La victoire d'Obama - La fête ne durera pas longtemps
Photo : Agence Reuters
Barack Obama: de l’euphorie au réveil brutal?
Barack Obama aura une première rencontre de travail avec l'actuel occupant de la Maison-Blanche, George W. Bush, ce lundi à 13 h30. Tant en théorie qu'en pratique, le président Bush reste le seul maître à bord jusqu'à l'assermentation de son successeur le 20 janvier prochain. Cependant, il a déjà indiqué — et je crois personnellement qu'il est très sincère à ce sujet — qu'il collaborera autant que possible pour faciliter la transition vers une nouvelle administration. Il a même dit qu'il s'assurerait que son successeur serait consulté sur tous les grands dossiers et toutes les grandes décisions qui ne pourront pas attendre l'arrivée d'un nouveau résident à la Maison-Blanche.
Cette première rencontre constituera un réveil brutal au lendemain d'une période d'euphorie qui a touché le monde entier depuis l'élection de Barack Obama. Bien sûr, le président Bush le mettra au courant des grands dossiers qui concernent la sécurité nationale, comme l'état de la situation en Irak et en Afghanistan. Mais s'il tient à consulter son successeur et, en quelque sorte, à lui faire partager la responsabilité de certaines décisions, c'est qu'il y a un dossier sur lequel une décision doit être prise dans les prochaines semaines: l'État fédéral américain doit-il, oui ou non, investir des dizaines de milliards de dollars pour sauver de la faillite l'industrie américaine de l'automobile, longtemps considérée comme le principal moteur de l'économie américaine. Ce dossier a valeur de symbole à plusieurs égards.
General Motors, le plus grand des trois constructeurs américains, a vu ses ventes diminuer de 45 % le mois dernier par rapport à il y a un an. Non seulement le marché de la consommation est en train de s'effondrer, mais GM est devenue au fil des années un monstre tentaculaire et bureaucratique dont l'offre de produits ne correspond plus ni aux goûts ni aux besoins de la clientèle. Les véhicules offerts sont laids, souvent d'une qualité quelconque et totalement aux antipodes de ce que les temps modernes exigent, c'est-à-dire des voitures qui consomment peu de carburant. GM a mis en vente sa division Hummer, cet affreux véhicule militaire qui trouvait preneur chez ceux qui y voyaient un symbole de puissance et de réussite, mais il n'y a pas d'acheteurs intéressés.
Un milliard par mois
À l'heure actuelle, GM est en train d'épuiser ses réserves de liquidités à raison d'un milliard de dollars par mois, et on prévoit qu'au début de l'année, peut-être avant que l'administration Obama ne soit en poste, elle pourrait être forcée de déposer son bilan. Depuis quelques semaines, elle entretient des pourparlers avec Chrysler, presque aussi mal en point, pour en venir à une fusion entre les deux. Mais même pour rendre cette fusion possible, le gouvernement américain devra injecter au minimum 10 milliards, et, une fois un tel geste posé, rien ne dit que l'avenir de la nouvelle entité ainsi créée sera assuré pour bien longtemps. Et si ce scénario de fusion devait se réaliser, on estime que 25 000 à 35 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects seraient supprimés.
Comme le démontre une étude réalisée par le Center for Automotive Research, si la moitié de l'industrie américaine de l'automobile disparaît, ce sont 2,5 millions d'emplois qui seront perdus dès la première année et 108 milliards de dollars de revenus qui ne rentreront pas dans les coffres du gouvernement dans les trois années qui suivront. Or, ce scénario est loin d'être improbable.
Dans la première moitié de 2008, les trois grands constructeurs américains ont enregistré des pertes de plus de 30 milliards.
L'industrie américaine de l'automobile s'est encrassée à un tel point qu'une analyse objective mène rapidement à la conclusion qu'il est futile d'en prolonger l'agonie. La structure de coûts est hors de contrôle et ne pourra sans doute plus jamais concurrencer les véhicules fabriqués en Corée, en Malaisie et en Chine. Même dans les véhicules haut de gamme, les trois grands monstres américains ont accumulé un tel retard par rapport aux grandes compagnies européennes et japonaises qu'il est pratiquement impossible de le rattraper. En d'autres mots, au strict plan de la logique, le gouvernement américain devrait tourner la page et songer plutôt à investir dans le recyclage de cette main-d'oeuvre qui se retrouvera sans emploi.
Le coeur de l'économie américaine, même quand elle allait encore bien, s'était déplacé ailleurs, vers la Californie et sa Silicon Valley; vers les grands centres de recherche en médecine et en biotechnologie; bref, vers des activités qui demandent un haut niveau d'instruction.
Barack Obama a gagné son élection en allant chercher les suffrages de grands États industriels qui avaient voté pour les républicains lors des deux dernières élections.
L'Ohio, où j'ai passé les trois semaines précédant l'élection, a voté pour Obama parce que les électeurs croyaient qu'il ferait ce qu'il faut pour sauver ces emplois: en Ohio, l'effondrement de l'industrie américaine de l'automobile serait une véritable catastrophe économique et sociale.
Malheureusement pour le président élu, cette décision ne peut pas attendre. Il ne peut même pas se permettre de gagner du temps. Ou bien il se laisse guider par des considérations purement politiques, et il autorise à coup de dizaines de milliards de dollars le sauvetage — probablement temporaire — d'une industrie moribonde; ou bien il met les Américains en face de la réalité: l'économie américaine ne peut plus reposer sur une activité manufacturière.
Cette économie là est rendue ailleurs dans le monde. S'il opte pour un grand sauvetage, ce sera le début de la dérive protectionniste, car seul le protectionnisme permettra à court terme de rendre les voitures américaines plus attrayantes pour les consommateurs que les produits concurrents.
Près de 40 % de l'économie canadienne dépend de l'accès au marché américain. Le protectionnisme aurait de très graves conséquences sur notre économie.
Mardi soir, Barack Obama a choisi d'adopter un ton modeste et d'annuler les feux d'artifice qu'avaient prévus ses organisateurs pour célébrer la victoire. Il savait que la fête ne durerait pas longtemps.
Cette première rencontre constituera un réveil brutal au lendemain d'une période d'euphorie qui a touché le monde entier depuis l'élection de Barack Obama. Bien sûr, le président Bush le mettra au courant des grands dossiers qui concernent la sécurité nationale, comme l'état de la situation en Irak et en Afghanistan. Mais s'il tient à consulter son successeur et, en quelque sorte, à lui faire partager la responsabilité de certaines décisions, c'est qu'il y a un dossier sur lequel une décision doit être prise dans les prochaines semaines: l'État fédéral américain doit-il, oui ou non, investir des dizaines de milliards de dollars pour sauver de la faillite l'industrie américaine de l'automobile, longtemps considérée comme le principal moteur de l'économie américaine. Ce dossier a valeur de symbole à plusieurs égards.
General Motors, le plus grand des trois constructeurs américains, a vu ses ventes diminuer de 45 % le mois dernier par rapport à il y a un an. Non seulement le marché de la consommation est en train de s'effondrer, mais GM est devenue au fil des années un monstre tentaculaire et bureaucratique dont l'offre de produits ne correspond plus ni aux goûts ni aux besoins de la clientèle. Les véhicules offerts sont laids, souvent d'une qualité quelconque et totalement aux antipodes de ce que les temps modernes exigent, c'est-à-dire des voitures qui consomment peu de carburant. GM a mis en vente sa division Hummer, cet affreux véhicule militaire qui trouvait preneur chez ceux qui y voyaient un symbole de puissance et de réussite, mais il n'y a pas d'acheteurs intéressés.
Un milliard par mois
À l'heure actuelle, GM est en train d'épuiser ses réserves de liquidités à raison d'un milliard de dollars par mois, et on prévoit qu'au début de l'année, peut-être avant que l'administration Obama ne soit en poste, elle pourrait être forcée de déposer son bilan. Depuis quelques semaines, elle entretient des pourparlers avec Chrysler, presque aussi mal en point, pour en venir à une fusion entre les deux. Mais même pour rendre cette fusion possible, le gouvernement américain devra injecter au minimum 10 milliards, et, une fois un tel geste posé, rien ne dit que l'avenir de la nouvelle entité ainsi créée sera assuré pour bien longtemps. Et si ce scénario de fusion devait se réaliser, on estime que 25 000 à 35 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects seraient supprimés.
Comme le démontre une étude réalisée par le Center for Automotive Research, si la moitié de l'industrie américaine de l'automobile disparaît, ce sont 2,5 millions d'emplois qui seront perdus dès la première année et 108 milliards de dollars de revenus qui ne rentreront pas dans les coffres du gouvernement dans les trois années qui suivront. Or, ce scénario est loin d'être improbable.
Dans la première moitié de 2008, les trois grands constructeurs américains ont enregistré des pertes de plus de 30 milliards.
L'industrie américaine de l'automobile s'est encrassée à un tel point qu'une analyse objective mène rapidement à la conclusion qu'il est futile d'en prolonger l'agonie. La structure de coûts est hors de contrôle et ne pourra sans doute plus jamais concurrencer les véhicules fabriqués en Corée, en Malaisie et en Chine. Même dans les véhicules haut de gamme, les trois grands monstres américains ont accumulé un tel retard par rapport aux grandes compagnies européennes et japonaises qu'il est pratiquement impossible de le rattraper. En d'autres mots, au strict plan de la logique, le gouvernement américain devrait tourner la page et songer plutôt à investir dans le recyclage de cette main-d'oeuvre qui se retrouvera sans emploi.
Le coeur de l'économie américaine, même quand elle allait encore bien, s'était déplacé ailleurs, vers la Californie et sa Silicon Valley; vers les grands centres de recherche en médecine et en biotechnologie; bref, vers des activités qui demandent un haut niveau d'instruction.
Barack Obama a gagné son élection en allant chercher les suffrages de grands États industriels qui avaient voté pour les républicains lors des deux dernières élections.
L'Ohio, où j'ai passé les trois semaines précédant l'élection, a voté pour Obama parce que les électeurs croyaient qu'il ferait ce qu'il faut pour sauver ces emplois: en Ohio, l'effondrement de l'industrie américaine de l'automobile serait une véritable catastrophe économique et sociale.
Malheureusement pour le président élu, cette décision ne peut pas attendre. Il ne peut même pas se permettre de gagner du temps. Ou bien il se laisse guider par des considérations purement politiques, et il autorise à coup de dizaines de milliards de dollars le sauvetage — probablement temporaire — d'une industrie moribonde; ou bien il met les Américains en face de la réalité: l'économie américaine ne peut plus reposer sur une activité manufacturière.
Cette économie là est rendue ailleurs dans le monde. S'il opte pour un grand sauvetage, ce sera le début de la dérive protectionniste, car seul le protectionnisme permettra à court terme de rendre les voitures américaines plus attrayantes pour les consommateurs que les produits concurrents.
Près de 40 % de l'économie canadienne dépend de l'accès au marché américain. Le protectionnisme aurait de très graves conséquences sur notre économie.
Mardi soir, Barack Obama a choisi d'adopter un ton modeste et d'annuler les feux d'artifice qu'avaient prévus ses organisateurs pour célébrer la victoire. Il savait que la fête ne durerait pas longtemps.
Haut de la page

