John McCain - Un candidat par défaut
4 novembre 2008
États-Unis
Photo : Agence Reuters
La crise financière a enlevé son élan au camp républicain.
Pour le parti républicain, John McCain fut dès le départ un choix par défaut, mais le seul réaliste pour le parti. Pendant les primaires déjà, Fergus Cullen, président du Parti républicain du New Hampshire, confiait que «le parti se fait à l'idée que notre nominé sera le 2e choix de la majorité des électeurs républicains». Ce nominé passerait en plus les premiers mois de sa campagne à recoller les morceaux d'un parti laminé après sept ans de bushisme.
«McCain est le seul qui peut gagner en novembre dans cet environnement», pensait alors un consultant républicain à New York. Grâce à son image de franc-tireur, apprécié par les indépendants et les républicains modérés, John McCain promettait de pouvoir retenir le centre de l'échiquier politique. Au sein du parti, on se dit que les conservateurs chrétiens finiront de toute façon par se rallier à ce candidat même s'il avait traité deux leaders évangéliques d'«agents d'intolérance».
Sa campagne démarre pourtant mal. Au printemps, il ne profite pas de la guerre fratricide Clinton-Obama. Pendant des mois, il est absent ou presque des radars médiatiques. Son tour de la pauvreté dans le Sud est un flop. Ses meetings n'attirent pas les foules. Son insistance à ne parler que d'Irak et de sécurité nationale ne fait plus mouche alors que l'économie est la préoccupation majeure des Américains. La presse évoque déjà des tensions au sein de son équipe.
L'expérience
Lorsque son rival démocrate est enfin nominé, début juin, le sénateur mise sur son expérience, essayant de faire de son âge un avantage. (À 72 ans, McCain serait le plus vieux président élu). Mais l'argument ne décolle pas. Son équipe donne les premiers signes d'agacement contre une presse qu'elle estime acquise au charismatique Obama. Steve Schmidt, un proche de Karl Rove (stratège en chef des campagnes de Bush) et l'artisan de la réélection d'Arnold Schwarzenegger en Californie, prend alors les commandes de la campagne de McCain.
Le ton se durcit immédiatement. «La presse traite Obama comme une célébrité», aurait lancé un conseiller de McCain, lors d'une réunion de crise, en juillet. Ce sera la nouvelle ligne d'attaque contre Obama: une star, mais inexpérimentée, donc «dangereuse pour le pays». D'où le spot comparant Barack Obama à Britney Spears. Ce premier round d'attaques, début août, ne permet pas à McCain de réduire vraiment son retard. En revanche, elle choque les commentateurs et McCain commence à se voir affubler de l'étiquette «McNasty» (McMéchant). On lui reproche de ne pas avoir tenu sa promesse de mener une campagne «honorable». Alors que la convention démocrate de Denver, à la fin août, s'annonce triomphale, John McCain n'a toujours pas annoncé son colistier.
Ce sera la bombe de la campagne. Le franc-tireur tirant à vue. John McCain présente au pays Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska, chasseuse de caribou à ses heures, ancienne miss de sa commune de Wasilla dont elle fut également le maire, conservatrice, mère de cinq enfants et, qui plus est rebelle, dans son propre parti, comme lui, puisqu'elle a tenu tête aux républicains de son État. À la convention républicaine de St-Paul, elle fait un triomphe. La base conservatrice est en extase, le reste du parti se dit que le rebelle de Phoenix a peut-être vu juste. En quelques jours, par son punch et son charisme, Sarah Palin donne un second souffle à une campagne en panne d'inspiration. Les foules accourent à ses meetings. Pour la première fois, John McCain prend fermement la tête des sondages.
La crise
Mais la crise financière change tout. Le matin où Lehman Brothers se met en faillite, le 15 septembre, McCain déclare que les «fondamentaux de l'économie sont solides». La phrase lui collera à la peau. Il multiplie ensuite les maladresses qui feront le bonheur des caricaturistes et des shows satiriques. Pendant les difficiles négociations du Congrès sur le plan de sauvetage des banques américaines, John McCain suspend abruptement sa campagne et menace de ne pas se rendre au premier débat présidentiel à Memphis, si une solution n'est pas trouvée. Ce coup de poker ne lui réussira pas. Barack Obama en profite pour railler le caractère imprévisible de son rival. La tentative d'accord au Congrès échoue sur fond de cabale des républicains conservateurs, qui font ainsi un méchant pied de nez à leur candidat, lui faisant comprendre que leur réélection est plus importante que la sienne. Penaud, McCain, se rend néanmoins au débat. Sa crédibilité est entamée.
Depuis cette semaine fatidique, il ne reprendra plus la tête dans les sondages. Nouveau changement de stratégie. Et c'est une deuxième salve d'attaques qui s'abat début octobre sur Barack Obama, coupable de «s'acoquiner avec des terroristes» et taxé d'être un «socialiste». Dans le même temps, les doutes sur les compétences de Sarah Palin effrayent de plus en plus de personnalités républicaines qui se distancient du ticket quand elles ne se rallient pas à Obama. Pour John McCain, le héros infatigable et soi-disant intègre, la pilule est amère. S'il perd cette élection, il devra composer avec une image de politicien prêt à tout pour gagner. S'il gagne, il aura tristement prouvé que les attaques viles et souvent sans fondement peuvent encore faire la différence en politique.
«McCain est le seul qui peut gagner en novembre dans cet environnement», pensait alors un consultant républicain à New York. Grâce à son image de franc-tireur, apprécié par les indépendants et les républicains modérés, John McCain promettait de pouvoir retenir le centre de l'échiquier politique. Au sein du parti, on se dit que les conservateurs chrétiens finiront de toute façon par se rallier à ce candidat même s'il avait traité deux leaders évangéliques d'«agents d'intolérance».
Sa campagne démarre pourtant mal. Au printemps, il ne profite pas de la guerre fratricide Clinton-Obama. Pendant des mois, il est absent ou presque des radars médiatiques. Son tour de la pauvreté dans le Sud est un flop. Ses meetings n'attirent pas les foules. Son insistance à ne parler que d'Irak et de sécurité nationale ne fait plus mouche alors que l'économie est la préoccupation majeure des Américains. La presse évoque déjà des tensions au sein de son équipe.
L'expérience
Lorsque son rival démocrate est enfin nominé, début juin, le sénateur mise sur son expérience, essayant de faire de son âge un avantage. (À 72 ans, McCain serait le plus vieux président élu). Mais l'argument ne décolle pas. Son équipe donne les premiers signes d'agacement contre une presse qu'elle estime acquise au charismatique Obama. Steve Schmidt, un proche de Karl Rove (stratège en chef des campagnes de Bush) et l'artisan de la réélection d'Arnold Schwarzenegger en Californie, prend alors les commandes de la campagne de McCain.
Le ton se durcit immédiatement. «La presse traite Obama comme une célébrité», aurait lancé un conseiller de McCain, lors d'une réunion de crise, en juillet. Ce sera la nouvelle ligne d'attaque contre Obama: une star, mais inexpérimentée, donc «dangereuse pour le pays». D'où le spot comparant Barack Obama à Britney Spears. Ce premier round d'attaques, début août, ne permet pas à McCain de réduire vraiment son retard. En revanche, elle choque les commentateurs et McCain commence à se voir affubler de l'étiquette «McNasty» (McMéchant). On lui reproche de ne pas avoir tenu sa promesse de mener une campagne «honorable». Alors que la convention démocrate de Denver, à la fin août, s'annonce triomphale, John McCain n'a toujours pas annoncé son colistier.
Ce sera la bombe de la campagne. Le franc-tireur tirant à vue. John McCain présente au pays Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska, chasseuse de caribou à ses heures, ancienne miss de sa commune de Wasilla dont elle fut également le maire, conservatrice, mère de cinq enfants et, qui plus est rebelle, dans son propre parti, comme lui, puisqu'elle a tenu tête aux républicains de son État. À la convention républicaine de St-Paul, elle fait un triomphe. La base conservatrice est en extase, le reste du parti se dit que le rebelle de Phoenix a peut-être vu juste. En quelques jours, par son punch et son charisme, Sarah Palin donne un second souffle à une campagne en panne d'inspiration. Les foules accourent à ses meetings. Pour la première fois, John McCain prend fermement la tête des sondages.
La crise
Mais la crise financière change tout. Le matin où Lehman Brothers se met en faillite, le 15 septembre, McCain déclare que les «fondamentaux de l'économie sont solides». La phrase lui collera à la peau. Il multiplie ensuite les maladresses qui feront le bonheur des caricaturistes et des shows satiriques. Pendant les difficiles négociations du Congrès sur le plan de sauvetage des banques américaines, John McCain suspend abruptement sa campagne et menace de ne pas se rendre au premier débat présidentiel à Memphis, si une solution n'est pas trouvée. Ce coup de poker ne lui réussira pas. Barack Obama en profite pour railler le caractère imprévisible de son rival. La tentative d'accord au Congrès échoue sur fond de cabale des républicains conservateurs, qui font ainsi un méchant pied de nez à leur candidat, lui faisant comprendre que leur réélection est plus importante que la sienne. Penaud, McCain, se rend néanmoins au débat. Sa crédibilité est entamée.
Depuis cette semaine fatidique, il ne reprendra plus la tête dans les sondages. Nouveau changement de stratégie. Et c'est une deuxième salve d'attaques qui s'abat début octobre sur Barack Obama, coupable de «s'acoquiner avec des terroristes» et taxé d'être un «socialiste». Dans le même temps, les doutes sur les compétences de Sarah Palin effrayent de plus en plus de personnalités républicaines qui se distancient du ticket quand elles ne se rallient pas à Obama. Pour John McCain, le héros infatigable et soi-disant intègre, la pilule est amère. S'il perd cette élection, il devra composer avec une image de politicien prêt à tout pour gagner. S'il gagne, il aura tristement prouvé que les attaques viles et souvent sans fondement peuvent encore faire la différence en politique.
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