi comme première destination du président tandis que ce dernier a expliqué son choix par la volonté de «souligner nos liens étroits et l'importance de notre relation».
Au total, le président aura passé exactement 26 minutes en compagnie de la gouverneure générale, 33 minutes en tête-à-tête (sans aucun adjoint) avec Stephen Harper, 30 autres minutes pendant lesquelles leurs adjoints respectifs se sont joints à eux. Puis un lunch d'une heure et demie a été servi, auquel participaient aussi trois ministres canadiens et des fonctionnaires.
Le président a eu le temps de visiter la magnifique bibliothèque du parlement, a effectué une escapade au marché Byward pour y acheter des pâtisseries puis est retourné à l'aéroport pour discuter 34 minutes avec le chef libéral Michael Ignatieff avant de s'envoler vers le Sud.
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