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Questions d'image - L'homme du monde

Jean-Jacques Stréliski   17 novembre 2008  États-Unis
Dans un élan historique, les États-Unis ont élu Barack Obama. Une soirée qui restera gravée à jamais dans les mémoires. Chacun se dira: «J'étais là, j'ai vu les foules en liesse, j'ai vu les larmes sur les visages de milliers d'Afro-Américains comme sur ceux de Jesse Jackson et d'Oprah Winfrey, j'ai vu les mines déconfites et apeurées des supporters de John McCain, j'ai assisté à la capitulation quasi empressée de George Bush.» Le moment fut à ce point intense, que l'on eut dit que deux discours et quelques images fortes avaient soudainement suffi à changer radicalement le visage des États-Unis.

Comme beaucoup, j'ai constaté, ce 4 novembre, combien John McCain avait fait montre d'une habileté qu'il n'avait guère révélée jusqu'alors. Combien il avait su trouver les mots dans un discours senti, empreint d'une grande noblesse, de clairvoyance et d'humilité — il s'est déclaré seul responsable de son échec — pour apaiser les esprits de ses partisans, tout en s'adressant à son pays et au monde tout entier. Reconnaissant sans ambiguïté, et la victoire de Barack Obama, et le caractère historique de cette élection.

C'est probablement et paradoxalement ce discours qui passera à l'histoire, un discours aussi spontané qu'inattendu. La sincérité du sénateur défait ne faisait aucun doute. Il aurait pu se contenter de reconnaître sa défaite et concéder la victoire à son adversaire, tel que le veut l'usage démocratique. Mais, à l'inverse, dans un appel solennel à la solidarité derrière Obama, il a été le premier à donner du sens à l'élection de ce premier président noir. Un homme en qui, d'entrée de jeu, il a reconnu son président. On venait de saisir à cet instant que John McCain était sans doute beaucoup plus proche des visions de Barack Obama que de celles de George Bush. Quelque chose venait de changer avant même qu'Obama n'ait prononcé un seul mot.

Puis vint le tour du nouveau président élu. Devant une foule immense, en proie à une émotion toute compréhensible, Obama garde son calme. Il assure sans triomphe. Et déjà, il rassure. À cet instant précis, il prend possession de la stature de cette fonction qu'il a convoitée pendant tant d'années. Aucune improvisation, pas de fausses notes, pas d'écarts superflus. À n'en point douter, cet homme-là s'était bien préparé pour ce rendez-vous-là. Il incarne désormais, et il le sait, le renouveau d'une Amérique que l'on ne connaît pas encore très bien, mais qui ne trahit en rien les gènes de la nation. Il a parlé des durs défis à relever en matière de justice sociale, d'égalité, de tolérance, d'environnement, d'éducation et de politique étrangère. Il a parlé du gouvernement du peuple pour le peuple. Des mots que l'on ne prononçait plus depuis fort longtemps à la Maison-Blanche. Au beau milieu de sa pire crise financière et économique depuis cent ans, l'Amérique s'est soudain rebranchée sur la plus ancienne et la plus enracinée de ses valeurs: le rêve.

Rêver en pleine crise

Le «Yes we can» de Barack Obama prit alors tout son sens.

La symbolique est toujours plus forte que la réalité. Nous savons tous, sans naïveté, que la tâche qui attend le nouveau président est colossale, sinon inhumaine. La vérité est que, de par le monde, chacun aspire à ce que Barack Obama nous amène à ce changement qu'il n'eut de cesse de nous promettre durant sa longue et courageuse campagne. Et chacun comprend aujourd'hui combien le chemin qu'il a dû parcourir depuis sa prime jeunesse pour atteindre ce sommet fut également jonché d'épreuves. Pour être arrivé là où il est arrivé, on comprend aisément que cette ténacité, voire cette résilience, peut précisément mener le monde à de réels et profonds changements. Ce constat établi, chacun se façonne sa propre image de Barack Obama et imagine ce qu'il va changer pour lui sans avoir la moindre idée de la façon dont il va s'y prendre. À l'évidence, il nous réserve bien des surprises.

Rien ne va plus

George Bush laisse les lieux dans un bien triste état. La guerre en Irak, Guantánamo, l'ouragan Katrina, la situation sociale et économique intérieure, le scandale des subprimes et le récent désarroi de Wall Street, ont ruiné, en deux mandats «bushiens», la réputation de l'Amérique. L'image des États-Unis dans le monde est pitoyable tant auprès des populations en général que de leurs dirigeants en particulier, et même auprès de ceux que l'on qualifie d'ordinaire d'alliés naturels. Pas étonnant qu'au lendemain de son élection, Obama ait reçu d'innombrables appels et témoignages de centaines de chefs d'État étrangers. Pour le féliciter? Certainement. Mais surtout pour lui témoigner que tous voient en lui le bâtisseur d'une relation nouvelle entre l'Amérique et le reste du monde.

On doit demeurer réaliste, certes. Car le président Obama ne pourra sans doute satisfaire les uns et les autres. Mais le monde d'aujourd'hui a le droit, tout comme l'Amérique, de rêver dans la tourmente. Le rêve est une faculté essentielle à l'équilibre de l'humain, donc de l'humanité.

Barack Obama incarne, plus que tout autre, un nouvel espoir planétaire. Et c'est en homme du monde qu'il accède aujourd'hui à la fonction la plus influente d'entre toutes.

***

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 17 novembre 2008 07h06
    Un tournant
    « Le monde est-il en voie de changement?
    C'est à se le demander sérieusement, lorsque l'on voit un spécialiste de l'emballage, un spécialiste de la surface, de l'image, se mettre à parler de fond.

    La réalité cette antithèse de l'image semble vouloir prendre le dessus.
    On cessera de regarder la couleur de la cravate et même de la peau, on cessera peut-être de faire de la nouvelle avec les mots et on s'attardera peut-être, enfin, aux gestes!

    Eh oui! M. Stréliski nous parle de la réalité et délaisse l'image!
    C'est un tournant.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Anne-Louise Raymond
    Abonné
    lundi 17 novembre 2008 10h12
    Si Obama nous inspirait au Québec : à quoi rêvons-nous?
    « Merci monsieur Stréliski de cette question surgie en vous lisant :

    À QUOI RÊVONS-NOUS AU QUÉBEC? Je ne peux ni ne veux croire que nous vivrons encore longtemps sur un besoin de meilleure gestion des listes d'attente ou de re-développer les régions ressources... ou d'une meilleure conciliation travail-famille... ou d'une personne (médecin, place en garderie, etc.)... NOUS AVONS DÉJÀ (NON PAS VU NEIGER)... RÊVÉ... QU'AVONS-NOUS PERDU D'ESSENTIEL? anne louise raymond, Montréal »

  • Anne-Louise Raymond
    Abonné
    lundi 17 novembre 2008 10h13
    Si Obama nous inspirait au Québec : à quoi rêvons-nous?
    « Merci monsieur Stréliski de cette question surgie en vous lisant :

    À QUOI RÊVONS-NOUS AU QUÉBEC? Je ne peux ni ne veux croire que nous vivrons encore longtemps sur un besoin de meilleure gestion des listes d'attente ou de re-développer les régions ressources... ou d'une meilleure conciliation travail-famille... ou d'une personne (médecin, place en garderie, etc.)... NOUS AVONS DÉJÀ (NON PAS VU NEIGER)... RÊVÉ... QU'AVONS-NOUS PERDU D'ESSENTIEL? anne louise raymond, Montréal »

  • Pierre Brosseau
    Inscrit
    lundi 17 novembre 2008 15h07
    Ce que nous avons perdu, le rêve
    « Mme Raymond, ce que nous avons perdu dans la brume des combines des Power Corporation, P.E.T., Chrétien et autres Dion, c'est notre capacité à rêver notre pays du Québec, aidés en cela par le manque d'audace et de vision, la mollesse du confort et le désir d'une petite vie bien tranquille. Nous avons perdu l'espoir de réaliser notre rêve, l'énergie fondamentale qui, autrement, alimente, enrichit et fait vivre les peuples. René Lévesque avait-il raison de dire que "les Québécois étaient peut-être quelque chose comme un grand peuple" ? Pas sûr ... »

  • Roch Langlois
    Abonné
    lundi 17 novembre 2008 23h22
    Un pavé dans la mare !
    « Un beau texte qui vient du coeur mais aussi, un peu (beaucoup) de démagogie ! Rod Dreher éditorialiste au Dallas Morning News écrivait le lundi 3 novembre, (sic) "Que les démocrates demeurent modestes dans leur triomphe prévisible de demain, car ils sont en bonne partie responsables de la crise actuelle (!!!!). Les "subprimes" existaient sous l'administration Clinton, comme aujourd'hui ! Sans réglementation ! Carter et Clinton sont responsables d'une loi, qui autorisait les banques à prêter au maximun (sans balise), afin que chaque Américains puissent accéder à devenir propriétaire d'une maison ! Sous le régime démocrates, plusieurs économistes avaient mis en garde, Alan Greenspan président de la fed. et les démocrates: "l'absence de réglementaion du marché des produits dérivés représentait une menace pour tout le système financier". deux années plus tard, le Sénat adopta à l'unanimité une loi rendant illégale la règlementation des swaps sur défaillance. Le président démocrate (B. Clinton) opposa sa signature et le document devint loi" !!!!.(sic) Il y avait tant d'argent répandu par Wall Street à Washington, dans les années 90, que les politiciiens accordèrent aux obsédés par l'argent tout ce qu'ils voulaient"!!. Pour les tempêtes, les ouragans, Bush à le dos large,aucun problème à prendre la charge ! »

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