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Du lyrisme au réalisme

Luc Lavoie   21 janvier 2009  États-Unis
Barack Obama est devenu un homme public d'envergure nationale lors de la convention démocrate de 2004 à Boston. Il avait été invité à prononcer le discours principal de la soirée et il avait électrisé les milliers de délégués présents et les millions d'Américains assis devant leurs écrans de télévision. Tous ceux qui avaient écouté ce discours s'en souviennent et ils ont pratiquement tous eu le réflexe de dire: cet homme ira très loin. C'était la première fois que l'Amérique était exposée à cet orateur de génie. «Il n'y a pas d'État rouge et d'État bleu, dit-il, faisant référence aux couleurs traditionnelles des deux grands partis politiques, il n'y a que les États-Unis d'Amérique.» Un discours remarquable, et surtout un discours que les Américains avaient envie d'entendre et que le candidat démocrate de 2004, John Kerry, n'avait ni le talent ni l'instinct de leur livrer.

Quelques mois plus tard, Barack Obama était élu sénateur de l'Illinois, l'État où il s'est établi après ses brillantes études dans deux des plus grandes universités du monde, Columbia à New York et Harvard à Boston. Barack Obama est un intellectuel, un homme fondamentalement intéressé par le monde des idées et un homme pour qui les mots sont d'une importance capitale. Il les manie d'ailleurs avec un talent exceptionnel. Il suffit de lire son premier livre, Les Rêves de mon père, écrit alors qu'il n'avait que 34 ans et qu'il n'avait jamais été engagé en politique, pour s'en convaincre. Ce génie du verbe lui a permis de gagner l'investiture du Parti démocrate contre la formidable machine politique de la talentueuse Hillary Clinton, appuyée de son très populaire époux Bill Clinton.

Ce génie du verbe, son amour et sa connaissance des mots lui ont aussi permis de devenir, contre toute attente, le premier président noir des États-Unis. Le soir de sa victoire, le 4 novembre dernier, il a ému le monde entier en prononçant un discours qui passera sans doute à l'histoire. Ce discours, comme ses autres grandes performances, faisait appel avant tout à l'émotion, à tel point qu'après un temps, nombreux étaient les commentateurs qui se demandaient s'il était capable d'offrir autre chose que du rêve.

Pour son discours d'investiture, le plus attendu de sa carrière et sans doute l'un des discours politiques les plus écoutés de l'histoire, il a choisi d'étonner. Si on s'attendait à des envolées lyriques, à des phrases poétiques et à des appels aux sentiments, il a choisi de nous surprendre en livrant un discours sobre, un discours réaliste, un appel à la raison plutôt qu'aux émotions. «Aujourd'hui, je vous dis que les défis auxquels nous sommes confrontés sont réels. Ils sont sérieux et ils sont nombreux. Ils ne seront pas facilement réglés et il faudra du temps pour y parvenir. Mais sachez que nous les réglerons.»

Hier à Washington, Barack Obama a signalé que la fête était finie et qu'il était temps de se mettre au travail. Néanmoins, ce discours, bien que moins enlevant que les autres, constituait quand même un chef-d'oeuvre du genre. «La question n'est pas de savoir si le gouvernement est trop gros ou trop petit; la question est de savoir si le gouvernement fonctionne, s'il peut aider les citoyens à se trouver des emplois, à se faire soigner et à prendre leurs retraites dans la dignité.» Il a aussi pris soin de rappeler aux Américains que la solution aux défis actuels n'est pas uniquement entre les mains du gouvernement, mais entre les mains de chacun d'entre eux. Il a lancé un appel à la responsabilité de chacun. «Aujourd'hui, nous devons nous prendre en main, nous dépoussiérer et nous mettre à la tâche de refaire l'Amérique.»

Au reste du monde, il a clairement indiqué que la méthode Bush-Cheney est chose du passé. «Nous considérons qu'il est fallacieux de prétendre que nous devons choisir entre notre sécurité et nos idéaux. [...] À tous ces peuples et ces gouvernants qui nous regardent aujourd'hui, des plus grandioses capitales aux plus petits villages, comme celui où mon père est né, je dis: sachez que les États-Unis sont les amis de toutes les nations, de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité.» Il s'est directement adressé aux musulmans en leur disant: «[...] nous vous tendrons la main, si vous êtes prêts à desserrer les poings.»

Dans le décor de Washington, cette capitale grandiose aux allures impériales, il a rappelé aux Américains que cette grande république doit sa réussite aux idéaux qui ont présidé à sa fondation et qu'il faut y revenir pour se sortir du marasme actuel. Il a rappelé à ses compatriotes qu'au coeur du rêve américain, on trouve l'individu, le citoyen, celui qui travaille, qui ose, qui ne recule pas devant les efforts.

Barack Obama n'a pas ému comme il aimait le faire pendant sa campagne électorale. Il a plutôt adopté le ton d'un homme qui sait que le vrai travail commence et que la tâche sera lourde. Il a livré le message rassembleur et résolu qui s'imposait. Il n'a certainement pas déçu. Il a confirmé qu'il est bien plus qu'un bon orateur; il a aussi l'étoffe d'un homme d'État.

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  • L'Espérance,Pierre-Yves
    Abonné
    mercredi 21 janvier 2009 00h57
    L'intelligence s'en réjouit!
    Des beaux mots, des belles phrases et de beaux espoirs!
    Et si tout cela était réel, hors d'un rêve éveillé?
    Et si tout cela était finalement si simple?

    Parce que c'est ça la réalité, la simplicité, le rasoir d'Occam. Parce que feu cette médiocre élite nous faisait accroire que pour solutionner les maux du monde il fallait nécessairement faire d'abracadabrantes acrobaties. Ils ont eu tout faux dès le départ. Il ne faut qu'un peu d'intuition et de bon sens doublé d'ouverture d'esprit pour s'offrir les solutions.

    Maintenant, partout dans le monde, passons aux actes. Et c'est peu demandé puisqu'ils sont tous simples si on a de la jugeote. Exigeons de nous même la paix, 3 repas par jour doublés d'un toit, du temps pour s'apprécier mutuellement et voir l'Humain en l'Autre.

    Aujourd'hui et demain, Obama c'est nous tous!

  • Richard Desrochers
    Inscrit
    mercredi 21 janvier 2009 06h31
    homme d'avenir, gens du passé
    Le discours rassembleur du Président Américain tranche nettement avec les idéaux passéistes du clan péquiste au Québec, la plupart d'entre eux étant tournés vers le passé avec un sentiment revanchard à l'avant scène. La dernière production étant cet envolée oratoire d'Angnes Maltais au sujet de la commémoration de la bataille de 1759 sur les Plaines d'Abraham. Si la communauté noire, incluant le Président avaient la même attitude, ils tenteraient plutôt de faire payer cher au Blancs les injustices du passé. Mais nous, on est distinct, il ne faut pas l'oublier.

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 21 janvier 2009 06h43
    Trois-Rivières non, Washington yessss
    Obama fait venir un preacher qui fait un "speach" de 5 minutes sur son Jésus et son Dieu. No problem. Le gars est contre l'avortement et le mariage gay. No problem. Mais à une petite prière de 30 secondes au conseil municipal de Trois-Rivières ou de Chicoutimi, et on est dans le Québec profond et borné d'Hérouxille.

  • Michel Brien
    Abonné
    mercredi 21 janvier 2009 06h53
    Chef d'oeuvre
    M. Lavoie, je vous ai vu hier à la télé vantant les discours de M Obama. Dans votre présent article vous y faites encore référence, en les qualifiant tous de chefs d'oeuvre. Malheureusement je n'ai pas eu la chance de les écoutés, pensez-vous que Québecor ne pourrait pas les éditer et les mettre en disponibilité et en exclusivité sur ses nombreux produits.

  • Jacques Sabourin
    Abonné
    mercredi 21 janvier 2009 10h34
    Synthese, 5 étoiles
    Merci pour un excellent texte, bien écrit.
    Jacques Sabourin

  • Michel Simard
    Abonné
    mercredi 21 janvier 2009 12h22
    Les anti-Québécois encore à l'oeuvre sur des sujets sans rapport
    Encore une fois, Richard Desjardins mélange tout pour passer ses messages d'assujétion de la Nation québécoise au Dominion du Canadea. Je ne vois pas en quoi la vision passéiste d'une pseudo-fédération, idée passée du XIXe siècle (nous sommes au XXIe, M. Desjardins). Je propose aux Canadians comme M. Desrochers de faire de leur Canadea un État des États-Unis d'Amérique. C'est une idée toute moderne, non ? Cachez ce vieux jupon nationaliste canadian qui dépasse un peu trop, M. Desrochers.

  • Parti Pris
    Inscrit
    mercredi 21 janvier 2009 12h49
    Monsieur Lavoie, je sais que vous ne serez pas d'accord, mais...
    J'aimerais que vous écoutiez ce qui suit :

    http://ca.youtube.com/watch?v=8R5D_-h7XRs

    Je suis tout à fait d'accord avec vous au sujet de monsieur Obama.

  • Zach Gebello
    Inscrit
    mercredi 21 janvier 2009 14h14
    Tendre la main
    Une main pleine et généreuse aux Juifs et une main vide et solliciteuse aux Arabes.

  • Christian Tallon
    Inscrit
    mardi 27 janvier 2009 19h53
    Obama est un homme de droite dans un pays ruiné. Vivent les rêves mais ...
    1 : Les Etats-Unis ont deux partis de droite. Ils sont très riches mais leur niveau de développement humain est médiocre. Leurs infrastructures sont vieillies. Obama est sympathique et ne peut pas être pire que le précédent mais s'il voulait changer significativement les choses, il serait tué. Il est porté par des lobbies. Ce sont eux qui décideront. Il peut normaliser les relations avec Cuba, faire (un peu) pression sur Israel mais face à la crise économique, il faudra bien continuer à vendre des armes, à contrôler les sources de matières premières. Ses marges de manoeuvre sont très faible et ses chances de succès apparaissent minces. OU VA T'IL TROUVER L'ARGENT ? Les Etats-Unis sont en banqueroute latente. Les créanciers des États-Unis sont le Japon (585.900 milliards de dollars), la Chine (541.000 mds), la Grande-Bretagne (307.400 mds). En 8 ème position on trouve la Russie (74.400 mds). La dette américaine représente 20 % de sa richesse. La tendance lourde est à l'augmentation constante de la dette américaine, et donc du service de la dette. Les Etats-Unis n'ont pas de problème pour emprunter mais croire à des miracles avec un service de la dette pareil est illusoire. La seule voie est soit la banqueroute organisée, soit dix ans d'austérité sans précédent. La dette américaine était de 10.149.644.933.872 USD en octobre dont 2.600 milliards de dollars - environ 20% du PIB - aux gouvernements étrangers, pas tous si compréhensifs que le Japon. La Grande Bretagne est arrivée au point de saturation de la dette on ne voit pas ce qu'elle pourrait prêter (Total UK personal debt, including mortgages, is about £1.2 trillion). La France est également au point critique approchant les 100 % du PNB l'Italie au delà. Pendant ce temps, la Russie, la Chine, l'Inde font leur marché. A ce stade il n'y a plus besoin de dissuasion nucléaire ! La dissuasion financière suffit !

    Si Obama arrive à créer de la richesse avec des dettes en gardant les mêmes personnes qui ont mis le système financier au bord du gouffre, alors là, ce sera un homme de l'Histoire.

    A mon avis ses chances sont entre 5 et 10 %. On verra bien !

  • Morel, Yvon
    Inscrit
    jeudi 30 avril 2009 16h48
    Barak Obama poursuit sa lancée
    Après 10 jours, M. Obama ne dérougit pas. Il poursuit sa route ss déroger à son plan d'action. Espérons qu'il ne s'essouffle pas et quIl poursuive son plan d'action sans se laisser influencer par ceux qui lui conseille d'aller plus vite.
    J'ai confiance qu'il saura doser.

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