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Diplomatie américaine - Le cocktail du recentrage

Serge Truffaut   3 décembre 2008  États-Unis
Comparativement à l'équipe formée en l'an 2000 par Bush pour administrer les affaires étrangères, celle de Barack Obama se caractérise par sa capacité à s'attaquer aux dossiers chauds à court terme. Elle se distingue également par la présence d'un républicain à un poste-clé: la défense. Elle se singularise enfin par la nomination au secrétariat d'État de sa principale adversaire lors des primaires, soit évidemment Hillary Clinton.

Lorsque Bush hérita du pouvoir il y a huit ans de cela, un tournant plus qu'un changement fut observé en matière internationale. Bien avant les attentats du 11-Septembre, le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ainsi que Condoleezza Rice, alors patronne du Conseil national de la sécurité, affichèrent leur inclination pour la préséance qu'il fallait accorder au recours aux muscles plutôt qu'à la diplomatie. On se souviendra, à titre d'exemple, que cette tendance se traduisit dans les faits par une totale indifférence à l'endroit des dossiers chauds du Proche-Orient dans les mois suivant l'installation de Bush à la Maison-Blanche.

Ce penchant pour la force étant le dada, l'obsession, du duo Cheney-Rumsfeld, celui-ci a fait main basse sur la gestion des affaires internationales cantonnant, pour ainsi dire, Colin Powell au rôle de figurant. Résultat net, on a assisté à une «militarisation rampante de la politique étrangère des États-Unis». De cette expression, il est important de révéler l'auteur: Robert Gates, actuel ministre de la Défense que Barack Obama a tenu à reconduire dans ses fonctions.

Peut-être faut-il préciser que Gates n'a pas formulé cet avis dans les jours antérieurs à son maintien, mais bien des mois auparavant. Peut-être faut-il également souligner qu'il est favorable à la fermeture de Guantánamo. Quoi d'autre? Il faut insister sur le fait que Gates a toujours considéré la frappe militaire contre l'Iran sans effort diplomatique préalable, geste longuement envisagé par Cheney-Rumsfeld, comme «une calamité stratégique.»

Ses opinions ou avis rappelés, tout un chacun aura deviné que l'on va assister à un rééquilibrage des rapports entre le Pentagone et les affaires étrangères. À une reconquête du territoire sur lequel la diplomatie imprime normalement ses marques et que

Cheney-Rumsfeld avait monopolisé avec l'assentiment de Bush. Bref, il faut s'attendre à moins de rapports de force internes entre Gates et Clinton que ceux inventoriés notamment entre Powell et Rumsfeld.

Les vues que partagent Gates, Clinton ainsi que l'ex-général James Jones, nommé à la tête du Conseil national de sécurité, devraient avoir pour conséquence immédiate la fermeture de Guantánamo ainsi qu'une révocation des décrets signés par le président Bush afin d'autoriser certains mécanismes de torture. En ce qui concerne l'Irak, il est écrit dans le ciel que les jours de la présence américaine sont comptés. Enfin...

En fait, la résolution de ce dossier s'annonce plus complexe que ce qui avait été envisagé lors des primaires comme lors de la présidentielle. On sait Obama résolu à un rapatriement des troupes dans les seize mois suivant son intronisation. On sait Clinton ainsi que Gates favorables à un retour rapide des 140 000 soldats toujours à Bagdad et dans les environs, mais peu chauds à l'idée de dater avec précision le retour en question. En réalité, la fin de la présence américaine en Irak dépend pour une part de l'Iran.

À l'égard de ce pays, Clinton, Gates ainsi que Jones militent pour l'amorce de discussions tout en étant résolus à ce que jamais ce pays ne se dote de la bombe atomique. Plus précisément, il est probable que la nouvelle administration reprenne à son compte les propositions élaborées en 2006 par le comité bipartite dirigé par le républicain James Baker ainsi que par le démocrate Lee Hamilton et dont Gates faisait partie. Et alors? Ils avaient suggéré que des négociations directes soient entamées avec tous les voisins immédiats de l'Irak, dont évidemment l'Iran, mais aussi la Syrie.

Quoi d'autre? L'Afghanistan, bien entendu. D'Obama à Clinton en passant par Gates et Jones, tout le monde est d'accord pour une réforme de la politique suivie jusqu'alors. Plus exactement, il faut s'attendre à une augmentation des forces présentes dans ce pays qui entre autres particularités se trouve être le voisin du pays qualifié de plus dangereux au monde: le Pakistan. En deux mots, la composition de l'équipe d'Obama annonce une politique moins musclée que celle défendue par Bush, mais plus ferme que celle qui était attendue.
 
 
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    3 décembre 2008 07 h 02
    Chose rare, j'ai aimé l'éditorial !
    J'ai bien aimé l'éditorial.

    Jusqu'au moment où on nous lance :
    «pays qualifié de plus dangereux au monde: le Pakistan»

    Comme s'il y avait une commande de dire le danger du Pakistan.

    Depuis que le dictateur docile, Musharraf, n'a plus le pouvoir, on constate la détérioration de l'image de ce pays. On constate que les nouveaux dirigeants sont moins "à l'écoute" des États-Unis, de l'armée US et des services secrets de la CIA.

    Les attaques terroristes en Inde servent merveilleusement cette altération de l'image du Pakistan. On a rapidement trouvé que "le cerveau" des attentats de Mumbai était au Pakistan et dans les minutes qui ont suivi les attentats on parlait déjà de pistes pakistanaises. Ça me fait penser au 11 septembre, quelques heures après les attentats on pointait du doigt l'Afghanistan!

    Il va falloir ressortir les bons articles qu'on avait sur le Pakistan de Musharraf. On parlait de démocratie, on parlait du meilleur allier de la région contre le terrorisme. M. Negroponte visitait le respectable général Musharraf, etc. etc...

    Notre éditorialiste a la mémoire courte pour déclarer sans nuance:
    « un pays qualifié de plus dangereux au monde: le Pakistan ».

    Il me donne l'impression que le nouveau message à passer dans l'opinion publique, c'est le danger du Pakistan.
    Les gens ne trouveront pas odieux les futurs bombardements.

    Ressortez vos vieux journaux. Lisez les qualités que l'on attribuait à ce pays du général à la dictature démocratique. Le pervers Musharraf.


    À part cet écart, j'ai bien aimé l'éditorial... c'est rare!


    Serge Charbonneau
    Québec
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