Perspectives - La persistante exception sudiste
Toutes couleurs de peau confondues, «c'est comme une nouvelle aura» d'un bout à l'autre du pays, titrait en jeu de mots hier un grand quotidien américain. Le Grant Park de Chicago, où Barack Obama a prononcé mardi soir son discours de victoire, est tout à coup devenu un lieu de pèlerinage. À New York, sur la 125e rue de Harlem, capitale culturelle noire des États-Unis, on se fait photographier à côté d'un grand tableau du dieu vivant peint sur un mur, à proximité du Théâtre Apollo.
Le début d'un temps nouveau? Partout au pays, sauf dans le vieux Sud, dit le professeur d'études afro-américaines Arwin Smallwood, joint hier à l'Université de Memphis, au Tennessee. «Mes étudiants blancs sont rentrés en classe complètement démoralisés.» L'analyse du vote qui a porté le premier Noir à la présidence des États-Unis a montré qu'à l'échelle nationale les électeurs blancs ont voté pour lui en nombre sensiblement plus élevé qu'ils ne l'avaient fait pour Al Gore et John Kerry, en 2000 et 2004. Signe, ont fait valoir moult experts, que l'élection d'Obama représente un événement «historique» dans l'évolution des relations raciales aux États-Unis.
***
Smallwood douche en partie cet enthousiasme. Les républicains de John McCain l'ont emporté par des marges gigantesques dans le Sud profond: au Tennessee
(57 % contre 42 %), au Mississippi (56 % contre 43 %), en Alabama
(60 % contre 39 %) et en Caroline du Sud (54 % contre 45 %). «C'est bien dommage à dire, indique le professeur, mais le Sud ne change pas beaucoup. Les gens, ici, ont reporté au pouvoir l'aile radicale du Parti républicain, ses résistances conservatrices, sa vieille mentalité encore teintée de ségrégationnisme.»
Avec le résultat qu'à son avis, l'historique division américaine entre le Nord et le Sud demeure largement intacte à l'issue de l'élection de Barack Obama. «En ce sens, et je regrette de le dire, cette élection renforce notre histoire.» Ça n'est pas par hasard, du reste, que M. Obama soit un pur produit du Nord libéral, là où les Noirs, après avoir migré en masse au début du XXe siècle, ont bâti le mouvement des droits civils qui irait lutter contre les lois ségrégationnistes du Sud à partir des années 1950.
Pour que des changements se produisent au Sud, dit l'historien, il faudra que se transforme sa géographie démographique. À preuve, la Géorgie que les républicains ont conservé mardi dernier, mais par une marge dont l'étroitesse (seulement cinq points de pourcentage) s'explique par la croissance de la minorité hispanophone. À preuve, surtout, les victoires d'Obama en Virginie et en Caroline du Nord, deux États républicains dans le sens très conservateur du terme, qui ont vu leur population se modifier depuis dix ou vingt ans, avec un afflux d'Américains venus du Nord pour travailler ou prendre leur retraite sous un ciel plus clément.
***
La Virginie, dit M. Smallwood, traduit bien les déchirements qui transforment le Sud: les candidats démocrates blancs ont assez facilement enlevé aux républicains le poste de gouverneur de l'État et le siège que détenait Elizabeth Dole au Sénat. La couleur de sa peau, croit le professeur, a fait qu'Obama n'a remporté la Virginie qu'à l'arrachée. «Sa victoire n'aurait jamais dû faire de doute.»
Le début d'un temps nouveau? Le fait que les démocrates aient remporté la présidence, le Sénat et la Chambre des représentants annonce un salutaire recentrage de la pensée politique américaine. Un recentrage, disent les experts, auquel ne pourra pas échapper le Parti républicain.
En républicain modéré, John McCain se présentait, au départ, comme le champion de positions plus centristes, en rupture avec la droite radicale du parti. À des fins électorales, il a commis l'extraordinaire erreur de vendre son âme à cette droite incarnée par Sarah Palin et a fait en sorte que «le Sud a conservé le pouvoir au sein du Parti républicain». Par l'élection de mardi, selon M. Smallwood, «les républicains modérés ont fait savoir qu'ils déserteraient le parti s'il ne leur était pas rendu». Le précédent historique est celui d'Abraham Lincoln et de la fondation, en 1854, du Parti républicain par des dissidents anti-esclavagistes. «Les huit dernières années de présidence Bush font oublier que la majorité des Américains ont toujours été progressistes.»
Le début d'un temps nouveau? Partout au pays, sauf dans le vieux Sud, dit le professeur d'études afro-américaines Arwin Smallwood, joint hier à l'Université de Memphis, au Tennessee. «Mes étudiants blancs sont rentrés en classe complètement démoralisés.» L'analyse du vote qui a porté le premier Noir à la présidence des États-Unis a montré qu'à l'échelle nationale les électeurs blancs ont voté pour lui en nombre sensiblement plus élevé qu'ils ne l'avaient fait pour Al Gore et John Kerry, en 2000 et 2004. Signe, ont fait valoir moult experts, que l'élection d'Obama représente un événement «historique» dans l'évolution des relations raciales aux États-Unis.
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Smallwood douche en partie cet enthousiasme. Les républicains de John McCain l'ont emporté par des marges gigantesques dans le Sud profond: au Tennessee
(57 % contre 42 %), au Mississippi (56 % contre 43 %), en Alabama
(60 % contre 39 %) et en Caroline du Sud (54 % contre 45 %). «C'est bien dommage à dire, indique le professeur, mais le Sud ne change pas beaucoup. Les gens, ici, ont reporté au pouvoir l'aile radicale du Parti républicain, ses résistances conservatrices, sa vieille mentalité encore teintée de ségrégationnisme.»
Avec le résultat qu'à son avis, l'historique division américaine entre le Nord et le Sud demeure largement intacte à l'issue de l'élection de Barack Obama. «En ce sens, et je regrette de le dire, cette élection renforce notre histoire.» Ça n'est pas par hasard, du reste, que M. Obama soit un pur produit du Nord libéral, là où les Noirs, après avoir migré en masse au début du XXe siècle, ont bâti le mouvement des droits civils qui irait lutter contre les lois ségrégationnistes du Sud à partir des années 1950.
Pour que des changements se produisent au Sud, dit l'historien, il faudra que se transforme sa géographie démographique. À preuve, la Géorgie que les républicains ont conservé mardi dernier, mais par une marge dont l'étroitesse (seulement cinq points de pourcentage) s'explique par la croissance de la minorité hispanophone. À preuve, surtout, les victoires d'Obama en Virginie et en Caroline du Nord, deux États républicains dans le sens très conservateur du terme, qui ont vu leur population se modifier depuis dix ou vingt ans, avec un afflux d'Américains venus du Nord pour travailler ou prendre leur retraite sous un ciel plus clément.
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La Virginie, dit M. Smallwood, traduit bien les déchirements qui transforment le Sud: les candidats démocrates blancs ont assez facilement enlevé aux républicains le poste de gouverneur de l'État et le siège que détenait Elizabeth Dole au Sénat. La couleur de sa peau, croit le professeur, a fait qu'Obama n'a remporté la Virginie qu'à l'arrachée. «Sa victoire n'aurait jamais dû faire de doute.»
Le début d'un temps nouveau? Le fait que les démocrates aient remporté la présidence, le Sénat et la Chambre des représentants annonce un salutaire recentrage de la pensée politique américaine. Un recentrage, disent les experts, auquel ne pourra pas échapper le Parti républicain.
En républicain modéré, John McCain se présentait, au départ, comme le champion de positions plus centristes, en rupture avec la droite radicale du parti. À des fins électorales, il a commis l'extraordinaire erreur de vendre son âme à cette droite incarnée par Sarah Palin et a fait en sorte que «le Sud a conservé le pouvoir au sein du Parti républicain». Par l'élection de mardi, selon M. Smallwood, «les républicains modérés ont fait savoir qu'ils déserteraient le parti s'il ne leur était pas rendu». Le précédent historique est celui d'Abraham Lincoln et de la fondation, en 1854, du Parti républicain par des dissidents anti-esclavagistes. «Les huit dernières années de présidence Bush font oublier que la majorité des Américains ont toujours été progressistes.»
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