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Qui est le vrai Obama ?

John R. MacArthur   28 octobre 2008  États-Unis
À la fin de cette interminable course à la présidence américaine, les historiens vont pouvoir citer de nombreuses raisons de la victoire, aujourd'hui presque certaine, de Barack Obama: la crise économique, la guerre en Irak, le désir d'un «changement» profond après huit désastreuses années de George Bush et, oui, l'affreuse grimace de John McCain, lors du dernier débat, face au visage souriant de son rival.

Cependant, la vraie histoire du phénomène Obama reste pour l'essentiel inédite, du moins dans l'imagination populaire. Une bonne partie du peuple américain et des grands médias, redoutant un dernier sursaut du «Frankenstein républicain» symbolisé par John McCain, ne veut pas entendre de critiques sur les origines ou sur les idées de leur nouveau sauveur. Je ne les blâme pas, étant moi-même désespéré de voir McCain, homme pourtant pas bête, exprimer des bêtises du genre: «L'Amérique n'a jamais perdu une bataille au Vietnam» ou encore «Sarah Palin est une réformatrice qui sera ma partenaire».

Mais avant de couronner le jeune candidat démocrate et de fêter l'extraordinaire symbole que représente l'arrivée d'un Noir à la Maison-Blanche, peut-être faudrait-il passer en revue les défauts, les hypocrisies et, plus important, l'esprit essentiellement conservateur du vrai Obama, plutôt qu'un Obama créé par les agences de publicité et les machines de propagande. John McCain a beau invoquer des liens entre Obama et le «terroriste» William Ayers, le candidat d'origine africaine ne représente en aucune façon une menace pour le statu quo américain.

Tout d'abord, Obama ne porte pas le projet d'une réforme politique; au contraire, il est issu d'une faction du Parti démocrate qui incarne le pouvoir oligarchique. Formé à Chicago, ville dominée par le maire Richard

M. Daley et un conseil municipal dont 49 sièges sur 50 sont occupés par des membres de son parti, Obama exagère ses penchants bipartisans. Sans le soutien à part entière du tout-puissant Daley, le candidat démocrate serait aujourd'hui président d'un comité au sénat de l'État d'Illinois, au lieu d'être sur le seuil de la résidence présidentielle.

***

En tant que membre de la machine politique démocrate, Obama a, il y a longtemps, renoncé à une réforme du système de financement des campagnes électorales. Avec une somme hallucinante de plus de 600 millions dans sa caisse électorale, le nouveau chef du Parti démocrate aura peu d'intérêt à imposer des limites à la mobilisation de l'argent électoral. On parle beaucoup de ces centaines de milliers de petits donateurs soutenant Obama avec des dons de moins de 100 dollars, mais ces chiffres impressionnants occultent la prédominance des dons regroupés des secteurs de la finance et des affaires et des lobbyistes. Aujourd'hui, le regroupement de dons numéro un (740 000 $) d'Obama vient de la très influente banque Goldman Sachs, berceau de l'actuel secrétaire au Trésor Henry Paulson ainsi que de Robert Rubin, principal conseiller de Barack Obama sur l'économie et ancien secrétaire au Trésor dans l'administration Clinton. Quelle ironie d'entendre John McCain, candidat du parti d'affaires traditionnel, reprocher à son adversaire soi-disant «socialiste» un excès de zèle auprès du secteur privé. McCain est handicapé par son adhésion au principe du financement public des élections. Ses 84 millions de fonds venant du Trésor américain (même ajoutés aux sommes considérables qu'il reçoit du Parti républicain) paraissent pitoyables à côté des sommes récoltées par Obama (150 millions en septembre seulement).

Par ailleurs, Obama n'est ni un candidat pour la «paix» ni un candidat tout à fait «antiguerre». Il est vrai qu'il s'est déclaré contre l'invasion de l'Irak avant qu'elle ait eu lieu. Or, depuis son investiture au Sénat fédéral, ses votes, soit pour le financement de l'occupation, soit pour une date fixe pour le retrait des troupes, ont été ultraprudents, voire identiques à ceux de sa rivale, le faucon libéral Hillary Clinton. Quant à sa volonté déclarée de mettre fin à la «guerre» en Irak au plus tard 16 mois après son investiture, les rumeurs parlent d'une promesse déjà rompue. L'entourage d'Obama est plein d'anciens conseillers du président Bill Clinton, dont des interventionnistes libéraux comme Anthony Lake, qui croient toujours dans la possibilité d'établir la démocratie au Proche-Orient. Ce sont eux, les partisans de «l'ingérence humanitaire», qui soutiennent Obama dans sa conviction que l'on devrait déplacer la guerre «contre le terrorisme» vers l'Afghanistan, bourbier meurtrier encore plus profond que l'Irak.

***

Tout cela ne veut pas dire qu'Obama ne fera pas un bon président. Avec une augmentation de la majorité démocrate au Congrès, et surtout au Sénat, Obama pourrait se sentir libéré des contraintes imposées par les tactiques d'urgence d'une campagne. Après tout, il est un intellectuel libéral cité au dos d'un ouvrage du grand philosophe et théologien Reinhold Niebuhr — «l'un de mes philosophes préférés». Déjà, avoir un président qui connaîtrait les noms de quelques philosophes me semble plutôt encourageant. Les idées banales d'Obama en faveur du libre-échange et de la sécurité nationale pourraient bien cacher une politique plus intéressante.

En outre, un Noir à la Maison-Blanche (même né d'une mère blanche) pourrait aussi servir d'inspiration aux Afro-Américains toujours déshérités, toujours en recul par rapport aux Blancs sur le plan social et économique. Chiffre stupéfiant: aux États-Unis aujourd'hui, parmi les hommes noirs âgés de 18 à 24 ans, 10,5 %, soit presque 200 000, sont en prison. Je ne suis pas partisan des gestes symboliques, mais peut-être que celui-ci pourrait mener à une société un peu plus juste.

Néanmoins, je suis pessimiste. Accablé par la crise économique, un président Obama aura du mal à tenir ses promesses de campagne, principalement au sujet de l'assurance santé. Par ailleurs, Obama s'est montré beaucoup moins audacieux lors du vote sur le projet de sauvetage de Wall Street offert par l'administration Bush. Confronté à une révolte à la Chambre des représentants («la Maison du peuple»), Obama, avec John McCain, a incité ses collègues récalcitrants à voter une loi qui donne au secrétaire au Trésor, l'un des architectes de la crise durant sa carrière à Goldman Sachs, 700 milliards pour sauver le pain de ses amis avec l'argent du contribuable. Il se peut que la vraie élection — le référendum sur la réforme et la souveraineté populaire — ait déjà eu lieu.

***

John R. MacArthur est l'auteur du livre Une caste américaine: Les élections aux États-Unis expliquées aux Français. Il reprend aujourd'hui sa chronique mensuelle sur les États-Unis.






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  • Yvon Roy
    Abonnée
    mardi 28 octobre 2008 05h39
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    « Que restera-t-il de l'image quand Obama aura bientôt été rattrapé par la réalité? »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 28 octobre 2008 06h46
    Qui est le vrai Obama?
    « C'est un titre très journalistique que celui qui coiffe l'article de John R. MacArthur, avec ce « Qui est le vrai Obama? » Ce titre est très journalistique, en ce qu'il est destiné à accrocher le lecteur en lui promettant, implicitement, des révélations sur le candidat à la présidence des États-Unis. Mais il ne s'agit pas d'une page à la Jean de la Bruyère, célèbre portraitiste français du XVIIe siècle, avec ses « Caractères ».

    Il s'agit ici bien plutôt de l'exposé d'un certain nombre de facteurs environnementaux et politiques qui encadrent l'environnement ou l'entourage du candidat Obama. Rien sur sa psychologie, rien sur ses préférences cérébrales, rien donc sur ces facteurs essentiels qui permettent de se faire une idée vraie d'une personne ou d'un personnage politique.

    En fait, le vrai Obama, c'est celui qui se crée sous nos yeux, daims cette campagne échevelée. On peut se rappeler la célèbre formule de Jean-Baptiste de Lamarck : « La fonction crée l'organe ». Elle concernait certes l'évolution biologique des vivants, mais on peut l'utiliser, mutatis mutandis, à la psychologie. L'Obama qui sortira de la présente campagne, s'il est élu, qui sera-t-il? Il évolue sous nos yeux et son accès à la présidence des États-Unis, si elle se réalise, fera certainement de lui un autre homme.

    Le tableau dressé par l'auteur, aussi intéressant qu'il soit, ne nous décrit pas le vrai Obama, mais expose un certains nombre de facteurs qui peuvent influencer son comportement et ses réactions, s'il est élu. Mais de quelle façon ces facteurs vont-ils l'influencer et structurer sa politique? Nous ne le savons pas car il faudrait faire entrer dans l'équation outre les facteurs extérieurs, dont il est question dans ce texte, les facteurs internes qui relèvent de la psychologie de Barack Obama, de son évolution actuelle, et de celle qui se produira lorsqu'il sera en fonction. Autrement dit, le titre de l'article ne correspond pas au contenu de celui-ci. Pour connaitre le vrai Obama, il faudrait faire une analyse psychologique poussée de celui-ci, et ce ne serait qu'un « état des lieux », si l'on ose risquer cette expression, qui ne saurait préjuger exactement du vrai Obama président. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 28 octobre 2008 08h13
    Bravo...
    « 1) D'emblée on a du mal a croire à votre réflexion car vous ne dites pas qu'Obama est un métis et non un noir. La race blanche et noire est en équilibre même si superficiellement vous pensez qu'il est noir comme beaucoup et de plus, il n'a pas la culture négro-américaine des américains venant de l'esclavage. Cela fait une énorme différence sociologique, politique et culturelle. Martin Luther King et Obama sont à des pôles très différents.
    2) En somme grâce au maire Daley, Obama est là où il se trouve. Heureusement qu'il y a des blancs aux States. IL serait juste un dirigeant d'un petit comité d'État. Pourquoi est-il au Sénat par copinage comme pour McCain?
    3) Quant à l'argent, c'est la liberté en Amérique qui le permet moins votre cynisme tendancieux. Seriez-vous contre la liberté de choix? Pour le reste nous étions au courant des filières qui sont à la mode américaine comme la recette du homard, américain ou armoricain. On n'apprend rien.
    4) Peut-être qu'Obama lorgne sur les puits de pétrole des pays arabes et qu'il a pris des rendez-vous privés avec les enfants de Pinochet? McCain pourrait lui servir de guide à ce sujet car il connaît bien les ultra-droites sud-américaines. J'ai l'impression que le petit Obama est loin de ce monde de copinage avec les dictateurs de ce monde. Vous ne pensez pas? Il faudrait en parler des complicités du parti d'Obama avec les dictateurs de droite et ultra-droite.
    5) Si vous en saviez un peu plus sur les philosophes, vous n'écririez pas un tel papier si peu objectif car nous aussi nous avons nos sources intellectuelles non seulement médiatiques.
    6) Concernant les blancs voici ce que nous dit Jean Ziegler : «Depuis plus de 500 ans, les Occidentaux dominent la planète. Or, les Blancs, aujourd'hui, ne représentent guère que 12,8 % de la population mondiale. Par le passé, ils n'ont jamais dépassé 24%. » L'avenir n'est pas pour les 2 petits blancs arrêtés aujourd'hui ou hier aux USA qui voulaient tuer Obama : « Les deux "skinheads", Daniel Gregory Cowart, âgé de 20 ans, et Paul Michael Schlesselman, âgé de 18 ans, se sont rencontrés sur internet il y a environ un mois, a expliqué l'agent Brian Weaks, membre du bureau de lutte contre les trafics d'alcool, de tabac, d'armes à feu et d'explosifs (ATF), témoignant sous serment. "Ces individus ont commencé à évoquer la possibilité de perpétrer une série de meurtres et ils prévoyaient l'exécution de 88 personnes [afro-américaines] et la décapitation de 14 Afro-Américains", a précisé Weaks. Un autre agent de l'ATF a expliqué que le nombre 88 possède une valeur symbolique chez les militants néo-nazis. Le chiffre huit correspond à la lettre "H" dans l'alphabet et 88 signifie "Heil Hitler". Le chiffre 14 fait quant à lui référence aux 14 mots du slogan raciste : "Nous devons protéger la survie de notre race et l'avenir des enfants blancs". » L'avenir est au métissage pas au racisme ni au langage raciste qui ne voit guère de différence entre un métis et un non métis.
    7) Vous auriez pu écrire tout autant un « Blanc à la Maison-Blanche (même né d'un père noir)» que «un Noir à la Maison-Blanche (même né d'une mère blanche)». Avec une connaissance minime des sciences humaines on dit métis (de mixtus en latin, voir Saint Jérôme au 4ième siècle, cela veut dire « mélangé ».
    8) Je n'ai pas l'impression que vous ayez lu la Loi Paulson?

    À vous relire, je n'ai rien appris d'Obama. Vous faites comme Mccain et surtout Palin: Obama est un socialiste, un terroriste, un communiste, un drogué, un mulsuman, un arabe et, de plus, il n'est pas métis, il est noir. Bravo. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 28 octobre 2008 10h14
    @montaya
    « "L'avenir est au métissage "

    Allez dire ça aux Japonais. Aux Coréens. Aux Vietnamiens.Aux Chinois. Aux Polonais. »

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    mardi 28 octobre 2008 11h13
    Subtil bravo de M. Montoya
    « J'avoue avoir été perplexe devant le titre de la réaction de M. Montoya. J'ai cependant vite compris la dialectique sousjacente : l'antithèse exacte d'un bravo, c'est un «shame on you, white MacArthur !» Reste la synthèse : Obama est aussi Blanc que Noir, aussi Américain que citoyen du Monde, aussi peu préparé pour une telle charge que déterminé à relever honnêtement le défi, non seulement pour les USA, mais pour l'avenir de l'humanité. Obama n'est pas un Dieu. On ne lui fera pas de cadeaux. Saura-t-il sortir l'Amérique et le reste de la planète de cette crise qui s'installe partout ? L'avenir nous le dira. Mais une chose me semble claire : McCain a autant fait son propre malheur qu'Obama a su intelligemment en tirer profit. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 28 octobre 2008 13h01
    M Audet Merci; M Noêl...
    « Vous avez parfaitement compris mon propos tout en étant d'accord avec le votre.

    M. Noël, vous venez d'un autre siècle, celui de la colonisation: les chinois force le métissage au Tibet et dans d'autres de leurs provinces dont ils ont la main mise; les polonais voient affluer beaucoup d'asiatiques aussi et déjà leur présence pose problème en Afrique à cause des relations Chinois-africaines; les japonais savent le métissage au Brésil; les coréen sont un peule issus déjà du métissage. Le problème avec les racistes, c'est qu'ils se ferment les yeux face à la vérité et les ouvrent pour la violence qu'ils font aux êtres humains, leurs frères. Là est la question. L'avenir est au métissage. »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 28 octobre 2008 14h17
    Excellente analyse de McArthur
    « Le parti Democrate est directement issu du GOP. Et les citoyens des USA sont bien conscients qu'ils sont pris en otages par ce systeme bipartiste que beaucoup d'entre eux appellent: le monstre a deux tetes. Il n'y a pas de difference entre les Republicains moderes et les "Reagan democrats". »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 28 octobre 2008 17h51
    Un total inconnu
    « Obama est un total inconnu. Ce que l'on en voit, c'est le résultat des diverses positions qu'il a prises pour élargir son électorat. Seul son comportement une fois à la Maison blanche dira qui il est vraiment. On ne peut pas en dire autant de McCain. On sait qui il est.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • François Beaulé
    Abonné
    mercredi 29 octobre 2008 09h27
    Intéressant portrait du nouveau président
    « Mais nous jugerons l'arbre à ses fruits. Très bientôt, à moins d'un renversement improbable dans l'opinion publique, Obama sera élu. Il devra alors faire autre chose que des beaux discours. Agir, intervenir, faire des choix. Il ne pourra plus donner l'impression de pouvoir faire plaisir à tout le monde et à son père!

    Bonne chance à M.Obama dans le dur exercice du pouvoir qui sera le sien. À condition évidemment que ses nombreux supporters aillent voter en grand nombre mardi prochain. »

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