À 72 heures du 4
Photo : Agence France-Presse
«Ça va jouer dur», a prévenu Barack Obama devant ses militants à Columbia, au Missouri. Tout est à la guerre de terrain, à 72 heures de la présidentielle de mardi prochain, les discours politiques prennent inévitablement fin sur un appel aux millions de bénévoles à faire «sortir le vote». «N'allez pas penser une seconde que cette élection est terminée.»
Obama sera-t-il le premier Noir à devenir président des États-Unis? «Qu'il perde, et l'aile progressiste du Parti démocrate ne s'en remettra pas avant longtemps», affirme David Mendell, journaliste au Chicago Tribune et auteur de Barack Obama: From Promise to Power, publié fin 2007. Les sondages continuent de donner une avance substantielle au sénateur de l'Illinois à l'échelle nationale (51 % contre 40 % pour John McCain, selon la dernière enquête New York Times/CBS), mais ils indiquaient hier un resserrement des intentions de vote dans plusieurs «swing states», ce qui n'est pas un phénomène inhabituel en fin de campagne. Ainsi, les deux hommes sont à égalité dans les États clés du Missouri et de la Caroline du Nord, assez facilement remportés par George W. Bush en 2004.
Une situation plus délicate, à trois jours du scrutin, pour M. McCain que pour M. Obama dont les appuis sont nettement plus solides et diversifiés. Il faudrait en fait que le républicain l'emporte dans l'ensemble des sept États — dont la cruciale Floride — où la lutte est actuellement la plus serrée pour espérer remporter la présidence. Et il n'atteindrait même pas le total des 270 grands électeurs nécessaires pour décrocher la présidence: il lui faudrait aussi renverser la tendance dans des États pro-Obama. C'est pourquoi il a mis beaucoup de ses oeufs depuis une semaine dans le panier de la Pennsylvanie, qui compte 21 grands électeurs, en espérant que son discours anti-taxe et anti-«redistributionniste» lui permettra de marquer assez de points auprès des travailleurs blancs pour l'emporter. Ça n'est pas gagné: le sondage relevé hier par RealClearPolitics (RCP) donne cinq points d'avance à Obama dans cet État qui vote démocrate à la présidentielle depuis 1988. À la traîne dans les enquêtes d'opinion, écrivait cette semaine The Christian Science Monitor, McCain «attaque Obama avec tout ce qui lui tombe sous la main».
Plus M. McCain, affligé d'une colistière qui lui est aujourd'hui moins un atout qu'un boulet, semble mathématiquement sur le point de perdre, plus il affiche la conviction qu'il est en train de gagner. «Je suis confiant en notre victoire», a-t-il encore déclaré hier en entrevue à ABC depuis l'Ohio, un autre État clé où M. Obama dispose d'une avance de six points, selon RCP. M. McCain y faisait campagne, hier, avec le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger.
Ses chances seraient sans doute meilleures si l'organisation d'Obama, qui a fait un usage brillant de l'Internet pour recruter des volontaires, ne réussissait à tenir tête à la machine électorale républicaine, pourtant réputée supérieurement efficace. Témoin, l'Ohio, un État qui a joué un rôle capital dans le choix de Bush à la présidence en 2004. Alors que le démocrate John Kerry n'avait de bureaux que dans 16 des 88 comtés de l'État, Obama en a un dans chacun d'eux
Le sénateur de l'Illinois revendique «plusieurs millions de bénévoles» dans 770 bureaux à l'échelle du pays. Ses équipes de campagne disent avoir quotidiennement 400 000 contacts directs ou téléphoniques avec les électeurs potentiels. Le camp républicain dit de son côté avoir réalisé 5,3 millions d'appels téléphoniques ces derniers jours, dont 1,3 million dans la seule journée de jeudi, et affirme disposer sur le terrain de 1,1 million de bénévoles.
Meilleures seraient ses chances, ensuite, si le démocrate n'était aussi dominant au plan financier. Entre le 21 et le 28 octobre seulement, il a dépensé trois fois plus d'argent que McCain en spots publicitaires (21,5 millions contre 7,5 millions), selon des données recueillies par l'Advertising Project de l'Université du Wisconsin.
À défaut, John McCain espère se rendre plus «présidentiable» en participant ce soir à l'émission humoristique Saturday Night Live, comme Sarah Palin l'a fait il y a deux semaines.
Hier matin, le directeur de campagne de Barack Obama, David Plouffe, a nargué l'adversaire: il a annoncé que les démocrates allaient porter la bataille au coeur du camp républicain en diffusant pour la première fois de la campagne des publicités télévisées en Arizona, le fief de M. McCain.
Des sondages aux urnes
Il y a loin, pour autant, des sondages aux urnes. Après le vol de l'élection en 2000 et la défaite de John Kerry en 2004, beaucoup de démocrates ne peuvent s'empêcher de craindre que les sondages soient trop beaux pour être vrais.
Pour que l'avance démocrate se concrétise, il faudra que les millions de jeunes nouvellement inscrits sur les listes électorales se rendent mardi au bureau de vote. Les moins de 30 ans se déplacent traditionnellement en très petit nombre. On sait que 20 millions d'Américains (16 % des inscrits) ont voté par anticipation et que les sondages de sortie des urnes montrent qu'ils penchent clairement pour Barack Obama. Mais on a également remarqué qu'en Floride les jeunes n'avaient pas été significativement plus nombreux à se rendre aux urnes.
Il faudra ensuite que les électeurs noirs aillent voter massivement si le démocrate veut pouvoir l'emporter dans un État du sud comme la Caroline du Nord; il faudra aussi que se mobilise l'électorat latino, dont les deux tiers disent appuyer Obama. La croissance de cette communauté rend de moins en moins possible pour un candidat de décrocher la présidence s'il n'a pas son appui dans les États du Nouveau-Mexique, du Nevada, du Colorado et de la Floride.
Il faudra enfin que l'«effet Bradley» joue au minimum, ce sale phénomène par lequel une partie de l'électorat n'avoue pas ses préjugés racistes aux sondeurs, mais l'exprime sur leur bulletin de vote, dans le plus grand secret de l'isoloir. Ce racisme s'est ouvertement manifesté il y a une semaine et demie lorsque deux jeunes néonazis ont été arrêtés à Jackson, au Tennessee, pour avoir voulu tuer 102 Noirs, avec pour but ultime d'«assassiner le candidat à la présidentielle Barack Obama». Jeudi encore, deux hommes ont été arrêtés pour avoir pendu à un arbre du campus de l'Université du Kentucky un mannequin à l'effigie d'Obama. Sinistre allusion aux lynchages de Noirs qui se produisaient dans le Sud à l'époque de la ségrégation. Le sondage New York Times/CBS donne pourtant à penser que la candidature de M. Obama aura modifié positivement certaines perceptions raciales: un nombre croissant d'Américains, par rapport à un sondage mené en juillet, digèrent l'idée de l'égalité des chances pour les Noirs.
Le grand hebdomadaire britannique The Economist, défenseur de la libre entreprise, a apporté jeudi un appui sans réserve à Barack Obama dans la course à la Maison-Blanche. Comment gouvernera-t-il s'il est élu? «C'est un homme honnête et pragmatique, un libéral traditionnel qui se définit comme un centriste, affirme le biographe Mendell. C'est aussi un homme extrêmement sûr de lui... Une jeune star qui se retrouverait commandant du navire.» Si, d'ailleurs, M. Barack a mis en garde ces derniers jours ses militants contre tout triomphalisme précoce, le site Politico faisait état hier d'informations selon lesquelles il réfléchirait sérieusement à la formation de son premier cabinet.
Entre-temps, les supporters des deux camps «jouent dur», en effet, dans le but de se nuire mutuellement, ainsi que le veulent les habitudes électorales aux États-Unis. Les accusations de fraude dans les inscriptions sur les listes électorales volent depuis des semaines. En Virginie, une fausse circulaire a été distribuée, indiquant que «tous les partisans des républicains et les indépendants soutenant les républicains voteront le 4 novembre comme le prévoit la loi», mais que les démocrates «voteront le 5 novembre». Une publicité du National Republican Trust PAC affirme qu'Obama, que ses détracteurs aiment bien faire passer pour un musulman, a financé l'obtention d'un permis de pilotage pour le pirate de l'air du 11-Septembre, Mohammed Atta.
À gauche, l'association BraveNewPAC.org a diffusé une publicité s'interrogeant sur la santé de McCain, âgé de 72 ans, et met en garde les femmes au sujet de l'interdiction de la contraception sous son administration. Sous prétexte d'une pénurie de sièges, le camp Obama a chassé de l'avion de campagne du candidat les journalistes du Washington Times, du New York Post et du Dallas Morning News, trois journaux qui ont donné leur appui à John McCain.
Obama sera-t-il le premier Noir à devenir président des États-Unis? «Qu'il perde, et l'aile progressiste du Parti démocrate ne s'en remettra pas avant longtemps», affirme David Mendell, journaliste au Chicago Tribune et auteur de Barack Obama: From Promise to Power, publié fin 2007. Les sondages continuent de donner une avance substantielle au sénateur de l'Illinois à l'échelle nationale (51 % contre 40 % pour John McCain, selon la dernière enquête New York Times/CBS), mais ils indiquaient hier un resserrement des intentions de vote dans plusieurs «swing states», ce qui n'est pas un phénomène inhabituel en fin de campagne. Ainsi, les deux hommes sont à égalité dans les États clés du Missouri et de la Caroline du Nord, assez facilement remportés par George W. Bush en 2004.
Une situation plus délicate, à trois jours du scrutin, pour M. McCain que pour M. Obama dont les appuis sont nettement plus solides et diversifiés. Il faudrait en fait que le républicain l'emporte dans l'ensemble des sept États — dont la cruciale Floride — où la lutte est actuellement la plus serrée pour espérer remporter la présidence. Et il n'atteindrait même pas le total des 270 grands électeurs nécessaires pour décrocher la présidence: il lui faudrait aussi renverser la tendance dans des États pro-Obama. C'est pourquoi il a mis beaucoup de ses oeufs depuis une semaine dans le panier de la Pennsylvanie, qui compte 21 grands électeurs, en espérant que son discours anti-taxe et anti-«redistributionniste» lui permettra de marquer assez de points auprès des travailleurs blancs pour l'emporter. Ça n'est pas gagné: le sondage relevé hier par RealClearPolitics (RCP) donne cinq points d'avance à Obama dans cet État qui vote démocrate à la présidentielle depuis 1988. À la traîne dans les enquêtes d'opinion, écrivait cette semaine The Christian Science Monitor, McCain «attaque Obama avec tout ce qui lui tombe sous la main».
Plus M. McCain, affligé d'une colistière qui lui est aujourd'hui moins un atout qu'un boulet, semble mathématiquement sur le point de perdre, plus il affiche la conviction qu'il est en train de gagner. «Je suis confiant en notre victoire», a-t-il encore déclaré hier en entrevue à ABC depuis l'Ohio, un autre État clé où M. Obama dispose d'une avance de six points, selon RCP. M. McCain y faisait campagne, hier, avec le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger.
Ses chances seraient sans doute meilleures si l'organisation d'Obama, qui a fait un usage brillant de l'Internet pour recruter des volontaires, ne réussissait à tenir tête à la machine électorale républicaine, pourtant réputée supérieurement efficace. Témoin, l'Ohio, un État qui a joué un rôle capital dans le choix de Bush à la présidence en 2004. Alors que le démocrate John Kerry n'avait de bureaux que dans 16 des 88 comtés de l'État, Obama en a un dans chacun d'eux
Le sénateur de l'Illinois revendique «plusieurs millions de bénévoles» dans 770 bureaux à l'échelle du pays. Ses équipes de campagne disent avoir quotidiennement 400 000 contacts directs ou téléphoniques avec les électeurs potentiels. Le camp républicain dit de son côté avoir réalisé 5,3 millions d'appels téléphoniques ces derniers jours, dont 1,3 million dans la seule journée de jeudi, et affirme disposer sur le terrain de 1,1 million de bénévoles.
Meilleures seraient ses chances, ensuite, si le démocrate n'était aussi dominant au plan financier. Entre le 21 et le 28 octobre seulement, il a dépensé trois fois plus d'argent que McCain en spots publicitaires (21,5 millions contre 7,5 millions), selon des données recueillies par l'Advertising Project de l'Université du Wisconsin.
À défaut, John McCain espère se rendre plus «présidentiable» en participant ce soir à l'émission humoristique Saturday Night Live, comme Sarah Palin l'a fait il y a deux semaines.
Hier matin, le directeur de campagne de Barack Obama, David Plouffe, a nargué l'adversaire: il a annoncé que les démocrates allaient porter la bataille au coeur du camp républicain en diffusant pour la première fois de la campagne des publicités télévisées en Arizona, le fief de M. McCain.
Des sondages aux urnes
Il y a loin, pour autant, des sondages aux urnes. Après le vol de l'élection en 2000 et la défaite de John Kerry en 2004, beaucoup de démocrates ne peuvent s'empêcher de craindre que les sondages soient trop beaux pour être vrais.
Pour que l'avance démocrate se concrétise, il faudra que les millions de jeunes nouvellement inscrits sur les listes électorales se rendent mardi au bureau de vote. Les moins de 30 ans se déplacent traditionnellement en très petit nombre. On sait que 20 millions d'Américains (16 % des inscrits) ont voté par anticipation et que les sondages de sortie des urnes montrent qu'ils penchent clairement pour Barack Obama. Mais on a également remarqué qu'en Floride les jeunes n'avaient pas été significativement plus nombreux à se rendre aux urnes.
Il faudra ensuite que les électeurs noirs aillent voter massivement si le démocrate veut pouvoir l'emporter dans un État du sud comme la Caroline du Nord; il faudra aussi que se mobilise l'électorat latino, dont les deux tiers disent appuyer Obama. La croissance de cette communauté rend de moins en moins possible pour un candidat de décrocher la présidence s'il n'a pas son appui dans les États du Nouveau-Mexique, du Nevada, du Colorado et de la Floride.
Il faudra enfin que l'«effet Bradley» joue au minimum, ce sale phénomène par lequel une partie de l'électorat n'avoue pas ses préjugés racistes aux sondeurs, mais l'exprime sur leur bulletin de vote, dans le plus grand secret de l'isoloir. Ce racisme s'est ouvertement manifesté il y a une semaine et demie lorsque deux jeunes néonazis ont été arrêtés à Jackson, au Tennessee, pour avoir voulu tuer 102 Noirs, avec pour but ultime d'«assassiner le candidat à la présidentielle Barack Obama». Jeudi encore, deux hommes ont été arrêtés pour avoir pendu à un arbre du campus de l'Université du Kentucky un mannequin à l'effigie d'Obama. Sinistre allusion aux lynchages de Noirs qui se produisaient dans le Sud à l'époque de la ségrégation. Le sondage New York Times/CBS donne pourtant à penser que la candidature de M. Obama aura modifié positivement certaines perceptions raciales: un nombre croissant d'Américains, par rapport à un sondage mené en juillet, digèrent l'idée de l'égalité des chances pour les Noirs.
Le grand hebdomadaire britannique The Economist, défenseur de la libre entreprise, a apporté jeudi un appui sans réserve à Barack Obama dans la course à la Maison-Blanche. Comment gouvernera-t-il s'il est élu? «C'est un homme honnête et pragmatique, un libéral traditionnel qui se définit comme un centriste, affirme le biographe Mendell. C'est aussi un homme extrêmement sûr de lui... Une jeune star qui se retrouverait commandant du navire.» Si, d'ailleurs, M. Barack a mis en garde ces derniers jours ses militants contre tout triomphalisme précoce, le site Politico faisait état hier d'informations selon lesquelles il réfléchirait sérieusement à la formation de son premier cabinet.
Entre-temps, les supporters des deux camps «jouent dur», en effet, dans le but de se nuire mutuellement, ainsi que le veulent les habitudes électorales aux États-Unis. Les accusations de fraude dans les inscriptions sur les listes électorales volent depuis des semaines. En Virginie, une fausse circulaire a été distribuée, indiquant que «tous les partisans des républicains et les indépendants soutenant les républicains voteront le 4 novembre comme le prévoit la loi», mais que les démocrates «voteront le 5 novembre». Une publicité du National Republican Trust PAC affirme qu'Obama, que ses détracteurs aiment bien faire passer pour un musulman, a financé l'obtention d'un permis de pilotage pour le pirate de l'air du 11-Septembre, Mohammed Atta.
À gauche, l'association BraveNewPAC.org a diffusé une publicité s'interrogeant sur la santé de McCain, âgé de 72 ans, et met en garde les femmes au sujet de l'interdiction de la contraception sous son administration. Sous prétexte d'une pénurie de sièges, le camp Obama a chassé de l'avion de campagne du candidat les journalistes du Washington Times, du New York Post et du Dallas Morning News, trois journaux qui ont donné leur appui à John McCain.
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