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L'Amérique latine liguée contre Washington

1 novembre 2008  États-Unis
Michelle Bachelet et Inacio Lula ne sont pas des radicaux, mais ils se sont permis de sévères critiques envers les États-Unis.
Photo : Agence France-Presse
Michelle Bachelet et Inacio Lula ne sont pas des radicaux, mais ils se sont permis de sévères critiques envers les États-Unis.
«Allez au diable, yankee de merde!» Solidaire de son ami bolivien Evo Morales en conflit ouvert avec Washington suspecté d'alimenter le séparatisme en Bolivie, le président vénézuélien Hugo Chavez a ordonné en ces termes l'expulsion de l'ambassadeur américain de son territoire le 11 septembre dernier. Au-delà de la formule à l'emporte-pièce et de la provocation du choix de la date, l'insolence de Caracas traduit la méfiance et l'exaspération qui s'est développée en Amérique latine à l'égard de la politique menée dans le sous-continent durant les huit années de mandat de George W. Bush.

La récente crise financière a déclenché un florilège de propos aigre-doux éreintant «l'exemple» nord-américain que le Fonds monétaire international (FMI) avait cru utile d'imposer avec une extrême rudesse à l'Amérique du Sud durant les années 90. «On voit aujourd'hui comment ce premier monde qu'on nous a dépeint comme une Mecque à atteindre se dégonfle comme une baudruche!», s'est amusée Christina Kirchner, la présidente argentine. Le président Luiz Ignacio Lula da Silva porte l'estocade: «Ceux qui nous dictent depuis plus de 30 ans ce que nous avons à faire n'ont tout simplement pas fait ce qu'ils devaient faire.» Même la présidente chilienne Michèle Bachelet, une sociale-démocrate bon teint, y est allée de sa blague anti-américaine fin septembre devant un parterre d'économistes et de patrons américains. «Savez-vous pourquoi les États-Unis n'ont jamais vécu de coup d'État? Parce qu'aux États-Unis, il n'y a pas d'ambassade américaine!» Une limpide référence au coup d'État fomenté le 11 septembre 1973 par le général Pinochet avec l'aide de la CIA contre le régime socialiste du président Salvador Allende. Cette boutade était destinée à expliquer à ses interlocuteurs pourquoi les États-Unis devraient jouer un rôle plus important en Amérique latine en renforçant leurs «relations» et non leur «ingérence».

Uribe et Calderón

Des Caraïbes à la Patagonie, il n'y a plus guère que la Colombie du très droitiste Alvaro Uribe et, jusqu'à un certain point, le Mexique du conservateur Felipe Calderón qui sont encore prêts à écouter les sirènes de Washington. Les autres chef d'État, démocratiquement élus et la plupart du temps crédités d'une très forte popularité dans leurs pays, reprochent à Bush ses faux pas et sa diplomatie des coups tordus. Échec de la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA) que George Bush voulait imposer à toute l'Amérique du Sud, échec de la lutte anti-drogue menée à coup de bottes sans résultat probant, poursuite du blocus contre Cuba, soutien à la tentative de coup d'État contre Hugo Chavez en avril 2002, probable feu vert donné aux forces colombiennes pour leurs opérations contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en territoire équatorien, implication dans la déstabilisation du gouvernement socialiste en Bolivie... Cerise sur le gâteau de l'échec, la reconstitution de la IVe flotte américaine en avril dernier (elle avait été supprimée dans les années 50) est destinée à maintenir une présence militaire permanente dans les Caraïbes et en Amérique latine. En ligne de mire, la République bolivarienne du Venezuela.

Alors que, à peine installé à la Maison-Blanche, George Bush affirmait en janvier 2001 que le XXIe siècle serait celui des Amériques, le principal ratage de son administration — après les attentats du 11 septembre — a été d'abandonner une Amérique latine soucieuse de construire une troisième voie fondée sur plus de justice sociale. Le modèle qui nous était imposé jusque-là «était un modèle pervers qui distinguait l'économique du social et favorisait la stabilité au détriment de la croissance», avertissait Lula fin 2003. Sept ans plus tard, plus de 40 % des 480 millions de latinos vivent encore sous le seuil de pauvreté, et l'autisme américain a radicalisé les positions. Ainsi le Venezuela, l'Équateur et la Bolivie se tournent-ils vers la Chine, la Russie ou l'Iran pour contrer Washington. Comme au bon vieux temps de la guerre froide.

Mais la hausse des cours des matières premières, la diversification des économies latino-américaines et la mondialisation ont donné des armes nouvelles au sous-continent. Washington est contraint de négocier avec ceux qu'elle considère comme ses ennemis jurés, Venezuela en tête qui possède cinq raffineries de pétrole aux États-Unis et alimente 14 000 stations-services.

Face à John McCain, qui préside depuis plus de 15 ans l'International Republican Institute (IRI), un «think tank» fondé par des idéologues fondamentalistes du Parti républicain sur l'inspiration de Ronald Reagan, Barack Obama semble le mieux placé pour renouer les fils du dialogue avec ses voisins du sud. Bien que peu familier de la réalité latino (il n'a jamais voyagé en Amérique latine), le candidat démocrate a promis de reprendre langue avec Cuba, le Venezuela et l'ensemble de l'Amérique latine.






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    samedi 1 novembre 2008 02h49
    Merci Libération
    « Excellent résumé condensé de la longue Histoire latino-américaine.

    La couverture du sommet Ibéro-Amérique de Salvador.
    La condamnation de l'embargo cubain a été unanime, tout comme à l'ONU (moins 3 voix)
    L'ONU cette semaine a adopté à la quasi-unanimité une résolution pour la levée du blocus économique contre Cuba, pour la 17e fois depuis 1992.

    Le texte, adopté par 185 voix contre 3 avec deux abstentions, s'intitule "Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d'Amérique".

    Les trois voix contre sont les États-Unis, Israël et Palau. Les îles Marshall et la Micronésie se sont abstenues.


    Ça fait du bien de voir, de temps en temps, un texte qui ne fait que relater la réalité actuelle et historique.

    Libération note qu'il ne reste que M. Calderón et Uribe comme laquais de Washington. Libération oublie Saca, alias Tony, actuel président du Salvador et fier représentant de l'ARENA (le parti des escadrons de la mort de (Roberto d'Aubisson) qui ont assassiné Mgr Romero) qui est un laquais de premier ordre en Amérique centrale et aussi Alan García du Pérou, qui cependant oscille depuis quelques jours. Le Pérou va probablement être le prochain pays qui va emboîter le pas au socialisme en élisant (s'il n'y a pas trop de magouilles) M. Ollanta Humala.

    Il est dommage que l'information concernant l'effervescence de l'Amérique latine soit si peu présente dans nos quotidiens.
    Nous pouvons tirer des leçons de toute cette mouvance vers des politiques plus humaines et moins économiques.

    Petit correctif, la Présidente de l'Argentine s'appelle Cristina Fernandez.
    On peut aussi dire Cristina Fernandez de Kirchner vu son mariage avec Nestor Kirchner.
    On persiste dans certains médias à mettre en premier plan le nom de son mari afin de bien souligner "la monarchie" (sic) Kirchner.
    Son mari étant trop ami avec le gros Chávez qui lui est ami avec Fidel Castro, on se doit d'altérer, par tous les moyens, même par le jeu des noms, l'image du «couple» Fernandez-Kirchner. Comme l'altération de l'image de M. Kirchner était bien enclenchée, en utilisant le nom de Kirchner pour la présidence de Mme Fernandez, on poursuit l'altération de l'image du "régime" avec plus d'efficacité.
    Les médias latino-américains plus "objectifs" appellent la présidente de l'Argentine par son nom, soit: Cristina Fernandez.

    Voici quelques exemples:

    " « Cristina Fernández »: la jubilación no puede ni debe ser un negocio "
    « Cristina Fernández » defendió el proyecto de ley para la nacionalización de las jubilaciones y pensiones.

    http://www.telesurtv.net/noticias/secciones/nota/35211-NN/
    cristina-fernandez-la-jubilacion-no-puede-ni-debe-ser-un-negocio/


    30 de Octubre del 2008, 3:38 PM
    « Cristina Fernández » dice que a G-20 se debe llevar la representación regional
    SAN SALVADOR, 30 oct (EFE).- La presidenta argentina, « Cristina Fernández », pidió hoy que los países iberoamericanos

    http://www.7dias.com.do/app/article.aspx?id=36023

    J'ai ajouté les « » pour bien faire remarquer le nom employé.


    Outre cette lacune, merci au Devoir d'avoir reproduit cet excellent résumé de Libération.


    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    samedi 1 novembre 2008 07h46
    Bonne chance O.B.
    « N'importe quelle action que pourrait entreprendre O.B. pour améliorer le sort des pays Sud-Américains heurterait de front les intérêts des multinationales américaines qui exploitent depuis des décennies les ressources naturelles de ces pays. O.B. aura besoin d'une protection constante, aussi bien pour se protéger de la pègre, de la C.I.A. et du F.B.I.
    PaulLafrance
    Québec »

  • william morris
    Abonné
    samedi 1 novembre 2008 09h14
    Les nouveaux U.S.A.
    « Bonjour,
    Je me rappelle avoir vu un documentaire américain montrant John McCain, le candidat républicain actuel à la présidence des USA. C'était il y a quelques années.Il était dans une des nouvelles républiques qui ceinturent le sud de la Russie. Il était dans les bureaux d'une ONG et il clamait haut et fort que cette ONG et d'autres avaient pour raison d'être la création de régimes carrément hostiles à la Russie et il voulait faire la même chose dans la Russie elle-même. Plus précisément il voulait renverser le gouvernement Poutine et en installer un autre plus au goût de la droite américaine.
    Si la Russie faisait la même chose, on entendrait des clameurs épouvantables.

    Il faut ouvrir les yeux et se méfier de la droite américaine. Mieux vaut l'attitude du général et président Dwight Eisenhower, qui se méfiait du complexe militaro droitiste. Dans ses derniers écrits, il a légué cette pensée à la nation méricaine.

    Qu'en pensez-vous ?

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 1 novembre 2008 10h14
    Les Américains ont déraillé
    « On va se souhaiter 2 choses :

    1- Que Obama soit élu

    2- Qu'il puisse changer les politiques américaines de la confrontation actuelle en négociation perpétuelle en pensant qu'il est plus facile de se faire des amis à long terme en les écoutant et en les aidant qu'en leur tapant dessus avec des bombes au nom du matérialisme débridé. »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    samedi 1 novembre 2008 10h31
    Pour étayer Libération
    « Pour étayer le résumé condensé de Libération, il faut visionner l,excellent reportage du journaliste australien, John Pilger, « The War On Democracy ».

    http://video.google.ca/videoplay?docid=
    -3739500579629840148&ei=0WYMSaWeFIfq-gGp6rycCg&q=
    John+Pilger&hl=fr

    Un reportage gratuit et d'une grande qualité disponible sur internet. »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    samedi 1 novembre 2008 12h00
    Ça ne peut pas durer...
    « Les disparités entre extrêmement riches et extrêmement pauvres sont énormes en Amérique latine et ont été causé, en partie, par l'ingérence des USA dans les affaires internes de ces pays. L'exemple le plus frappant c'est la dictature fasciste de Pinochet au Chili qui a coûté la vie à plusieurs milliers de Chiliens. Aujourd'hui, on voit des gouvernements démocratiquement élus qui sont beaucoup plus près des peuples qu'ils doivent servir et c'est la soupape de sûreté pour éviter un dérapage vers l'anarchie et la guerre civile. En effet, ces régimes de gauche font des efforts considérables pour améliorer la qualité de vie des plus pauvres dans leurs pays respectifs et sans ces efforts on peut penser que le nombre de gens révoltés par leurs conditions infâmes augmenterait considérablement et mènerait inévitablement vers un désastre social.

    Ce qui est désolant c'est que ce parangon de vertu que sont les USA soient ceux qui encouragent les dictatures de droite, les gouvernements atrocement corrompus et les abus des droits de la personne pour leurs fins égoïstes. Obama, s'il est élu, pourrait-il changer les choses? C'est malheureusement improbable car sa marge de manoeuvre serait mince et les multinationales américaines ne le laisseraient pas faire si ça devait affecter leurs intérêts économiques et mettre en péril leur hégémonie en Amérique latine. »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    samedi 1 novembre 2008 21h35
    Vous avez raison M.Morris
    « McCain et son Institut Republicain pour la Democracie sont bel et bien derriere les fameuses revolution Rose (Georgie) et Orange (Ukraine) et l'un des organisateurs sur le terrain travaille maintenant a sa campagne... »

  • gibaud marc
    Inscrit
    mardi 4 novembre 2008 10h23
    Libération
    « Pardonnez cette question mais quand vous dites "Libération", c'est qui "Libération"? J'aimerai savoir qui (la personne physique) ... qui a écrit cet article qui, pour quelques subtilités à apporter, est d'une qualité d'analyse exceptionnelle dans une presse occidentale monobloc sur le sujet.
    Pour remonter ce continent depuis la pointe Sud tranquillement depuis 2O mois, j'ai pu constater ces expressions d'émancipations, cette conscience démocratique qui se développe, sociale à fleur de peau, aidée par des richesses naturelles qu'ils ne veulent plus brader, ou en tout cas pas suivant le modèle économique qui leur a été imposé jusqu'à présent, ... La mutation de cette partie du continent est fascinante et l'article est en plein dedans : merci!
    Mais qui en est l'auteur?

    marc - gibaud@free.fr - http://www.transam.fr »

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