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Le bagarreur contre le professeur

Guy Taillefer   27 septembre 2008  États-Unis
Photo : Agence France-Presse
Le républicain John McCain est passé à l'attaque, et de façon souvent cinglante, contre le démocrate Barack Obama dans le cadre du premier débat présidentiel télévisé qui se tenait hier soir à l'Université du Mississippi, à Oxford, dans le nord de l'État.

Moment fort de la campagne qui culminera, dans 38 jours, avec le scrutin présidentiel du 4 novembre. Thèmes imposés du duel de 90 minutes: la politique étrangère et la sécurité nationale. Mais tout le monde s'attendait, vu la crise financière et immobilière aux États-Unis, à ce que les questions économiques y soient abordées.

La stratégie de McCain était limpide: s'agissant de l'Irak, de l'Afghanistan, du Pakistan, de l'Iran ou de la Russie, le candidat républicain à la présidence a multiplié les phrases assassines, affirmant à répétition que son adversaire était «naïf» et qu'«il ne comprenait pas». Avec le résultat que le candidat démocrate, maîtrisant par ailleurs ses dossiers, a souvent paru sur la défensive. De dire M. McCain en fin de duel: le sénateur de l'Illinois «n'a ni l'expérience ni le jugement nécessaire» pour devenir président.

M. Obama avait pourtant ouvert le débat en tirant les premières salves au sujet de la crise économique: «Nous devons reconnaître que cette crise est le point final de huit ans d'une politique économique erronée conduite par George W. Bush et soutenue par le sénateur McCain», a-t-il déclaré. Interrogé pour savoir s'il comptait voter en faveur du plan de sauvetage du système financier, M. McCain a répondu: «J'espère.» M. Obama a rétorqué: «Nous n'avions pas encore entendu ça.»

C'est sur le terrain de l'économie que M. Obama s'est montré le plus sûr de lui. M. McCain se présentant comme un champion du contrôle des dépenses et de la lutte contre la corruption gouvernementale et financière, le démocrate lui a répliqué: «Que le sénateur McCain se présente comme un tenant du contrôle des dépenses est difficile à avaler compte tenu de l'orgie de dépenses et de déficits qui s'est produite sous les républicains.»

Ces débats sont toujours, au moins en partie, un dialogue de sourds. M. Obama a promis, une fois de plus, de réduire les taxes de 90 % des contribuables américains. M. McCain l'a accusé de vouloir gaspiller les fonds publics. Globalement, le débat a mis en évidence leurs différences sur le rôle de l'État, notamment en matière de soins de santé.

M. McCain a été le plus vociférant quand le débat est passé aux questions de politiques étrangères, dont il a une longue expérience. Il multipliait les sourires narquois pendant que son adversaire, moins agressif, avait la parole. Comment les électeurs en jugeront-ils?

Par exemple, M. Obama s'est dit prêt à des frappes militaires ciblées au Pakistan contre des terroristes, avec ou sans l'autorisation d'Islamabad. «Si les États-Unis ont al-Qaïda, Ben Laden, ou ses lieutenants dans leur viseur, et si le Pakistan ne veut pas ou est incapable d'agir, alors nous devrions les éliminer», a déclaré M. Obama. John McCain a estimé que de lancer ce genre de menaces publiquement, «ça ne se faisait pas».

Comme il a ridiculisé l'idée soutenue par M. Obama d'ouvrir le dialogue avec l'Iran. Vrai que les États-Unis ne pouvaient tolérer un Iran doté de l'arme nucléaire, a dit le démocrate, mais «nous devons aussi nous lancer dans une diplomatie ferme et directe avec l'Iran». M. McCain a raillé la «naïveté» de M. Obama, affirmant qu'être prêt à rencontrer le président d'un État comme l'Iran, c'était donner une légitimité à ses propos. Il a notamment rappelé que Mahmoud Ahmadinejad avait promis à plusieurs reprises «de rayer Israël de la carte». Et d'ajouter: «Nous ne pouvons permettre un second holocauste.»

Le sénateur de l'Arizona a accusé son rival «d'avoir voté une chose incroyable: couper les fonds aux soldats en Irak et en Afghanistan», alors que «nous gagnons en Irak». Le sénateur McCain «a absolument raison, la violence a diminué en Irak», a concédé M. Obama en portant ce crédit à «la performance brillante» des soldats américains. Mais, s'est-il empressé d'ajouter, «John, c'est comme si vous prétendiez que la guerre a commencé en 2007... Vous avez eu tort, vous avez eu tort. La guerre en Irak n'était pas justifiée», a dit M. Obama.

«Je crains que le sénateur Obama ne comprenne pas la différence entre la tactique et la stratégie», a répondu l'ancien prisonnier de guerre.

John McCain aura tergiversé pendant 48 heures avant de se résoudre à affronter son rival démocrate à Oxford: le candidat républicain, qui souhaitait un report du rendez-vous pour cause de crise financière, a finalement confirmé sa présence à quelques heures du face-à-face.

«Après le débat, il retournera à Washington pour s'assurer que toutes les voix et les intérêts sont représentés [dans l'accord de sauvetage de 700 milliards $], particulièrement en ce qui concerne les contribuables et les propriétaires de maison», a souligné son équipe de campagne. Il n'est pas impossible, a indiqué de son côté le clan Obama, que le candidat démocrate retourne lui aussi rapidement à Washington.

Dans un mémo distribué préalablement par le camp démocrate et destiné à grossir le défi que représentait le débat pour M. McCain, M. Obama s'est présenté comme l'outsider face à M. McCain dont «l'aire d'expertise» sont les affaires internationales. «Compte tenu de sa piètre performance cette semaine, il a désespérément besoin de gagner ce débat haut la main», faisait-on valoir hier dans le camp du candidat démocrate, qui semble par ailleurs avoir repris l'avantage dans les sondages des dernières semaines, à la faveur de la crise financière.

Deux autres débats entre MM. Obama et McCain sont prévus les 7 et 15 octobre, à Nashville (Tennessee) et à Hempstead (État de New York). Les candidats à la vice-présidence, Joe Biden et Sarah Palin, seront quant à eux face à face, jeudi prochain, le 2 octobre, à l'occasion de leur unique débat télévisé.

En 2004, plus de 62 millions de téléspectateurs avaient regardé le premier débat entre George W. Bush et John Kerry. Étant donné la nature historique de la course McCain-Obama, on s'attendait à ce que les cotes d'écoute soient encore plus élevées. Le débat d'hier soir intervenait 48 ans, jour pour jour, après le premier débat télévisé de l'histoire américaine, qui a opposé le jeune sénateur John Kennedy à Richard Nixon, alors vice-président des États-Unis. Un débat qui a mis en évidence la jeunesse et le dynamisme de JFK et qui l'a conduit à la victoire.

Les débats télévisés ont le pouvoir de faire ou défaire une campagne. Pour le meilleur et pour le pire, l'impression que dégage un candidat est au moins aussi importante que ce qu'il raconte. En 1980, c'est grâce aux débats que Ronald Reagan avait passé le test du candidat présidentiable et qu'il avait battu Jimmy Carter. Quatre ans plus tard, il rivait son clou à son rival, Walter Mondale, à propros de son âge avancé (il avait 74 ans) en lui décochant: «Je n'exploiterai pas à des fins politiques la jeunesse et l'inexpérience de mon adversaire.»

En 1992, Bush père a regardé sa montre pendant un débat avec Bill Clinton, ajoutant à l'impression qu'il était indifférent au sort des Américains ordinaires.

Le débat d'hier était le point d'orgue d'une semaine politique abracadabrante: tout en réclamant un report du débat, ce que M. Obama lui a refusé, M. McCain avait brusquement décidé mercredi de suspendre sa campagne pour se rendre à Washington dans le but de se rendre utile au règlement de la crise qui secoue le système financier américain.

Les deux candidats se sont retrouvés à la Maison-Blanche, le lendemain, à l'initiative du président George W. Bush. Plusieurs médias américains rapportaient hier qu'après avoir ostensiblement insisté pour se rendre dans la capitale, M. McCain était resté silencieux pendant une quarantaine de minutes au cours de la réunion d'urgence, avant de tenir de vagues propos sur le plan de sauvetage de 700 milliards $, selon le New York Times.

Une nouveauté Internet accompagne cette année les débats: MySpace a mis sur pied un site, MyDebate.org, doté d'outils interactifs permettant aux internautes fanatiques de la chose de revoir et de réentendre les réponses des candidats.






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 27 septembre 2008 08h11
    Frappes, frappes et frappes
    « Nos voisins américains des 2 grands partis, principalement, le républicain, pensent, dur comme fer, que les conflits incluant le terrorisme se règlent à coup de frappes militaires. Frappes en Irak, frappes en Afghanistan, frappes, au Pakistan, frappes en Iran, frappes en Corée du nord etc...Ils ne réfléchissent pas trop aux raisons qui ont causé la situation de conflit, ils pensent seulement à leurs dénouements et ça recommence ailleurs.

    Quand un peuple et/ou un pays est assez haï, il serait mieux de se demander pourquoi et tenter de corriger les problèmes trouvés à la place de frapper, frapper et frapper. Ça n'est pas recommandé entre conjoints ou voisins, ce n'est pas plus souhaitable entre pays ou avec les terroristes. Les Allemands ont été longtemps sans comprendre ça, maintenant c'est Israël et les États-Unis à ne pas comprendre ce qui leur arrive. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    samedi 27 septembre 2008 08h43
    Expert...
    « Nous n'avons pas vu le meme debat. Dire que McCain est un «expert» en affaires internationales prouve que vous l'avez mal ecoute. Il reprend les meme popos dans les memes perspectives que Bush et ses amis conservateurs. Ce n'est pas etre expert dans ces affaires internationales lorsqu'on confond realite et mensonge ou alors vous dites d'une autre facon que Bush l'est aussi, expert. Article convenu. »

  • GJacques
    Abonné
    samedi 27 septembre 2008 09h32
    Y aurait-il un gagnant?
    « J'ai eu l'impression que le candidat McCain s'est comporté comme un ours mal léché. Le candidat Obama avait des réponses réfléchies et rapportait des faits alors que le candidat McCain servait plutôt des leçons, des remarques condescendantes. McCain a terminé avec sa libération lors de la guerre du Vietnam, croyant probablement que la détention prépare infailliblement à la présidence. McCain s'oppose à la diplomatie et semble toujours préférer l'intervention militaire. Je suis certain que le candidat McCain fut jadis un très bon soldat, mais est-ce que les Etats-Unis d'Amérique ont besoin d'un autre cowboy ? La candidate républicaine à la vice-présidence est entièrement alignée sur les politiques du candidat McCain et encore une fois hier soir, elle s'est faite très discrète. N'aurait-il pas été rassurant pour les États-Uniens de voir la candidate Palin prendre la relève de la campagne alors que son colistier devait se rendre à Washington ? N'est-elle pas la personne qui devra, à pied levé, prendre la relève du président si jamais un malheur devait lui arriver ? N'est-elle pas la personne que le candidat McCain a décrit comme étant très qualifiée et capable de devenir présidente des États-Unis d'Amérique ? J'ai été surpris de constater qu'après le débat, des gens quittaient la salle en disant : « Je suis républicain et maintenant je suis certain que je vais voter McCain !» Si ce débat a convaincu irrémédiablement des électeurs à faire le choix McCain, il faut donc en venir à la conclusion que leur vote n'est pas un geste réfléchi, mais comme le fait si bien le candidat McCain, une réaction impulsive... »

  • François Desmarais
    Inscrit
    samedi 27 septembre 2008 10h38
    Avantage McCain
    « Bien que ce genre de débat politique déclare rarement un gagnant, l'avantage va à McCain. Le cas évoqué de l'Iran a montré que le Sénateur de l'Illinois ne comprend pas ce qu'implique la diplomatie. Favorisant un dialogue avec les partenaire européens (Avec la France et l'Allemagne, entre autres, qui se sont montrés encore plus actifs et fermes vis-à-vis de l'Iran), McCain a montré l'absurdité de la solution proposée par Obama. Vouloir légitimiser un régime autoritaire comme l'Iran par une rencontre directe, sans pré-conditions, c'est irresponsable! »

  • Raoul Larocque
    Abonné
    samedi 27 septembre 2008 11h13
    L'empire
    « Je ne peux qu'abonder dans le sens du texte de Gilles Bousquet concernant les réflexes des États-Uniens qui se croient tous investis du rôle de gérer la planète, surtout en tapant sur les moins forts. On appelle ça le syndrome du «Bully». On n'a qu'à revoir ce que disait le Président McKinley en 1897, affirmant que les USA étaient un empire et qu'il fallait que se conduire comme tel.Bel énoncé pour un président élu d'une république. Plus tard en Iran, après la 2ième guerre, quand Mossadegh, Premier-ministre, a eu le front de nationaliser le pétrole, il n'aura fallu que quelques mois à la CIA pour le dégommer et recontinua comme avant. Et ils se demandent pourquoi la moitié de la planète les déteste cordialement.
    J'espérais que Obama, compte tenu de sa provenance aurait été un peu plus intelligent. Il semblerait que non.
    Raoul Larocque »

  • Denyse Lamothe
    Abonnée
    samedi 27 septembre 2008 11h44
    Le ton des protagonistes
    « Dans ce débat, indépendamment du contenu mais surtout au moment du thème des affaires internationales, McCain a donné une impression de faiblesse à côté d'Obama : une voix basse sur le ton d'une affaire entendue qu'il un est un peu fatiguant de répéter, sa physionomie reflétant même une attitude d'excuse envers un public qu'il ne quittait pas des yeux d'avoir à répéter des évidences.

    De son côté, Obama a cherché à plusieurs reprises à engager le débat directement avec son opposant, sa voix était calme et claire et il n'hésitait pas à développer ses arguments comme s'il s'adressait à un public intéressé et curieux. Dommage qu'il ait donné un peu trop souvent raison à McCain. »

  • Francis Therrien
    Inscrit
    samedi 27 septembre 2008 11h53
    Le vieux maveric jingoiste
    « J'ai regardé le débat hier sur les ondes de CNN et John McCain n'est jamais passé en attaque, rien de valable du moins pour quiconque capable d'apprécier la valeur d'un argument. Les "attaques cinglantes" de McCain consistaient à caricaturer les positions d'Obama qui s'en cesse a dût rétablir les faits derrières les distortions. Plutôt dommage de sombrer dans une telle démagogie surtout lorsque la question de la sécurité nationale est sensé être son atout le plus fort. Cette perception, il faudra s'en rendre compte, n'est rien d'autre qu'une invention de la "noise machine" républicaine. La question de l'Iran en est un bon exemple. McCain accuse Obama d'être naïf et se moque d'Obama en lui disant à peu près :"(...)vous allez inviter Ahmadinejad et vous aller lui dire quoi? Il faut des pré-requis pour qu'une telle rencontre se fasse(...)". Ce à quoi Obama répond qu'Ahmadinejad n'est pas l'homme le plus puissant d'Iran et qu'ils devront bien trouver quelqu'un à qui parler puisse qu'ils n'ont plus la capacité d'agir militairement comme ils le veulent. Pour y arriver, ils devront regagner l'appuis de la France et de l'Allemagne ainsi que la Chine et la Russie, perspective que McCain ne semble pas vouloir adopter selon Obama. Aussi, les États-Unis ne peuvent pas non plus fixer un ultimatum qui rendrait nil le besoin même d'une rencontre diplomatique (j'ai tout de suite pensé à Condolezza qui disait vouloir rencontrer Ahmadinejad pour discuter de la question nucléaire seulement si ce dernier garantissait l'arrêt complet de la production nucléaire Iranienne, imaginez-vous). Obama souligne aussi que McCain a déjà dit ne pas vouloir discuter avec l'Espagne, un ami de l'Otan! Je le répète, la supposée expérience supérieure de McCain sur les questions internationales relève de la mise en marché, de la propagande. Il est clair que Obama était largement supérieur tant dans sa clarté que dans la cohérence de ses propos, reste à savoir si les votes changeront pour autant. »

  • Danielle Roy
    Inscrite
    samedi 27 septembre 2008 14h29
    Obama: calibre nettement supérieur!
    « Je suis vraiment étonnée, de même que mes amis, d'entendre les journalistes parler de la bonne performance de Mc Cain dans le débat d'hier. Mon impression est totalement différente. Sa prétendue expertise dans les affaires internationales n'est pour moi qu'une rhétorique trop longtemps entendue et qui a participé à nous amener dans le gâchi actuel en Irak. Son ton condescendant face à Obama détonnait et était inadmissible.
    À mon avis Obama est d'un calibre nettement supérieur: clarté, perspective globale, compréhension pouvant même admettre les éléments positifs du point de vue de McCain. Il est dans une logique complètement différente et que l'on espérerait trouver plus souvent. Il est le seul à avoir mis de l'avant: négociations lors de conflits, capacité de tenir compte du passé dans l'analyse des problèmes actuels, préocupation au niveau de l'éducation et des soins de santé, préoccupation de la perception du monde sur la politique américaine contribuant à envenimer les situations. Nous avons là un homme d'une qualité que l'on retrouve peu. Il n'a pas encore d'expérience, peut-être, mais je préfère cela à une expérience désuète et tellement partielle. Je souhaiterais bien avoir des candidats de l'envergure de Barack Obama au Canada.
    Danielle Roy »

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