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Deuxième débat présidentiel - McCain tente de renverser la vapeur

Guy Taillefer   8 octobre 2008  États-Unis
Barack Obama et John McCain ont croisé le fer hier soir dans un deuxième débat très attendu.
Photo : Agence Reuters
Barack Obama et John McCain ont croisé le fer hier soir dans un deuxième débat très attendu.
Parole aux électeurs ordinaires et angoissés hier soir à Nashville où se déroulait, sur fond de désintégration boursière, le deuxième débat présidentiel entre le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain. Comment vous proposez-vous de nous sortir de la crise? En quoi le plan de sauvetage aidera-t-il l'Américain moyen? Comment peut-on vous faire confiance avec l'argent des contribuables?

De plus en plus distancé dans les sondages à quatre semaines de la présidentielle américaine, tiré vers le bas par la crise économique et sa parenté avec l'administration Bush, le candidat républicain John McCain jouait gros hier soir à l'occasion du débat tenu à l'université Belmont, au Tennessee. Le duel était considéré comme l'une de ses dernières chances de renverser la vapeur. Défi de taille: un sondage Gallup publié hier indiquait que seulement 9 % des répondants étaient satisfaits de l'état dans lequel se trouve le pays. Gallup pose la question depuis 29 ans: c'est le score le plus bas jamais enregistré. Quel est le plus important problème qu'affrontent les État-Unis? Les électeurs ont répondu l'économie dans une proportion de 69 %. Loin derrière, la guerre d'Irak (11 %).

«J'ai un plan, a lancé M. McCain d'entrée de jeu. Élu, j'ordonnerais au secrétaire au Trésor de racheter les prêts immobiliers que les ménages ne parviennent plus à rembourser afin d'éviter les saisies», a-t-il déclaré, non sans qualifier par ailleurs son rival de «libéral ultra dépensier». Un «plan» évalué à quelque 300 milliards $. M. Obama a repris sa formule gagnante, consistant à faire porter le fardeau de la crise financière à une philosophie de déréglementation dont M. McCain a toujours été un tenant. L'un et l'autre ont du reste indiqué qu'ils pourraient choisir comme secrétaire au Trésor le milliardaire Warren Buffett, l'un des hommes les plus riches du monde avec le fondateur de Microsoft, Bill Gates.

À la différence du premier duel organisé le 26 septembre à Oxford, au Mississippi, les questions étaient posées hier par des membres du public et des internautes, sur le mode du «town meeting» dans lequel M. McCain a l'habitude d'exceller. Dans la salle était réuni un auditoire de 80 personnes, composé à parts égales d'indécis, d'électeurs qui penchent pour Obama et d'électeurs penchant pour McCain. La personne dont la question était retenue par le journaliste-modérateur Tom Brokaw, du réseau NBC, la posait elle-même aux candidats.

Acerbe, M. McCain a accusé le candidat démocrate d'être l'un des deux sénateurs à avoir reçu le plus de dons de la part de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants du refinancement hypothécaire dont la chute a accéléré la crise financière. «Il y en a qui se dressent contre ça, il y en a d'autres qui prennent un bonus», a-t-il lancé. Répondant du tac au tac, M. Obama a rappelé que le directeur de campagne de M. McCain, Rick Davis, était un lobbyiste qui a reçu «des milliers de dollars» de Freddie Mac jusqu'à récemment.

On s'attendait à un débat féroce, mais il a été pour l'essentiel poli. Sur les ondes des grands réseaux américains, beaucoup d'observateurs doutaient d'ailleurs à l'issue du débat que M. McCain ait gagné son pari. Un sondage éclair de CNN donnait M. Obama gagnant de l'affrontement par plus de vingt points de pourcentage.

Face à un Barack Obama visiblement de moins en moins facile à intimider en matière de politique étrangère, M. McCain a bien égratigné l'inexpérience de son rival, mais sans faire preuve de la condescendance qui l'a desservi lors du débat à Oxford. Après l'économie, ce sont les soins de santé qui ont le plus retenu l'attention, M. Obama se prononçant clairement en faveur d'une intervention de l'État pour faire en sorte que les dizaines de millions d'Américains qui ne sont pas couverts par une assurance médicale le soient. Voilà bien la preuve, a répliqué M. McCain, qu'un président démocrate se mêlerait de la vie des gens jusque dans les moindres détails.

La carte bleuit

Aussi, la crise économique a continué de radicaliser l'électorat en faveur de Barack Obama. La carte électorale bleuit. Hier, une nouvelle pluie de sondages pré-débat voyaient M. Obama renforcer son avance. Selon le dernier Gallup, Barack Obama est crédité à l'échelle national de 51 % des intentions de vote contre 42% pour John McCain. Le candidat démocrate enregistre ainsi un avantage important sur le plan statistique pour le dixième jour d'affilée. Plus éclairant encore, il mène sensiblement dans toute une série d'États clé, y compris en Ohio, mais aussi en Pennsylvanie, où M. McCain doit l'emporter pour compenser sa décision d'abandonner le terrrain du Michigan à son rival. Si donc l'élection avait eu lieu hier à la place du débat de Nashville, M. Obama aurait été élu président. Pour 60 % des Américains, et quelle que soit leur intention de vote, le sénateur démocrate de l'Illinois remportera l'élection présidentielle, tandis que 37 % pensent que ce sera M. McCain, indiquait hier un autre sondage de la chaîne CNN.

Le débat de Nashville n'aura pas été à l'image du ton très négatif qu'a pris la campagne au cours des derniers jours, de part et d'autre. La colistière républicaine, Sarah Palin, avait donné le ton en affirmant samedi: «Il y a un moment où il est nécessaire de laisser tomber les gants, et ce moment, c'est maintenant!» Mme Palin a notamment accusé le candidat démocrate de «copiner avec les terroristes», référence à ses liens avec l'ancien militant de la gauche radicale Bill Ayers, co-fondateur du groupe Weather Underground ayant commis des attentats dans les années 60.

Une stratégie qui a immédiatement donné lieu à des dérapages. Lundi, au cours d'une réunion publique au Nouveau-Mexique, alors que M. McCain demandait: «Qui est le vrai Obama?», plusieurs personnes ont crié: «Un terroriste», sans que le candidat républicain réagisse. En Floride, au cours d'un meeting de Mme Palin, au moins une personne dans la foule a crié «tuez-le!» quand la candidate à la vice-présidence a cité le nom de M. Obama, rapportaient plusieurs médias américains. Mme Palin n'a pas réagi non plus.

Avant le débat d'hier soir, les candidats à la Maison Blanche se sont férocement affrontés via deux nouveaux clips télévisés, M. Obama reprochant à son adversaire de mener une campagne «diffamatoire» pour éviter de parler de la crise économique, le camp McCain se demandant «qui est Barack Obama?» pour répondre que c'est un «menteur» et un «hypocrite» qui diffuse des pubs «tendancieuses» et «mensongères» concernant le programme du sénateur de l'Arizona sur l'assurance santé ou les recherches sur les cellules souches.

Le débat d'Oxford avait été suivi par 52 millions et demi de téléspectateurs et, selon des sondages, M. Obama en était sorti vainqueur. Près de 70 millions de téléspectateurs ont suivi jeudi dernier le débat entre Sarah Palin et son rival pour la vice-présidence Joe Biden. Difficile d'imaginer que le débat d'hier ait attiré autant de téléspectateurs. Le troisième et dernier débat est prévu mercredi prochain à l'université Hofstra, à Hempstead, près de New York.

***

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press






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  • Gilbert Loy Binze
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 05h38
    Les dés sont jetés
    « Puisque les sondages ne sont ni imaginaires,ni inutiles;je suggère que le candidat républicain transcende le clivage politique en jetant l'éponge avec élégance; plus d'attaque personnelle fictive du genre terroriste dangereux.Au fait,comment l'Amérique qui combat le terrorisme partout dans le monde aurait-elle laissé libre cour à un dangereux terroriste sur son propre sol? Non,Obama n'est pas tout cela.Obama c'est la providence que l'Amérique devra saisir le 04 novembre 2008. Obama,c'est le Président du changement à visage humain pour américains et non-américains. Que Dieu protège cet homme. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 8 octobre 2008 08h30
    McCain est un guerrier simpliste
    « McCain est du genre à penser : Plus tu frappes sur ton ennemi, mieux c'est. Il va finir par mourir et ne plus te nuire. Simplicité républicaine des guerriers qui n'ont pas pris la leçon du Vietnam où ils ont perdu la guerre mais ont a gagné la paix avec le monétaire 5 ans plus tard. »

  • jacques noel
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 08h45
    La mère d'Obama...
    « Obama a certainement scoré lorsqu'il a parlé de sa mère, agonisant d'un cancer à 53 ans, et obligée de se battre avec sa cie d'assurance pour qu'elle paie sa chambre d'hôpital jusqu'à son dernier souffle.

    On est bien dans le "best country in the world" »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mercredi 8 octobre 2008 09h40
    L'imponderable....
    « Le clan McCain joue strictement sur l'emotivite car persone ne peut predire combien d'electeurs, une fois seuls dans l'isoloir, seront incapables de "voter pour un noir"(un inquietant personnage)..... »

  • Michel Prévost
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 09h40
    Le sauveur...
    « Après tout, Obama est peut-être ce sauveur dont les États-Unis auraient tant besoin. Après huit années de régime républicain, de mensonges, de guerre perdue d'avance, de déclin financier, je crois que les Américains sont prêts. J'étais fasciné hier soir, lors du deuxième débat, par l'image des deux candidats. L'un dégageait la jeunesse, l'intelligence, la sérénité, la compassion. Et l'autre, le déclin, l'arrogance, la démagogie, la mesquinerie... On aurait dit un très vieux Bush! »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mercredi 8 octobre 2008 11h25
    Obama.
    « Certain(e)s que nous connaissons ne seront pas contents car Obama demontre comme metis (noir/blanc) qu'il sait bien se comporter, reflechir, proposer. McCain, le blanc pas emigrant pour un sou, ne sait ni s'exprimer, penser, proposer et est lache de surcroit. Aucune envergure humaine et politique. L'avenir est certainement celui du metissage et les personnes de "race" vont demontrer aux blancs beaux et intelligents qui insultent le femmes dans les rues parce qu'elles sont voilees que bientot on n'en aura plus besoin de ces racistes honteux et degeneres. Un nouveau monde avec une nouvelle culture, cosmopolite, commence sa trouver sa place et cela est reconfortant. Obama demontre cette evolution comme epiphenomene. C'est reconfortant car la jeunesse suit cette voie depuis fort longtemps. Cela nous consolera du racisme ambiant et deletere des vieux de l'ancien monde (proche en cela de la mentalite de McCain/Bush) qui nous fatigue par leurs appels a la haine. Bravo pour M. Obama, la fete c'est pour bientot. Avoir un chef d'Etat (surtout les Etats-Unis, les autres vont suivre. Boris Vian doit etre heureux et Henri Salvador aussi)de couleur autre que le blanc va bouleverser la culture politique du monde. Ce qui est certain, c'est que les USA risquent d'etre en avance dans ce domaine alors qu'ils furent un pays d'exclusion et de racisme honteux. Cela deviendra un exemple meme pour le Quebec et pour la Nation canadienne. Ouf, vive Obama et croisons les doigts pour que rien de terrible et de regressif apparaisse.
    Obama represente la culture du 21ieme siècle, celle du cosmopolisme assume et intelligent, sensible. McCain vient du vieux monde des valeurs...les americains vont faire un choix crucial pour l'avenir du monde non seulement le leur. Nous sommes lies avec les States. »

  • Labelle Michel
    Inscrit
    mercredi 8 octobre 2008 17h31
    Deux valets de Wall Street
    « N'attendez rien des Démocrates - ils sont responsables de la crise financière actuelle, non seulement le Congrès et le Sénat, mais aussi Clinton qui a abrogé la loi Glass-Steagall en 1999. N'attendez rien d'Obama : c'est une baudruche (voir TARPLEY Webster Griffin - Obama or The Postmodern Coup Making of a Manchurian Candidate). Quant à McCain et ses Républicains, ce sont des criminels. Beau choix pour les électeurs américains. Au moins au Canada, nous avons le NPD pour nous protéger de la ploutocratie. »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    jeudi 9 octobre 2008 13h20
    Chapeau, Montoya :-)
    « Mais je me garde une petite réserve face à Obama. Comment gouverner sans s'agenouiller devant le lobby sioniste? C'est ma crainte.

    Voyons comment Barack Obama s'y prendra... »

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