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Finies la torture et les prisons secrètes

Obama annule toutes les directives de Bush qui contreviennent à la Convention de Genève

23 janvier 2009  États-Unis
Barack Obama a ordonné hier la fermeture de la prison de Guantánamo d'ici un an ainsi que le gel de toutes les procédures devant les tribunaux d'exception qui y siègent, de même que la fermeture, «le plus tôt possible», des geôles secrètes de la CIA et l'interdiction des formes d'interrogatoires, largement qualifiées de torture, qui ont été pratiquées par les États-Unis depuis le 11-Septembre 2001.

Deux jours après l'assermentation du nouveau président, sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, a par ailleurs présenté, en compagnie de son patron, les émissaires américains pour le Proche-Orient et l'Afghanistan. Il s'agit respectivement de George Mitchell et de Richard Holbrooke.

Barack Obama a signé trois décrets très attendus sur le sort des prisonniers faits dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» lancée par son prédécesseur. En réaction aux attentats du 11-Septembre 2001, ce dernier avait en effet mis en place un dispositif qui a été décrié aux États-Unis comme à l'étranger.

Avant de procéder à la fermeture du pénitencier de Guantánamo, le nouveau chef de l'État américain créera un comité formé de ministres et de hauts fonctionnaires pour passer en revue les motifs de détention des quelque 245 hommes qui s'y trouvent encore, dont le Canadien Omar Khadr.

La prison de Guantánamo «sera fermée le plus tôt possible, pas plus tard qu'un an après la date du présent décret», exige le président. Si des détenus s'y trouvent encore au moment de la fermeture, «ils seront rapatriés dans leur pays, libérés, envoyés dans un pays tiers ou transférés dans une autre prison américaine, conformément à la loi et aux intérêts liés à la sécurité nationale et à la politique étrangère des États-Unis». En attendant, les prisonniers devront être traités dans le respect des Conventions de Genève.

En ce qui concerne les individus soupçonnés de crimes et qui n'auront pas été envoyés à l'étranger, le comité de révision devra déterminer s'ils seront déférés à des tribunaux réguliers, comme le souhaitent la plupart des organisations de défense des droits de l'homme.

Dans un décret séparé, Barack Obama a annulé toutes les directives du gouvernement Bush régissant les interrogatoires des prisonniers qui sont encore en vigueur et qui contreviennent à la Convention contre la torture, aux Conventions de Genève ou au code de conduite de l'armée américaine. Barack Obama a enfin ordonné la fermeture de toutes les prisons secrètes de la CIA et interdit à l'agence de renseignements d'en ouvrir de nouvelles.

Réactions

Le président a signé les trois documents à la Maison-Blanche, en présence de son conseiller juridique Greg Craig et d'un groupe d'officiers militaires à la retraite qui avaient fait campagne, avec l'organisation Human Rights First (HRF), en faveur d'un retour aux principes du droit américain (civil et militaire) et international. «Ces décrets signifient une rupture claire d'avec les politiques de torture, de procès injustes et de détention prolongée sans accusation du gouvernement Bush», a noté hier HRF dans un communiqué.

Les organisations de défense des droits fondamentaux se sont réjouies de voir Barack Obama remplir promptement une de ses promesses électorales. Dans son discours d'investiture mardi, ce dernier avait brièvement évoqué le sujet en déclarant: «Nous rejetons l'idée qu'il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux.»

L'Union américaine des libertés civiles (ACLU) a vu dans les décisions présidentielles «le premier rayon de soleil après huit longues années de noirceur au cours desquelles les valeurs chères aux Américains de justice et de respect des garanties prévues par la loi ont été bafouées».

«Il s'agit clairement d'un pas important dans la bonne direction. Le calendrier et les modalités sont désormais les points essentiels [...] Le procès ou la libération [de] plus de 240 prisonniers ont déjà des années de retard», a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International, dont le siège est à Londres.

La porte-parole de la section canadienne francophone de l'organisme, Anne Sainte-Marie, a salué «la volonté politique de respecter les conventions internationales et de reclassifier les personnes se trouvant à Guantánamo». Mme Sainte-Marie a en revanche déploré que le gouvernement canadien persiste dans son refus d'exiger le rapatriement d'Omar Khadr, un jeune Canadien arrêté en Afghanistan en 2002 et accusé par une commission militaire d'avoir tué un soldat américain.

Même s'il a vu dans l'annonce de fermeture du centre de détention «une bonne nouvelle», le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a dit à la radio de Radio-Canada hier qu'il ne fera rien pour en sortir Omar Khadr.

En effet, même si le procès de ce dernier est suspendu pour au moins quatre mois et que sa prison disparaîtra avant la fin de l'année, Ottawa répète qu'il doit subir jusqu'au bout les procédures intentées à son endroit. Le bureau du premier ministre Stephen Harper refuse de dire ce qui adviendra si le procès ne reprend jamais.

«Nous savons qu'il y a eu un décret aujourd'hui au sujet de la fermeture de Guantánamo Bay et suivons avec intérêt les développements, incluant ceux qui pourraient avoir un impact sur le cas d'Omar Kadhr», a ensuite indiqué dans un courriel au Devoir une porte-parole de M. Cannon, Catherine Loubier.

Émissaires

Pour sa première journée au département d'État, où elle a été reçue avec enthousiasme par les employés, la rivale du nouveau président avant l'investiture démocrate, Hillary Clinton, s'est immédiatement mise au travail en téléphonant à plusieurs dirigeants du Proche-Orient.

«La politique étrangère américaine s'appuie sur trois piliers: la défense, la diplomatie et le développement», a dit la secrétaire d'État devant une foule de fonctionnaires et de diplomates, flanquée de Barack Obama et du nouveau vice-président, Joe Biden.

L'ex-première dame a annoncé officiellement la nomination de George Mitchell, un des artisans de la paix en Irlande du Nord, au poste d'émissaire au Proche-Orient, et de Richard Holbrooke, connu pour avoir mené à bien les accords de Dayton pour l'ex-Yougoslavie, comme représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan.

***

Avec l'Agence France-Presse et La Presse Canadienne
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    23 janvier 2009 01 h 20
    Quand la réalité devient l'ennemi des dénigreurs
    Obama déconcerte par sa rapidité.

    Hier un commentaire disait qu'Obama est un bel ensorceleur. On dénonçait ses travers et ses futures errances.

    On disait: «Obama un défenseur de Milton Friedman et des Chicago's boys, les disciples du libre marché.
    ... son administration est pleine de lobbyiste, des sionistes, des financiers de Wall Street et de Chicago, des va t-en guerre.
    Il va engraisser ses amis de la finance...»
    En résumé, on disait "un beau petit crosseur ce Obama".
    Un autre le comparait à Hitler...

    Ah! Mon dieu! My god!

    Moi, voyez-vous, je regarde les faits, les actes.

    En 48 heures, il a signé un décret pour fermer Guantanamo, il a stoppé les procédures contres des prisonniers, il a donné des directives pour empêcher les "revolving doors" (Voir Le Monde selon Monsanto), il a nommé des émissaires pour le Moyen-Orient et pour le Proche Orient, il a fait des téléphones pour enclencher un processus de paix, il a décrété que la torture n'était plus tolérée... et quoi encore.

    Ouais un beau crosseur (sic)... fermer Guantanamo!
    À entendre le scepticisme et certains commentaires de certains sérieux journalistes, on croirait que Guantanamo était une bonne chose et que le petit maudit veut la fermer. On dit: «Il l'a dit, mais ce n'est pas fait!»
    Lorsque vous vendez votre maison, déménagez-vous le lendemain?!!
    Non, mais, aurait-il été mieux fait de dire: «Ouais, j'y songe à fermer le camp de torture, j'y songe...»

    Il enclenche le retrait de l'Irak, mais ce n'est pas suffisant, on l'accuse de s'attarder en Afghanistan. Non, mais!
    Lorsque Bush massait ses troupes en Irak et en Afghanistan, "on comprenait" le bon monsieur qui voulait le bien et la démocratie!
    Aujourd'hui au lieu d'applaudir qu'on cesse les tueries et l'occupation militaire de l'Irak, on pleure sur l'Afghanistan qu'on nous a toujours tété les oreilles pour qu'on ne se retire pas parce que les Talibans vont venir envahir l'Amérique! Non! Mais!


    Il est étrange de constater la réticence à féliciter les gestes.
    Bien sûr, il faudrait un retrait d'Afghanistan, tout comme il faudrait la fermeture des nombreuses bases militaires US à travers le monde, mais le retrait d'un pays occupé. De redonner (probablement en apparence) l'Irak aux Irakiens, ce n'est pas rien, ça mérite quelques applaudissements!

    Il paraît plus facile de justifier la barbarie de Bush que de souligner les excellents coups de Obama!
    On persiste à comprendre ses inhumanités, même à les justifier!

    Pour ce qui est de Obama, on crie au scandale à la moindre occasion ou encore on dit que Obama n'en fait pas assez ou n'en fera pas beaucoup. On nous avise que c'est un beau crosseur celui que l'on voit comme le messie!

    Moi, vous savez le messie... très peu pour moi les messies...
    Je m'attarde aux gestes, à l'espoir réel, aux mots déclarés ayant retrouvé leur sens.

    Jusqu'ici, Obama continue de m'épater et surtout de ne pas me décevoir. Il agit même au-delà de mes espérances. Mon espoir pour des États-unis meilleurs persiste.

    Je sais que Obama est humain, je sais qu'il n'est pas magicien, je sais que les États-unis recèlent bien des tordus avides de cupidité et de pouvoir, je sais que Obama est un États-Unien pure laine et qu'il a le coeur près de dieu et près du $, mais malgré tout, j'ai confiance en cet homme. Il semble sincère, franc et droit. Ses principes s'apparentent aux miens.

    Je ne me ferme pas les yeux. Je reste critique à son égard. Je peux comprendre les embûches qu'il va rencontrer, mais je ne fermerai jamais les yeux sur ce qui pourrait s'avérer être de la fourberie.

    Allez, chers amis, dénigrez-moi ce messie!
    Mais attention, la réalité peut être votre ennemi.


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Brun Bernard - Inscrit
    23 janvier 2009 07 h 53
    Bravo...
    On se demande qui peut être contre ce action politique majeure. C'est pourquoi il nous faut comme dirigeants des hommes et de femmes ouverts au monde, le connaissant par de nombreux voyages et relations comme pour Obama, de toutes races et de toutes sensibilités. Depuis que les nationalismes n'ont plus aucune crédibilité, il est bon de mettre au pouvoir des êtres sensibles à l'Humanité tout court. C'est une très bonne et belle nouvelle. La dignité n'est pas à vendre. Nos politiques devraient profiter de faire un stage intensif chez Obama.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    23 janvier 2009 08 h 16
    Faudrait arrêter Bush et le condamner
    Il était temps d'arrêter la torture aux États-Unis. Chose inutile. On peut faire dire n'importe quoi sous la torture. Ça donne quoi ?

    Vaut mieux tenter de voir comment aider les peuples qui peuvent ne pas bien nous apprécier. C'est plus efficace que de les torturer, les attaquer, les tuer, les emmurer, les occuper etc...genre.
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  • Diane Cadieux - Inscrite
    23 janvier 2009 09 h 36
    Réflexion et espoir
    oui, je suis contente de la réussite d'Obama et il m'impressionne.
    j'attends la suite et je reste vigilante.
    au premier mandat de S.Harper, il a réalisé certaines de ses promesses électorales et nous a plu..
    IL A FORTEMENT DÉCU PAR LA SUITE
    à un point tel, qu'il est maintenant détesté et dénoncé.
    J'ESPÈRE SINCÈREMENT QU'OBAMA EST VRAI,
    mais j'attends la suite
    ça ne fait que 3 jours.
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  • Steve Fortin - Abonné
    23 janvier 2009 09 h 54
    Les ornières de M. Harpeur!
    Pendant que nos voisins s'émancipent des politiques de la droite radicale moyen-âgeuse, une majorité de canadiens votants et certains québécois rétrogrades, ont appuyé le gouvernement Harpeur qui, chaque jour, trouve façon de se discréditer sur la scène internationale. Combien de ces québécois rétrogrades lisent Libé, Le Monde, Le NY Times ou le Washington Post afin de constater de visu que les positions de l'orthodoxe Harpeur stigmatisent quotidiennement l'état canadien? Non, ces québécois rétrogrades obéissent servilement aux diktats de l'empire Desmarais et de sa nébuleuse médiatique. "TOUT SAUF LES MÉCHANTS SÉPARATISSSSSSSSSSSSSES"... même Harpeur s'il le faut.

    Pendant ce temps, chez nos voisins du sud, qu'hier encore on s'amusait à agacer en vertu de leurs inclinaisons politiques, chez eux donc, on sent un vent de fraîcheur, un vent de changement, les fenêtres ouvertes pour que sorte l'odeur rance de la pourriture issue de la dérive de la droite conservatrice. Saurons-nous faire de même ?
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  • Dominic Pageau - Abonné
    23 janvier 2009 11 h 55
    Monsieur Charbonneau, c'est vrai qu'Obama a été proche des chicago's boy
    Et qu'il a fait l'apologie du libre marché. C'est aussi que son administration est composé des pires, pour la plupart, membre du council on foreigns relations et de la trilateral commission.

    Je comprend votre espoir, mais c'est devenu de l'auto aveuglement.


    Tiens, je vous laisse sur un texte de Naomi Klein, sur l'apologie du libre marché faite par Obama et aussi sur son entoutage

    "Barack Obama's love of the free market is no spring fling
    By Naomi Klein

    Barack Obama waited just three days after Hillary Clinton pulled out of the race to declare, on CNBC, "Look. I am a pro-growth, free-market guy. I love the market."

    Demonstrating that this is no mere spring fling, he has appointed 37-year-old Jason Furman to head his economic policy team. Furman is one of Wal-Mart's most prominent defenders, anointing the company a "progressive success story." "
    http://www.straight.com/article-150030/obamas-chic

    C'est bien beau si il ferme Guantanamo, mais que dire des dizaines d'autres prisons secrètes de la CIA?

    Que dire de sa volonté de finir le travail en Afghanistan?

    C'est bien beau espèrer, mais il ne faut pas tomber dans l'aveuglement non plus.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    23 janvier 2009 17 h 15
    @ M. Augustin Réhel
    Félicitations pour votre réaction au sujet du jeune Khadr.

    M. Harper était le père Ovide ou le chien de poche de Bush en tout incluant les guerres pour régler les problèmes, la négation du problème de la pollution et de la réduction de l'impôt aux plus riches.
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  • Roch Langlois - Abonné
    25 janvier 2009 16 h 43
    Et les détenus...
    Bravo pour la fermeture Guantanamo, mais allons un peu plus loin ! Qu'arrivera-t-il aux détenus ? En principe ils seront retournés dans leur pays d'origine ! l'Égypte, la Syrie, le Liban, le Pakistan, etc... Ils pourront être torturés, questionnés...sans la présence de la presse occidentale ! Beau projet ! La France hésite et à certaines conditions, le transfert dans ses prisons vétustes, des prisonniers terrorites ! Dure la réalité ! La plupart des intervenants donnnent des solutions "simplistes" a un problème compliqué!
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