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La bataille de l'Ohio

Luc Lavoie   25 octobre 2008  États-Unis
Columbus — Steve a décidé de sauter un trimestre à l'Université Northeastern Illinois de Chicago pour travailler à temps complet pour faire élire Barack Obama. L'organisation lui a demandé de s'installer à Columbus pendant trois mois. Il est un des 300 organisateurs rémunérés par la campagne d'Obama qui sont présentement à l'oeuvre en Ohio, un État que le candidat doit absolument gagner le 4 novembre. En 2000 et 2004, George W. Bush avait gagné en Ohio, par une faible marge de 2 %. Plus précisément, en 2004, il avait gagné par 119 000 votes et tous s'entendent pour dire que cette victoire était attribuable à une formidable organisation sur le terrain. L'équipe de Bush avait fait appel à la droite religieuse pour «sortir le vote», surtout dans les zones rurales de l'État, qui sont traditionnellement plus conservatrices et républicaines. Gore en 2000 et Kerry en 2004 avaient décidé de s'en remettre aux organisations syndicales, plus fortes en Ohio que n'importe où ailleurs dans le pays.

Cette fois, l'organisation de Barack Obama ne veut prendre aucun risque et elle a décidé de bâtir sa propre machine sur le terrain. Avec les 605 millions de dollars qu'elle a amassés, elle peut se le permettre. Les 300 organisateurs rémunérés travaillent dans 89 bureaux, tous dotés des équipements informatiques les plus sophistiqués, et s'appuient sur 1200 équipes de bénévoles formés par des experts lors d'un séminaire de trois jours en août dernier. En tout, c'est environ 8000 bénévoles qui sont à pied d'oeuvre pour assurer la victoire dans cet État clé. Pour affronter cette armée de travailleurs d'élection, l'organisation de John McCain doit s'en remettre à 60 organisateurs rémunérés qui travaillent dans 40 bureaux. Ils reconnaissent eux-mêmes que l'organisation démocrate est impressionnante et même intimidante.

La stratégie des démocrates est d'augmenter très substantiellement son vote dans ses bastions urbains traditionnels, c'est-à-dire toutes les grandes villes à l'exception de Cincinnati et de Dayton, pour compenser le vote rural acquis à ses adversaires. Barack Obama est très populaire auprès des jeunes et des minorités, deux groupes dont le taux de participation aux élections est toujours beaucoup plus faible que la moyenne. Depuis le début du mois de septembre, la machine démocrate déploie tous ses efforts pour s'assurer que ces deux groupes d'électeurs s'inscrivent sur la liste électorale. Il faut croire que les résultats sont probants puisque les républicains ont entrepris toutes sortes de manoeuvres judiciaires pour faire disqualifier 200 000 des nouveaux inscrits, mais jusqu'ici sans succès. Le vote par anticipation a débuté le 30 septembre et jusqu'à maintenant le taux de participation est beaucoup plus élevé que lors de la dernière élection.

«Si autrefois on se contentait de gagner par 8 ou 10 % dans des villes comme Columbus et Cleveland, cette fois-ci notre objectif est de gagner par 20 % ou plus, et je suis convaincu que cet objectif est raisonnable.» Steve prend une pause à la brasserie Elevator, la plus vieille à Columbus. Elle existe depuis 1897 et on y sert des bières brassées sur place, ce qui nous rappelle que les premières grandes vagues d'immigration qui ont peuplé l'Ohio sont venues d'Allemagne et qu'encore aujourd'hui dans les recensements, 25 % des habitants de cet État se disent d'origine allemande. Il est en compagnie de deux bénévoles qui font partie de son équipe. Laura, physiothérapeute, vient de Kansas City, une ville qui chevauche deux États: le Kansas, qui vote toujours républicain, et le Missouri, un important État où la lutte est toujours serrée. «Malheureusement, je viens de la partie de la ville située au Kansas et mon vote sera gaspillé. Il n'y a rien à faire, le Kansas sera toujours républicain. Cela me dérangeait moins quand le parti n'était pas entre les mains des extrémistes qui le contrôlent présentement.»

Ned, qui termine cette année ses études en droit à l'Université American de Washington, se joint à la conversation pour dire qu'il est frappant de constater que les intellectuels républicains, «les David Brooks, chroniqueur au New York Times; Chris Buckley, écrivain et journaliste et fils du regretté William F. Buckley Jr., le fondateur du National Review; et George F. Will, célèbre chroniqueur du Washington Post et du magazine Newsweek, n'en peuvent plus de voir ce qu'est devenu le Grand Old Party, le Parti républicain, et qu'ils le renient. Le discours de ces gens-là était contestable mais certainement légitime. Ils trouvaient que l'État prenait trop de place dans la vie des citoyens et que les Américains étaient trop taxés. Ils croyaient aussi que l'aspect dissuasif de la puissance militaire américaine était essentiel au maintien de la paix dans le monde.»

Ned, Laura et Steve se sont connus lorsqu'ils étudiaient au même collège. Steve les a convaincus de venir donner un coup de main à l'organisation démocrate en Ohio. On les sent déterminés. Ils croient fermement que si Obama est élu, ce pays qu'ils adorent sans retenue pourra enfin recommencer à travailler à l'avancement de la civilisation. «C'est incroyable, mais dans les écoles du Kansas on enseigne le créationnisme aux enfants et on ne mentionne même plus la théorie de l'évolution de Darwin. Et pourtant, c'est aux États-Unis qu'on trouve les plus grandes universités au monde», dit Laura avec un air de dégoût.

Steve et ses amis sont confiants, mais ils ne ménagent pas les efforts. L'organisation de Barack Obama utilise tous les moyens modernes pour faire sortir son vote. En Ohio et dans certains autres États clés, ils ont même acheté de l'espace publicitaire dans les jeux vidéo en ligne pour inciter les jeunes voteurs à s'inscrire et à voter.

Alors qu'ils partaient pour retourner au travail, ils m'ont invité à les suivre deux coins de rue plus loin. «Tu connais la farouche opposition des républicains au mariage gai et tu imagines sans doute ce qu'ils pensent de ceux qui fument de la marijuana, alors viens voir où est situé un des locaux de l'organisation de McCain», me dit Ned. Ce local, il est situé au coin des rues Gay et High.

***

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  • Jean-Georges Laliberté
    Abonné
    samedi 25 octobre 2008 10h27
    Bravo
    « Bravo et merci à Luc Lavoie qui a mis sa grande intelligence et son imparable esprit d'analyse au service du bien commun. »

  • Carmen Côté
    Abonnée
    dimanche 26 octobre 2008 15h50
    Wow
    « Merci Luc de nous expliquer ce PAYS qu'on nous disait si évolué.

    Carmen »

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