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Scandale Madoff - Au suivant!

Serge Truffaut   16 décembre 2008  États-Unis
L'année financière se termine comme elle a commencé, par un scandale énorme, un scandale à tiroirs. Bernard Madoff, c'est de lui qu'il s'agit, a dilapidé 50 milliards en exploitant la cupidité ainsi que la bêtise d'une quantité impressionnante, donc très inquiétante, de patrons d'établissements financiers pourtant réputés être... réputés!

Des années durant, le sexagénaire Madoff a fait illusion en usant, pour son compte évidemment, d'une technique d'escroquerie dite chaîne de Ponzi, du nom d'un malfrat qui fit main basse, il y a un siècle environ, sur les économies de riches américains de la Nouvelle-Angleterre. Fait à noter, il avait auparavant passé trois ans en prison de ce côté-ci de la frontière pour exploitation de la crédulité économique des immigrants italiens montréalais.

Souvent baptisée vente pyramidale, la chaîne de Ponzi consiste à allouer les rendements promis aux premiers ou anciens investisseurs à même les sommes soutirées aux nouveaux investisseurs. Dans le cas qui nous occupe, Madoff garantissait un rendement annule de 11 %. Mais à la différence de Ponzi, il comptait parmi ses clients des banques commerciales, des banques d'affaires, des fonds d'investissement et autres gros acteurs institutionnels de la circulation de capitaux en plus, évidemment, d'individus. Bref, Madof a exploité sur tous les fronts.

Pour bien saisir la portée de l'offensive menée par Madoff, il faut souligner en gras l'identité des établissements que l'escroc a roulé dans la farine, soit les espagnoles Santander et BBVA, les britanniques HSBC et Royal Bank of Scotland, que le gouvernement vient de sauver de la faillite, les françaises BNP Paribas, Axa, Société générale et Natixis, qui l'a échappé belle plus tôt cette année grâce aux pouvoirs publics, l'italienne UniCredit, sans oublier des suisses, des japonaises, des coréennes.

Ainsi donc, les artistes de l'ingénierie financière formés dans les meilleures universités du monde, les architectes de modèles mathématiques que seule une formation de physicien permet de suivre n'y ont vu que du feu. Si on comprend bien, ces derniers ont accordé à Madoff les millions que leur avaient confié les plus riches de leurs clients sans effectuer d'examen de routine, sans étudier le degré de risque que proposait le véhicule financier «vendu» par Madoff? Si tel est le cas, alors l'histoire de Wall Street, avec son cortège de subprime, credit default swap et autres, est vraiment une histoire de bruit et de fureur racontée par un idiot et co-signé par le dieu Cupidité.

De la même manière que l'on a insisté sur les noms des institutions bernées par un délinquant assez malin pour avoir touillé à la sauce informatique un mécanisme frauduleux vieux d'un siècle, on tient à insister ou plus exactement à répéter une autre histoire. Celle de Nick Leeson, le tombeur de la Baring qui était alors la plus prestigieuse des banques britanniques.

La légende dont il est le héros a ceci de captivant qu'elle présente plus d'un point commun avec celle de Madoff. Comme lui, il cultivait l'opacité, le vague. Il était expert en louvoiements. Mais en fait, si on évoque encore une fois cette faillite, c'est parce qu'elle s'est produite en... 1995. Autrement dit, on insiste, il y a 13 ans de cela. Et alors? Des parlementaires anglais ont étudié le dossier. Des parlementaires qui mettaient en garde contre la vague de dé-réglementation déjà en vogue parce que porteuse des pires catastrophes financières.

Au cours des 14 derniers mois, on a écopé des subprimes et autres oripeaux économiques camouflés derrière un paravent de chiffres construit à l'aune de l'avidité la plus aiguisée, on a hérité des credit default swap et de leur cohorte de méfaits conçus par les esprits présentés comme les meilleurs de notre temps parce que totalement insensibles à tout ce qui ne ressemble pas à un billet de banque, aujourd'hui on est confronté à la plus grosses escroquerie financière, et tout cela à cause de quoi? Parce que de bons vendeurs ont convaincu une ribambelle de politiciens que la fin de l'histoire, le bonheur intemporel, passait par le laisser-faire généralisé. Bref, les autorités d'ici et de là comme de là-bas ont soldé le bien public, ont bradé le général pour le bénéfice du particulier.

Il est tout de même sidérant, pour rester poli, que le scandale Madoff ait éclaté en 2008. Soit 13 années après celui de Leeson avec, entre ces deux dates, les crises asiatique, russe, thaïlandaise, mexicaine et autres, toutes conséquentes de l'observation maniaque comme absolue d'un même mantra: «La cupidité, c'est bien.»
 
 
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  • Lucien Maheu - Abonné
    16 décembre 2008 04 h 30
    Très vrai
    Très bon article, tout ce que vous dites est incroyable mais très vrai.
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  • jacques noel - Inscrit
    16 décembre 2008 07 h 50
    Dure semaine pour la tribu....
    Blagosevicht qui doit démissionner comme gouverneur de l'Illinois pour fraude
    Le chef de cabinet d'Obama qui serait impliqué

    David Reiner s'est sauver avec un million de la fondation Lewis
    http://www.cbc.ca/fifth/disappearingact/timeline.h

    Et là, la plus grosse fraude de toute l'histoire. Le marchand de Venise, exposant un milliard....
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  • jacques noel - Inscrit
    16 décembre 2008 07 h 52
    Dure semaine pour la tribu des Prix Nobel....
    Blagosevicht qui doit démissionner comme gouverneur de l'Illinois pour fraude
    Le chef de cabinet d'Obama qui serait impliqué

    David Reiner s'est sauver avec un million de la fondation Lewis
    http://www.cbc.ca/fifth/disappearingact/timeline.h

    Et là, la plus grosse fraude de toute l'histoire. Le marchand de Venise, exposant un milliard....
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  • Brun Bernard - Inscrit
    16 décembre 2008 08 h 51
    Scandale pour un système qu'on aime?
    Les concierges crient pour plus que ça. À vous lire et à être d'accord avec vous nous fait devenir très honnête. Non ce n'est pas nous les méchants. Lorsqu'on dit qu'un ciel sans nuage est bleu, c'est normal. Pour ce M Madoff et confrères (il y en a plein des comme lui n'en doutons pas.) ce ne peut être un scandale, nous vivons dans le système capitaliste. En Russie, il y avait des camps, en Chine on met dans des camps de rééducation, aux USA on vole et même on fait la guerre pour mieux voler. C'est normal, non scandaleux, voyons donc. Ne soyez pas plus royaliste que le roi. C'est comme si on disait: "C'est scandaleux qu'en pleine guerre on utilise des soldats, des bombes, des canons et des avions armés jusqu'aux dents." Ce serait aussi con que ça non?
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  • Bruno Rémillard - Inscrit
    16 décembre 2008 09 h 17
    La faute aux maths?
    Quelques précisions suite à votre article. Ce ne sont pas les ingénieurs financiers qui prennent les décisions d'investissement. Dans le cas de Madoff, ils n'ont rien à voir puisque les seuls chiffres disponibles étaient les faux dividendes du fonds. La décision d'investir se fait à un niveau supérieur. On blâme aussi les ''quants'' pour la crise des prêts à risque mais encore une fois, ils n'ont rien à y voir. Les décisions d'accorder des prêts très risqués ne leur appartient pas. Finalement, le phénomène de contagion amplifliant la crise de crédit dûe à ces mauvais prêts n'a pa pu être modélisée correctement puique la recherche dans ce domaine n'est guère avancée. Les décideurs, et non les quants, ont donc fait la grossière erreur de supposer ou d'ignorer que les mauvais prêts et les CDS n'étaient pas liés, ce qui n'est pas le cas. Je dirais donc que la cupidité et l'attrait des rendements faciles sont à l'origine des ces mauvaises décisions d'investissement, et non les ingénieurs financiers.
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  • - Abonné
    16 décembre 2008 10 h 31
    Madoff et l'exploitation des imbéciles
    L'affaire Madoff n'est qu'un avatar du système US. Regardez les publicités US. Songez au cinéma grand public US. Pensez à la méthode Walt Disney. Écoutez le discours politique simpliste tout en noir et blanc, la planète tout entière partagée entre «bons» et «méchants», «eux» et «nous», évidemment.

    Tout ce système est basé sur l'exploitation du crétinisme. C'est un épouvantable appauvrissement moral, social, intellectuel de l'Humain, au profit du désir devenu irrépressible de posséder... Toujours plus : «MORE», comme disent la plupart de leurs publicités.
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  • Lucien Maheu - Abonné
    16 décembre 2008 12 h 00
    Responsabilité des ingénieurs financiers
    M. Rémillard nous dit que ce n'est pas la faute des ingénieurs financiers, je crois que oui moi. Les professionnels en placement doivent changer leur façon d'analyser les institutions financières, il y a trop de fraudes présentement.

    Il y avait des soupçons depuis longtemps sur le rendement élevé des plaçements Madoff, mais personne n'investiguait plus loin qu'en surface sur l'origine des rendements.

    Le fait que Madoff fasse vérifier ses livres, toujours par le même bureau de vérification comtable composé de seulement 4 personnes était un indice à scruter.

    Avec tout ce qu'on a vu au cours des dernières années, subprime, les PCAA dont notre caisse de dépôt en sortira avec des milliards de pertes, les CA de compagnies qui semblent exister pour la forme seulement dans bien des cas, la rigueur est d'autant de mise pour les spécialistes en placement.
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  • Alain Pérusse - Inscrit
    16 décembre 2008 14 h 17
    Enrichissez vous, qu'il disait...
    À ce stade-ci de la crise, les surprises n'en sont plus vraiment. À quand la prochaine fraude monumentale, encouragée par l'idéologie du "laisse-faire", telle qu'enseignée dans les écoles d'études commerciales et autre Institut économique de Montréal?
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  • Jean-François Trottier - Abonné
    16 décembre 2008 15 h 13
    La fin de l'acceptation bête
    Cet incident, comme toute la Crise, a au moins le mérite de nous forcer à se poser des questions sur le rôle de l'état. On ne savait plus trop quoi en faire, de ce truc administratif qui bouffe nos taxes, qu'on devait (selon les Dogmes en vigueur) réduire au minimum parce que perçu comme nuisible, de la même façon que le policier qui nous donne un ticket de vitesse est perçu comme l'agent désincarné de Big Brother voire le suppôt municipal d'un schéma de taxation...
    La déréglementation, comme son inverse l'État Providence, relevait d'une belle utopie. Celle de se sentir libre, de rouler le pied au plancher, tant pis pour ces lambins qui se trouvent sur notre route. Pourquoi une limite de vitesse, personne ne veut prendre d'accident, non? On peut se "réguler"!
    Une couple de crashs plus tard, de deuils malheureux ("il roulait trop vite, et surtout tout croche..."), on se dit que ça prend des stops, des lumières et des beux malgré tout.
    Fallait des morts pour qu'on apprenne.
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  • Maco - Abonné
    16 décembre 2008 15 h 13
    Les sciences!
    Voilà ce qui arrive lorsque l'on élève au rang des sciences les finances et la gestion. Science et gestion ne sont pas compatibles, pas plus qu'« ingénierie » et finance. Probablement que notre erreur provient de ce mélange des genres. En croyant avoir le contrôle sur le système, tout imprégné de ces sciences. Ben non! Soyons plus humbles. Nous avons encore une fois « foiré »!
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  • Pierre Brosseau - Inscrit
    16 décembre 2008 15 h 41
    La faute aux maths, aux agences de crédit, à l'avidité, à la déréglementation...
    M. Rémillard, les ingénieurs, qu'ils soient financiers ou autres, sont des "matheux", ils sont à l'aise avec les équations. "Ce ne sont pas les outils mathématiques en tant que tels, mais le choix d'outils mal adaptés à l'usage" qui explique, entre autres, la crise actuelle, selon Olivier Le Courtois, professeur de finance à l'Ecole de management de Lyon, cité dans un excellent article du "Nouvel Observateur", (9-15 octobre 2008, p.50-51). "On ne peut pas réparer une montre avec un gros tournevis". Et le gros tournevis c'est le mouvement brownien, qui serait un "hasard sage". "L'ennui, c'est que les modèles browniens décrivent des effets d'agitation moyenne et ne rendent pas compte des situations de risque extrême qui peuvent survenir sur les marchés, de sorte qu'ils ne "voient" pas les crises ou les faillites. Le krach de 1987 a attiré l'attention de matématiciens européens qui ont tenté de modéliser le "hasard sauvage" du marché réel, bien loin du "hasard sage" des processus browniens, les Américains continuant à s'accrocher à des modèles des années 1950-60. "Les agences de notation ont une responsabilité dans la débâcles de subprimes: elles ont transformé n'importe quoi en AAA", dit Christan Walter, chercheur associé de l'EMLyon.
    Donc, modèles mathématiques présomptueux, laisser-faire et incompétence des agences de notation, ajoutez de la cupidité, de l'impunité, un peu de fraude ici, de la complicité tacite là, et surtout pas de réglementation (un bon gouvernement, c'est moins de gouvernement), et nous voilà avec une excellente recette de faillite globale. Après la stupeur et la crainte d'effondrement total que nous vivons en ce moment et qui nous paralysent, oserons-nous, le petit peuple, nous lever et exiger de nos dirigeants qu'ils érigent les moyens de défense qui nous protégeront des prédateurs, des incompétents et cupides de tout acabit qui nous accablent ? À quand des sentences de prison pour ceux qui détruisent des vies, ruinent la confiance sociale et noua font douter de tout et de tous ?
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  • Daniel Henry - Abonné
    16 décembre 2008 15 h 53
    le talent, ça se paye... et ça se surveille
    Qu'un quidam s'émeuve des revenus de dirigeants de nos plus grandes entreprises, il se fera répondre qu'il faut savoir attirer les meilleurs talents, tels que les visions stratégiques à la hauteur des défis, à tous prix..... Du nombre et de l'énormité des failles dans les talents, révélées par une affaire comme celle-ci faut-il conclure que l'on ne paye pas encore assez cher? La question vaut d'être posée dans d'autres cas: bien sûr, avec la crise financière, ou avec les dirigeants de nos trois grands de l'auto. En tout cas ce n'est pas pour leur sens éthique que ces dirigeants auraient été choisi. Où sont les pouvoirs poltiques? Et les grands administrateurs de l'État? À qui la faute? En vertu du principe «qui casse paye» la faute est certainement au grand public, à vous et moi, puisque c'est nous qui finalement payons l'addition.

    En fait la faute, elle est au manque de participation, de vigilance de vous et moi à la chose publique, surtout hors la sphère du politique. Tout cela sonne comme une invitation pressante à supporter plus activement et participer aux associations qui luttent sur ces questions, comme par exemple celles qui se débattent pour le respect et la protection du petit investisseur.
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  • Jacques Gagnon - Abonné
    16 décembre 2008 16 h 24
    Pas tout à fait exact, monsieur Brun.
    Ce sont des voleurs qui trompent les gens et le système. Ce n'est pas du vol érigé en système, quoique vous en pensiez. Il y a beaucoup plus de gens honnêtes là-dedans que de voleurs.

    N'avez-vous pas remarqué que les voleurs, comme les abuseurs en tout genre, se tiennent près et vivent avec leurs proies ?

    Appelez le système comme vous voudrez, capitaliste ou autre, la réalité reste la même. Il y a des gens qui détiennent un capital, vous et moi avec un compte de banque ou des REER, un petit ou moins petit pécule qu'ils veulent mettre à risque à des degrés divers. Il y a aussi des gens qui ont besoin de capital et qui doivent payer une prime pour y accéder. C'est un principe vieux comme le monde, même avant qu'il y ait la monnaie.

    Pour que ça fonctionne, il faut veiller à ce que personne n'en abuse. On cherche mieux, le plus souvent à très petits pas.

    On n'est pas dans le livresque ici.


    ....
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