Questions d'image - L'homme du monde
Dans un élan historique, les États-Unis ont élu Barack Obama. Une soirée qui restera gravée à jamais dans les mémoires. Chacun se dira: «J'étais là, j'ai vu les foules en liesse, j'ai vu les larmes sur les visages de milliers d'Afro-Américains comme sur ceux de Jesse Jackson et d'Oprah Winfrey, j'ai vu les mines déconfites et apeurées des supporters de John McCain, j'ai assisté à la capitulation quasi empressée de George Bush.» Le moment fut à ce point intense, que l'on eut dit que deux discours et quelques images fortes avaient soudainement suffi à changer radicalement le visage des États-Unis.
Comme beaucoup, j'ai constaté, ce 4 novembre, combien John McCain avait fait montre d'une habileté qu'il n'avait guère révélée jusqu'alors. Combien il avait su trouver les mots dans un discours senti, empreint d'une grande noblesse, de clairvoyance et d'humilité — il s'est déclaré seul responsable de son échec — pour apaiser les esprits de ses partisans, tout en s'adressant à son pays et au monde tout entier. Reconnaissant sans ambiguïté, et la victoire de Barack Obama, et le caractère historique de cette élection.
C'est probablement et paradoxalement ce discours qui passera à l'histoire, un discours aussi spontané qu'inattendu. La sincérité du sénateur défait ne faisait aucun doute. Il aurait pu se contenter de reconnaître sa défaite et concéder la victoire à son adversaire, tel que le veut l'usage démocratique. Mais, à l'inverse, dans un appel solennel à la solidarité derrière Obama, il a été le premier à donner du sens à l'élection de ce premier président noir. Un homme en qui, d'entrée de jeu, il a reconnu son président. On venait de saisir à cet instant que John McCain était sans doute beaucoup plus proche des visions de Barack Obama que de celles de George Bush. Quelque chose venait de changer avant même qu'Obama n'ait prononcé un seul mot.
Puis vint le tour du nouveau président élu. Devant une foule immense, en proie à une émotion toute compréhensible, Obama garde son calme. Il assure sans triomphe. Et déjà, il rassure. À cet instant précis, il prend possession de la stature de cette fonction qu'il a convoitée pendant tant d'années. Aucune improvisation, pas de fausses notes, pas d'écarts superflus. À n'en point douter, cet homme-là s'était bien préparé pour ce rendez-vous-là. Il incarne désormais, et il le sait, le renouveau d'une Amérique que l'on ne connaît pas encore très bien, mais qui ne trahit en rien les gènes de la nation. Il a parlé des durs défis à relever en matière de justice sociale, d'égalité, de tolérance, d'environnement, d'éducation et de politique étrangère. Il a parlé du gouvernement du peuple pour le peuple. Des mots que l'on ne prononçait plus depuis fort longtemps à la Maison-Blanche. Au beau milieu de sa pire crise financière et économique depuis cent ans, l'Amérique s'est soudain rebranchée sur la plus ancienne et la plus enracinée de ses valeurs: le rêve.
Rêver en pleine crise
Le «Yes we can» de Barack Obama prit alors tout son sens.
La symbolique est toujours plus forte que la réalité. Nous savons tous, sans naïveté, que la tâche qui attend le nouveau président est colossale, sinon inhumaine. La vérité est que, de par le monde, chacun aspire à ce que Barack Obama nous amène à ce changement qu'il n'eut de cesse de nous promettre durant sa longue et courageuse campagne. Et chacun comprend aujourd'hui combien le chemin qu'il a dû parcourir depuis sa prime jeunesse pour atteindre ce sommet fut également jonché d'épreuves. Pour être arrivé là où il est arrivé, on comprend aisément que cette ténacité, voire cette résilience, peut précisément mener le monde à de réels et profonds changements. Ce constat établi, chacun se façonne sa propre image de Barack Obama et imagine ce qu'il va changer pour lui sans avoir la moindre idée de la façon dont il va s'y prendre. À l'évidence, il nous réserve bien des surprises.
Rien ne va plus
George Bush laisse les lieux dans un bien triste état. La guerre en Irak, Guantánamo, l'ouragan Katrina, la situation sociale et économique intérieure, le scandale des subprimes et le récent désarroi de Wall Street, ont ruiné, en deux mandats «bushiens», la réputation de l'Amérique. L'image des États-Unis dans le monde est pitoyable tant auprès des populations en général que de leurs dirigeants en particulier, et même auprès de ceux que l'on qualifie d'ordinaire d'alliés naturels. Pas étonnant qu'au lendemain de son élection, Obama ait reçu d'innombrables appels et témoignages de centaines de chefs d'État étrangers. Pour le féliciter? Certainement. Mais surtout pour lui témoigner que tous voient en lui le bâtisseur d'une relation nouvelle entre l'Amérique et le reste du monde.
On doit demeurer réaliste, certes. Car le président Obama ne pourra sans doute satisfaire les uns et les autres. Mais le monde d'aujourd'hui a le droit, tout comme l'Amérique, de rêver dans la tourmente. Le rêve est une faculté essentielle à l'équilibre de l'humain, donc de l'humanité.
Barack Obama incarne, plus que tout autre, un nouvel espoir planétaire. Et c'est en homme du monde qu'il accède aujourd'hui à la fonction la plus influente d'entre toutes.
***
Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
Comme beaucoup, j'ai constaté, ce 4 novembre, combien John McCain avait fait montre d'une habileté qu'il n'avait guère révélée jusqu'alors. Combien il avait su trouver les mots dans un discours senti, empreint d'une grande noblesse, de clairvoyance et d'humilité — il s'est déclaré seul responsable de son échec — pour apaiser les esprits de ses partisans, tout en s'adressant à son pays et au monde tout entier. Reconnaissant sans ambiguïté, et la victoire de Barack Obama, et le caractère historique de cette élection.
C'est probablement et paradoxalement ce discours qui passera à l'histoire, un discours aussi spontané qu'inattendu. La sincérité du sénateur défait ne faisait aucun doute. Il aurait pu se contenter de reconnaître sa défaite et concéder la victoire à son adversaire, tel que le veut l'usage démocratique. Mais, à l'inverse, dans un appel solennel à la solidarité derrière Obama, il a été le premier à donner du sens à l'élection de ce premier président noir. Un homme en qui, d'entrée de jeu, il a reconnu son président. On venait de saisir à cet instant que John McCain était sans doute beaucoup plus proche des visions de Barack Obama que de celles de George Bush. Quelque chose venait de changer avant même qu'Obama n'ait prononcé un seul mot.
Puis vint le tour du nouveau président élu. Devant une foule immense, en proie à une émotion toute compréhensible, Obama garde son calme. Il assure sans triomphe. Et déjà, il rassure. À cet instant précis, il prend possession de la stature de cette fonction qu'il a convoitée pendant tant d'années. Aucune improvisation, pas de fausses notes, pas d'écarts superflus. À n'en point douter, cet homme-là s'était bien préparé pour ce rendez-vous-là. Il incarne désormais, et il le sait, le renouveau d'une Amérique que l'on ne connaît pas encore très bien, mais qui ne trahit en rien les gènes de la nation. Il a parlé des durs défis à relever en matière de justice sociale, d'égalité, de tolérance, d'environnement, d'éducation et de politique étrangère. Il a parlé du gouvernement du peuple pour le peuple. Des mots que l'on ne prononçait plus depuis fort longtemps à la Maison-Blanche. Au beau milieu de sa pire crise financière et économique depuis cent ans, l'Amérique s'est soudain rebranchée sur la plus ancienne et la plus enracinée de ses valeurs: le rêve.
Rêver en pleine crise
Le «Yes we can» de Barack Obama prit alors tout son sens.
La symbolique est toujours plus forte que la réalité. Nous savons tous, sans naïveté, que la tâche qui attend le nouveau président est colossale, sinon inhumaine. La vérité est que, de par le monde, chacun aspire à ce que Barack Obama nous amène à ce changement qu'il n'eut de cesse de nous promettre durant sa longue et courageuse campagne. Et chacun comprend aujourd'hui combien le chemin qu'il a dû parcourir depuis sa prime jeunesse pour atteindre ce sommet fut également jonché d'épreuves. Pour être arrivé là où il est arrivé, on comprend aisément que cette ténacité, voire cette résilience, peut précisément mener le monde à de réels et profonds changements. Ce constat établi, chacun se façonne sa propre image de Barack Obama et imagine ce qu'il va changer pour lui sans avoir la moindre idée de la façon dont il va s'y prendre. À l'évidence, il nous réserve bien des surprises.
Rien ne va plus
George Bush laisse les lieux dans un bien triste état. La guerre en Irak, Guantánamo, l'ouragan Katrina, la situation sociale et économique intérieure, le scandale des subprimes et le récent désarroi de Wall Street, ont ruiné, en deux mandats «bushiens», la réputation de l'Amérique. L'image des États-Unis dans le monde est pitoyable tant auprès des populations en général que de leurs dirigeants en particulier, et même auprès de ceux que l'on qualifie d'ordinaire d'alliés naturels. Pas étonnant qu'au lendemain de son élection, Obama ait reçu d'innombrables appels et témoignages de centaines de chefs d'État étrangers. Pour le féliciter? Certainement. Mais surtout pour lui témoigner que tous voient en lui le bâtisseur d'une relation nouvelle entre l'Amérique et le reste du monde.
On doit demeurer réaliste, certes. Car le président Obama ne pourra sans doute satisfaire les uns et les autres. Mais le monde d'aujourd'hui a le droit, tout comme l'Amérique, de rêver dans la tourmente. Le rêve est une faculté essentielle à l'équilibre de l'humain, donc de l'humanité.
Barack Obama incarne, plus que tout autre, un nouvel espoir planétaire. Et c'est en homme du monde qu'il accède aujourd'hui à la fonction la plus influente d'entre toutes.
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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
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