Obama et le Canada
Voilà, nous y sommes. Pendant des mois, nous avons entendu que l'élection de Barack Obama présageait une période difficile dans les relations canado-américaines en général et s'annonçait de mauvais augure pour Stephen Harper en particulier. En fait, la retraite imminente de George W Bush s'avère pour le premier ministre la meilleure nouvelle depuis belle lurette. Ne serait-ce que pour la disparition d'un élément central des publicités négatives à l'égard du chef conservateur canadien, malicieusement associé au président honni.
Cependant, les Canadiens entendront de plus en plus la version contraire. En ce sens que les adversaires politiques de M. Harper essayeront de plus en plus de se présenter comme des agents du changement à la manière du nouveau président américain. Le «branding» de Michael Ignatieff l'affichait déjà comme la réincarnation de Pierre Trudeau. Il cherchera maintenant à le dépeindre comme le Barack Obama du Canada.
Certains citeront le rapport entre John George Diefenbaker et John Fitzgerald Kennedy comme preuve de ce qui se produit quand les conservateurs canadiens et les démocrates américains sont au pouvoir en même temps. Ce qui ne manque pas d'ironie, bien sûr, puisque c'est bien le premier ministre du Canada qui a mené une bataille contre les Américains et que ce sont bien les libéraux du pays qui ont accepté les missiles à tête nucléaire sur le sol canadien. D'ailleurs, M. Diefenbaker avait peu de points en commun avec M. Kennedy: il demeurait intensément envieux de la qualité de son français et du charme de son épouse. En plus, le Canadien, contrairement à l'Américain, n'était pas très habile dans les relations interpersonnelles.
D'autres évoqueront les chauds rapports entre Brian Mulroney et les républicains Ronald Reagan puis George Bush père, ou entre Jean Chrétien et le démocrate Bill Clinton. D'ailleurs, le grand bavard qu'est M. Mulroney aurait assurément pu réussir la même transition que Tony Blair, devenu le grand copain de George W Bush après avoir été le meilleur ami de Bill Clinton. Il est également à noter que M. Chrétien a souvent caché la proximité de son rapport avec M. Clinton.
N'oublions pas non plus l'affrontement entre Lester Pearson et le président démocrate Lyndon Baines Johnson, après que notre premier ministre a critiqué la guerre au Vietnam. Ou les rapports entretenus par Pierre Trudeau avec le républicain Gerald Ford, le successeur de Richard Nixon, qui lui-même avait traité l'ancien premier ministre de «trou de cul». Cela n'a pas empêché le président Ford d'appuyer l'inclusion du Canada au sommet du G-7, à la seconde réunion du Groupe, en 1977.
M. Obama, qui a beaucoup à faire et ne cherchera pas des combats inutiles, devrait donc très bien s'entendre avec M. Harper. Tous deux sont de la même génération post-baby boom. Tous deux ont des conjointes charmantes et de jeunes enfants. De plus, ils sont chrétiens et vont à l'église le dimanche. À ce propos, mardi soir, M. Obama a terminé son discours avec un «Que dieu bénisse les États-Unis de l'Amérique», une prière utilisée fréquemment par M. Harper dans le passé, au grand regret de beaucoup de Canadiens. Les Canadiens pourront aussi s'étonner de ce que M. Obama «croit que le mariage est une union sacrée, une bénédiction de Dieu, et une qui est prévue pour un homme et une femme exclusivement», comme le disait un récent article du New York Times.
Les plus sceptiques pointeront vers les différences prévisibles les changements climatiques. Là encore, il faut nuancer. L'administration Clinton-Gore n'a jamais ratifié le protocole de Kyoto.
M. Obama se concentrera dorénavant sur le prochain traité (tout comme M. Harper) et il poursuivra les intérêts nationaux des États-Unis. D'autres lorgnerons vers Guantanamo, que M. Obama a promis de fermer. Ils s'attarderont au cas particulier d'Omar Khadr, un jeune citoyen canadien emprisonné là depuis des années. Cependant, comme le New York Times le disait aussi la semaine dernière, cette prison héberge un bon nombre de gens très dangereux et le Président Obama ne pourra pas simplement les libérer.
En ce qui concerne la santé, M. Harper peut lui être utile en expliquant les mérites du système canadien aux conservateurs américains. Le commerce et l'Afghanistan pourraient cependant poser de sérieuses difficultés. L'économie sera la priorité de M. Obama et le parti démocrate devient de plus en plus protectionniste.
En ce qui a trait à l'autre sujet épineux, M. Obama croit que l'Afghanistan, par contraste avec la guerre en Irak, s'avère la bonne guerre contre le «terrorisme». La semaine dernière, dans La Presse, l'ancien ambassadeur du Canada à Washington, Raymond Chrétien, déclarait que «notre participation militaire en Afghanistan est l'une de nos principales cartes d'atout» en protégeant le Canada contre le vent du protectionnisme. On s'attend donc à ce que M. Obama demande à ses alliés de l'OTAN d'intensifier leur participation en Afghanistan.
Nous n'en sommes pas encore là. Pendant la campagne électorale, M. Harper a pris un engagement ferme pour terminer notre mission militaire en 2011, comme le Parlement s'y est engagé. Les Canadiens accepteraient-ils de réviser cette décision à la demande d'un président très populaire au Canada? Advenant un désaccord entre les deux pays, un désaccord étendu jusque dans les relations commerciales, les Canadiens appuieraient-ils leur premier ministre contre M. Obama?
***
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
Cependant, les Canadiens entendront de plus en plus la version contraire. En ce sens que les adversaires politiques de M. Harper essayeront de plus en plus de se présenter comme des agents du changement à la manière du nouveau président américain. Le «branding» de Michael Ignatieff l'affichait déjà comme la réincarnation de Pierre Trudeau. Il cherchera maintenant à le dépeindre comme le Barack Obama du Canada.
Certains citeront le rapport entre John George Diefenbaker et John Fitzgerald Kennedy comme preuve de ce qui se produit quand les conservateurs canadiens et les démocrates américains sont au pouvoir en même temps. Ce qui ne manque pas d'ironie, bien sûr, puisque c'est bien le premier ministre du Canada qui a mené une bataille contre les Américains et que ce sont bien les libéraux du pays qui ont accepté les missiles à tête nucléaire sur le sol canadien. D'ailleurs, M. Diefenbaker avait peu de points en commun avec M. Kennedy: il demeurait intensément envieux de la qualité de son français et du charme de son épouse. En plus, le Canadien, contrairement à l'Américain, n'était pas très habile dans les relations interpersonnelles.
D'autres évoqueront les chauds rapports entre Brian Mulroney et les républicains Ronald Reagan puis George Bush père, ou entre Jean Chrétien et le démocrate Bill Clinton. D'ailleurs, le grand bavard qu'est M. Mulroney aurait assurément pu réussir la même transition que Tony Blair, devenu le grand copain de George W Bush après avoir été le meilleur ami de Bill Clinton. Il est également à noter que M. Chrétien a souvent caché la proximité de son rapport avec M. Clinton.
N'oublions pas non plus l'affrontement entre Lester Pearson et le président démocrate Lyndon Baines Johnson, après que notre premier ministre a critiqué la guerre au Vietnam. Ou les rapports entretenus par Pierre Trudeau avec le républicain Gerald Ford, le successeur de Richard Nixon, qui lui-même avait traité l'ancien premier ministre de «trou de cul». Cela n'a pas empêché le président Ford d'appuyer l'inclusion du Canada au sommet du G-7, à la seconde réunion du Groupe, en 1977.
M. Obama, qui a beaucoup à faire et ne cherchera pas des combats inutiles, devrait donc très bien s'entendre avec M. Harper. Tous deux sont de la même génération post-baby boom. Tous deux ont des conjointes charmantes et de jeunes enfants. De plus, ils sont chrétiens et vont à l'église le dimanche. À ce propos, mardi soir, M. Obama a terminé son discours avec un «Que dieu bénisse les États-Unis de l'Amérique», une prière utilisée fréquemment par M. Harper dans le passé, au grand regret de beaucoup de Canadiens. Les Canadiens pourront aussi s'étonner de ce que M. Obama «croit que le mariage est une union sacrée, une bénédiction de Dieu, et une qui est prévue pour un homme et une femme exclusivement», comme le disait un récent article du New York Times.
Les plus sceptiques pointeront vers les différences prévisibles les changements climatiques. Là encore, il faut nuancer. L'administration Clinton-Gore n'a jamais ratifié le protocole de Kyoto.
M. Obama se concentrera dorénavant sur le prochain traité (tout comme M. Harper) et il poursuivra les intérêts nationaux des États-Unis. D'autres lorgnerons vers Guantanamo, que M. Obama a promis de fermer. Ils s'attarderont au cas particulier d'Omar Khadr, un jeune citoyen canadien emprisonné là depuis des années. Cependant, comme le New York Times le disait aussi la semaine dernière, cette prison héberge un bon nombre de gens très dangereux et le Président Obama ne pourra pas simplement les libérer.
En ce qui concerne la santé, M. Harper peut lui être utile en expliquant les mérites du système canadien aux conservateurs américains. Le commerce et l'Afghanistan pourraient cependant poser de sérieuses difficultés. L'économie sera la priorité de M. Obama et le parti démocrate devient de plus en plus protectionniste.
En ce qui a trait à l'autre sujet épineux, M. Obama croit que l'Afghanistan, par contraste avec la guerre en Irak, s'avère la bonne guerre contre le «terrorisme». La semaine dernière, dans La Presse, l'ancien ambassadeur du Canada à Washington, Raymond Chrétien, déclarait que «notre participation militaire en Afghanistan est l'une de nos principales cartes d'atout» en protégeant le Canada contre le vent du protectionnisme. On s'attend donc à ce que M. Obama demande à ses alliés de l'OTAN d'intensifier leur participation en Afghanistan.
Nous n'en sommes pas encore là. Pendant la campagne électorale, M. Harper a pris un engagement ferme pour terminer notre mission militaire en 2011, comme le Parlement s'y est engagé. Les Canadiens accepteraient-ils de réviser cette décision à la demande d'un président très populaire au Canada? Advenant un désaccord entre les deux pays, un désaccord étendu jusque dans les relations commerciales, les Canadiens appuieraient-ils leur premier ministre contre M. Obama?
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
nspector@globeandmail.ca
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