Obama, au-delà du symbole
Au niveau symbolique, c'est gagné et, comme l'ont écrit certains commentateurs, «le bien est déjà fait» quoi qu'il advienne par la suite. Le 4 novembre dernier, et par une belle marge, Barack Obama, un Noir américain, a remporté l'élection présidentielle états-unienne. Oublions l'esprit de nuance un peu chipoteur, qui préfère souligner que l'homme est en réalité un «métis», ou que sa (semi) négritude lui est venue du Kenya par des voies détournées, plutôt que directement de Harlem ou du South Side de Chicago.
Non, l'image est là, fixée une fois pour toutes: une famille noire s'installe à la Maison-Blanche. Une image extraordinairement forte. La gauche américaine, la totalité des Noirs du pays, ainsi qu'une fraction non négligeable des conservateurs yankees blancs — patriotes et non racistes, il y en a — pousseront, demain sur le coup de midi, un sanglot collectif lorsque Barack Hussein Obama prêtera serment et demandera à Dieu de lui venir en aide.
La dimension symbolique d'un tel événement ne doit pas être sous-estimée. Elle explique l'épanchement «obamaniaque», proche de la déification, auquel on assiste ces jours-ci à Washington et dans de nombreux médias du monde, y compris par chez nous...
Non pas que cette dimension symbolique soit dénuée de substance et doive être dédaignée. Un président aux États-Unis — comme dans d'autres pays d'ailleurs —, c'est une espèce de père de la Nation, de prêtre en chef, qui peut et doit inspirer confiance et sécurité à ses «ouailles». La confiance, on le sait, est un réel ingrédient du succès dans le monde matériel.
Sauf qu'il y a un point au-delà duquel on ne peut plus étirer la «sauce». Surtout lorsque cette sauce est à base d'ébahissement amoureux, de «moment historique» (un Noir à la Maison-Blanche) et d'espoir quasi mystique. Aux États-Unis, par un curieux paradoxe, le culte du président (toujours présent mais hypertrophié dans ce cas-ci) voisine avec celui de la méfiance atavique envers le pouvoir fédéral, et — partant — envers tout pouvoir politique quel qu'il soit.
C'est un pays, en général et sauf exception, où l'on n'attend pas de l'État — et surtout pas de l'État fédéral — qu'il vienne vous tirer de la misère ou de la faillite économique.
Mais le locataire précédent de la Maison-Blanche a été l'objet d'un tel discrédit, et la peur de la misère économique est si profonde en ce moment aux États-Unis, que tout est en place pour réhabiliter, de façon spectaculaire, l'interventionnisme d'État en même temps que la fonction présidentielle. Avec pour résultat que le culte de la personnalité autour d'Obama — symétrique de la détestation de George Bush en fin de mandat — va de pair avec un retour en force du keynésianisme, qui entend relancer l'économie par une intervention massive de l'État.
***
Dans de telles conditions, l'épreuve du réel risque d'être terrible pour Barack Obama. Son extraordinaire capital de confiance, le profond espoir qu'il inspire à ses concitoyens, sont à la fois un atout et un danger pour lui.
La terrible situation économique lui commande un activisme programmatique sans précédent, de dimensions quasi surhumaines. Il lui faut, en même temps: réduire les impôts de la classe moyenne, aider les États en banqueroute, lancer des projets d'infrastructure, soutenir l'industrie automobile, entreprendre un «virage vert» énergétique et lancer un système de couverture médicale pour tous. Le tout, avec un Congrès coopératif (en tout cas pour deux ans) et une planche à billets qui va surchauffer comme jamais auparavant. Par ici les milliards... et au diable le déficit!
S'il réussit, dans sa première moitié de son mandat, à faire ne serait-ce que la moitié de cela, tout en relançant modestement la croissance, Barack Obama pourrait devenir l'un des plus grands présidents américains, avec Lincoln et Roosevelt.
Mais s'il échoue, alors on pourrait assister à un ratage de dimensions monumentales, avec des États-Unis empêtrés dans une crise de longue durée. Resterait alors, comme prix de consolation, l'importance symbolique du «premier président noir des États-Unis»... l'homme qui aura tout essayé dans une situation impossible.
Nul doute qu'Obama voudra échapper à ce funeste destin et à cette définition réductrice de son apport à l'histoire. L'épisode qui s'ouvre sera épique et passionnant.
***
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
Non, l'image est là, fixée une fois pour toutes: une famille noire s'installe à la Maison-Blanche. Une image extraordinairement forte. La gauche américaine, la totalité des Noirs du pays, ainsi qu'une fraction non négligeable des conservateurs yankees blancs — patriotes et non racistes, il y en a — pousseront, demain sur le coup de midi, un sanglot collectif lorsque Barack Hussein Obama prêtera serment et demandera à Dieu de lui venir en aide.
La dimension symbolique d'un tel événement ne doit pas être sous-estimée. Elle explique l'épanchement «obamaniaque», proche de la déification, auquel on assiste ces jours-ci à Washington et dans de nombreux médias du monde, y compris par chez nous...
Non pas que cette dimension symbolique soit dénuée de substance et doive être dédaignée. Un président aux États-Unis — comme dans d'autres pays d'ailleurs —, c'est une espèce de père de la Nation, de prêtre en chef, qui peut et doit inspirer confiance et sécurité à ses «ouailles». La confiance, on le sait, est un réel ingrédient du succès dans le monde matériel.
Sauf qu'il y a un point au-delà duquel on ne peut plus étirer la «sauce». Surtout lorsque cette sauce est à base d'ébahissement amoureux, de «moment historique» (un Noir à la Maison-Blanche) et d'espoir quasi mystique. Aux États-Unis, par un curieux paradoxe, le culte du président (toujours présent mais hypertrophié dans ce cas-ci) voisine avec celui de la méfiance atavique envers le pouvoir fédéral, et — partant — envers tout pouvoir politique quel qu'il soit.
C'est un pays, en général et sauf exception, où l'on n'attend pas de l'État — et surtout pas de l'État fédéral — qu'il vienne vous tirer de la misère ou de la faillite économique.
Mais le locataire précédent de la Maison-Blanche a été l'objet d'un tel discrédit, et la peur de la misère économique est si profonde en ce moment aux États-Unis, que tout est en place pour réhabiliter, de façon spectaculaire, l'interventionnisme d'État en même temps que la fonction présidentielle. Avec pour résultat que le culte de la personnalité autour d'Obama — symétrique de la détestation de George Bush en fin de mandat — va de pair avec un retour en force du keynésianisme, qui entend relancer l'économie par une intervention massive de l'État.
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Dans de telles conditions, l'épreuve du réel risque d'être terrible pour Barack Obama. Son extraordinaire capital de confiance, le profond espoir qu'il inspire à ses concitoyens, sont à la fois un atout et un danger pour lui.
La terrible situation économique lui commande un activisme programmatique sans précédent, de dimensions quasi surhumaines. Il lui faut, en même temps: réduire les impôts de la classe moyenne, aider les États en banqueroute, lancer des projets d'infrastructure, soutenir l'industrie automobile, entreprendre un «virage vert» énergétique et lancer un système de couverture médicale pour tous. Le tout, avec un Congrès coopératif (en tout cas pour deux ans) et une planche à billets qui va surchauffer comme jamais auparavant. Par ici les milliards... et au diable le déficit!
S'il réussit, dans sa première moitié de son mandat, à faire ne serait-ce que la moitié de cela, tout en relançant modestement la croissance, Barack Obama pourrait devenir l'un des plus grands présidents américains, avec Lincoln et Roosevelt.
Mais s'il échoue, alors on pourrait assister à un ratage de dimensions monumentales, avec des États-Unis empêtrés dans une crise de longue durée. Resterait alors, comme prix de consolation, l'importance symbolique du «premier président noir des États-Unis»... l'homme qui aura tout essayé dans une situation impossible.
Nul doute qu'Obama voudra échapper à ce funeste destin et à cette définition réductrice de son apport à l'histoire. L'épisode qui s'ouvre sera épique et passionnant.
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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
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