Crise financière - L'espoir renaît
Photo : Agence Reuters
Le Sénat américain
Les acteurs politiques et économiques des États-Unis ont commencé à regagner l'espoir hier de pouvoir sauver leur plan de sauvetage de 700 milliards $US des institutions financières américaines.
Une version améliorée du projet torpillé par la Chambre des représentants, lundi, a été adoptée hier soir par l'autre chambre du Congrès américain, celle du Sénat. L'ajout d'allégements fiscaux pour les entreprises et les ménages et le relèvement des garanties offertes par le gouvernement aux petits déposants, mais aussi la chute importante des cours boursiers de lundi, ont finalement permis de convaincre les nombreux récalcitrants dans le camp républicain de changer d'avis.
Les sénateurs ont approuvé en soirée la «Loi sur la stabilisation économique d'urgence de 2008» par 74 voix contre 25. Maintenant que cette étape a été franchie, la nouvelle version du plan pourra être présentée à la Chambre des représentants demain matin.
Par voie de communiqué, le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a salué le geste posé par le Sénat, estimant que l'adoption de ce texte «envoie un message positif, [signalant] que nous sommes prêts à protéger l'économie américaine en nous assurant que les Américains aient accès au crédit qui est nécessaire pour créer des emplois et faire marcher les entreprises». «J'appelle la Chambre à agir rapidement pour adopter ce projet de loi», a-t-il ajouté.
Ridiculisé lundi par ses propres troupes, qui ont rejeté un plan que la Maison-Blanche leur avait pourtant enjoint d'appuyer, le président américain George Bush était lui-même revenu personnellement à la charge pour une huitième journée consécutive hier. «Le projet de loi est différent, il a été amélioré et j'ai confiance dans le fait qu'il sera adopté», a-t-il plaidé quelques heures avant la tenue du vote au Sénat. «C'est très important pour nous de voter cette loi afin de stabiliser la situation et qu'elle ne s'aggrave pas, ce qui amènerait nos concitoyens à perdre leur argent et leur emploi.»
Plus tôt dans la journée, le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Fratto, en avait également appelé à la mise en place d'une régulation internationale «meilleure et plus efficace» des marchés financiers.
Les candidats à l'élection présidentielle n'ont pas été en reste en brandissant tous deux le spectre de l'effondrement économique. «Si le projet de loi échoue encore, la crise se transformera en désastre», a prévenu le sénateur républicain John McCain. «Le moment viendra de s'occuper des coupables de tout ce qui s'est passé», a-t-il promis. «Mais notre devoir maintenant est de régler le problème». Le candidat républicain s'est également dit favorable à la mise en place «de nouvelles règles à Wall Street pour mettre fin au délire de la spéculation par des gens qui jouent avec le système».
Le candidat démocrate à l'élection présidentielle, Barack Obama, a estimé pour sa part qu'il serait «catastrophique» qu'un accord ne soit pas rapidement conclu. «Il y aura un temps pour punir ceux qui ont mis le feu, mais pour le moment, il faut se rassembler et éteindre le feu», a-t-il déclaré à son tour.
Des marchés nerveux
Les marchés boursiers se sont montrés extrêmement nerveux toute la journée, les yeux de New York étant tournés vers Washington. Le Dow Jones n'a finalement cédé que 19,59 points (- 0,18 %), à 10 831,07 points, alors que l'indice élargi Standard & Poor's 500 reculait de 5,3 points (-0,45 %), à 1 161,06.
Le rejet du plan de sauvetage de 700 milliards par la Chambre des représentants, par un vote de 205 voix pour et 228 voix contre, dont 133 républicains, a fait souffler un vent de panique sur les investisseurs lundi. Le Dow Jones a perdu d'un coup 7 % et le S&P 500 8,8 %, soit l'équivalent de 1200 milliards de capitalisations boursières envolées en fumée. Le jour suivant, les marchés boursiers sont en partie revenus de leurs émotions avec des remontées du Dow Jones de 4,7 % et du S&P 500 de 5,3 %.
On se montrait relativement confiant, hier, à Washington, de voir les deux Chambres du Congrès adopter la nouvelle mouture du plan de sauvetage du secrétaire au Trésor, Henry Paulson. Le coût de ces améliorations totaliserait 100 milliards, selon le New York Times. Elles comprendraient une série de nouveaux crédits de taxes qui devraient avoir l'heur de plaire aux élus républicains et qui s'adresseraient aux entreprises qui investissent en recherche et développement et dans les énergies renouvelables, ainsi qu'aux familles avec enfants et aux victimes des récentes catastrophes naturelles. On aurait aussi décidé de porter de 100 000 $ à 250 000 $ le plafond de la garantie accordée par le gouvernement aux déposants en cas de faillite de leur banque.
Le plan de sauvetage de 700 milliards doit s'appeler «Loi sur la stabilisation économique d'urgence de 2008». Il vise à racheter avec l'argent des contribuables les créances douteuses, actifs à risques et invendables des institutions financières américaines afin de leur permettre, en retour, de se remettre à jouer leur rôle de prêteuses auprès des entreprises et des ménages. Il arrive après une crise de 14 mois déclenchée par l'éclatement d'une bulle immobilière responsable de l'effondrement des crédits hypothécaires à risque (subprime), mais aussi d'un ensemble plus large d'actifs financiers. Il est pourvu de mécanismes visant à assurer le remboursement de l'argent public engagé, de dispositions pour contenir le nombre de maisons saisies pour défaut de paiement, ainsi que d'un droit de regard sur les salaires des dirigeants des entreprises secourues.
Des élus confiants
Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a déclaré hier que le nouveau plan avait de bonnes chances d'être adopté, à la fois par le Sénat et la Chambre des représentants. «Le moment est désormais venu de travailler non comme des démocrates ou des républicains, mais comme les gardiens de la confiance du public», a-t-il déclaré sur un ton solennel.
Le président du comité sénatorial sur les banques et démocrate Christopher Dodd a dit sentir chez plusieurs membres de la Chambre des représentants la montée d'un sentiment de regret après le vote de rejet de lundi. Le whip du parti républicain à la Chambre, Roy Blunt, a rapporté que la débandade boursière de lundi semblait avoir produit son effet sur les citoyens, qui sont soudainement devenus moins nombreux à se plaindre contre le plan Paulson.
Une rumeur dans les couloirs de Washington disait hier qu'une «compagnie d'assurances majeure» non identifiée était sur le point de faire faillite à son tour. L'histoire avait de quoi faire frémir les élus américains après le sauvetage in extremis de la banque Bear Stern, la nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac, la faillite de Lehman Brothers, la vente à rabais de Merrill Lynch et la prise de contrôle par l'État de l'assureur AIG.
Allô, ici le reste de la Terre
La crise financière américaine ayant des répercussions à la grandeur de la planète, d'autres acteurs sont venus hier de l'étranger ajouter leur grain de sel. Le premier ministre et homme fort de la Russie, Vladimir Poutine, a dénoncé «l'irresponsabilité» du système financier américain en regard de ses conséquences sur l'économie internationale. Le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), Angel Guria, et le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, ont tour à tour appuyé le plan de sauvetage d'Henry Paulson. «Il y a un problème de régulation aux États-Unis, qui crée un problème de confiance, a déclaré le Français. Pour restaurer cette confiance à court terme, il faut des pansements, comme le Plan Paulson.» À moyen et long termes, il s'est dit plutôt favorable à l'instauration «d'une régulation globale du système financier, comme on le fait depuis 60 ans en matière commerciale».
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Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
Une version améliorée du projet torpillé par la Chambre des représentants, lundi, a été adoptée hier soir par l'autre chambre du Congrès américain, celle du Sénat. L'ajout d'allégements fiscaux pour les entreprises et les ménages et le relèvement des garanties offertes par le gouvernement aux petits déposants, mais aussi la chute importante des cours boursiers de lundi, ont finalement permis de convaincre les nombreux récalcitrants dans le camp républicain de changer d'avis.
Les sénateurs ont approuvé en soirée la «Loi sur la stabilisation économique d'urgence de 2008» par 74 voix contre 25. Maintenant que cette étape a été franchie, la nouvelle version du plan pourra être présentée à la Chambre des représentants demain matin.
Par voie de communiqué, le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a salué le geste posé par le Sénat, estimant que l'adoption de ce texte «envoie un message positif, [signalant] que nous sommes prêts à protéger l'économie américaine en nous assurant que les Américains aient accès au crédit qui est nécessaire pour créer des emplois et faire marcher les entreprises». «J'appelle la Chambre à agir rapidement pour adopter ce projet de loi», a-t-il ajouté.
Ridiculisé lundi par ses propres troupes, qui ont rejeté un plan que la Maison-Blanche leur avait pourtant enjoint d'appuyer, le président américain George Bush était lui-même revenu personnellement à la charge pour une huitième journée consécutive hier. «Le projet de loi est différent, il a été amélioré et j'ai confiance dans le fait qu'il sera adopté», a-t-il plaidé quelques heures avant la tenue du vote au Sénat. «C'est très important pour nous de voter cette loi afin de stabiliser la situation et qu'elle ne s'aggrave pas, ce qui amènerait nos concitoyens à perdre leur argent et leur emploi.»
Plus tôt dans la journée, le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Fratto, en avait également appelé à la mise en place d'une régulation internationale «meilleure et plus efficace» des marchés financiers.
Les candidats à l'élection présidentielle n'ont pas été en reste en brandissant tous deux le spectre de l'effondrement économique. «Si le projet de loi échoue encore, la crise se transformera en désastre», a prévenu le sénateur républicain John McCain. «Le moment viendra de s'occuper des coupables de tout ce qui s'est passé», a-t-il promis. «Mais notre devoir maintenant est de régler le problème». Le candidat républicain s'est également dit favorable à la mise en place «de nouvelles règles à Wall Street pour mettre fin au délire de la spéculation par des gens qui jouent avec le système».
Le candidat démocrate à l'élection présidentielle, Barack Obama, a estimé pour sa part qu'il serait «catastrophique» qu'un accord ne soit pas rapidement conclu. «Il y aura un temps pour punir ceux qui ont mis le feu, mais pour le moment, il faut se rassembler et éteindre le feu», a-t-il déclaré à son tour.
Des marchés nerveux
Les marchés boursiers se sont montrés extrêmement nerveux toute la journée, les yeux de New York étant tournés vers Washington. Le Dow Jones n'a finalement cédé que 19,59 points (- 0,18 %), à 10 831,07 points, alors que l'indice élargi Standard & Poor's 500 reculait de 5,3 points (-0,45 %), à 1 161,06.
Le rejet du plan de sauvetage de 700 milliards par la Chambre des représentants, par un vote de 205 voix pour et 228 voix contre, dont 133 républicains, a fait souffler un vent de panique sur les investisseurs lundi. Le Dow Jones a perdu d'un coup 7 % et le S&P 500 8,8 %, soit l'équivalent de 1200 milliards de capitalisations boursières envolées en fumée. Le jour suivant, les marchés boursiers sont en partie revenus de leurs émotions avec des remontées du Dow Jones de 4,7 % et du S&P 500 de 5,3 %.
On se montrait relativement confiant, hier, à Washington, de voir les deux Chambres du Congrès adopter la nouvelle mouture du plan de sauvetage du secrétaire au Trésor, Henry Paulson. Le coût de ces améliorations totaliserait 100 milliards, selon le New York Times. Elles comprendraient une série de nouveaux crédits de taxes qui devraient avoir l'heur de plaire aux élus républicains et qui s'adresseraient aux entreprises qui investissent en recherche et développement et dans les énergies renouvelables, ainsi qu'aux familles avec enfants et aux victimes des récentes catastrophes naturelles. On aurait aussi décidé de porter de 100 000 $ à 250 000 $ le plafond de la garantie accordée par le gouvernement aux déposants en cas de faillite de leur banque.
Le plan de sauvetage de 700 milliards doit s'appeler «Loi sur la stabilisation économique d'urgence de 2008». Il vise à racheter avec l'argent des contribuables les créances douteuses, actifs à risques et invendables des institutions financières américaines afin de leur permettre, en retour, de se remettre à jouer leur rôle de prêteuses auprès des entreprises et des ménages. Il arrive après une crise de 14 mois déclenchée par l'éclatement d'une bulle immobilière responsable de l'effondrement des crédits hypothécaires à risque (subprime), mais aussi d'un ensemble plus large d'actifs financiers. Il est pourvu de mécanismes visant à assurer le remboursement de l'argent public engagé, de dispositions pour contenir le nombre de maisons saisies pour défaut de paiement, ainsi que d'un droit de regard sur les salaires des dirigeants des entreprises secourues.
Des élus confiants
Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a déclaré hier que le nouveau plan avait de bonnes chances d'être adopté, à la fois par le Sénat et la Chambre des représentants. «Le moment est désormais venu de travailler non comme des démocrates ou des républicains, mais comme les gardiens de la confiance du public», a-t-il déclaré sur un ton solennel.
Le président du comité sénatorial sur les banques et démocrate Christopher Dodd a dit sentir chez plusieurs membres de la Chambre des représentants la montée d'un sentiment de regret après le vote de rejet de lundi. Le whip du parti républicain à la Chambre, Roy Blunt, a rapporté que la débandade boursière de lundi semblait avoir produit son effet sur les citoyens, qui sont soudainement devenus moins nombreux à se plaindre contre le plan Paulson.
Une rumeur dans les couloirs de Washington disait hier qu'une «compagnie d'assurances majeure» non identifiée était sur le point de faire faillite à son tour. L'histoire avait de quoi faire frémir les élus américains après le sauvetage in extremis de la banque Bear Stern, la nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac, la faillite de Lehman Brothers, la vente à rabais de Merrill Lynch et la prise de contrôle par l'État de l'assureur AIG.
Allô, ici le reste de la Terre
La crise financière américaine ayant des répercussions à la grandeur de la planète, d'autres acteurs sont venus hier de l'étranger ajouter leur grain de sel. Le premier ministre et homme fort de la Russie, Vladimir Poutine, a dénoncé «l'irresponsabilité» du système financier américain en regard de ses conséquences sur l'économie internationale. Le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), Angel Guria, et le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, ont tour à tour appuyé le plan de sauvetage d'Henry Paulson. «Il y a un problème de régulation aux États-Unis, qui crée un problème de confiance, a déclaré le Français. Pour restaurer cette confiance à court terme, il faut des pansements, comme le Plan Paulson.» À moyen et long termes, il s'est dit plutôt favorable à l'instauration «d'une régulation globale du système financier, comme on le fait depuis 60 ans en matière commerciale».
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Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
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