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La bataille du Congrès: vers un triangle démocrate?

Guy Taillefer   1 novembre 2008  États-Unis
Chez les démocrates, on s’attend à un gain de 25 à 30 députés à la Chambre des représentants.
Photo : Agence Reuters
Chez les démocrates, on s’attend à un gain de 25 à 30 députés à la Chambre des représentants.
C'est un signe d'inquiétude qui ne ment pas: dans le dernier droit de la campagne présidentielle, le camp républicain s'est employé à mettre en garde les électeurs, au nom de l'équilibre des pouvoirs, contre la possibilité que la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre des représentants se retrouvent tous entre les mains des démocrates à l'issue du 4 novembre. Le genre d'argument, font valoir les observateurs, qu'en général un parti va déployer pour limiter les dégâts. Le très conservateur David Frum, ancien rédacteur de discours pour le président George W. Bush, est allé jusqu'à suggérer qu'il vaudrait mieux que les républicains consacrent leur argent à freiner la poussée démocrate au Sénat, plutôt qu'à soutenir la course présidentielle de John McCain.

L'horizon au Sénat est à ce point ensoleillé pour les démocrates qu'ils pourraient parvenir à ajouter six à neuf sièges à leur fragile majorité sortante. Ce qui n'exclut donc pas qu'ils puissent décrocher les 60 sièges qui les mettraient à l'abri des «filibusters» (pratiques d'obstruction parlementaire) républicains. Cette éventualité est devenue un peu plus plausible mardi dernier: la condamnation pour corruption du sénateur républicain de l'Alaska, Ted Stevens, améliore les chances, qui étaient déjà excellentes, du démocrate Mark Begich, maire d'Anchorage, de se faire élire.

Combiné à un gain attendu de 25 à 30 députés à la Chambre des représentants, cela donnerait à un président Barack Obama une liberté d'action inégalée depuis le début du premier mandat de Bill Clinton (1992-94).

La crise économique se superposant à l'enlisement irakien, l'environnement est plus toxique encore pour les républicains qu'il ne l'était aux élections législatives de mi-mandat, en 2006. D'autant que, sur les 23 sièges républicains en jeu cette année au Sénat, plusieurs sont dans des «swing states». Plus parlant encore, des républicains sont menacés jusque dans des forteresses réputées imprenables, particulièrement dans le sud. C'est le cas notamment de la sénatrice Elizabeth Dole en Caroline du Nord.

Du reste, les démocrates ont remporté au sud des élections locales hautement symboliques depuis un an. Encore que, s'agissant des gouverneurs, des sénateurs et des représentants, les électeurs sudistes ne sont pas, depuis longtemps, aussi systématiquement républicains qu'ils ne le sont à l'échelle présidentielle depuis les années 60.

C'est ainsi que, avec l'appui des électeurs noirs, Travis W. Childers, un démocrate blanc — et conservateur — a remporté contre toute attente une élection tenue en mai dernier dans un district du Mississippi que les républicains détenaient depuis 1995.

Inversement, un candidat noir, James Fields, a remporté en février une élection à la législature de l'Alabama dans un comté blanc à 96 %. Quelques mois plus tôt, à l'automne 2007, un autre Noir, Eric Powell, était élu au Sénat du Mississippi dans un district dont 92 % de la population est blanche. Les deux démocrates l'ont emporté de manière décisive contre des adversaires blancs. Deux victoires sans précédents historiques et trois signes que la couleur de la peau n'est manifestement pas toujours l'enjeu qu'on croit, y compris dans des États profondément marqués par leur histoire ségrégationniste.

Il est vrai que les déplacements démographiques vers le sud modifient la carte électorale, à la faveur d'une certaine libéralisation des mentalités, pour l'essentiel en milieu urbain. Il se trouve par ailleurs que le Parti démocrate se dote, là où le conservatisme ambiant le commande, de candidats adaptés. Témoin, le chrétien musclé qu'est le gouverneur démocrate de la Virginie, Tim Kaine.

Avec le résultat, analysent certains, que les élections 2008 pourraient représenter le début d'un grand revirement électoral, aux dimensions de celui qui a vu dans les années 60 le sud historiquement démocrate se transformer en durable bastion républicain.






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