Le bagarreur contre le professeur
Photo : Agence France-Presse
Le républicain John McCain est passé à l'attaque, et de façon souvent cinglante, contre le démocrate Barack Obama dans le cadre du premier débat présidentiel télévisé qui se tenait hier soir à l'Université du Mississippi, à Oxford, dans le nord de l'État.
Moment fort de la campagne qui culminera, dans 38 jours, avec le scrutin présidentiel du 4 novembre. Thèmes imposés du duel de 90 minutes: la politique étrangère et la sécurité nationale. Mais tout le monde s'attendait, vu la crise financière et immobilière aux États-Unis, à ce que les questions économiques y soient abordées.
La stratégie de McCain était limpide: s'agissant de l'Irak, de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Iran ou de la Russie, le candidat républicain à la présidence a multiplié les phrases assassines, affirmant à répétition que son adversaire était «naïf» et qu'«il ne comprenait pas». Avec le résultat que le candidat démocrate, maîtrisant par ailleurs ses dossiers, a souvent paru sur la défensive. De dire M. McCain en fin de duel: le sénateur de l'Illinois «n'a ni l'expérience ni le jugement nécessaire» pour devenir président.
M. Obama avait pourtant ouvert le débat en tirant les premières salves au sujet de la crise économique: «Nous devons reconnaître que cette crise est le point final de huit ans d'une politique économique erronée conduite par George W. Bush et soutenue par le sénateur McCain», a-t-il déclaré. Interrogé pour savoir s'il comptait voter en faveur du plan de sauvetage du système financier, M. McCain a répondu: «J'espère.» M. Obama a rétorqué: «Nous n'avions pas encore entendu ça.»
C'est sur le terrain de l'économie que M. Obama s'est montré le plus sûr de lui. M. McCain se présentant comme un champion du contrôle des dépenses et de la lutte contre la corruption gouvernementale et financière, le démocrate lui a répliqué: «Que le sénateur McCain se présente comme un tenant du contrôle des dépenses est difficile à avaler compte tenu de l'orgie de dépenses et de déficits qui s'est produite sous les républicains.»
Ces débats sont toujours, au moins en partie, un dialogue de sourds. M. Obama a promis, une fois de plus, de réduire les taxes de 90 % des contribuables américains. M. McCain l'a accusé de vouloir gaspiller les fonds publics. Globalement, le débat a mis en évidence leurs différences sur le rôle de l'État, notamment en matière de soins de santé.
M. McCain a été le plus vociférant quand le débat est passé aux questions de politiques étrangères, dont il a une longue expérience. Il multipliait les sourires narquois pendant que son adversaire, moins agressif, avait la parole. Comment les électeurs en jugeront-ils?
Par exemple, M. Obama s'est dit prêt à des frappes militaires ciblées au Pakistan contre des terroristes, avec ou sans l'autorisation d'Islamabad. «Si les États-Unis ont al-Qaïda, Ben Laden, ou ses lieutenants dans leur viseur, et si le Pakistan ne veut pas ou est incapable d'agir, alors nous devrions les éliminer», a déclaré M. Obama. John McCain a estimé que de lancer ce genre de menaces publiquement, «ça ne se faisait pas».
Comme il a ridiculisé l'idée soutenue par M. Obama d'ouvrir le dialogue avec l'Iran. Vrai que les États-Unis ne pouvaient tolérer un Iran doté de l'arme nucléaire, a dit le démocrate, mais «nous devons aussi nous lancer dans une diplomatie ferme et directe avec l'Iran». M. McCain a raillé la «naïveté» de M. Obama, affirmant qu'être prêt à rencontrer le président d'un État comme l'Iran, c'était donner une légitimité à ses propos. Il a notamment rappelé que Mahmoud Ahmadinejad avait promis à plusieurs reprises «de rayer Israël de la carte». Et d'ajouter: «Nous ne pouvons permettre un second holocauste.»
Le sénateur de l'Arizona a accusé son rival «d'avoir voté une chose incroyable: couper les fonds aux soldats en Irak et en Afghanistan», alors que «nous gagnons en Irak». Le sénateur McCain «a absolument raison, la violence a diminué en Irak», a concédé M. Obama en portant ce crédit à «la performance brillante» des soldats américains. Mais, s'est-il empressé d'ajouter, «John, c'est comme si vous prétendiez que la guerre a commencé en 2007... Vous avez eu tort, vous avez eu tort. La guerre en Irak n'était pas justifiée», a dit M. Obama.
«Je crains que le sénateur Obama ne comprenne pas la différence entre la tactique et la stratégie», a répondu l'ancien prisonnier de guerre.
John McCain aura tergiversé pendant 48 heures avant de se résoudre à affronter son rival démocrate à Oxford: le candidat républicain, qui souhaitait un report du rendez-vous pour cause de crise financière, a finalement confirmé sa présence à quelques heures du face-à-face.
«Après le débat, il retournera à Washington pour s'assurer que toutes les voix et les intérêts sont représentés [dans l'accord de sauvetage de 700 milliards $], particulièrement en ce qui concerne les contribuables et les propriétaires de maison», a souligné son équipe de campagne. Il n'est pas impossible, a indiqué de son côté le clan Obama, que le candidat démocrate retourne lui aussi rapidement à Washington.
Dans un mémo distribué préalablement par le camp démocrate et destiné à grossir le défi que représentait le débat pour M. McCain, M. Obama s'est présenté comme l'outsider face à M. McCain dont «l'aire d'expertise» sont les affaires internationales. «Compte tenu de sa piètre performance cette semaine, il a désespérément besoin de gagner ce débat haut la main», faisait-on valoir hier dans le camp du candidat démocrate, qui semble par ailleurs avoir repris l'avantage dans les sondages des dernières semaines, à la faveur de la crise financière.
Deux autres débats entre MM. Obama et McCain sont prévus les 7 et 15 octobre, à Nashville (Tennessee) et à Hempstead (État de New York). Les candidats à la vice-présidence, Joe Biden et Sarah Palin, seront quant à eux face à face, jeudi prochain, le 2 octobre, à l'occasion de leur unique débat télévisé.
En 2004, plus de 62 millions de téléspectateurs avaient regardé le premier débat entre George W. Bush et John Kerry. Étant donné la nature historique de la course McCain-Obama, on s'attendait à ce que les cotes d'écoute soient encore plus élevées. Le débat d'hier soir intervenait 48 ans, jour pour jour, après le premier débat télévisé de l'histoire américaine, qui a opposé le jeune sénateur John Kennedy à Richard Nixon, alors vice-président des États-Unis. Un débat qui a mis en évidence la jeunesse et le dynamisme de JFK et qui l'a conduit à la victoire.
Les débats télévisés ont le pouvoir de faire ou défaire une campagne. Pour le meilleur et pour le pire, l'impression que dégage un candidat est au moins aussi importante que ce qu'il raconte. En 1980, c'est grâce aux débats que Ronald Reagan avait passé le test du candidat présidentiable et qu'il avait battu Jimmy Carter. Quatre ans plus tard, il rivait son clou à son rival, Walter Mondale, à propros de son âge avancé (il avait 74 ans) en lui décochant: «Je n'exploiterai pas à des fins politiques la jeunesse et l'inexpérience de mon adversaire.»
En 1992, Bush père a regardé sa montre pendant un débat avec Bill Clinton, ajoutant à l'impression qu'il était indifférent au sort des Américains ordinaires.
Le débat d'hier était le point d'orgue d'une semaine politique abracadabrante: tout en réclamant un report du débat, ce que M. Obama lui a refusé, M. McCain avait brusquement décidé mercredi de suspendre sa campagne pour se rendre à Washington dans le but de se rendre utile au règlement de la crise qui secoue le système financier américain.
Les deux candidats se sont retrouvés à la Maison-Blanche, le lendemain, à l'initiative du président George W. Bush. Plusieurs médias américains rapportaient hier qu'après avoir ostensiblement insisté pour se rendre dans la capitale, M. McCain était resté silencieux pendant une quarantaine de minutes au cours de la réunion d'urgence, avant de tenir de vagues propos sur le plan de sauvetage de 700 milliards $, selon le New York Times.
Une nouveauté Internet accompagne cette année les débats: MySpace a mis sur pied un site, MyDebate.org, doté d'outils interactifs permettant aux internautes fanatiques de la chose de revoir et de réentendre les réponses des candidats.
Moment fort de la campagne qui culminera, dans 38 jours, avec le scrutin présidentiel du 4 novembre. Thèmes imposés du duel de 90 minutes: la politique étrangère et la sécurité nationale. Mais tout le monde s'attendait, vu la crise financière et immobilière aux États-Unis, à ce que les questions économiques y soient abordées.
La stratégie de McCain était limpide: s'agissant de l'Irak, de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Iran ou de la Russie, le candidat républicain à la présidence a multiplié les phrases assassines, affirmant à répétition que son adversaire était «naïf» et qu'«il ne comprenait pas». Avec le résultat que le candidat démocrate, maîtrisant par ailleurs ses dossiers, a souvent paru sur la défensive. De dire M. McCain en fin de duel: le sénateur de l'Illinois «n'a ni l'expérience ni le jugement nécessaire» pour devenir président.
M. Obama avait pourtant ouvert le débat en tirant les premières salves au sujet de la crise économique: «Nous devons reconnaître que cette crise est le point final de huit ans d'une politique économique erronée conduite par George W. Bush et soutenue par le sénateur McCain», a-t-il déclaré. Interrogé pour savoir s'il comptait voter en faveur du plan de sauvetage du système financier, M. McCain a répondu: «J'espère.» M. Obama a rétorqué: «Nous n'avions pas encore entendu ça.»
C'est sur le terrain de l'économie que M. Obama s'est montré le plus sûr de lui. M. McCain se présentant comme un champion du contrôle des dépenses et de la lutte contre la corruption gouvernementale et financière, le démocrate lui a répliqué: «Que le sénateur McCain se présente comme un tenant du contrôle des dépenses est difficile à avaler compte tenu de l'orgie de dépenses et de déficits qui s'est produite sous les républicains.»
Ces débats sont toujours, au moins en partie, un dialogue de sourds. M. Obama a promis, une fois de plus, de réduire les taxes de 90 % des contribuables américains. M. McCain l'a accusé de vouloir gaspiller les fonds publics. Globalement, le débat a mis en évidence leurs différences sur le rôle de l'État, notamment en matière de soins de santé.
M. McCain a été le plus vociférant quand le débat est passé aux questions de politiques étrangères, dont il a une longue expérience. Il multipliait les sourires narquois pendant que son adversaire, moins agressif, avait la parole. Comment les électeurs en jugeront-ils?
Par exemple, M. Obama s'est dit prêt à des frappes militaires ciblées au Pakistan contre des terroristes, avec ou sans l'autorisation d'Islamabad. «Si les États-Unis ont al-Qaïda, Ben Laden, ou ses lieutenants dans leur viseur, et si le Pakistan ne veut pas ou est incapable d'agir, alors nous devrions les éliminer», a déclaré M. Obama. John McCain a estimé que de lancer ce genre de menaces publiquement, «ça ne se faisait pas».
Comme il a ridiculisé l'idée soutenue par M. Obama d'ouvrir le dialogue avec l'Iran. Vrai que les États-Unis ne pouvaient tolérer un Iran doté de l'arme nucléaire, a dit le démocrate, mais «nous devons aussi nous lancer dans une diplomatie ferme et directe avec l'Iran». M. McCain a raillé la «naïveté» de M. Obama, affirmant qu'être prêt à rencontrer le président d'un État comme l'Iran, c'était donner une légitimité à ses propos. Il a notamment rappelé que Mahmoud Ahmadinejad avait promis à plusieurs reprises «de rayer Israël de la carte». Et d'ajouter: «Nous ne pouvons permettre un second holocauste.»
Le sénateur de l'Arizona a accusé son rival «d'avoir voté une chose incroyable: couper les fonds aux soldats en Irak et en Afghanistan», alors que «nous gagnons en Irak». Le sénateur McCain «a absolument raison, la violence a diminué en Irak», a concédé M. Obama en portant ce crédit à «la performance brillante» des soldats américains. Mais, s'est-il empressé d'ajouter, «John, c'est comme si vous prétendiez que la guerre a commencé en 2007... Vous avez eu tort, vous avez eu tort. La guerre en Irak n'était pas justifiée», a dit M. Obama.
«Je crains que le sénateur Obama ne comprenne pas la différence entre la tactique et la stratégie», a répondu l'ancien prisonnier de guerre.
John McCain aura tergiversé pendant 48 heures avant de se résoudre à affronter son rival démocrate à Oxford: le candidat républicain, qui souhaitait un report du rendez-vous pour cause de crise financière, a finalement confirmé sa présence à quelques heures du face-à-face.
«Après le débat, il retournera à Washington pour s'assurer que toutes les voix et les intérêts sont représentés [dans l'accord de sauvetage de 700 milliards $], particulièrement en ce qui concerne les contribuables et les propriétaires de maison», a souligné son équipe de campagne. Il n'est pas impossible, a indiqué de son côté le clan Obama, que le candidat démocrate retourne lui aussi rapidement à Washington.
Dans un mémo distribué préalablement par le camp démocrate et destiné à grossir le défi que représentait le débat pour M. McCain, M. Obama s'est présenté comme l'outsider face à M. McCain dont «l'aire d'expertise» sont les affaires internationales. «Compte tenu de sa piètre performance cette semaine, il a désespérément besoin de gagner ce débat haut la main», faisait-on valoir hier dans le camp du candidat démocrate, qui semble par ailleurs avoir repris l'avantage dans les sondages des dernières semaines, à la faveur de la crise financière.
Deux autres débats entre MM. Obama et McCain sont prévus les 7 et 15 octobre, à Nashville (Tennessee) et à Hempstead (État de New York). Les candidats à la vice-présidence, Joe Biden et Sarah Palin, seront quant à eux face à face, jeudi prochain, le 2 octobre, à l'occasion de leur unique débat télévisé.
En 2004, plus de 62 millions de téléspectateurs avaient regardé le premier débat entre George W. Bush et John Kerry. Étant donné la nature historique de la course McCain-Obama, on s'attendait à ce que les cotes d'écoute soient encore plus élevées. Le débat d'hier soir intervenait 48 ans, jour pour jour, après le premier débat télévisé de l'histoire américaine, qui a opposé le jeune sénateur John Kennedy à Richard Nixon, alors vice-président des États-Unis. Un débat qui a mis en évidence la jeunesse et le dynamisme de JFK et qui l'a conduit à la victoire.
Les débats télévisés ont le pouvoir de faire ou défaire une campagne. Pour le meilleur et pour le pire, l'impression que dégage un candidat est au moins aussi importante que ce qu'il raconte. En 1980, c'est grâce aux débats que Ronald Reagan avait passé le test du candidat présidentiable et qu'il avait battu Jimmy Carter. Quatre ans plus tard, il rivait son clou à son rival, Walter Mondale, à propros de son âge avancé (il avait 74 ans) en lui décochant: «Je n'exploiterai pas à des fins politiques la jeunesse et l'inexpérience de mon adversaire.»
En 1992, Bush père a regardé sa montre pendant un débat avec Bill Clinton, ajoutant à l'impression qu'il était indifférent au sort des Américains ordinaires.
Le débat d'hier était le point d'orgue d'une semaine politique abracadabrante: tout en réclamant un report du débat, ce que M. Obama lui a refusé, M. McCain avait brusquement décidé mercredi de suspendre sa campagne pour se rendre à Washington dans le but de se rendre utile au règlement de la crise qui secoue le système financier américain.
Les deux candidats se sont retrouvés à la Maison-Blanche, le lendemain, à l'initiative du président George W. Bush. Plusieurs médias américains rapportaient hier qu'après avoir ostensiblement insisté pour se rendre dans la capitale, M. McCain était resté silencieux pendant une quarantaine de minutes au cours de la réunion d'urgence, avant de tenir de vagues propos sur le plan de sauvetage de 700 milliards $, selon le New York Times.
Une nouveauté Internet accompagne cette année les débats: MySpace a mis sur pied un site, MyDebate.org, doté d'outils interactifs permettant aux internautes fanatiques de la chose de revoir et de réentendre les réponses des candidats.
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