samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 14h07


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Obama et le Canada

Norman Spector   6 novembre 2008  États-Unis
Voilà, nous y sommes. Pendant des mois, nous avons entendu que l'élection de Barack Obama présageait une période difficile dans les relations canado-américaines en général et s'annonçait de mauvais augure pour Stephen Harper en particulier. En fait, la retraite imminente de George W Bush s'avère pour le premier ministre la meilleure nouvelle depuis belle lurette. Ne serait-ce que pour la disparition d'un élément central des publicités négatives à l'égard du chef conservateur canadien, malicieusement associé au président honni.

Cependant, les Canadiens entendront de plus en plus la version contraire. En ce sens que les adversaires politiques de M. Harper essayeront de plus en plus de se présenter comme des agents du changement à la manière du nouveau président américain. Le «branding» de Michael Ignatieff l'affichait déjà comme la réincarnation de Pierre Trudeau. Il cherchera maintenant à le dépeindre comme le Barack Obama du Canada.

Certains citeront le rapport entre John George Diefenbaker et John Fitzgerald Kennedy comme preuve de ce qui se produit quand les conservateurs canadiens et les démocrates américains sont au pouvoir en même temps. Ce qui ne manque pas d'ironie, bien sûr, puisque c'est bien le premier ministre du Canada qui a mené une bataille contre les Américains et que ce sont bien les libéraux du pays qui ont accepté les missiles à tête nucléaire sur le sol canadien. D'ailleurs, M. Diefenbaker avait peu de points en commun avec M. Kennedy: il demeurait intensément envieux de la qualité de son français et du charme de son épouse. En plus, le Canadien, contrairement à l'Américain, n'était pas très habile dans les relations interpersonnelles.

D'autres évoqueront les chauds rapports entre Brian Mulroney et les républicains Ronald Reagan puis George Bush père, ou entre Jean Chrétien et le démocrate Bill Clinton. D'ailleurs, le grand bavard qu'est M. Mulroney aurait assurément pu réussir la même transition que Tony Blair, devenu le grand copain de George W Bush après avoir été le meilleur ami de Bill Clinton. Il est également à noter que M. Chrétien a souvent caché la proximité de son rapport avec M. Clinton.

N'oublions pas non plus l'affrontement entre Lester Pearson et le président démocrate Lyndon Baines Johnson, après que notre premier ministre a critiqué la guerre au Vietnam. Ou les rapports entretenus par Pierre Trudeau avec le républicain Gerald Ford, le successeur de Richard Nixon, qui lui-même avait traité l'ancien premier ministre de «trou de cul». Cela n'a pas empêché le président Ford d'appuyer l'inclusion du Canada au sommet du G-7, à la seconde réunion du Groupe, en 1977.

M. Obama, qui a beaucoup à faire et ne cherchera pas des combats inutiles, devrait donc très bien s'entendre avec M. Harper. Tous deux sont de la même génération post-baby boom. Tous deux ont des conjointes charmantes et de jeunes enfants. De plus, ils sont chrétiens et vont à l'église le dimanche. À ce propos, mardi soir, M. Obama a terminé son discours avec un «Que dieu bénisse les États-Unis de l'Amérique», une prière utilisée fréquemment par M. Harper dans le passé, au grand regret de beaucoup de Canadiens. Les Canadiens pourront aussi s'étonner de ce que M. Obama «croit que le mariage est une union sacrée, une bénédiction de Dieu, et une qui est prévue pour un homme et une femme exclusivement», comme le disait un récent article du New York Times.

Les plus sceptiques pointeront vers les différences prévisibles les changements climatiques. Là encore, il faut nuancer. L'administration Clinton-Gore n'a jamais ratifié le protocole de Kyoto.

M. Obama se concentrera dorénavant sur le prochain traité (tout comme M. Harper) et il poursuivra les intérêts nationaux des États-Unis. D'autres lorgnerons vers Guantanamo, que M. Obama a promis de fermer. Ils s'attarderont au cas particulier d'Omar Khadr, un jeune citoyen canadien emprisonné là depuis des années. Cependant, comme le New York Times le disait aussi la semaine dernière, cette prison héberge un bon nombre de gens très dangereux et le Président Obama ne pourra pas simplement les libérer.

En ce qui concerne la santé, M. Harper peut lui être utile en expliquant les mérites du système canadien aux conservateurs américains. Le commerce et l'Afghanistan pourraient cependant poser de sérieuses difficultés. L'économie sera la priorité de M. Obama et le parti démocrate devient de plus en plus protectionniste.

En ce qui a trait à l'autre sujet épineux, M. Obama croit que l'Afghanistan, par contraste avec la guerre en Irak, s'avère la bonne guerre contre le «terrorisme». La semaine dernière, dans La Presse, l'ancien ambassadeur du Canada à Washington, Raymond Chrétien, déclarait que «notre participation militaire en Afghanistan est l'une de nos principales cartes d'atout» en protégeant le Canada contre le vent du protectionnisme. On s'attend donc à ce que M. Obama demande à ses alliés de l'OTAN d'intensifier leur participation en Afghanistan.

Nous n'en sommes pas encore là. Pendant la campagne électorale, M. Harper a pris un engagement ferme pour terminer notre mission militaire en 2011, comme le Parlement s'y est engagé. Les Canadiens accepteraient-ils de réviser cette décision à la demande d'un président très populaire au Canada? Advenant un désaccord entre les deux pays, un désaccord étendu jusque dans les relations commerciales, les Canadiens appuieraient-ils leur premier ministre contre M. Obama?

***

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Dominic Pageau
    Abonné
    jeudi 6 novembre 2008 03h00
    Obama, c'est pas très réjouissant.
    « Coté guerre et intervention militaire, c'est pas mal blanc bonnet et bonnet blanc.

    Coté réchauffement climatique, il est le pion de Wall Street qui rêve de voir l'imposition d'une bourse de carbone à la grandeur du monde.

    En Obama, je ne vois qu'une image, qui est trompeuse, ce qui fait de lui une personne plus menaçante que Bush. Bush disait de quoi, on avait tendande à le rejeter, Obama dirait la même chose et on l'accepterait.

    Ça, c'est du pouvoir et ce n'est pas aux médias qu'on peut demander d'être critique à son égard! »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    jeudi 6 novembre 2008 06h33
    Le futur on en a plein le ... !
    « Moi, je vais vous dire franchement, les spéculations du futur... ça commence à me faire chier.

    Je préfère qu'on regarde le présent et ce que l'on peut faire aujourd'hui pour agir demain. Pas la semaine prochaine, non non, juste demain.

    Obama sera ci, Obama sera ça, on lui dira ci, on lui dira ça, il est comme ci, il est comme ça... etc.
    On s'en fout.

    La réalité, les gestes, voilà l'important. Aussi les paroles dont on doit se souvenir et que l'on doit toujours confronter à la réalité, c'est bien suffisant.
    Les boules de cristal, les spéculations «d'experts» qui peuvent nous amener où leur imagination les pousse ou encore nous entraîner vers des sentiments louches où leurs intérêts les poussent.
    Non, merci.


    Obama et le Canada... Voilà, nous y sommes pas encore. C'est au mois de janvier 2009 que M. Obama prendra les commandes, alors, ne nous énervons pas trop le poil des jambes!

    Pendant des mois, on nous a parlé du futur, comme pour nous masquer le présent.

    M. Spector continue encore à nous parler du futur en nous disant que ce ne sera pas si pire (on s'en fout). En effet: «la retraite imminente de George W Bush s'avère pour le premier ministre la meilleure nouvelle depuis belle lurette.»
    Mais, on s'en fout-tu (comme on dit)!

    Et il poursuit avec sa boule de cristal: «les Canadiens entendront de plus en plus la version contraire» On s'en fout encore royalement !
    Vous avez beau nous habiller votre opinion de belle étoffe, votre propos n'en demeure pas moins sans grande substance. On pourrait même dire que c'est du "parler pour ne rien dire"!

    «les adversaires politiques de M. Harper essayeront de plus en plus de se présenter comme des agents du changement»
    Youhou! Fallait-il un Obama élu pour parler de changement au Canada?
    Non, mais, vous ne capotez pas un peu dans un petit délire manipulateur qui nous dit que les adversaires vont jouer le courant de changement de "Obama-le-changement" et que dans le fond ce ne sont que des belles paroles à la mode du jour et que... bon bon bon!

    Les metteurs en marché du Ignatieff nouveau chercheront à le décrire...
    Quelle voyance... n'est-ce pas plutôt vous M. Spector qui faites des lignes et du texte sur un sujet virtuel? Il me semble que l'actualité regorge de sujets plus réels et surtout plus actuels.
    Êtes-vous déjà en façonnage de la course à la chefferie libérale ou quoi?


    «Certains citeront»
    «D'autres évoqueront»
    «M. Obama ne cherchera pas»
    «il devrait donc très bien s'entendre avec M. Harper»
    «Les plus sceptiques pointeront»
    «M. Obama se concentrera dorénavant»
    «et il poursuivra les intérêts»
    «D'autres lorgnerons vers»
    «Ils s'attarderont au cas»
    «le Président Obama ne pourra pas»
    «L'économie sera la priorité»

    J'aimerais lire les verbes au présent et même au passé, c'est déjà plus vérifiable.
    Le futur... on en a plein le cul!
    Quand ce n'est pas la peur qu'on nous annonce, ce sont les futures manigances.
    Bien sûr, il y en aura des manigances. On ne veut pas se faire téter les oreilles avec les manigances potentielles du futur, mais on veut que des gens qui chroniquent dans les journaux dénoncent les manigances «actuelles» et nous rafraîchissent la mémoire des manigances passées.
    C'est ça le quatrième pouvoir, c'est nous décortiquer le présent et nous rappeler le passé qui se répète.

    Le futur, on s'en fout.
    Vous nous en parlerez lorsque l'on y sera, d'ici là, tout ce que vous nous déblatérez aujourd'hui, on l'aura oublié demain.
    Il faut nous parler du présent, car c'est là qu'en prenant conscience de celui-ci, on peut peut-être agir et tenter de l'adapter à ce que l'on veut qu'il soit.

    Personne ne peut changer le passé et le futur n'existe pas.


    La cerise sur votre sunday c'est:
    «M. Obama a terminé son discours avec un «Que dieu bénisse les États-Unis de l'Amérique» alors là... c'est tout une surprise!

    Jamais on aurait imaginé qu'un Président états-unien puisse terminer un discours par: (deux points, je le cite) «Que dieu vous bénisse! Que dieu bénisse les États-Unis de l'Amérique» Wow! Ça m'a soufflé... je me suis dit, presqu'instantanément, Wow! Il est comme Harper! Un vrai chrétien! Wow! C'est simple, je n'en revenais tout simplement pas... d'ailleurs, je n'en suis tout simplement pas encore revenu!
    Si ça continue, il va faire imprimer "In god we trust" sur les billets verts!

    Oui, c'est bien de nous le noter, Obama a dit: «Que dieu bénisse les États-Unis de l'Amérique»!!!

    S'il ne l'avait pas dit... peut-être que votre remarque aurait été plus pertinente!
    Du genre: Hier, surprise générale, le futur président US n'a pas terminé son discours par l'incontournable "God bless you! God bless America!"


    Les croyances de M. Obama et celles de M. Harper, on s'en fout, ce sont leurs gestes, leurs lois dont il faut parler.

    Cependant, il est bon de rappeler que: «Pendant la campagne électorale, M. Harper a pris un engagement ferme pour terminer notre mission militaire en 2011»
    Et surtout, j'espère qu'en 2011 vous nous parlerez des paroles de 2008.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Jasette
    Abonné
    jeudi 6 novembre 2008 09h31
    Obama saura-t-il faire preuve du véritable courage dont nous avons vraiment besoin.
    « Que l'on soit du Canada ou des États-Unis, nous aimerions que les dirigeants parlent et disent les vrais raisons qui les poussent à aller dans un sens ou un autre. Si nos dirigeants étaient plus authentiques, plutôt que très souvent magouilleurs, je suis certain que nous aurions beaucoup plus de plaisir à les suivre. Question d'image, le vrai courage n'est pas nécessairement là où on pense.

    Quant à Obama, on verra bien de quel bois ils se chauffent vraiment, au fur et à mesure qu'on pourra l'observer sur l'avant scène, en tant que Président des États-Unis. Si monsieur Obama est à la hauteur de ce qu'on dit de lui, il saura dépasser la guerre en Afghanistan, qui cache sous le manteau une conquête du pétrole (l'or noir) beaucoup plus que la guerre contre le terrorisme.

    J'ai lu quelque part que monsieur Obama chercherait à trouver d'autres solutions énergétiques que le pétrole. Ça serait une vraie guerre à mener, l'autonomie énergétique américaine autrement qu'avec le pétrole. Un peu d'effort, de vraies efforts quoi pour trouver d'autres solutions énergétiques que le pétrole.

    Il y a aussi l'éducation des populations. Tout le monde devrait de plus en plus prendre conscience que nous sommes vraiment dépendant de la biosphère, et cela indépendamment des nouvelles ressources énergétiques que nous pourrions trouver dans l'avenir. Au stade où nous en sommes, on devrait plutôt parler de décroissance économique plutôt que de continuer à laisser croire que la croissance économique est illimitée.

    La Chine et les pays émergents sont très en retard sur nous, de ce point de vue. Ils sont en train de se développer à partir de la même grille économique que nous. Idéalement, il faudrait tourner la page pour la sempiternelle question de la croissance économique. Du point de vue énergétique, il faudrait changer notre culture et nos mentalités. Nous avons les deux pieds dans le ciment de notre passé.

    Humainement parlant, Nous sommes à la croisée des chemins, on devrait commencer à penser et travailler beaucoup plus sur le plan qualitatif plutôt que sur le quantitatif. Leçon de sagesse, le temps de la décroissance est arrivé. La biosphère est en train de nous faire la leçon. Pourquoi ne pas essayer de voir les vraies choses avec les vraies lunettes? C'est vers cela que nos dirigeants devraient essayer de tendre...

    JM »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    jeudi 6 novembre 2008 11h25
    La réalité
    « La réalité c'est qu'alors que le Canada de Harper fait un virage à droite, les citoyens des USA font un virage vers la gauche en élisant Obama. Nos deux pays semblent synchronisés à l'envers... Les Canadiens n'ont pas appris des erreurs terribles de leurs voisins du sud et peuvent bien se péter les bretelles qu'Obama ait été élu mais ils ont posé le geste contraire en élisant un parti de droite, pendant canadien du Parti républicain.

    Ceci dit, quelle seront les relations entre les deux pays? On verra bien. »

  • Jacques Mercier
    Inscrit
    jeudi 6 novembre 2008 21h17
    Harper faire la promotion du système de santé canadien? C'est une farce ou quoi?
    « "En ce qui concerne la santé, M. Harper peut lui être utile en expliquant les mérites du système canadien aux conservateurs américains" Non mais, sans blague. Ce serait comme demander à Denise Bombardier de faire la promotion du mariage gay! Harper, en bon libertarien ne peut faire la promotion du système de santé canadien puisqu'il n'y crois tout simplement pas! Il honnit les services publics et ne jure que par le secteur privé. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009