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Obama, au-delà du symbole

François Brousseau   19 janvier 2009  États-Unis
Au niveau symbolique, c'est gagné et, comme l'ont écrit certains commentateurs, «le bien est déjà fait» quoi qu'il advienne par la suite. Le 4 novembre dernier, et par une belle marge, Barack Obama, un Noir américain, a remporté l'élection présidentielle états-unienne. Oublions l'esprit de nuance un peu chipoteur, qui préfère souligner que l'homme est en réalité un «métis», ou que sa (semi) négritude lui est venue du Kenya par des voies détournées, plutôt que directement de Harlem ou du South Side de Chicago.

Non, l'image est là, fixée une fois pour toutes: une famille noire s'installe à la Maison-Blanche. Une image extraordinairement forte. La gauche américaine, la totalité des Noirs du pays, ainsi qu'une fraction non négligeable des conservateurs yankees blancs — patriotes et non racistes, il y en a — pousseront, demain sur le coup de midi, un sanglot collectif lorsque Barack Hussein Obama prêtera serment et demandera à Dieu de lui venir en aide.

La dimension symbolique d'un tel événement ne doit pas être sous-estimée. Elle explique l'épanchement «obamaniaque», proche de la déification, auquel on assiste ces jours-ci à Washington et dans de nombreux médias du monde, y compris par chez nous...

Non pas que cette dimension symbolique soit dénuée de substance et doive être dédaignée. Un président aux États-Unis — comme dans d'autres pays d'ailleurs —, c'est une espèce de père de la Nation, de prêtre en chef, qui peut et doit inspirer confiance et sécurité à ses «ouailles». La confiance, on le sait, est un réel ingrédient du succès dans le monde matériel.

Sauf qu'il y a un point au-delà duquel on ne peut plus étirer la «sauce». Surtout lorsque cette sauce est à base d'ébahissement amoureux, de «moment historique» (un Noir à la Maison-Blanche) et d'espoir quasi mystique. Aux États-Unis, par un curieux paradoxe, le culte du président (toujours présent mais hypertrophié dans ce cas-ci) voisine avec celui de la méfiance atavique envers le pouvoir fédéral, et — partant — envers tout pouvoir politique quel qu'il soit.

C'est un pays, en général et sauf exception, où l'on n'attend pas de l'État — et surtout pas de l'État fédéral — qu'il vienne vous tirer de la misère ou de la faillite économique.

Mais le locataire précédent de la Maison-Blanche a été l'objet d'un tel discrédit, et la peur de la misère économique est si profonde en ce moment aux États-Unis, que tout est en place pour réhabiliter, de façon spectaculaire, l'interventionnisme d'État en même temps que la fonction présidentielle. Avec pour résultat que le culte de la personnalité autour d'Obama — symétrique de la détestation de George Bush en fin de mandat — va de pair avec un retour en force du keynésianisme, qui entend relancer l'économie par une intervention massive de l'État.

***

Dans de telles conditions, l'épreuve du réel risque d'être terrible pour Barack Obama. Son extraordinaire capital de confiance, le profond espoir qu'il inspire à ses concitoyens, sont à la fois un atout et un danger pour lui.

La terrible situation économique lui commande un activisme programmatique sans précédent, de dimensions quasi surhumaines. Il lui faut, en même temps: réduire les impôts de la classe moyenne, aider les États en banqueroute, lancer des projets d'infrastructure, soutenir l'industrie automobile, entreprendre un «virage vert» énergétique et lancer un système de couverture médicale pour tous. Le tout, avec un Congrès coopératif (en tout cas pour deux ans) et une planche à billets qui va surchauffer comme jamais auparavant. Par ici les milliards... et au diable le déficit!

S'il réussit, dans sa première moitié de son mandat, à faire ne serait-ce que la moitié de cela, tout en relançant modestement la croissance, Barack Obama pourrait devenir l'un des plus grands présidents américains, avec Lincoln et Roosevelt.

Mais s'il échoue, alors on pourrait assister à un ratage de dimensions monumentales, avec des États-Unis empêtrés dans une crise de longue durée. Resterait alors, comme prix de consolation, l'importance symbolique du «premier président noir des États-Unis»... l'homme qui aura tout essayé dans une situation impossible.

Nul doute qu'Obama voudra échapper à ce funeste destin et à cette définition réductrice de son apport à l'histoire. L'épisode qui s'ouvre sera épique et passionnant.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    19 janvier 2009 05 h 26
    Ne capotons pas
    Contrairement à ce qu'a vécu Monsieur le Président Bush, l'épreuve du réel risque d'être terrible pour Barack Obama.

    Pour Monsieur Bush, le réel n'a jamais été une épreuve.
    Obama n'aura pas la clémence du réel qui est accordée par la main médiatique toute puissante.

    Les médias frétillent déjà de le mettre à l'épreuve ce président coloré.
    On lui dresse la liste des défis de façon quotidienne depuis son élection.
    On lui demande presque des résultats avant même qu'il ait la barre entre les mains.
    On le presse de déclarer son opinion et sa politique.

    Les médias sont bien pressés de voir les résultats.
    Ils sont bien pressés de nous le démolir le sauveur.

    Bon, bon, bon, respirons par le nez, chaque chose en son temps.
    Demain, c'est la fête, après on verra.
    Un navire de l'ampleur de cet empire, ne changera pas de cap rapidement. Il faut un minimum de patience et de compréhension.

    Obama n'est pas un magicien qui, d'un claquement de doigts, va changer la marche du monde, ne capotons pas, M. Brousseau.


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • jacques noel - Inscrit
    19 janvier 2009 07 h 45
    Que fait la gauche avec Obama?
    Il est pour la peine de mort
    Contre l'immigration illégale
    Pour la guerre en Afghanistan
    Pour Israel (son chef de cabinet est hypersioniste)
    Et il cite la bible régulièrement!

    Pareil politicien ici serait la risée du Plateau. Pour l'instant, le Plateau est en pamoison...
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  •  
  • Brun Bernard - Inscrit
    19 janvier 2009 07 h 56
    Merci pour le symbole.
    « Oublions l'esprit de nuance un peu chipoteur, qui préfère souligner que l'homme est en réalité un «métis» », ainsi donc le journaliste ne fait rien pour informer puisqu'il préfère suivre les préjugés du monde dit « ordinaire » : « Non, l'image est là, fixée une fois pour toutes: une famille noire s'installe à la Maison-Blanche. » Ben voilà, on est pour l'image non la réalité. On est pris à accepter la distorsion de réel plutôt que le réel tel qu'il se doit d'être décrit par les rapporteurs (reporters) avec honnêteté sinon intelligence. Le journaliste, d'une certaine manière se devrait d'être un pédagogue non un démagogue au risque et péril de sa vie tau nom de l'information qui est sa véritable vocation. Un peu, même si c'est difficile, comme les journalistes de Al Jazeera ou les médecins de toutes nationalités qui travaillent avec la mort à leur trousse dans des hôpitaux bombardés par des humanistes qui se défendent contre des méchants terroristes arabes dan un coin perdu du Proche-Orient.

    « La gauche américaine, la totalité des Noirs du pays, ainsi qu'une fraction non négligeable des conservateurs yankees blancs -- patriotes et non racistes, il y en a -- pousseront, demain sur le coup de midi, un sanglot collectif lorsque Barack Hussein Obama prêtera serment et demandera à Dieu de lui venir en aide. » Sauf que Ralph Nader, Noam Chomsky et Bill Ayers ne seraient d'accord avec vous et votre esprit mesquin. Il faut dire qu'en échange nous avons des personnages historiques au Canada d'une ampleur inédite jusqu'alors, des vrais comme Marois, Charest, Harper ou Duceppe. Alors ces américains et de plus cette gauche aux larmes si faciles, vous savez.

    « C'est un pays, en général et sauf exception, où l'on n'attend pas de l'État -- et surtout pas de l'État fédéral -- qu'il vienne vous tirer de la misère ou de la faillite économique. » de quel pays parlez-vous, uniquement des USA? Parce que là, on pourrait ne pas être d'accord avec votre esprit critique voire originale. N'est-ce pas? L'équipe d'Obama n'a pas encore commencé et voilà que vous pensez en savoir les tenants et aboutissants. Bravo comme perception de la politique internationale, vous faites fort.
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    19 janvier 2009 08 h 57
    Monsieur Noël oublie-t-il
    Monsieur Noël oublie-t-il qu'Obama est États-uniens et qu'un États-uniens doit absolument avoir les qualités (sic) qu'il énumère pour se faire élire Président des États-Unis?
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  • André Loiseau - Abonné
    19 janvier 2009 09 h 53
    @ M.Brun Bernard
    Bien d'accord avec l'énoncé de votre premier paragraphe. À force de nager dans l'illusion, les lendemains seront ardus et les réveils, brutaux, non?
    Aussi, dans cette page, M. Noël nous glisse un court avis que peu de gens oseraient s'avouer.
    Nos espors sont souvent questionnables.
    Mais donnons sa chance au joueur et voyons, avec le temps qui passe...Le temps remet chaque chose à sa place.
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  • Roland Berger - Abonné
    19 janvier 2009 10 h 41
    Fondement religieux
    Comme tous les peuples malades du judéo-christianisme, les Américains attendent le messie qui, non seulement les sortira du pétrin financier créé par quelques-uns des leurs, mais leur permettra de consolider une hégémonie mondiale fragilisée par les grands fiinanciers du pétrole servis par Bush et Cheney.
    Roland Berger
    st-Thomas, Ontario
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  • Gabriel Lévesque-Lemaire - Inscrit
    19 janvier 2009 12 h 28
    Droite religieuse, neo-cons et sionistes
    Comprenez Monsieur Noël qu'il ne peut d'un coup s'opposer aux lobbies puissants de l'establishment : la droite religieuse, les sionistes et le complexe militaro-industriel (les néo-conservateurs). Il doit jongler le mieux possible avec ces derniers et faire en sorte de les accomoder malheureusement... sinon ils auront vite fait d'obtenir sa tête. La politique, surtout aux États-Unis, est une affaire de compromis, voilà la difficulté de son mandat, autant à gauche qu'il peut être.
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  • jacques noel - Inscrit
    19 janvier 2009 14 h 39
    Que fait la gauche avec Obama? (2)
    Obama est contre l'avortement
    Contre le mariage gay
    Contre l'assurance-maladie
    et cite la Bible à tour de bras
    A coté de ça, Harpeur est un ML
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  • Brun Bernard - Inscrit
    19 janvier 2009 16 h 42
    @André Loiseau
    Merci mais je ne peux être d'accord avec les délires pathologiques de M Noël. Il ne faut surtout pas me mettre dans le même panier car le mien marche encore pour faire mon marché cosmopolite avec tous les légumes du monde. Ce que dit ce monsieur démontre qu'il ne sait rien des USA et encore moins de Obama. Un pâle caricature de certains phantasme qu'ont les conservateurs américains de tous bords et de toutes frontières blanches, il va de soit. Si nous devions citer ce que lit Obama, il serait plus proche de ma bibliothèque que de la simple étagère contenant quelques livres de ce pauvre monsieur N... la preuve? il penserait et dirait tout autre chose.
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  • Yvon Montoya - Abonné
    19 janvier 2009 16 h 48
    Obama à gauche?
    Quelle terrible illusion/ignorance alors que nombre de bons commentateurs patentés, politiques et intellectuels, disent l'inverse. Voyez ce qu'en dit Chomsky sur Obama dans Le Monde. Lire ce que l'on lit de certains commentateurs de droite, conservateurs et n'aimant pas les couleurs culturelles ici pour définir le côté gauchiste de Obama ferait mourir de rire les cgens de gauche aux USA et la vraie classe intello du pays car il y en a. Voyez tout de même la longue entrevue intéressante à ce sujet de Paul Auster ou de Ford. ils connaissent bien les USA puisqu'ils sont américains et voir aussi en passant les commentaires du grand écrivain Don de Lillo. Dangereux l'ignorance on le ais depuis le Moyen-âge mais ça continue hélas.
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  • Michel Duchaine - Abonné
    19 janvier 2009 21 h 25
    Vérifier nos attentes sur notre site web ,s'il-Vous -Plait
    Monsieur,je vous félicite pour votre travail,mais j'aimerais vous invitez à examiner nos nombreuses pétitions en lignes svp.
    Je suis le responsable d'une vaste frayernité de chercheurs et nous avons convenus de présenter ces quelques actions communeautaires afin de nous rendre utile sur le plan social.
    Je vous invite donc sur notre site : les défenseurs de la terre à l'adresse : http://www.defenseursterre.onlc.fr et sur notre forum de discussion à : http://lesporteursdufutur.forumpro.fr
    Sur le premier à la page "actions directes" vous trouverez nos pétitions adressées à la ministre St-Pierre concernant l'église des Patriotes à St-Eustache ,aussi une internationale demanmdant une enquête publique aux USA à M.Barak Obama.
    Laissez- nus un message sur notre forum svp,vous nous feriez plaisir si vous nous aideriez à publiciser un peu notre action.
    Suis disponible à vous rencontrer ou vous parlez quand vous voudrez.
    Merci à l'avance!
    Michel Duchaine,président de la Fraternité des porteurs du futur
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  • Chryst - Abonné
    22 janvier 2009 20 h 58
    On juge un arbre à ses fruits
    Au-delà du fait qu'il soit métis et que ce soit une première aux USA, il n'y a encore rien là. Attendons pour voir.
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