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Président élu dans l'urgence

Guy Taillefer   6 novembre 2008  États-Unis
Une affiche représentant Barack Obama en Superman dans les rues de Los Angeles.
Photo : Agence France-Presse
Une affiche représentant Barack Obama en Superman dans les rues de Los Angeles.
Le télégramme de Nelson Mandela à Barack Obama donne le ton: «Votre victoire a démontré que personne [...] ne devrait avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur.»

La victoire historique de Barack Obama à la présidence américaine était en quelque sorte celle du monde entier hier matin, comme tout à coup libéré d'un boulet qu'il lui fallait traîner depuis huit ans. De Delhi à Caracas en passant par Téhéran, l'«espoir de changement» était sur toutes les lèvres.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, y voit la perspective d'un «partenariat renouvelé entre l'ONU et les États-Unis» et d'un «nouveau multilatéralisme». Le président afghan Hamid Karzaï a estimé que cette élection avait «fait entrer le peuple américain, et avec lui le reste du monde, dans une ère nouvelle». Hugo Chávez a chaleureusement félicité Obama, qualifiant son élection d'«historique» et manifestant sa volonté d'établir de «nouvelles relations avec les États-Unis». Le président bolivien Evo Morales a exprimé en particulier son «grand espoir» de voir Obama lever le blocus contre Cuba. L'Iran a estimé que l'élection d'Obama était «un signe évident de la volonté de changement des électeurs américains». L'Afrique a exprimé l'espoir, par la voix du président intérimaire de l'Afrique du Sud, Kgalema Motlanthe, qu'Obama, dont le père était d'origine kenyane, serait plus attentif à ses problèmes graves de pauvreté.

Coup de tonnerre en forme de rappel à l'ordre au milieu du concert international de pâmoison, le président russe Dmitri Medvedev, dans sa première adresse annuelle à la nation, s'est livré à une diatribe contre Washington, accusé d'être à l'origine de la crise financière internationale et de la guerre en Géorgie, et a annoncé le déploiement de missiles à Kaliningrad, sur la frontière polonaise, en réponse au bouclier antimissile américain. Amnesty International lui a donné, de son côté, 100 jours pour «réparer les dégâts causés» par la présidence Bush.

S'installer promptement

Beaucoup d'attentes sur les épaules d'un seul homme, fût-il le président des États-Unis. M. Obama est un président élu dans l'urgence de deux guerres qui s'enlisent et d'une crise économique aux dimensions de celle de 1929. Des historiens en manque de parallèles, disait hier The New York Times, vont jusqu'à le comparer à Abraham Lincoln, arrivé au pouvoir en mars 1861 alors qu'éclatait la guerre de Sécession.

M. Obama passait la journée d'hier avec son épouse Michelle et ses deux filles, Malia et Sasha. Il devait faire une apparition à son quartier général de campagne de Chicago dans la journée pour remercier son équipe. Il sait ce qui l'attend: «À l'heure où nous célébrons la victoire ce soir, nous savons que les défis de demain sont les plus importants de notre existence — deux guerres, une planète en péril, la plus grave crise financière depuis un siècle, a déclaré le président élu mardi soir dans son discours de victoire à Chicago. La route sera longue. Le chemin sera escarpé. Nous n'atteindrons peut-être pas notre but en un an ou même en un mandat.»

Ses conseillers ont indiqué qu'il comptait agir vite pour asseoir son leadership, sans attendre la cérémonie d'investiture, le 20 janvier prochain. Dans un premier temps, la formation de son équipe de transition a été annoncée hier: les trois coprésidents de l'équipe sont John Podesta, chef de cabinet sous Bill Clinton de 1998 à 2001 et aujourd'hui président du Center for American Progress, un think tank de gauche; Valerie Jarrett, une proche conseillère de M. Obama, et Pete Rouse, qui est le chef de cabinet du sénateur de l'Illinois. M. Bush lui a promis hier la «coopération complète» de son administration dans cette délicate opération, tout en saluant sa victoire «impressionnante».

Le président élu pourrait tenir, d'ici à demain, une conférence de presse et annoncer un certain nombre de nominations. Le représentant démocrate de l'Illinois, Rahm Emanuel, un proche d'Obama et ancien collaborateur de Bill Clinton, était pressenti au poste de directeur de cabinet à la Maison-Blanche. Son entourage a dit s'attendre à ce que M. Obama annonce la nomination de son secrétaire d'État et de son secrétaire au Trésor d'ici la Thanksgiving, le 26 novembre prochain.

Coalition arc-en-ciel

Non moins grandes, et difficiles à combler, sont les attentes à l'égard de M. Obama de la part des électeurs qui l'ont porté au pouvoir. Ce dernier, qui a remporté 52 % des voix contre 47 % pour John McCain, a réussi à rassembler autour de lui une coalition qu'aucun autre candidat démocrate avant lui n'avait réussi à bâtir en recueillant la majorité des suffrages des femmes, des indépendants, des moins de 65 ans et des minorités.

Le républicain John McCain a obtenu la majorité dans l'électorat blanc, que ce soit auprès des hommes ou des femmes, reste que M. Obama a obtenu plus de voix dans l'électorat blanc que les derniers candidats démocrates à la présidentielle, y compris Al Gore en 2000 et John Kerry en 2004. «Les Blancs ont joué un rôle majeur dans l'élection du premier président noir», analysait hier The Los Angeles Times.

Difficile dans ces conditions de dire que les préjugés racistes, dont beaucoup redoutaient l'impact sur la performance de M. Obama, ont joué un rôle dans le scrutin. En fait, selon les sondages de l'université Quinnipiac, l'âgisme aurait eu une influence plus grande que la race sur le comportement des électeurs. Quatre électeurs sur dix ont affirmé que l'âge du candidat républicain John McCain (72 ans) avait compté dans leur décision.

Le candidat démocrate a fait mentir les affirmations selon lesquelles l'électorat juif hésiterait à voter pour un candidat dont le second prénom est Hussein, que les Hispaniques ne voteraient jamais pour un Noir et que les femmes, déçues de l'élimination de Hillary Clinton lors des primaires démocrates, se réfugieraient dans l'abstention.

Aussi, le facteur numéro un du choix des électeurs, selon les sondages, a été la situation économique. Et ces électeurs ont majoritairement choisi M. Obama. «La question importante pour les électeurs n'était pas d'être noir, blanc ou vert, mais de savoir qui était le plus capable de s'occuper de l'économie», a résumé Peter Brown, responsable des sondages à l'université Quinnipiac. Les foyers américains les plus modestes, affichant des revenus annuels de moins de 15 000 $, ont très majoritairement (73 %) préféré M. Obama. Le candidat démocrate a également obtenu la majorité dans les foyers gagnant entre 15 000 et 50 000 $ par année.

Les démocrates n'ont pas seulement repris la présidence, ils ont augmenté leur majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. Inversement, les républicains perdent la Maison-Blanche après avoir perdu leur majorité au Congrès aux législatives de mi-mandat, en 2006.

«Il faudra que le Parti républicain se livre à une profonde remise en question», estime l'ancien secrétaire d'État sous M. Bush, Colin Powell, qui a donné son appui il y a deux semaines à M. Obama.

Hier sur les ondes de CNN, Sarah Palin a d'ailleurs refusé d'endosser la responsabilité de la défaite de son colistier John McCain, malgré les sondages indiquant qu'elle a représenté un handicap politique pour le sénateur de l'Arizona. «Je ne crois pas que [...] ma présence sur le ticket soit plus importante que la crise économique dans laquelle l'Amérique s'est retrouvée il y a deux mois et qu'on puisse m'attribuer la défaite de John McCain», a-t-elle dit dans cette interview, réalisée mardi soir.

***

Avec l'Agence France-Presse






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Vos réactions

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  • Paul Lafrance
    Inscrit
    jeudi 6 novembre 2008 06h52
    Ne salivons pas trop vite
    « Les USA forment un grand pays. N'allez pas vous imaginer qu'on peut le faire tourner sur un dix sous. Les attentes sont énormes, les opposants aux réformes sont très puissants. Malgré sa meilleure volonté, Obama ne pourra pas modifier la politique internationale sans se faire dire qu'il affaiblit son pays. N'oubliez pas que les Américains aiment bien que leur pays soit maître du monde entier et que toute forme de réconciliation avec Cuba, avec le Vénézuéla,avec les pays arabes, la Russie, la Chine, sera perçue comme un affaiblissement de l'hégémonie américaine.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Michel Groulx
    Abonné
    jeudi 6 novembre 2008 22h54
    La question qui tue.
    « Combien de temps M Obama tiendra le coup devant une tache aussi énorme que sera la sienne dans les mois qui viennnent, il ne pourra pas faire disparaître les dégats de l'administration Bush en un mandat impossible, juste au niveau interne le travail sera titanesque, l'image de la superpuissance mondiale en a pris un bon coup, l'amérique doit changer mais le prix a payer sera lourd a porter pour le citoyen américain une autre guerre commence, celle de la pression énorme que la Russie semble vouloir exercer sur le petit nouveau, une autre guerre des nerfs qui ne fait que commencer. Est-ce que les Russes donnent le ton à une reprise d'une petite guerre froide, je ne saurait dire mais M Obama aura intérèt a se trouver des alliers chez nos voisins Européens,s'il entre dans le jeux des Russes nous serons bien malgré nous plongé dans un autre conflit interminable, bonne chance au Président. »

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