Du lyrisme au réalisme
Barack Obama est devenu un homme public d'envergure nationale lors de la convention démocrate de 2004 à Boston. Il avait été invité à prononcer le discours principal de la soirée et il avait électrisé les milliers de délégués présents et les millions d'Américains assis devant leurs écrans de télévision. Tous ceux qui avaient écouté ce discours s'en souviennent et ils ont pratiquement tous eu le réflexe de dire: cet homme ira très loin. C'était la première fois que l'Amérique était exposée à cet orateur de génie. «Il n'y a pas d'État rouge et d'État bleu, dit-il, faisant référence aux couleurs traditionnelles des deux grands partis politiques, il n'y a que les États-Unis d'Amérique.» Un discours remarquable, et surtout un discours que les Américains avaient envie d'entendre et que le candidat démocrate de 2004, John Kerry, n'avait ni le talent ni l'instinct de leur livrer.
Quelques mois plus tard, Barack Obama était élu sénateur de l'Illinois, l'État où il s'est établi après ses brillantes études dans deux des plus grandes universités du monde, Columbia à New York et Harvard à Boston. Barack Obama est un intellectuel, un homme fondamentalement intéressé par le monde des idées et un homme pour qui les mots sont d'une importance capitale. Il les manie d'ailleurs avec un talent exceptionnel. Il suffit de lire son premier livre, Les Rêves de mon père, écrit alors qu'il n'avait que 34 ans et qu'il n'avait jamais été engagé en politique, pour s'en convaincre. Ce génie du verbe lui a permis de gagner l'investiture du Parti démocrate contre la formidable machine politique de la talentueuse Hillary Clinton, appuyée de son très populaire époux Bill Clinton.
Ce génie du verbe, son amour et sa connaissance des mots lui ont aussi permis de devenir, contre toute attente, le premier président noir des États-Unis. Le soir de sa victoire, le 4 novembre dernier, il a ému le monde entier en prononçant un discours qui passera sans doute à l'histoire. Ce discours, comme ses autres grandes performances, faisait appel avant tout à l'émotion, à tel point qu'après un temps, nombreux étaient les commentateurs qui se demandaient s'il était capable d'offrir autre chose que du rêve.
Pour son discours d'investiture, le plus attendu de sa carrière et sans doute l'un des discours politiques les plus écoutés de l'histoire, il a choisi d'étonner. Si on s'attendait à des envolées lyriques, à des phrases poétiques et à des appels aux sentiments, il a choisi de nous surprendre en livrant un discours sobre, un discours réaliste, un appel à la raison plutôt qu'aux émotions. «Aujourd'hui, je vous dis que les défis auxquels nous sommes confrontés sont réels. Ils sont sérieux et ils sont nombreux. Ils ne seront pas facilement réglés et il faudra du temps pour y parvenir. Mais sachez que nous les réglerons.»
Hier à Washington, Barack Obama a signalé que la fête était finie et qu'il était temps de se mettre au travail. Néanmoins, ce discours, bien que moins enlevant que les autres, constituait quand même un chef-d'oeuvre du genre. «La question n'est pas de savoir si le gouvernement est trop gros ou trop petit; la question est de savoir si le gouvernement fonctionne, s'il peut aider les citoyens à se trouver des emplois, à se faire soigner et à prendre leurs retraites dans la dignité.» Il a aussi pris soin de rappeler aux Américains que la solution aux défis actuels n'est pas uniquement entre les mains du gouvernement, mais entre les mains de chacun d'entre eux. Il a lancé un appel à la responsabilité de chacun. «Aujourd'hui, nous devons nous prendre en main, nous dépoussiérer et nous mettre à la tâche de refaire l'Amérique.»
Au reste du monde, il a clairement indiqué que la méthode Bush-Cheney est chose du passé. «Nous considérons qu'il est fallacieux de prétendre que nous devons choisir entre notre sécurité et nos idéaux. [...] À tous ces peuples et ces gouvernants qui nous regardent aujourd'hui, des plus grandioses capitales aux plus petits villages, comme celui où mon père est né, je dis: sachez que les États-Unis sont les amis de toutes les nations, de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité.» Il s'est directement adressé aux musulmans en leur disant: «[...] nous vous tendrons la main, si vous êtes prêts à desserrer les poings.»
Dans le décor de Washington, cette capitale grandiose aux allures impériales, il a rappelé aux Américains que cette grande république doit sa réussite aux idéaux qui ont présidé à sa fondation et qu'il faut y revenir pour se sortir du marasme actuel. Il a rappelé à ses compatriotes qu'au coeur du rêve américain, on trouve l'individu, le citoyen, celui qui travaille, qui ose, qui ne recule pas devant les efforts.
Barack Obama n'a pas ému comme il aimait le faire pendant sa campagne électorale. Il a plutôt adopté le ton d'un homme qui sait que le vrai travail commence et que la tâche sera lourde. Il a livré le message rassembleur et résolu qui s'imposait. Il n'a certainement pas déçu. Il a confirmé qu'il est bien plus qu'un bon orateur; il a aussi l'étoffe d'un homme d'État.
Collaboration spéciale
Quelques mois plus tard, Barack Obama était élu sénateur de l'Illinois, l'État où il s'est établi après ses brillantes études dans deux des plus grandes universités du monde, Columbia à New York et Harvard à Boston. Barack Obama est un intellectuel, un homme fondamentalement intéressé par le monde des idées et un homme pour qui les mots sont d'une importance capitale. Il les manie d'ailleurs avec un talent exceptionnel. Il suffit de lire son premier livre, Les Rêves de mon père, écrit alors qu'il n'avait que 34 ans et qu'il n'avait jamais été engagé en politique, pour s'en convaincre. Ce génie du verbe lui a permis de gagner l'investiture du Parti démocrate contre la formidable machine politique de la talentueuse Hillary Clinton, appuyée de son très populaire époux Bill Clinton.
Ce génie du verbe, son amour et sa connaissance des mots lui ont aussi permis de devenir, contre toute attente, le premier président noir des États-Unis. Le soir de sa victoire, le 4 novembre dernier, il a ému le monde entier en prononçant un discours qui passera sans doute à l'histoire. Ce discours, comme ses autres grandes performances, faisait appel avant tout à l'émotion, à tel point qu'après un temps, nombreux étaient les commentateurs qui se demandaient s'il était capable d'offrir autre chose que du rêve.
Pour son discours d'investiture, le plus attendu de sa carrière et sans doute l'un des discours politiques les plus écoutés de l'histoire, il a choisi d'étonner. Si on s'attendait à des envolées lyriques, à des phrases poétiques et à des appels aux sentiments, il a choisi de nous surprendre en livrant un discours sobre, un discours réaliste, un appel à la raison plutôt qu'aux émotions. «Aujourd'hui, je vous dis que les défis auxquels nous sommes confrontés sont réels. Ils sont sérieux et ils sont nombreux. Ils ne seront pas facilement réglés et il faudra du temps pour y parvenir. Mais sachez que nous les réglerons.»
Hier à Washington, Barack Obama a signalé que la fête était finie et qu'il était temps de se mettre au travail. Néanmoins, ce discours, bien que moins enlevant que les autres, constituait quand même un chef-d'oeuvre du genre. «La question n'est pas de savoir si le gouvernement est trop gros ou trop petit; la question est de savoir si le gouvernement fonctionne, s'il peut aider les citoyens à se trouver des emplois, à se faire soigner et à prendre leurs retraites dans la dignité.» Il a aussi pris soin de rappeler aux Américains que la solution aux défis actuels n'est pas uniquement entre les mains du gouvernement, mais entre les mains de chacun d'entre eux. Il a lancé un appel à la responsabilité de chacun. «Aujourd'hui, nous devons nous prendre en main, nous dépoussiérer et nous mettre à la tâche de refaire l'Amérique.»
Au reste du monde, il a clairement indiqué que la méthode Bush-Cheney est chose du passé. «Nous considérons qu'il est fallacieux de prétendre que nous devons choisir entre notre sécurité et nos idéaux. [...] À tous ces peuples et ces gouvernants qui nous regardent aujourd'hui, des plus grandioses capitales aux plus petits villages, comme celui où mon père est né, je dis: sachez que les États-Unis sont les amis de toutes les nations, de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité.» Il s'est directement adressé aux musulmans en leur disant: «[...] nous vous tendrons la main, si vous êtes prêts à desserrer les poings.»
Dans le décor de Washington, cette capitale grandiose aux allures impériales, il a rappelé aux Américains que cette grande république doit sa réussite aux idéaux qui ont présidé à sa fondation et qu'il faut y revenir pour se sortir du marasme actuel. Il a rappelé à ses compatriotes qu'au coeur du rêve américain, on trouve l'individu, le citoyen, celui qui travaille, qui ose, qui ne recule pas devant les efforts.
Barack Obama n'a pas ému comme il aimait le faire pendant sa campagne électorale. Il a plutôt adopté le ton d'un homme qui sait que le vrai travail commence et que la tâche sera lourde. Il a livré le message rassembleur et résolu qui s'imposait. Il n'a certainement pas déçu. Il a confirmé qu'il est bien plus qu'un bon orateur; il a aussi l'étoffe d'un homme d'État.
Collaboration spéciale
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