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Perspectives - La persistante exception sudiste

Guy Taillefer   7 novembre 2008  États-Unis
Toutes couleurs de peau confondues, «c'est comme une nouvelle aura» d'un bout à l'autre du pays, titrait en jeu de mots hier un grand quotidien américain. Le Grant Park de Chicago, où Barack Obama a prononcé mardi soir son discours de victoire, est tout à coup devenu un lieu de pèlerinage. À New York, sur la 125e rue de Harlem, capitale culturelle noire des États-Unis, on se fait photographier à côté d'un grand tableau du dieu vivant peint sur un mur, à proximité du Théâtre Apollo.

Le début d'un temps nouveau? Partout au pays, sauf dans le vieux Sud, dit le professeur d'études afro-américaines Arwin Smallwood, joint hier à l'Université de Memphis, au Tennessee. «Mes étudiants blancs sont rentrés en classe complètement démoralisés.» L'analyse du vote qui a porté le premier Noir à la présidence des États-Unis a montré qu'à l'échelle nationale les électeurs blancs ont voté pour lui en nombre sensiblement plus élevé qu'ils ne l'avaient fait pour Al Gore et John Kerry, en 2000 et 2004. Signe, ont fait valoir moult experts, que l'élection d'Obama représente un événement «historique» dans l'évolution des relations raciales aux États-Unis.

***

Smallwood douche en partie cet enthousiasme. Les républicains de John McCain l'ont emporté par des marges gigantesques dans le Sud profond: au Tennessee

(57 % contre 42 %), au Mississippi (56 % contre 43 %), en Alabama

(60 % contre 39 %) et en Caroline du Sud (54 % contre 45 %). «C'est bien dommage à dire, indique le professeur, mais le Sud ne change pas beaucoup. Les gens, ici, ont reporté au pouvoir l'aile radicale du Parti républicain, ses résistances conservatrices, sa vieille mentalité encore teintée de ségrégationnisme.»

Avec le résultat qu'à son avis, l'historique division américaine entre le Nord et le Sud demeure largement intacte à l'issue de l'élection de Barack Obama. «En ce sens, et je regrette de le dire, cette élection renforce notre histoire.» Ça n'est pas par hasard, du reste, que M. Obama soit un pur produit du Nord libéral, là où les Noirs, après avoir migré en masse au début du XXe siècle, ont bâti le mouvement des droits civils qui irait lutter contre les lois ségrégationnistes du Sud à partir des années 1950.

Pour que des changements se produisent au Sud, dit l'historien, il faudra que se transforme sa géographie démographique. À preuve, la Géorgie que les républicains ont conservé mardi dernier, mais par une marge dont l'étroitesse (seulement cinq points de pourcentage) s'explique par la croissance de la minorité hispanophone. À preuve, surtout, les victoires d'Obama en Virginie et en Caroline du Nord, deux États républicains dans le sens très conservateur du terme, qui ont vu leur population se modifier depuis dix ou vingt ans, avec un afflux d'Américains venus du Nord pour travailler ou prendre leur retraite sous un ciel plus clément.

***

La Virginie, dit M. Smallwood, traduit bien les déchirements qui transforment le Sud: les candidats démocrates blancs ont assez facilement enlevé aux républicains le poste de gouverneur de l'État et le siège que détenait Elizabeth Dole au Sénat. La couleur de sa peau, croit le professeur, a fait qu'Obama n'a remporté la Virginie qu'à l'arrachée. «Sa victoire n'aurait jamais dû faire de doute.»

Le début d'un temps nouveau? Le fait que les démocrates aient remporté la présidence, le Sénat et la Chambre des représentants annonce un salutaire recentrage de la pensée politique américaine. Un recentrage, disent les experts, auquel ne pourra pas échapper le Parti républicain.

En républicain modéré, John McCain se présentait, au départ, comme le champion de positions plus centristes, en rupture avec la droite radicale du parti. À des fins électorales, il a commis l'extraordinaire erreur de vendre son âme à cette droite incarnée par Sarah Palin et a fait en sorte que «le Sud a conservé le pouvoir au sein du Parti républicain». Par l'élection de mardi, selon M. Smallwood, «les républicains modérés ont fait savoir qu'ils déserteraient le parti s'il ne leur était pas rendu». Le précédent historique est celui d'Abraham Lincoln et de la fondation, en 1854, du Parti républicain par des dissidents anti-esclavagistes. «Les huit dernières années de présidence Bush font oublier que la majorité des Américains ont toujours été progressistes.»
 
 
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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    vendredi 7 novembre 2008 03h59
    Un jour historique contre la maladie mentale.
    Est-ce un retour des valeurs humaines?
    C'est bien possible. En tout cas, chose sûre, des valeurs bien réelles, des valeurs du coeur, ont bousculé un peu cette sortie aux urnes et ce soir d'élections.

    Entendre un Être Humain parler avec des mots plus Humains.
    Comme le souligne Lise Payette, les mots de M. Obama étaient empreints de cette touche humaine:
    «I am not a perfect man. I will not be a perfect president...»
    «C'est grâce à vous, c'est votre victoire, je vais vous écouter, surtout lorsque nous serons en désaccord. Ça ne se fera pas en un an, ni même en un mandat, mais nous le ferons. Oui, NOUS pouvons! Yes, WE can!»

    Comme le dit si bien Zachary Richard, l'ambiance était calme et solennelle. Les files étaient longues et disciplinées. La courtoisie était de mise, comme un grand respect pour ce jour mémorable.
    Enfin, il semble qu'en ce jour "historique" les États-Uniens prenaient leur destinée en main et exerçaient avec conviction leur "droit" de vote. Ce geste à la fois si petit et si grand qui peut changer les choses. Il suffit d'avoir un peu de solidarité. Ce fut un vote massif, les gens sont enfin sortis voter.

    La description de ce jour de vote que nous fait Zachary Richard (section Idée) ressemble à ce jour de référendum que j'ai vécu en 2004 à Puerto Cabello au Venezuela. L'opposition contre le gouvernement avait demandé un référendum pour destituer le Président Chávez.
    Tout comme à Lafayette et dans tous les États-Unis, les files étaient longues, partout dans tout le Venezuela. Les gens étaient sortis voter. L'ambiance était festive et solennelle. Le petit geste était grand. J'ai rencontré plusieurs personnes âgées qui votaient pour la première fois de leur vie, plusieurs autres qui avaient fait des heures en autobus, plusieurs qui s'étaient levés en pleine nuit pour venir voter. Ce vote était important, c'était pour la sauvegarde de la démocratie et en appui au Président qui leur avait rendu ce droit de se prononcer.
    Le 4 novembre 2008 aux États-Unis, tout comme ce 15 août 2004 au Venezuela, tout comme ce 15 novembre 1976, ici, au Québec, le taux de participation a été "historique" et la population est sortie massivement de chez elle pour marquer l'histoire.


    Est-ce le début d'un temps nouveau?
    Bien possible. En tout cas, c'est l'élection d'un homme nouveau. Un homme qui parle avec des valeurs et des convictions et qui semble avoir une transparence qui nous montre que ses mots représentent réellement les convictions profondes de son être et de son coeur.
    Ça fait un grand changement, comme si c'était le début d'un temps nouveau. La vieille garde nous avait habitués à des mots vides qui cachaient des objectifs inavouables. À des façades d'homme qui magouillaient pour leurs profits et pour leur pouvoir personnel. Ils dénaturaient le sens des mots, ils traînaient des nobles valeurs telles la démocratie et la liberté, dans le sang et dans la boue.
    Est-ce le début d'un temps nouveau?
    Depuis ce jour de grande souffrance qu'a été le 11 septembre 2001, le monde n'a cessé de vivre de grandes souffrances, suite à ces 3000 morts du 11 septembre 2001, plusieurs centaines de milles personnes ont été tués et des millions ont souffert et souffrent encore.
    Un temps nouveau signifierait la fin de ces souffrances inutiles.
    La fin de ces souffrances cubaines dues à cet injuste embargo.
    Le retour du dialogue et la fin de l'ingérence planétaire des gros bras.
    La reprise de la force de l'ONU dans un monde multipolaire, où tous les pays ont une valeur égale et où tous sont respectés.

    Un monde nouveau signifierait que les centaines de milliards que l'on dépense chaque année pour la guerre seraient réorientées pour l'entraide et la paix.

    Un monde nouveau, surtout pour les États-Unis, mais aussi pour le monde entier, signifierait que la couleur de la peau n'est pas plus importante que la couleur des yeux ou des cheveux.
    Bien sûr, ce n'est pas en 24 heures, même si ce jour est "historique" que les mentalités maladives changent, mais c'est à espérer que ce jour agisse comme un médicament efficace.
    Le Sud des États-Unis n'a pas changé, mais il a sans doute reçu une bonne dose d'anticorps pour lutter contre leur maladie mentale.


    Serge Charbonneau
    Québec

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    vendredi 7 novembre 2008 06h44
    Connaissez vous The League of the South ?
    Il y a plus de 20 États aux États Unis qui ont un mouvement indépendantistes. Il y en a un qui propose de refaire l'unité des États du Sud er de se séparer du Nord. Ce mouvement politique a réagit à l'élection d'Obama: "Killen, Alabama: McCain? Obama? Republicans? Democrats? Either way, The League of the South goes about its business. Our objective does not change with the political winds. We are dedicated to bringing about a free and independent Southern republic".

    http://dixienet.org/New%20Site/index.shtml

    Des mouvements indépendantistes sont présent dans plus de 30 État américains. Y compris l'Alaska (Mme Palin, était un sympathisante).

  • Yan St-Pierre
    Inscrit
    vendredi 7 novembre 2008 07h16
    Enfin quelqu'un qui brise le discours erronée
    Merci monsieur Taillefer d'avoir fait cette entrevue avec le professeur Smallwood car il était temps que quelqu'un affirme que cette élection à effectivement confortée les divisions raciales - à défaut de parler de tensions - entre le nord et le sud des États-Unis. Ceux qui ont regardé les élections pouvaient clairement constater ce clivage mais on a préféré, surtout du côté américain, taire cette réalité pour se concentrer sur "l'unité" qu'apporte Obama. Une perspective bien nordiste...

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    vendredi 7 novembre 2008 13h31
    C'est le pays qu'on admire
    Ce pays qui tolère ce racisme de plomb, qu'on sent tellement présent dans le sud, il fait l'envie de beaucoup d'aveugles.
    Les étendards des confédérés qu'on voit partout et même des gens vêtus de costumes du Klan sur les plages de la Caroline du Sud.

    Imaginez un seul instant que les Québécois adoptent ces comportements.

    Ils sont comme nous, ils ont des défauts. Est-ce qu'ils sont stigmatisés comme on l'a fait avec monsieur Parizeau pour infiniment moins ?


    ....

  • Brun Bernard
    Inscrit
    vendredi 7 novembre 2008 15h45
    @ M Charbonneau.
    Madame Payette n'a rien à dire à ce sujet. Elle est à des années lumières des préoccupations du Président Obama ou alors elle n'est plus Madame Payette. Vous vous faites avoir par sa démagogie. À écouter tout le monde, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, de plus, à gauche. Étrange phénomène de voir des gens contents de l'élection américaine mais rester silencieux dans ses pantoufles quand des racistes écrivent des énormités dans les pages du Devoir, quand des nationalistes anti-Obama (parce qu'on est anti-Obama si on est nationaliste car le patriotisme n'est pas du nationalisme exclusif, c'est une donnée politique majeure à comprendre. Voyez ce que dit Monsier Pomerleau en vous conseillant de fouiller sa référence qui est anti-Obama puisque leur inspiration est ultra-conservatrice dans son essence et nationaliste) car ils sont loin de son cosmopolitisme de l'avenir où nous voyons la mue d'un pays fermé à cause de se conservateurs "chrétins" et paysan contre le monde de l'ouverture, de l'acceptation des immigrants en tant que citoyens américains sans distinctions de races et de provenances (réécoutez le speech d'Obama le soir du 4 Novembre 2008). Le combat politique n'est pas une réaction d'un commentateur isolé, il est une action réelle sur le terrain. Obama a des valeurs humaines et il a choisi de se battre sur le terrain pour ce faire. C'est une sacrée différence. Quand dans son équipe quelqu'un n'était pas à la hauteur de son action, Obama le mettait dehors. Je ne vois personne ici dire à des gens qui ne respectent aucune valeur humaniste comme vous le soulignez au début de votre commentaire de se taire. Jamais. Cela prouve que ce ne sont que des mots et qu'il n'y aura aucun acte. Alors c'est facile de commenter comme le fait Madame Payette en l'occurrence. Bon, on se fait plaisir, c'est bon pour le moral. Sans rancune, juste pour la discussion. Offrez-nous une analyse politique non une liste d'indignations gratuites et convenues. Les temps nouveaux sont pour les États-Unies, hélas par pour nous.

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