Deuxième débat présidentiel - McCain tente de renverser la vapeur
Photo : Agence Reuters
Barack Obama et John McCain ont croisé le fer hier soir dans un deuxième débat très attendu.
Parole aux électeurs ordinaires et angoissés hier soir à Nashville où se déroulait, sur fond de désintégration boursière, le deuxième débat présidentiel entre le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain. Comment vous proposez-vous de nous sortir de la crise? En quoi le plan de sauvetage aidera-t-il l'Américain moyen? Comment peut-on vous faire confiance avec l'argent des contribuables?
De plus en plus distancé dans les sondages à quatre semaines de la présidentielle américaine, tiré vers le bas par la crise économique et sa parenté avec l'administration Bush, le candidat républicain John McCain jouait gros hier soir à l'occasion du débat tenu à l'université Belmont, au Tennessee. Le duel était considéré comme l'une de ses dernières chances de renverser la vapeur. Défi de taille: un sondage Gallup publié hier indiquait que seulement 9 % des répondants étaient satisfaits de l'état dans lequel se trouve le pays. Gallup pose la question depuis 29 ans: c'est le score le plus bas jamais enregistré. Quel est le plus important problème qu'affrontent les État-Unis? Les électeurs ont répondu l'économie dans une proportion de 69 %. Loin derrière, la guerre d'Irak (11 %).
«J'ai un plan, a lancé M. McCain d'entrée de jeu. Élu, j'ordonnerais au secrétaire au Trésor de racheter les prêts immobiliers que les ménages ne parviennent plus à rembourser afin d'éviter les saisies», a-t-il déclaré, non sans qualifier par ailleurs son rival de «libéral ultra dépensier». Un «plan» évalué à quelque 300 milliards $. M. Obama a repris sa formule gagnante, consistant à faire porter le fardeau de la crise financière à une philosophie de déréglementation dont M. McCain a toujours été un tenant. L'un et l'autre ont du reste indiqué qu'ils pourraient choisir comme secrétaire au Trésor le milliardaire Warren Buffett, l'un des hommes les plus riches du monde avec le fondateur de Microsoft, Bill Gates.
À la différence du premier duel organisé le 26 septembre à Oxford, au Mississippi, les questions étaient posées hier par des membres du public et des internautes, sur le mode du «town meeting» dans lequel M. McCain a l'habitude d'exceller. Dans la salle était réuni un auditoire de 80 personnes, composé à parts égales d'indécis, d'électeurs qui penchent pour Obama et d'électeurs penchant pour McCain. La personne dont la question était retenue par le journaliste-modérateur Tom Brokaw, du réseau NBC, la posait elle-même aux candidats.
Acerbe, M. McCain a accusé le candidat démocrate d'être l'un des deux sénateurs à avoir reçu le plus de dons de la part de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants du refinancement hypothécaire dont la chute a accéléré la crise financière. «Il y en a qui se dressent contre ça, il y en a d'autres qui prennent un bonus», a-t-il lancé. Répondant du tac au tac, M. Obama a rappelé que le directeur de campagne de M. McCain, Rick Davis, était un lobbyiste qui a reçu «des milliers de dollars» de Freddie Mac jusqu'à récemment.
On s'attendait à un débat féroce, mais il a été pour l'essentiel poli. Sur les ondes des grands réseaux américains, beaucoup d'observateurs doutaient d'ailleurs à l'issue du débat que M. McCain ait gagné son pari. Un sondage éclair de CNN donnait M. Obama gagnant de l'affrontement par plus de vingt points de pourcentage.
Face à un Barack Obama visiblement de moins en moins facile à intimider en matière de politique étrangère, M. McCain a bien égratigné l'inexpérience de son rival, mais sans faire preuve de la condescendance qui l'a desservi lors du débat à Oxford. Après l'économie, ce sont les soins de santé qui ont le plus retenu l'attention, M. Obama se prononçant clairement en faveur d'une intervention de l'État pour faire en sorte que les dizaines de millions d'Américains qui ne sont pas couverts par une assurance médicale le soient. Voilà bien la preuve, a répliqué M. McCain, qu'un président démocrate se mêlerait de la vie des gens jusque dans les moindres détails.
La carte bleuit
Aussi, la crise économique a continué de radicaliser l'électorat en faveur de Barack Obama. La carte électorale bleuit. Hier, une nouvelle pluie de sondages pré-débat voyaient M. Obama renforcer son avance. Selon le dernier Gallup, Barack Obama est crédité à l'échelle national de 51 % des intentions de vote contre 42% pour John McCain. Le candidat démocrate enregistre ainsi un avantage important sur le plan statistique pour le dixième jour d'affilée. Plus éclairant encore, il mène sensiblement dans toute une série d'États clé, y compris en Ohio, mais aussi en Pennsylvanie, où M. McCain doit l'emporter pour compenser sa décision d'abandonner le terrrain du Michigan à son rival. Si donc l'élection avait eu lieu hier à la place du débat de Nashville, M. Obama aurait été élu président. Pour 60 % des Américains, et quelle que soit leur intention de vote, le sénateur démocrate de l'Illinois remportera l'élection présidentielle, tandis que 37 % pensent que ce sera M. McCain, indiquait hier un autre sondage de la chaîne CNN.
Le débat de Nashville n'aura pas été à l'image du ton très négatif qu'a pris la campagne au cours des derniers jours, de part et d'autre. La colistière républicaine, Sarah Palin, avait donné le ton en affirmant samedi: «Il y a un moment où il est nécessaire de laisser tomber les gants, et ce moment, c'est maintenant!» Mme Palin a notamment accusé le candidat démocrate de «copiner avec les terroristes», référence à ses liens avec l'ancien militant de la gauche radicale Bill Ayers, co-fondateur du groupe Weather Underground ayant commis des attentats dans les années 60.
Une stratégie qui a immédiatement donné lieu à des dérapages. Lundi, au cours d'une réunion publique au Nouveau-Mexique, alors que M. McCain demandait: «Qui est le vrai Obama?», plusieurs personnes ont crié: «Un terroriste», sans que le candidat républicain réagisse. En Floride, au cours d'un meeting de Mme Palin, au moins une personne dans la foule a crié «tuez-le!» quand la candidate à la vice-présidence a cité le nom de M. Obama, rapportaient plusieurs médias américains. Mme Palin n'a pas réagi non plus.
Avant le débat d'hier soir, les candidats à la Maison Blanche se sont férocement affrontés via deux nouveaux clips télévisés, M. Obama reprochant à son adversaire de mener une campagne «diffamatoire» pour éviter de parler de la crise économique, le camp McCain se demandant «qui est Barack Obama?» pour répondre que c'est un «menteur» et un «hypocrite» qui diffuse des pubs «tendancieuses» et «mensongères» concernant le programme du sénateur de l'Arizona sur l'assurance santé ou les recherches sur les cellules souches.
Le débat d'Oxford avait été suivi par 52 millions et demi de téléspectateurs et, selon des sondages, M. Obama en était sorti vainqueur. Près de 70 millions de téléspectateurs ont suivi jeudi dernier le débat entre Sarah Palin et son rival pour la vice-présidence Joe Biden. Difficile d'imaginer que le débat d'hier ait attiré autant de téléspectateurs. Le troisième et dernier débat est prévu mercredi prochain à l'université Hofstra, à Hempstead, près de New York.
***
Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
De plus en plus distancé dans les sondages à quatre semaines de la présidentielle américaine, tiré vers le bas par la crise économique et sa parenté avec l'administration Bush, le candidat républicain John McCain jouait gros hier soir à l'occasion du débat tenu à l'université Belmont, au Tennessee. Le duel était considéré comme l'une de ses dernières chances de renverser la vapeur. Défi de taille: un sondage Gallup publié hier indiquait que seulement 9 % des répondants étaient satisfaits de l'état dans lequel se trouve le pays. Gallup pose la question depuis 29 ans: c'est le score le plus bas jamais enregistré. Quel est le plus important problème qu'affrontent les État-Unis? Les électeurs ont répondu l'économie dans une proportion de 69 %. Loin derrière, la guerre d'Irak (11 %).
«J'ai un plan, a lancé M. McCain d'entrée de jeu. Élu, j'ordonnerais au secrétaire au Trésor de racheter les prêts immobiliers que les ménages ne parviennent plus à rembourser afin d'éviter les saisies», a-t-il déclaré, non sans qualifier par ailleurs son rival de «libéral ultra dépensier». Un «plan» évalué à quelque 300 milliards $. M. Obama a repris sa formule gagnante, consistant à faire porter le fardeau de la crise financière à une philosophie de déréglementation dont M. McCain a toujours été un tenant. L'un et l'autre ont du reste indiqué qu'ils pourraient choisir comme secrétaire au Trésor le milliardaire Warren Buffett, l'un des hommes les plus riches du monde avec le fondateur de Microsoft, Bill Gates.
À la différence du premier duel organisé le 26 septembre à Oxford, au Mississippi, les questions étaient posées hier par des membres du public et des internautes, sur le mode du «town meeting» dans lequel M. McCain a l'habitude d'exceller. Dans la salle était réuni un auditoire de 80 personnes, composé à parts égales d'indécis, d'électeurs qui penchent pour Obama et d'électeurs penchant pour McCain. La personne dont la question était retenue par le journaliste-modérateur Tom Brokaw, du réseau NBC, la posait elle-même aux candidats.
Acerbe, M. McCain a accusé le candidat démocrate d'être l'un des deux sénateurs à avoir reçu le plus de dons de la part de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants du refinancement hypothécaire dont la chute a accéléré la crise financière. «Il y en a qui se dressent contre ça, il y en a d'autres qui prennent un bonus», a-t-il lancé. Répondant du tac au tac, M. Obama a rappelé que le directeur de campagne de M. McCain, Rick Davis, était un lobbyiste qui a reçu «des milliers de dollars» de Freddie Mac jusqu'à récemment.
On s'attendait à un débat féroce, mais il a été pour l'essentiel poli. Sur les ondes des grands réseaux américains, beaucoup d'observateurs doutaient d'ailleurs à l'issue du débat que M. McCain ait gagné son pari. Un sondage éclair de CNN donnait M. Obama gagnant de l'affrontement par plus de vingt points de pourcentage.
Face à un Barack Obama visiblement de moins en moins facile à intimider en matière de politique étrangère, M. McCain a bien égratigné l'inexpérience de son rival, mais sans faire preuve de la condescendance qui l'a desservi lors du débat à Oxford. Après l'économie, ce sont les soins de santé qui ont le plus retenu l'attention, M. Obama se prononçant clairement en faveur d'une intervention de l'État pour faire en sorte que les dizaines de millions d'Américains qui ne sont pas couverts par une assurance médicale le soient. Voilà bien la preuve, a répliqué M. McCain, qu'un président démocrate se mêlerait de la vie des gens jusque dans les moindres détails.
La carte bleuit
Aussi, la crise économique a continué de radicaliser l'électorat en faveur de Barack Obama. La carte électorale bleuit. Hier, une nouvelle pluie de sondages pré-débat voyaient M. Obama renforcer son avance. Selon le dernier Gallup, Barack Obama est crédité à l'échelle national de 51 % des intentions de vote contre 42% pour John McCain. Le candidat démocrate enregistre ainsi un avantage important sur le plan statistique pour le dixième jour d'affilée. Plus éclairant encore, il mène sensiblement dans toute une série d'États clé, y compris en Ohio, mais aussi en Pennsylvanie, où M. McCain doit l'emporter pour compenser sa décision d'abandonner le terrrain du Michigan à son rival. Si donc l'élection avait eu lieu hier à la place du débat de Nashville, M. Obama aurait été élu président. Pour 60 % des Américains, et quelle que soit leur intention de vote, le sénateur démocrate de l'Illinois remportera l'élection présidentielle, tandis que 37 % pensent que ce sera M. McCain, indiquait hier un autre sondage de la chaîne CNN.
Le débat de Nashville n'aura pas été à l'image du ton très négatif qu'a pris la campagne au cours des derniers jours, de part et d'autre. La colistière républicaine, Sarah Palin, avait donné le ton en affirmant samedi: «Il y a un moment où il est nécessaire de laisser tomber les gants, et ce moment, c'est maintenant!» Mme Palin a notamment accusé le candidat démocrate de «copiner avec les terroristes», référence à ses liens avec l'ancien militant de la gauche radicale Bill Ayers, co-fondateur du groupe Weather Underground ayant commis des attentats dans les années 60.
Une stratégie qui a immédiatement donné lieu à des dérapages. Lundi, au cours d'une réunion publique au Nouveau-Mexique, alors que M. McCain demandait: «Qui est le vrai Obama?», plusieurs personnes ont crié: «Un terroriste», sans que le candidat républicain réagisse. En Floride, au cours d'un meeting de Mme Palin, au moins une personne dans la foule a crié «tuez-le!» quand la candidate à la vice-présidence a cité le nom de M. Obama, rapportaient plusieurs médias américains. Mme Palin n'a pas réagi non plus.
Avant le débat d'hier soir, les candidats à la Maison Blanche se sont férocement affrontés via deux nouveaux clips télévisés, M. Obama reprochant à son adversaire de mener une campagne «diffamatoire» pour éviter de parler de la crise économique, le camp McCain se demandant «qui est Barack Obama?» pour répondre que c'est un «menteur» et un «hypocrite» qui diffuse des pubs «tendancieuses» et «mensongères» concernant le programme du sénateur de l'Arizona sur l'assurance santé ou les recherches sur les cellules souches.
Le débat d'Oxford avait été suivi par 52 millions et demi de téléspectateurs et, selon des sondages, M. Obama en était sorti vainqueur. Près de 70 millions de téléspectateurs ont suivi jeudi dernier le débat entre Sarah Palin et son rival pour la vice-présidence Joe Biden. Difficile d'imaginer que le débat d'hier ait attiré autant de téléspectateurs. Le troisième et dernier débat est prévu mercredi prochain à l'université Hofstra, à Hempstead, près de New York.
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Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
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