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Petit dénominateur

Guy Taillefer   15 septembre 2008  États-Unis
Vent de panique dans le camp Obama devant l'effet Sarah Palin. Joseph Biden, candidat démocrate à la vice-présidence, a poussé le désarroi jusqu'à laisser publiquement échapper, jeudi dernier, qu'il aurait peut-être mieux valu que Barack Obama choisisse Hillary Clinton comme colistière. Belle bourde et bel aveu. L'art consommé de la guerre électorale dont a usé l'équipe McCain pour faire scintiller l'imaginaire politique américain autour du «pitbull» Sarah a complètement pris de court les démocrates et volé à M. Obama la promesse de changement qui lui a donné ses ailes.

On s'en désolerait moins si, en ce début de la dernière ligne droite de la course présidentielle, le débat politique n'avait touché en parallèle les fonds de l'insignifiance. En lieu et place des enjeux pourtant importants que sont la crise économique et l'accès à la santé et à l'éducation, le clan McCain a trop facilement fait courir des mensonges au sujet de M. Obama — s'agissant d'insinuer qu'il était favorable à l'idée de donner des cours d'éducation sexuelle aux enfants des garderies et qu'il avait été sexiste à l'égard de Mme Palin pour avoir décrit la plateforme républicaine comme «un porc avec du rouge à lèvres».

Procédé retors, mais ô combien éprouvé. Avec le résultat que les sondages, ce qui ne manque pas d'affliger, ont donné de l'allant au ticket McCain-Palin, y compris parmi les électrices. Qu'importe si le nouveau programme républicain est encore plus conservateur qu'il ne l'était il y a quatre ans en matières sociales et morales et que la colistière Sarah Palin estime que la déviance homosexuelle peut se corriger par la prière.

Les cinquante et quelques jours de campagne qu'il reste à écouler d'ici à la présidentielle du 4 novembre diront si l'effet Palin tiendra ou non. Pourvu que son ultraconservatisme l'autodétruise. Reste que, fût-elle éphémère, sa popularité invite à tirer des conclusions plutôt déprimantes sur l'état de santé d'une bonne partie de l'électorat américain. Rick Davis, l'un des principaux conseillers de McCain, a tout résumé en déclarant il y a quelques semaines, sans se rendre compte de l'énormité, que «cette élection n'est pas une affaire d'enjeux, mais de personnalité».

De sorte que l'expression «bête politique» n'a jamais été aussi juste: l'instinct est valorisé par opposition à la réflexion, et le simplisme du discours est preuve de proximité populaire. Après tout, son inexpérience crasse en politique étrangère n'a pas empêché George W. Bush d'être élu deux fois, ni de déclencher une guerre absurde. De sorte, ensuite, que le féminisme est un combat qui ne se réduit plus qu'à la quête du pouvoir. De sorte enfin que les politiciens peuvent à l'infini promettre le changement, mais sans jamais avoir à le définir.

On attend maintenant de M. Obama, qui n'est évidemment pas une panacée, qu'il fasse comme ses rivaux et qu'il passe à l'attaque. Il lui faut le faire sans saboter l'attrait que soulève sa candidature auprès d'une jeunesse désabusée politiquement. La démocratie américaine n'a pas tant besoin de prières que d'ouverture et d'inclusion.

gtaillefer@ledevoir.com






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  • Georges Allaire
    Inscrit
    lundi 15 septembre 2008 02h21
    Sans malice
    « Sérieusement, qui, croyez-vous, sera encore là pour découdre de ces questions dans une ou deux générations? Les descendants des homosexuels ou ceux des hétérosexuels?

    Une sexualité fondée sur la vie n'a-t-elle pas de quoi enterrer une sexualité fondée sur les aléas des émotions, même intenses?

    Comme disait l'autre: Être ou ne pas être, voilà la question. Ceux qui répondent ne pas être disparaissent de la scène avant la fin de l'histoire... même l'histoire du Québec. »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 15 septembre 2008 09h01
    Palinodie
    « Il y a trois jours, la candidate républicaine à la vice-présidente changeai radicalement de ton envers Hillary Clinton. En mars, elle avait vertement critiqué celle-ci, estimant que l'ancienne locatrice de la Maison-Blanche «ne rendait pas service aux femmes en politique». Or voici que maintenant elle loue «sa détermination, son cran et même sa grâce» pendant la campagne des primaires.
    Évidemment, on ne pouvait attendre de Sarah Palin que cette palinodie (rétractation), destinée à déstabiliser le candidat Obama et à présenter d'elle une image lisse aux regards de l'électorat féminin. Quand la démocratie en est réduite à présenter des images, comme c'est le cas avec ce collaborateur de McCain qui déclare que «cette élection n'est pas une affaire d'enjeux, mais de personnalité», celle-ci est bien malade. Et les orientations de Palin, du genre de celle qui veut guérir l'homosexualité, une déviance, par la prière, mous transportent dans le domaine de l'irréel, alors que les problèmes dont souffrent les États-Unis sont pourtant bien concrets.

    Qu'adviendrait-il si Palin devait remplacer McCain atteint d'une défaillance physique, si celui-ci remporte les élections présidentielles. La prière va-t-elle régler les problèmes du monde? De voir un tel simplisme prendre place dans la campagne électorale d'un pays aussi puissant que les États-Unis a de quoi nous donner froid dans le dos. Et qu'adviendrait-il si ce conservatisme béat et réducteur l'emportait de l'autre côté de la frontière, et que chez nous un conservatisme du même acabit, avec Harper et son équipe, l'emportait? Le nord de l'Amérique sera dans de beaux draps! »

  • martin dubois
    Abonné
    lundi 15 septembre 2008 09h47
    médias+marketing=vide
    « M.Obama a joué la carte de l'image a fond de train depuis le début. N'est-ce pas une bonne leçon pleinement méritée qu'il se fasse damer le pion par la nouvelle sensation de l'heure qu'est maintenant Sarah Palin ?
    Les démocrates ont préféré le glamour et la beauté à la substance, en choisissant ce beau parleur comme candidat, ce pantin bâti de A à Z par les marketers. Ils paient maintenant la note.
    Reste une chose. Ici au Canada avec les conservateurs, comme chez nos voisins avec les républicains, nous sommes parvenus à un sommet de ce que j'appellerais le mélange corrosif des médias et du marketing.
    En fait, les médias occidentaux font l'apologie des recettes marketing, en se prosternant littéralement devant les campagnes basées sur l'image, le charme, le human interest artificiel.
    Les médias ont abandonnés la réflexion et la nuance.
    Ils sont devenus le relais passif et soumis des publicistes.
    Heureusement qu'il y a le Devoir... »

  • Normand Chaput
    Abonné
    lundi 15 septembre 2008 10h07
    la candidate idéale
    « Palin représente la candidate parfaite en ces temps difficiles pour les américains. Le repli sur soi, si possible au fond d'une campagne reculée. La mère qui protège ses enfants, une bible dans une main et un gun dans l'autre. La vice-présidente idéale: si le vieux ne fait pas la job, ils peuvent compter sur elle pour tirer. »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    lundi 15 septembre 2008 11h10
    Encore quatre ans!
    « Effectivement, le plus bas commun dénominateur déterminera qui sera le prochain président du pays le plus puissant du monde. Mais ça, ce n'est pas nouveau et depuis déjà huit ans le pays est gouverné par une équipe qui reflète bien ce plus bas commun dénominateur. Sur la base d'une «foi» inébranlable, les Américains se sont jetés dans une Croisade anti-musulmane et une guerre qu'ils vont probablement perdre car on ne peut changer les coeurs et les âmes avec des canons. Il serait donc surprenant que la majorité de l'électorat américain ne soit pas séduite par une telle sirène. »

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